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RÔLE DE L’OZONE ATMOSPHÉRIQUE

Après avoir exposé les propriétés chimiques et physiques de l’ozone, après avoir prouvé qu’il fait normalement partie de l’atmosphère, il nous reste à dire en quelques mots quel est le rôle qu’il est appelé à remplir dans l’économie de la nature.

Ce rôle, si longtemps ignoré, n’est pas sans importance.

C’est l’ozone qui produit toutes ces oxydations lentes, mais actives , qui se passent journellement sous nos yeux et qu’on a attribuées à l’oxygène ordinaire sans pouvoir les expliquer.

Une foule de substances, et le fait est surtout frappant pour les métaux , se conservent intactes dans l’oxygène pur ou dans l’air non renouvelé; exposées à l’air libre, elles se rouillent, se recouvrent d’une couche d’oxyde plus ou moins épaisse.

Pour expliquer ces phénomènes, on a eu recours à des hypothèses très-compliquées; on a fait intervenir l’eau, l’ammoniaque, une action voltaïque , etc.

Cependant l’ozone en rend parfaitement compte. En effet, un volume d’air limité, circonscrit, renferme une quantité d’ozone si minime qu’on ne peut constater aucun de ses effets; mais, que l'air se renouvelle librement, et quelque petite que soit la proportion d’ozone, il en résultera des effets très-sensibles. Ne sait-on pas que toute cette immense quantité de carbone accumulée dans les végétaux provient des quelques dix-millièmes d’acide carbonique contenus dans l’atmosphère.

En raison de ses propriétés oxydantes, l’ozone doit aussi concourir à purifier l’air des miasmes qui viennent le souiller. Nous avons déjà vu que l’hydrogène sulfuré, l’hydrogène carboné, l’ammoniaque, étaient brûlés par l’ozone. On peut admettre la même chose des miasmes, quoique leur composition chimique soit encore ignorée. Voici des expé-

riences qui prouvent cette réaction : lorsqu’on fait passer un courant d’air ozonisé à travers un flacon contenant de la chair en putréfaction, toute odeur disparaît en très-peu de temps (Schœnbein). M. Clemens a constaté le même fait; de plus, il prit de l’eau d’un marais ( Recherches sur les miasmes , loc. cit.), l’infecta au moyen d’avoine ergoté et de matières animales putréfiées, et y plaça six grenouilles et six tritons parfaitement vivaces. Au bout d’une heure et quart tous ces animaux avaient péri. Après avoir enlevé leurs cadavres , il fit passer à travers le petit marais artificiel un courant d’air ozonisé, qui fit promptement disparaître l’odeur de putréfaction. Il replaça alors six grenouilles et six tritons dans la même eau. Au commencement ils parurent un peu incommodés par l’ozone en excès qui restait dans le vase; mais bientôt ils reprirent leur vivacité et y restèrent encore plus de huit heures pleins de vie. M. Clemens a répété cette expérience un grand nombre de fois.

L’ozone décompose donc presque instantanément des miasmes capables de détruire en peu d’heures des animaux aussi réfractaires à leur action que les grenouilles et les tritons.

En est-il de même pour tous les miasmes ? C’est ce que nous ne saurions affirmer; mais, du moins, peut-on le supposer avec quelque probabilité.

Qui ne connaît d’ailleurs l’action bienfaisante des orages? L’air est lourd, étouffé, empesté de miasmes; les animaux et les plantes languissent également. Tout à coup le tonnerre gronde, de puissantes décharges électriques se succèdent dans l’atmosphère et lui rendent des qualités indispensables à la vie des êtres organisés. Le léger abaissement de température et l’augmentation de pression qui suivent les orages ne donnent pas la clef de ce changement subit. L’air était nonseulement raréfié mais vicié; ce n’était pas tant l’oxygène ordinaire qui faisait défaut que l’oxygène actif. En effet, ce dernier corps paraît être un stimulant nécessaire à notre organisme. Quand il vient à manquer, on observe chez beaucoup de personnes comme un affaiblissement général

de l’économie: elles souffrent d’insomnie, d’angoisses, de lassitudes; l’appétit est nul et les digestions pénibles. Le docteur Th. Bœckel a appelé l’attention sur ces symptômes dans ses bulletins de météorologie des mois d’août 1854 et 1855, et d’ailleurs on les avait remarqués depuis fort longtemps chez certaines personnes nerveuses à l’approche des orages , c’est-à-dire dans des moments où il y a en général fort peu d’ozone. On nous dira peut-être que ce n’est pas le manque d’ozone qui produit cet état morbide, mais la peur, la peur du choléra (il a régné en août 1854 et 1855), ou celle des orages. Cela peut être le cas chez certaines personnes; mais chez beaucoup d’autres on ne peut pas invoquer celte cause.

L’ozone joue aussi un certain rôle dans la vie des végétaux. M. Schœnbein a découvert que certaines plantes contiennent des principes excitateurs de l’oxygène. Ainsi, une tranche fraîche de pomme de terre, arrosée de teinture de gayac, la bleuit au contact de l’air. La couleur bleue est surtout intense au voisinage des bourgeons. Le suc de certaines espèces de champignons, celui de X agaric sanguin , bleuit la teinture de gayac, même hors du contact de l’air, preuve qu’il renferme une certaine quantité d’oxygène actif en dissolution , comme l’essence de térébenthine ozonisée ( Arcli . de Vierordt, 1856).

Il est assez probable que le sang des animaux contient aussi des principes excitateurs de l’oxygène, et que l’oxygène du sang est à peu près dans le même état que celui qui est dissout dans l’essence de térébenthine. Nous avons déjà essayé quelques recherches à ce sujet; mais elles sont trop incomplètes pour que nous puissions en tirer quelque conclusion. Aussi nous empressons-nous de quitter le terrain glissant des hypothèses pour aborder la troisième partie de notre travail.

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