‹ De l'union des arts et de l'industrie (volume 2)Chapitre 9 sur 16 · ÉTUDE GÉNÉRALE SUR LES BEAUX-ARTS À L'EXPOSITION DE LONDRES · texte numérisé non relu

ÉTUDE GÉNÉRALE SUR LES BEAUX-ARTS À L'EXPOSITION DE LONDRES

Le Jury des beaux-arts, formant le V° groupe et la XXX° classe, était composé d'artistes distingués et d'hommes de goût venus des quatre coins de l'Europe. Les uns et les autres, accessibles à tout ce qui est original dans les créations modernes, avaient trop vu de choses, trop examiné de monuments et d'objets d'art, trop bien étudié les mille variations du goût et de la mode, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, pour se laisser prendre, pour s'émerveiller beaucoup à la vue des pastiches de toutes sortes que nous exposämes à Londres comme des produits de nouvelle création française. Aussi les jurés de la classe des beaux-arts furent sévères dans leur

« des jurys mixtes de Londres comme dans le jury général des présidents, «qui devait décerner les récompenses aux exposants; enfin, de rendre «compte au Gouvernement français, dans un rapport d'ensemble délibéré «par tous ses membres, des progrès de l’industrie des nations concurrentes «attestés par l'Exposition, et aussi de présenter ses vues sur les moyens de « perfectionnement suggérés par ce parallèle. »

appréciation, et, quelque soin que j'aie mis à dissimuler des défauts trop évidents, à vanter des qualités et des mérites que je savais très-contestables, ils discernèrent avec un juste coup d'œil le désordre général qui des idées avait passé dans l’exécution. Ils virent des imitations plus ou moins heureuses de la Renaissance, du style des règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, ainsi que des amalgames malheureux de tous ces styles; pour de l'originalité, pour de la pureté de formes et d'ornementation, ils la cherchèrent partout dans notre exposition sans la trouver nulle part, et le résumé de leur opinion fut que la France devait incontestablement à la protection éclairée que ses souverains ont toujours accordée aux arts d’être une nation artiste, mais aussi que la France était dans une mauvaise voie et compromettait sa réputation au lieu de la soutenir,

Cette opinion était malheureusement juste et fondée, tant que la France était considérée à part, ou mise en parallèle, art et industrie, avec les grandes époques; maïs, comme il s'agissait d’un concours et d’une distribution de récompenses, il fallut nous comparer avec nos concurrents, et, de ce moment, le triomphe de la France fut assuré.

Mais il est des victoires qui équivalent à des défaites, et celle que remporta la France à l'Exposition de Londres aurait ce caractère, si nous ne l’acceptions pas comme un sévère avertissement. En effet, le Jury des beaux-arts constata, et tous les visiteurs intelligents ont dû le reconnaître, que nous avions une supériorité générale qui tenait moins au génie de la nation, aux règles précises d’une esthétique supérieure, au choix heureux des modèles, qu’à un goût fin et distingué qui plane sur tout, qui fait excuser les plus fâcheux écarts, en faisant valoir les plus modestes inspirations et jusqu'aux moindres créations. Pour nous, la question est de savoir si ce goût sera longtemps notre monopole; si, au contraire, les nations étrangères, nos rivales, ne marchent pas rapidement à la conquête de cette toison d'or, sinon pour nous l'enlever, au moins pour la partager avec nous. Je m'efforçai de me rendre

compte de ces positions respectives de l’art et des industries du monde en suivant la marche des travaux de la XXX: classe, qui se prêtaient très-bien à cet examen général.

En effet, la mission de cette classe, qui formait un groupe dans le Jury de Londres, ne se bornait pas à l'examen des productions qui se rangent naturellement dans les beaux-arts, comme l'architecture, la sculpture, la peinture et la gravure. La commission royale a divisé le Jury et a réparti les objets exposés en trente classes, formant six grandes divisions nommées groupes. Les beaux-arts comprennent la sixième division. Ils viennent les derniers, parce qu’ils donnent la dernière main aux productions de la terre, aux productions du ciel, aux productions des hommes, qu'ils sont la dernière perfection et comme le dernier mot de l’industrie humaine. Ils forment une division à part, mais ils sont mélés à toutes les classes, et les instructions de la commission royale autorisaient le groupe des beaux-arts à récompenser le mérite artiste partout où il se rencontrerait. C’est donc moins une industrie particulière que nous étions appelés à juger, que toutes les industries dont nous avons apprécié les tendances et dont nous avons signalé les chefs-d'œuvre sous le rapport de l'art.

La marche de nos travaux fut modifiée suivant la nature de ces obligations. Les quinze membres de la XXX° classe examinèrent ensemble l’Exposition tout entière, et décidèrent quels étaient les objets qui rentraient dans leur examen, soit parce qu’ils y appartenaient suivant la classification établie par la commission royale, soit parce qu'ils ressortissaient à la classe des beaux-arts par l'excellence de l'exécution, et bien que déjà soumis à un point de vue différent à l'examen d’autres jurés.

Je résumerai en peu de mots l'opinion que je me suis faite sur les arts et l’industrie de toutes ces nations. J'ai appelé à mon aide les souvenirs de mes voyages et les collections que, en dehors de l'Exposition, Londres offrait à la curiosité des étrangers. De cette manière, je serai plus complet, et je signa-

lerai avec quelque précision les progrès obtenus dans chaque pays et les points où leur concurrence nous menace.

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