LEUR OFFRE
Dans tout ce qui précède, je ne me suis préoccupé que de l'avenir des beaux-arts et des moyens d’en étendre l’heureuse et féconde influence. J'ai supposé que les autres réformes marchaient de pair, que l’enseignement des ouvriers et des ouvrières serait favorisé par les institutions de l'État et par les associations de charité; autrement j'aurais dû entrer dans un ordre de considérations en apparence étranger à mon sujet, et qui m'aurait entraîné hors de mon cadre, bien que la moralisation des individus, les moyens donnés aux plus intelligents de devenir plus habiles, tout l'ensemble des progrès qui élèvent le niveau de l'intelligence, tout l'ensemble des nobles perspectives ouvertes aux yeux de chacun, qui stimulent dans les âmes l'ambition de parvenir par la voie la plus glorieuse, la voie du travail, soient autant de progrès faits dans la carrière du vrai, du bon et du beau, qui est la préparation naturelle à la pratique sérieuse des arts. Mais je laisse à d’autres cette tâche si digne de la sollicitude des esprits éclairés et des âmes honnêtes.
Je dirai cependant un mot de la condition des femmes dans la classe ouvrière; j'en dirai un mot pour n’en plus parler. Cette condition intéressante devient si malheureuse, que tout moyen proposé pour y porter remède mérite une attention bienveillante. Entre les villes manufacturières qui montrent, comme à Lowell, ce que peut la philanthropie combinée avec les obligations du commerce, et les villes manufacturières de l'Angleterre, qui dévoilent ce que produit l'unique préoccupation du gain; entre des jeunes filles qui gagnent honorablement leur vie aux États-Unis en cultivant
leur intelligence, en conservant la pureté de leur cœur, en amassant pour former la dot du mariage ou pour assurer la retraite dans la vieillesse, et cette prostitulion, compagne de la misère, qui est organisée en Angleterre comme une addition obligée au salaire de la journée, il y a de nombreux échelons de dignité humaine et d’abrutissement. Nous n’atteignons pas si haut, nous ne descendons pas si bas; mais, en somme, la pente est mauvaise. Chaque jour le salaire du travail des femmes s’avilit, et chaque jour ce salaire, si vivement disputé entre elles, leur est enlevé par l'introduction des machines dans les travaux et des hommes dans les fonctions qui leur étaient attribuées et semblaient à tout jamais devoir leur être réservées.
On sait comment la filature et le tissage mécanique du lin et du chanvre, la façon de la dentelle et de la broderie par le métier Jacquart, le tricot fabriqué mécaniquement sur le métier circulaire, ont dépossédé des populations entières de leur gagne-pain traditionnel; dans nos villes, les machines à coudre viennent opérer une révolution du même genre. Ce tort grave pouvait être compensé par un emploi plus général des femmes dans l'immense commerce de débit, où leur probité, leur propreté, leur assiduité, leur douceur engageante, étaient d'autant mieux appréciées, qu’elles offraient ces qualités en échange de salaires moins élevés et d’appétits plus modérés; mais aujourd'hui, j'ignore sous quelle influence, les garçons de boutique, de bureau, d’auberge, remplacent partout les filles : une maison croit relever sa dignité et flatter ses chalans en les faisant servir par des hommes; bien plus, nous voyons des hommes modistes et des tailleurs pour dames.
Quand le commerce admet une innovation coûteuse, il faut toujours reconnaître une nécessité dominante; j'ai cherché à découvrir les raisons vraies opposées au service des femmes: les plus graves sont le peu de moralité des filles qui se mettent en condition et les inconvénients plus fächeux de leur inconduite. Je ne fais qu'indiquer ces reproches, et j'ar-