HENRY
Le dépôt des marbres pourrait être annexé à la grande manufacture : on ferait rechercher dans trente-quatre de nos départements les deux cent cinquante espèces différentes qui S'y rencontrent, et particulièrement dans le Maine, le Bourbonnais, les Pyrénées, la Corse, l'Algérie, les plus beaux échantillons de leurs granits, de leurs marbres colorés, de leurs albâtres veinés: on demanderait à la Russie ses malachites brillantes et ses grès admirables; à l'Égypte , ses granits roses, ses porphyres rouges et ses basaltes verts. On réformerait en même temps nos tarifs douaniers. La France, imposant à ses frontières le marbre de Paros, semble tombée dans une barbarie aveugle. Les arts n’ont-ils donc pas droit à une protection? Quand le peuple vous demande son pain et son vêtement à bon marché, vous écoutez sa plainte: resterez-vous sourd quand un Pradier, quand un David vous demande le Paros à bon marché ? Non; vous taxerez les marbres étrangers dont nos carrières fournissent identiquement les similaires, et vous payerez une prime d'importation aux industriels qui nous apporteront le Paros scintillant pour remplacer le Carrare savonneux et le marbre gris de nos Pyrénées, une prime aussi à ceux qui iront exploiter à nouveau en Grèce et en Orient les carrières connues des anciens, et d’où ils tiraient le vert et le rouge antiques, si beaux en coupes, vases et revêtements de murs.
Des vases en porcelaine, des coupes émaillées, tous les produits de la céramique, sont des expédients pour remplacer à bon marché les riches matières qui, rehaussées par la pureté des formes, faisaient les délices des anciens et le luxe de leur ameu-
ET DE L'INDUSTRIE. L17 blement. Bientôt, quand tout le monde aura du luxe à bon marché, du luxe d’expédient, il se formera une classe d'amateurs, ayant une fortune au service de leur bon goût, qui désireront en toutes choses les œuvres originales, créations de l'homme ou de la nature. À côté d’une terre cuite modelée par un grand artiste, ce qui sied le mieux, en effet, c’est une coupe délicatement taillée dans le porphyre, un vase sculpté dans le granit. La grande manufacture prendra en main cette renaissance d’un noble goût, en fournissant à l'industrie les formes les plus pures, en étudiant les moyens d'exécution les plus précis. Ce qu’elle fera à grands frais, au milieu de Paris et à force de chevaux de vapeur, l'industrie privée le transportera dans les Pyrénées, où les chutes d’eau se précipitent des rochers sans avoir la conscience de leur puissance et de leur valeur, et ainsi s’étendra à la portée de tous un luxe qui semblait réservé aux rois de ce monde.
L'emploi de toutes ces belles matières en larges surfaces sur les parois des murs, dans les escaliers et les vestibules, reçoit son complément par la mosaïque. Dans l'antiquité, l'harmonie a été la règle commune de tous les arts pris séparément ou combinés ensemble. Les parquets ont donc reçu, comme les plafonds, comme les murs, une ornementation qui, tout en répondant à leur nature, à leur usage, s’harmonisait avec la décoration de l’ensemble, dans le temple ou dans l’appartement. Les-parquets furent faits en matières solides, parce qu'ils devaient être foulés aux pieds, et dans ces climats chauds on rechercha les matières les plus fraîches. De proche en proche on en vint à la mosaïque, dont les dessins variaient suivant les exigences de l’art. Il y eut la mosaïque monochrome, la mosaique en cubes noirs et blancs, et enfin la mosaïque de couleur. Le moyen âge à Constantinople, en Orient’et en Italie, hérita de ces traditions, et les plus belles mosaïques ont formé les parquets des palais, des églises chrétiennes et des mosquées.
La mosaïque est au marbre coloré, combinant en larges surfaces une décoration architectonique, ce qu'est l’impression en types mobiles à l'impression lente et difficile sur blocs
de bois gravés. Maîtres de cette combinaison de cubes colorés mobiles, les anciens poussèrent son perfectionnement aussi loin que possible, et d’un revêtement du sol firent une peinture isolée dans le mur. On peut contester le bon sens de cette extension donnée au rôle de la mosaïque; elle a pour elle la condition majeure de durée inaltérable, qui fait que le tableau d’Apelle, bien copié, sortira peut-être un jour de terre dans sa fraîcheur première, ce que nous ne pouvons certes attendre d'aucune de ses peintures sur enduit et sur bois; aussi Ghirlandajo, plaçant cette qualité au-dessus de toutes les autres, pouvait-il dire : La vera pittura per l’eternità è il musaico. Associée à l'architecture, la mosaïque a plus de consistance que toute autre peinture et s’harmonise mieux dans le sentiment avec l'idée de construction ; enfin c’est une ornementation qui n’est pas à la portée de tous, c’est un régal de prince. Depuis l'occupation des Gaules par les Romains, la mosaique n'a jamais repris en France son essor. Souvent importée d'Italie, elle est venue parmi nous tenter quelques essais, mais elle n’a pas pris pied dans notre art. L'église de Germigny, près de Saint-Benoîitsur-Loire, est le seul spécimen que nous puissions offrir de ces tentatives; il est d’un très-beau caractère, et d'autant plus intéressant qu'il date de la première moitié du xr° siècle. Plus tard, et à chaque renaissance de nos arts, la mosaique fat reprise, mais sans vigueur et sans succès. L'empereur ne recula pas devant les sacrifices pour faire refleurir cet art parmi nous. Îl appela d'Italie l'habile mosaiste Belloni, et lui donna le moyen d’exécuter, pour la décoration du Louvre, quelques grandes peintures en cubes de pierre. Le travail en est parfait, mais le goût, le charme et la vie leur manquent; or cette peinture artificielle a besoin de ces qualités pour échauffer sa froideur. La grande manufacture s'appliquera aux divers genres de mosaïque qui peuvent être utilisés dans la décoration intérieure: j'entends la mosaique antique, la mosaique byzantine et la mosaïque de pierres dures, connue sous le nom de musaico di pietra dura. Chacun de ces genres à ses applications
particulières ; tous sont dignes d’être employés dans les résidences d'un souverain et d’être offerts en modèle à l'industrie d'un grand pays.
La mosaïque romaine n’est pas seulement une industrie, c'est un auxiliaire des arts. Quand elle a revêtu de sa large décoration le sol des vestibules, des salles à manger et des galeries, quand elle se fait peinture, et, sous’ cette forme. monte aux murs et resplendit de ses couleurs inaltérables, la mosaique est un moyen reproducteur qui assure à la peinture une fixité et une durée qu'on ne peut obtenir par aucun autre moyen sur des surfaces aussi étendues, La grande manufacture demandera à ses fours de porcelaine et de verrerie les cubes colorés qui composent la palette du mosaïste, et les progrès de la chimie fourniront une gamme complète de cubes alignés par des procédés mécaniques qui permettront à l’ouvrier, artiste mosaiste, d'atteindre à la dernière limite de l’exacte reproduction de toute peinture; bien plus, au moyen du chalumeau, ce mosaïste coloriste modifiera ses nuances lui-même et complétera sa palette, en fondant ensemble plusieurs tons, suivant ses inspirations, et quand un dernier progrès aura permis de mettre toute la surface d’une mosaique en légère fusion, et de blairotter, pour ainsi dire, au moyen de la flamme cet assemblage de cubes colorés, d’en faire un tout uni et une masse compacte dans son cadre de fer, nous aurons alors un moyen certain de conserver à tout jamais les chefs-d’œuvre de la peinture dans la fraîcheur première de leur couleur, et tels que les a conçus le peintre.
La mosaïque byzantine en pâtes colorées se détachant sur fond de cubes de verre paillonnés en or est d’un bon usage et d'un grand effet dans les édifices religieux. On s’en rendra maître pour orner quelques chapelles des résidences, et surtout pour former les ouvriers auxquels le clergé aura recours dans la décoration de nos plus anciennes églises.
La mosaique en pierres dures, dite de Florence, est un procédé admirable, si on le maintient dans ses justes limites, si on lui donne toutes les applications convenables. Un archi-
tecte habile peut l'employer en miniature ou en grand. En miniature, et alors composée de pierres dures, la mosaique enrichira les parties les plus fines et les plus en vue de la décoration , et jamais on ne trouvera, pour former des dessus de tables, de consoles, de meubles, un revêtement plus éclatant, plus distingué, et dans lequel l’art se joue plus librement, quoique les moyens d'exécution soient lents et pénibles, les matériaux coûteux. Employé en grand, en matières moins précieuses, mais presque aussi variées, presque aussi brillantes, ce genre de dallage ou de mosaïque à larges découpures étend sur le sol ses magnifiques combinaisons, qui diffèrent des tapis, mais brillent davantage et conviennent mieux aux grands vestibules, aux paliers des escaliers d'honneur, aux cours intérieures : il est susceptible de produire les plus beaux effets quand il est exécuté sur les riches dessins qui lui siéent, et il a sur la mosaïque romaine en petits cubes l'avantage de se réparer plus facilement et de pouvoir se soulever pour le service des conduits de gaz, d’eau et de chaleur. |
Les anciens mosaïstes italiens avaient incrusté, à limitation des Byzantins et des Orientaux, dans les colonnes et les parois de marbre un assemblage de petits cubes de lapis, de porphyre, de marbres précieux et des plus riches couleurs, comme on enchâsse le rubis et l’émeraude dans l'or. C'est un grand luxe, et l'architecture, dans ses caprices de polychromie, devrait y faire retour. Seulement, pas de fraude, pas de verre à paillon, pas de pâtes colorées; la beauté des matières, leur valeur, la cherté même de cette ornementation, sont une des conditions de son succès.
Les arts décoratifs n’ont de signification que par le mérite de leurs compositions, la pureté de leur dessin, l'accord heureux qui les lie à l'architecture et à la destination de chacune de ses parties. Il faudrait donc parler ici du style qui convient à la mosaïque et des artistes qui seront chargés d’exécuter pour la grande manufacture. ces compositions et ces dessins: mais, d'un côté, l’ensemble de mon travail indique mes idées à cet égard, et, de l’autre, étant obligé de passer en
revue la plupart des industries qui se rattachent aux arts, je me réserve de parler des compositions et des modèles à la fin et dans un paragraphe d'ensemble. Je pourrai ainsi mieux caractériser le lien qui unit toutes ces industries, l'analogie des principes qui s’y réfèrent et des études qui préparent les Jeunes artistes à s'acquitter de cette tâche délicate.
La magnificence n’a pas de limites dans le palais du chef de l'État, mais elle se proporlionne et s'échelonne, pour ainsi dire, suivant les localités et leur destination. La grande manufacture trouvera les moyens de substituer, dans les appartements qui suivent en rang ceux d’apparat et de réception, à la décoration en matières précieuses, exécutée minutieusement, une décoration en poteries émaillées, qui la remplace comme éclat et la surpasse souvent par la libre allure de l'inspiration artiste. Les essais tentés dans cette voie, les succès obtenus à d’autres époques, ont d'autant plus d’importance que cette décoration secondaire est plus à portée de l'industrie ; ils réveilleront sa torpeur, exciteront son émulation et lui fourniront de larges débouchés.
La porcelaine, la faïence émaillée, la lave et le fer également émaillé, toutes les variétés de ciment et de terre cuite, enfin les bois teints par le procédé Boucherie ou parés de leur coloration naturelle, offrent ici en foule les ressources les plus abondantes, les combinaisons les plus variées, pour tenir lieu de la mosaïque aussi bien comme revêtement des murs que comme ornement des parquets. Les moyens matériels sont acquis; on pourra en trouver d'autres et de meilleurs, mais la chose importante est d'imaginer les dessins convenables, de créer l’ornementation appropriée, et de combiner tous ces éléments avec ce goût d'arrangement qui est si puissant par lui-même, qu'avec une poterie grossière et l'exécution la moins châtiée nos pères et les Orientaux ont produit les effets les plus saisissants.
L'Orient, l'Italie et les pays chauds recherchent la mosaique et tous les revêtements analogues qui unissent à leur magnificence une grande fraîcheur; mais, dans les climats tempérés
ou froids, on est disposé à employer dans l'habitation les parquets cirés en été et les tapis en hiver, tout en exigeant du bois et de la laine la beauté des dessins et la vivacité des couleurs qu’ils comportent. Les scieries mécaniques ont atteint une telle précision, les bois, soit de leur couleur naturelle, soit teints dans leur fibre, ont fourni une si grande variété de nuances, que l’industrie des parquets a pu prendre à Paris et dans quelques localités de la France un heureux développement. Il n’est pas de dessins qu’elle ne puisse reproduire; mais, malheureusement, c’est par le dessin qu’elle pèche et qu’elle a compromis ses progrès manifestes. En suivant le mouvement naturel des bois, en évitant autant éternel échiquier que le canevas de tapisserie, en évitant surtout des erreurs semblables à celles que commettent les fabricants de tapis, dont les combinaisons de dessin font hésiter les pieds et donnent des vertiges à la tête, on arrivera à mettre cette industrie dans la bonne voie. Ce résultat est d'autant plus désirable que les riches parquets sont les tapis des fortunes moyennes et des habitations du peuple; tapis qui ne s’usent pas et auxquels une brosse, un balai et un peu de cire rendent tout leur brillant. La grande manufacture acceptera cette mission , en créant les modèles et en combinant les nuances des bois qu’elle fera débiter au dehors. Poussera-t-elle ce travail jusqu’à la mosaïque en cubes de bois, jusqu’à la peinture en découpures de bois teints? J'ai admiré à l'Exposition de Londres des tours de force de mosaïques en bois envoyées de Barcelone par Perez, de Venise par Pierre Bigaglia, de Paris par Marcellin, et les mosaïques de découpures faites par Cremer, par plusieurs autres fabricants de Paris, et par Joseph Ciaudo, de Venise; mais je ne puis désirer le développement de ces industries minutieuses. Quand l'éternité de la durée compense dans mon esprit la pénible longueur du travail, j'absous la mosaïque; mais quand je sais qu'un rayon de soleil, un peu d'humidité, Île froid ou le chaud, peuvent altérer ces couleurs et détruire ces microscopiques jeux de patience, je me révolte.
Couvrir les parquets avec des nattes tissées en dessins de couleur, ou même remplacer ces parquets par des toiles imprimées qui imitent ces parquets, ce sont des précautions et une industrie qui conviennent partout, excepté dans les palais. La grande manufacture donnera à ces fabricants des dessins de mosaïques et de parquets, en leur conseillant de les imiter, non pas pour les contrefaire, mais pour les développer suivant leur mode de fabrication et ses ressources.
La ferronnerie a été, à toutes les grandes époques de l’art, un auxiliaire dévoué et utile de l'architecture. Depuis la dispersion des corps de métiers, l’art a fait divorce avec la ferronnerie, qui, abandonnée à elle-même et opprimée par la fonte de fer, est tombée dans les mains des plus misérables artisans. La grande manufacture doit relever cette industrie. J'ai dit plus haut que, sous Louis XIV, Lebrun donnait luimême les dessins de tout l’ameublement de Versailles, et que l'on avait admiré dans cette royale résidence jusqu'aux serrures des portes, jusqu'aux espagnolettes des fenêtres; il nous reste, en fait de ferronnerie, les monuments les plus curieux de lhabileté de nos pères depuis le xn° siècle jusqu’au siècle dernier, et nos regrets de voir éteint un si bel art doivent devenir le stimulant de nouveaux efforts.
Faut-il exclure une matière parce qu’elle est inférieure à une autre, la fonte de fer, par exemple, parce qu’elle est moins propre à l'art que le fer forgé ? ou bien estil possible d’assigner au fer travaillé à la main son emploi et au fer fondu ses limites? Je le crois. La fonte de fer la mieux réussie n’a pas les qualités exigées par l’art: dans sa nouveauté, elle est poreuse, sombre et terne; en peu de temps elle se colore de rouille aux tons rougeûtres, dont l'inégalité ajoute encore à la fausseté. On remédie à ce défaut par la peinture, et on badigeonne d’une couleur de fer et d’une couleur de bronze ces malheureux produits d'une industrie de contrefaçon. Rien de plus affreux, de plus contraire à toutes les données de l'art que cette enveloppe gluante, que ce fard épais destiné à cacher les rugosités du métal, à dissimuler les rides de la fonte, à ranimer son teint
plombé. À côté d'elle se dresse le fer forgé, le front haut et le visage découvert, accusant franchement ce qu'il est, du fer, et s’en faisant gloire. Le forgeron procède suivant les vraies lois de la nécessité; tout ce qu’il fait se traduisant en pénibles coups de marteau , il va droit au but pour s’épargner une peine, c'est-à-dire qu’il construit solidement son œuvre et réserve les parties susceptibles d'ornementation; fait-il une grille, ses montants et l'encadrement auront une force suflsante pour tourner sur les gonds, sans ces supports roulants qui s'ajoutent de nos jours aux grilles fondues, vraies béquilles d’un art boiteux. Le cadre conçu en vue du dessin de la grille se lie gracieusement aux ornements que le forgeron tord, contourne, épanouit en rinceaux variés comme son imagination, avec la souplesse que sa main imprime au marteau. Au fer, toutes les créations du génie; à la fonte de fer, les usages domestiques les plus ordinaires. Les applications de l'art à la forge du fer s'étendent bien loin, car, depuis la grille magnifique qui ferme la galerie d’Apollon au Louvre jusqu'aux énormes chenets des vastes cheminées de Fontainebleau , jusqu’à l’attirail de pelles, pinces et pincettes, il est nombre d’ustensiles que la ferronnerie doit exécuter dans les meilleures conditions de bon usage et de bon goût, avec l'ampleur exigée par la solidité et la liberté donnée à la main par le marteau du forgeron. Un coup d'œil rétrospectif nous a montré combien les anciens et nos pères avaient rempli ce programme d’une manière conforme au goût de leur époque et à leurs besoins; faisons comme eux, et que la grande manufacture donne les bons modèles pour chasser cette ferronnerie de mauvais aloi qui nous livre des pincettes en tire-bouchon, des pelles contournées, et ne sait pas faire une poignée, un bouton, une anse qui aille à la main. La condition élémentaire de tout ustensile domestique est la solidité apparente et réelle, la forme appropriée à l'usage et l'élégance mariant ensemble ces éléments avec les données de Part. Dans ces pelles et pincettes rien de tout cela : une fragilité apparente, des formes qui contrarient l'emploi de la chose, et des poignées qui incrustent dans
les mains et dans les gants des ornements qu'on peut appeler stupides, puisqu'ils sont hors de place là où l’on a besoin d’une surface lisse pour presser et appuyer sans se blesser. La ferronnerie s'étend aux pentures de portes, aux serrures, verrous, espagnolettes, rampes d'escalier, appuis de fenêtres et balcons intérieurs. Les pentures des portes et leurs gonds, les serrures brillantes et leurs clefs élégantes, prêtent à des compositions originales. La damasquinure, la gravure, les délicates ciselures, viendront creuser leurs surfaces sans altérer la forme, sans imposer des reliefs inutiles. L’espagnolette est-elle une légère colonne qui a son chapiteau , sa base et ses anneaux, ou bien une simple tige qui tourne sur ses gonds : dans les deux cas, proportionnez sa force à son usage. S'agitil des portes ouvrant sur la rue, des fenêtres de rez-dechaussée à portée des passants, des parties de l’habitation où la sécurité réclame la solidité , affichez franchement votre rôle de gardien fidèle et de gendarme résolu; si, au contraire, nous sommes dans la demeure, dans les escaliers intérieurs, aux fenêtres des étages supérieurs, à quoi bon cet attirail de serrures qu'on ne ferme pas, de verrous qu’on ne pousse jamais? C'est un mauvais héritage de ce bon vieux temps où les voleurs, en temps de paix, les pillards, en temps d'émeute, les routiers, en temps de guerre, changeaient de temps à autre la demeure en une forteresse, dont on défendait pied à pied les ouvrages extérieurs et intérieurs; mais les mœurs de nos jours, plus encore qu'une bonne police, ont rendu ces précautions inutiles, et de même que nous avons comblé les fossés autour de nos châteaux, remplacé les pontslevis par d'élégants perrons descendant sur des allées sablées, de même aussi il faut reléguer parmi les inutilités cet attirail suranné de barricades intérieures. Où sont les perfections de l’habitation? Dans l’aisance alliée à l'élégance. Tout ce qui contribue à rendre la vie facile, à éloigner ce qui heurte les pieds ou les mains, l’ouie, la vue ou l’odorat, est une heureuse conquête. Or, si vous aviez appelé un mauvais génie à votre aide pour rendre intolérable un intérieur, il aurait cherché dans
son cerveau malsain quelque détestable invention, et il serait arrivé à ceci : chaque fois que vous irez de votre cabinet d'étude à votre salon, ne fût-ce que pour chercher un mouchoir oublié, je vous condamne à ouvrir et à fermer inutilement vingt portes, à les ouvrir avec difficulté, à les fermer avec bruit, afin d’être aussi désagréable aux autres qu'à vousmême. Supposez, au contraire, un bon génie intervenant, il dira : La vie a bien assez d’ennuis, je vous épargnerai les peines inutiles; poussez les portes, je les fermerai; touchez le bouton de ces fenêtres, je les ouvrirai. Ainsi les portes intérieures seront presque toutes à glace et ballantes, de manière à s'ouvrir par la simple impulsion et à se fermer par des ressorts cachés dans l'épaisseur du mur. Du feutre placé sur la feuillure suffira pour intercepter les courants d'air, qui sont d’ailleurs insensibles dans les appartements échauffés par des calorifères. Au reste, nous ne sommes en ceci que des imitateurs: déjà ce bon génie avait secouru de cette manière, il y a bien longtemps, le grand café de Padoue, qui ne ferme Jjamais, et les cafés de Venise, qui sont toujours ouverts; il était intervenu dans les grands clubs de l'Angleterre, et partout où le bien-être parle en maître et sait se faire obéir. Comme toute amélioration ou changement de ce genre fait immédiatement appel à l'art pour combiner l'élégance avec l’aisance, on cherchera la forme la mieux appropriée et l'ornementation qui convient aux poignées de ces portes. Autour des poignées et des boutons, le long du montant de la porte, il sera nécessaire d'ajuster des plaques de métal découpé pour recevoir l'attouchement des mains, qui, par un reste d'habitude, saisiront ces portes pour les ouvrir ou pour les fermer. Ces plaques doivent être mobiles, pour se prêter à un fourbissage quotidien, et elles seront découpées en fer ou en cuivre, argentées ou dorées à la pile, damasquinées ou émaillées. Elles sont susceptibles de reproduire les dessins les plus gracieux, l’'ornementation la plus variée : tout dépend de l’homme de talent qui créera le modèle et de la souplesse des doigis artistes qui conduiront la scie et la lime. Quant aux portes
d'entrée, elles doivent avoir des serrures, et celles-ci sont toutes à refaire aussi bien que leurs clefs dépourvues de signification et d'élégance. Je dis à refaire, car au moyen âge et à l'époque de la Renaissance, dans le siècle de Louis XIV et jusqu’à Louis X VI, le serrurier amateur, on a exécuté en fer des modèles charmants de serrures et de clefs. Il est facile d'imaginer de nouvelles formes qui, sans rien perdre des conditions de bon usage, montreront une nouvelle élégance et permettront de distinguer à première vue, rien que par le goût de l'ornementation, si telle clef ouvre la chambré à coucher ou l’antichambre, la cuisine ou l'écurie, la cave ou le grenier.
Aux fenêtres, même réforme sensée. Une fenêtre qui n’est pas une défense, qui se compose de deux glaces encadrées dans du bois, doit s'ouvrir et se fermer par la légère impulsion d'un bouton qui, au moyen de poids ou de ressorts ménagés dans l’épaisseur des murs, fera monter les glaces ou ouvrir les battants d'eux-mêmes. Voyez cette élégante et gracieuse maftresse de maison qui, avec des mouvements de chatte, s'apprête à fermer cette fenêtre. L'espagnolette est rebelle et l'impatiente : elle sirrite contre cette résistance, elle pousse des pieds et des mains, des genoux et du ventre; elle n’est plus elle-même, c'est une mégère attachée aux barreaux de sa cage. Et il faudra qu'une espagnolette d’une force exagérée, d’une pesanteur absurde, compromette ainsi toutes les grâces de cette charmante femme! Changeons vite ces dispositions surannées.
Le fer forgé produira des merveilles quand on lui demandera d'assouplir en larges rinceaux de fleurs et de feuillages les rampes des escaliers, les appuis des fenêtres et les balcons intérieurs. Donnez à l'industrie des modèles qui rappellent l'ampleur des beaux ornements de l'antiquité, moins chargés quoique aussi riches, moins amples et plus majestueux que les productions du xvn siècle, et le marteau du forgeron artiste réalisera vos dessins dans le fer docile. Allez plus loin, associez la richesse de l'émail à cette beauté de formes, non pas partout, car il faut à tel escalier la sévérité grandiose du fer, à tel autre la richesse des dorures; mais à cet escalier pra-
tiqué à l'intérieur d’une salle et communiquant d’un étage à l'autre, il me semble qu'un rinceau de feuillages et de fleurs conçu dans les conditions de l’art le plus pur, quoique exécuté avec toutes les recherches d’une imitation éclatante et réelle, irait bien, puisqu'il s’associerait à la richesse des tentures et des costumes, à l'éclat des bougies.
La grande manufacture devra aussi rechercher les formes les mieux adaptées au fer étiré, car l'usine Tronchon et ses rivales n'ont pas le sentiment vrai de la matière qu'elles emploient, ni le tact qui indique ce qu'elle peut produire. Le fer étiré n’est ni du bambou, ni du bois rustique, ni de la vannerie : c’est du fer; äl doit s’avouer du fer et se comporter comme tel.
Au point de vue de l'art, la fonte qui imite le fer forgé se place vis-à-vis de ce beau métal dans la position qu'occupe le strass à côté du diamant, le papier mâché à ‘côté de la sculpture en pierre, le caoutchouc durci à côté du bois sculpté. La fonte de fer s’est réduite au rôle de contrefaçon. Qu'elle se couvre de peinture ou de dépôts de cuivre, qu'elle imite le fer forgé ou le bambou, peu importe ; c'est toujours une contrefaçon, ce n’est pas franc. Or, l’art veut avant tout la franchise, et la fonte de fer et de zinc porte la peine de ses prétentions. Elle n'a pas osé être ellemême; elle a copié les autres et n’a pas su se faire considérer pour ses avantages propres et ses qualités particulières. Et cependant remplacer par ce moyen économique le fer forgé, qui est cher, le remplacer tant bien que mal, c'est une œuvre industrielle qui fera de remarquables progrès quand elle suivra de bons conseils, quand elle imitera les modèles bien appropriés à sa nature que lui composera la grande manufacture. Je n'ai pas ici à m'en occuper, mon intention étant seulement d'exposer les diverses branches de l’art appliqué à l’industrie qui constitueront, dans cet établissement, une fabrication d’un mérite hors ligne.
L’estampage porte aussi la peine de ses excès. Cette industrie a eu beau perfectionner ses moyens d'exécution, la vogue
ET DE L'INDUSTRIE. 129 l’a délaissée, parce que le goût n’a pas présidé au choix de ses modèles, parce qu'elle s’est ingérée dans des imitations de toutes choses sans consentir à être elle-même.
Le fer battu étamé ou fer-blanc et le cuivre repoussé ou la chaudronnerie offrent des ressources à l’art appliqué qu’on ne saurait négliger. La grande manufacture ne laissera à personne le soin de fournir la batterie de cuisine et les ustensiles domestiques de toutes les résidences; elle trouvera dans ce devoir accompli, et dans les perfectionnements qu’elle inventera chaque année pour suffire aux besoins, une voie naturelle pour faire renaître l’ancienne et belle dinanderie. Entrez dans un atelier de chaudronnerie, l'aspect seul de ces étaux et de ces ouvriers armés de leur marteau fait plaisir à voir; c’est la franchise de l'outil aux prises avec une matière docile et excellente. On pense, même en face de la plus monotone casserole, aux ressources qu'ont trouvées les artistes de toutes les grandes époques dans le bel art du repoussé. Repousser le bouclier d'Achille ou repousser le plus vulgaire chaudron, c'est tout un, car c'est le même procédé, et il ne coûte rien de donner aux objets une forme élégante, de faire d’un chaudron un objet d'art. À l’œuvre donc, et que chaque batterie de cuisine redevienne, comme dans l'antiquité, au moyen âge, au siècle de la Renaissance, un musée sui generis.
Ceci nous amène sans transition à l’industrie de l'éclairage. Aucune peut-être n’a acquis autant de développement depuis un demi-siècle, aucune cependant n’a moins bien observé les conseils de la raison, les règles du goût, les modèles fournis par les monuments de l'art. L'éclairage, dans ses mille combinaisons, est l'un des plus intéressants programmes de l’art appliqué, et les anciens nous ont transmis de délicieuses productions, depuis la lampe la plus modeste jusqu'au candélabre le plus orné. Mais les anciens avaient imaginé la forme qui conciliait l'élégance avec les exigences de leur mode d'éclairage; nous avons d’autres obligations. Les lampes brûlant des matières grasses ont subi depuis l’origine du monde trois modifications capitales, qui trois fois ont dû
en changer radicalement la forme. L’antiquité n'a connu que la lampe brûlant à air libre une huile que la capillarité attirait à l'extrémité d’une mèche. Pour ce mode primitif d'éclairage elle a trouvé des formes délicieuses, dont nous nous sommes finement emparés pour en faire d’assez incommodes saucières, ne pouvant plus les utiliser comme lampes, du moment où Argant découvrait les avantages du courant d'air qui, en passant par une mèche circulaire et en suivant une cheminée de verre, active la combustion et augmente la flamme. Quinquet donna son nom aux premières lampes créées d'après ce principe, qui obligeait de placer le réservoir d'huile à un niveau égal en hauteur au point où s'opère la combustion, soit dans un vase, soit dans une couronne circulaire dissimulée sous l’abat-jour. Les artistes ne furent point heureux dans les formes qu'ils adaptèrent à ce système, ce qui est peu regrettable, puisque Carcel imagina bientôt son mécanisme de pompe refoulante qui permet de dégager la lampe de tout appendice extérieur, en plaçant la pompe, le ressort et le réservoir d'huile dans la base. Si Dieu avait voulu que Carcel vint au monde à Athènes, au siècle de Périclès, nous aurions sa lampe dans la forme la plus parfaite, avec son ornementation la plus sensée, et sur ses supports les plus commodes, quoique les plus élégants; mais, puisque cette tâche nous est restée, c'est à la grande manufacture à chercher cette forme, à trouver la solution de ce problème. Elle repoussera les vases de porcelaine de Chine et de Sèvres, qui ne sont que des expédients contraires à la raison. La lampe est quelque chose en soi-même qui ne doit pas entrer dans une autre chose pour prendre corps; elle aura sa forme et son support en harmonie avec les proportions que lui donnent son mécanisme et le réservoir d'huile. Il faut en outre créer pour l'ameublement des modèles de lustres, flambeaux et candélabres. À cet égard, la grande manufacture aidera l’industrie à sortir de ce fouillis de bronzes imités de tous les temps, excepté des bons, de lustres en rubans de cuivre enroulés, qui semblent sortir de quelque boutique de
sucrerie ou de macaroni, de flambeaux supportés par des chevaliers en armure, qui font l'effet d’un buisson d’épines auquel s’accrochent tous les vêtements. Être élégant en étant vrai, produire des effets avec des motifs simples, c’est là une bonne part du progrès.
Aureste, lalampe brülant de l'huile est encore un programme éphémère; à l'avenir il faudra étudier le gaz et l'électricité, et, si l’on apporte dans ce travail les deux qualités rares, mais indispensables, l'instinct de l'élégance avec l'intelligence de l'à-propos, on fera merveille, car je ne sache rien de plus favorable à l'invention , à la grâce, à la légèreté, que l'obligation d'associer l’art à ce gaz qui suit mystérieux ses longs tuyaux, court sous nos rues, transperce nos murs et vient éclater à nos yeux ; à ce fluide électrique qui, sans tuyaux, se transmet au bout du monde, j'entends au bout d’un fil de laiton, et rend jaune, verte ou rouge toute autre lumière à côté de son éclat de soleil. IL importe de se dégager de toute tentative de fusion avec l’ancien éclairage, de toute réminiscence de lustres et de flambeaux; il faut être aussi neuf que le gaz, aussi inattendu que l'électricité.
L'appartement, parqueté, clos, éclairé, doit se vêtir avant de se meubler : quelles tentures conviennent le mieux aux salons d'apparat d’un palais, aux appartements d’un hôtel, aux chambres d'une simple habitation? Chacun répondra sans hésiter : celles qui réchauffent le mieux la vue. Je dis la vue, sans en exclure le corps; maïs, en fait de décoration, l'apparence des choses domine leur réalité. C’est donc pour le palais la tapisserie et le cuir estampé, pour l'hôtel l’étoffe cossue, pour l'habitation le papier velouté imitant l’étoffe de laine. La grande manufacture fait des tapis et des tapisseries, elle fera des cuirs estampés, et elle fournira des dessins à nos fabriques d’étoffes de tentures et de papiers peints, de manière à imprimer une direction nouvelle à cette grande industrie de l'ameublement, une des plus importantes dans notre activité commerciale.
Chacun connaît les distinctions de tapis de haute et basse
132 UNION DES ARTS lisse , ou bien les genres de tapis qu'on fabriquait à la Savonnerie et les tapisseries qu’on exécute aux Gobelins et à Beauvais; ce qu'on ne sait peut-être pas aussi bien, c'est qu'au moyen âge, après s'être longtemps contenté de joncher les salles des palais de paille et de verdure, on les revêtit de tapis turcs ou imités, sous le nom de tapis sarrazinois, de ceux qu’on fabriquait en Turquie. En même temps on tendait sur les murs les tapisseries à personnages, et on avait en outre, pour les meubles, les tapisseries de broderie, qui, faites sur toiles et non pas sur canevas, étaient de véritables peintures à l’aiguille. Il y eut ainsi, dès le moyen âge, une règle raisonnée pour chacune de ces fabrications. L’observe-t-on de nos jours, je ne dis pas dans l'industrie privée, où l'aberration est à son comble, mais dans les manufactures nationales? C’est ce que nous allons examiner, en commençant par les tapis dits de la Savonnerie, dont la fabrication est réunie, depuis 1826, à l'établissement des Gobelins. | |
En toutes choses cherchons le but. Qu'est-ce qu'un tapis? le revêtement du sol sur lequel portent les pieds. Il peut être fait de filaments de coco, de jute des Indes, enfin de Jaine, de telle sorte qu’on sente, dans l'antichambre, qu'il nettoie les pieds; dans la salle à manger, qu'il vient d'être lavé; dans le salon, qu’il tient chaud. Mais la fabrication n’est pas en entier dans la matière; il y a la couleur, il y a aussi le dessin. Dicu nous a donné pour modèles de nos tapis ses tapis de verdure: quand les päquerettes et les boutons d'or sont répandus uniformément au milieu du gazon, la vue est doucement égayée; quand nous sentons sous nos pieds la douceur moelleuse et élastique de ce revêtement, nous marchons avec plaisir, nous bondissons presque. Comment. cette impression sera-t-elle troublée? Par la terre qui perce de sa couleur grise une place qu’un accident aura dénudée, par quelque pierre anguleuse, par quelque chardon hérissé de piquants, enfin par un trou qui nous avertit de songer au danger caché sous ce tapis séducteur. Où trouverai-je, tous ces défauts? dans le tapis oriental les uns, dans le tapis occi-
dental les autres. Les Orientaux ont compris le tapis comme les Grecs et les Romains avaient conçu leur mosaïque, y apportant naturellement, suivant la différence de la matière, moins de régularité et plus de luxe de couleurs, mais conservant toujours en vue, même dans leurs dessins à combinai. sons mathématiques, le semis de fleurs sur le tapis de verdure. Le tapis turc vient de là, et c’est le modèle qu'on doit suivre, qu'on peut modifier à l'infini, qu'on ne doit jamais perdre de vue. Comment, dans des salons où tout doit m'occuper, les devoirs de la politesse , la curiosité pour les tableaux qui pendent aux murs et les objets d'art qui ornent les tables, Je marcherai sur des tapis qui solliciteront mon attention, avec les saillies et les creux de leurs dessins, plus vivement que le pavé de la rue avec ses égouts et ses ruisseaux ! Et voyez quelle influence vos fautes exercent sur l'industrie privée, une industrie qui exporte pour trois millions de marchandises. M. Sallandrouze, pour citer un des plus habiles, expose à Londres un tapis qui transforme le sol en fondrières, où chaque cartouche, durement accusé en formes architecturales relevées en bosse, fait un trou qui me menace, et il va sans dire que les autres fabricants ne sont pas plus sensés. On marche sur ces tapis, comme lorsqu'on vous bande les yeux sur le tapis vert de Versailles, en levant les pieds, en faisant d’étranges enjambées : c’est qu'il n'est pas commode de passer sur des précipices et des rochers, de traverser les eaux du déluge et les forêts vierges de l'Amérique, en compagnie des requins, des tigres et des reptiles.
Ün tapis a son vrai rôle quand, formé d’un fond vert ou bleu, émaillé de fleurs et se prolongeant sans interruption, sans changements, depuis l’antichambre jusqu'au fond de l'appartement, il semble une douce prairie fraîchement fauchée. Il appartient à la grande manufacture de lui rendre ce rôle. Toutefois, en sortant des petits appartements, en entrant dans les salles d’apparat et de réception d’une grande dimension, je comprends la nécessité de vastes compositions ; mais dans ces circonstances même je demanderais à la nature