‹ De l'unité de la phthisieChapitre 4 sur 5 · C. Des vaisseaux · texte numérisé non relu

C. Des vaisseaux

(l) Arch. de physiologie, p 107, 18G8.

Et il décrit trois espèces de cellules : cellules épi théliales à noyau arrondi ; cellules conjonctives à noyau ovalaire ; cellules vasculaires à noyau fusiforme. Il y a de même trois processus : épithélial dans la pneumonie caséeuse ; conjonctif dans la pneumonie ulcérative chronique ; vasculaire dans le tubercule.

Il faut ajouter que ces processus d'origine si bien distincte n'empiéteraient pas l'un sur l'autre, sauf dans le cas de pneumonie ulcérative chronique, oùl'in- ^ammation commencée à l'épithélium s'étendrait au tissu conjonctif. Les choses seraient ainsi très-simplifiées. Malheureusement -on peut faire des objections sérieuses à cette manière de voir. Le tissu conjonctif de la paroi alvéolaire a-t-il des cellules qui lui appartiennent en propre? Kœlliker le nie formellement, et le trouve homogène dans toute son étendue. Je suis très-porté à me ranger à cet avis, car, outre qu'il y a dans la paroi alvéolaire bien d'autres formes de noyaux que Colberg ne décrit pas, ces nuances sont insuffisantes à caractériser un tissu. De plus, quand ou examine vingt-quatre heures après la mort un poumon sain, on trouve, en effet, que la membrane alvéolaire est semée de noyaux; mais que sont- ils? Villemin décrit cette membrane, vue sous cet aspect, comme un tissu conjonctif incrusté de noyaux, sans épithélium. Colberg croit aussi que dans ce mode de préparation on ne voit que les noyaux conjonctifs ; pour lui, l'épithélium est tombé. Kœlliker pense, au contraire, que ce sont les noyaux mêmes des cellules épithéliales que l'on voit. En face de ces divergences des meilleurs auteurs, on peut donc dire que ce triple processus des trois espèces de cellules n'est que le représentant perfectionné de cette idée semée par

Virchow et Reinhardt : les deux produits pathologiques, pneumonie caséeuse et tubercule, dérivent de tissus différents.

Loin d'affirmer ainsi les choses et de tracer son origine à chaque néoformation pathologique, je crois que la paroi des alvéoles du poumon est composée de telle sorte qu'il est très-difficile d'y reconnaître même à l'état normal ce qui appartient à tel ou tel tissu. Malgré mes recherches prolongées, mon opinion n'est pas encore faite sur ce point d'histologie ; cependant voici comment j'accepterais aujourd'hui la structure de la paroi alvéolaire chez l'homme adulte : A. Une membrane épithélique, c'est-à-dire une membrane formée de cellules épithéliales soudées, et très-adhérente aux parties sous-jacentes composées de tissu cojonctif, de fibres élastiqueset de capillaires; B. Le tissu conjonctif,qu'onlui décrive deux couches avec Kœlliker ou une seule couche, me paraît complètement amorphe et très-peu abondant, car il se borne à remplir les vides laissés par les vaisseaux qui le traversent en tous sens, et l'on sait quelle est la richesse du réseau vasculaire des alvéoles du poumon. Je me range donc à l'opinion de Koelliker, et je crois même que ce tissu mériterait mieux le nom de tissu conjonctivo-élastique. Il me paraît du moins avoir subi des transformations dans ce sens, car il ne se colore pas au carmin comme le tissu conjonctif, et il résiste plus que lui aux acides et aux alcalis. Mandl avait déjà émis cette opinion,, mais on n'a pas tenu assez compte de ses travaux sur ce sujet; C. Les fibres élastiques sont disposées en réseaux bien connus ; D. Enfin, les capillaires dont on ne voit l'importance qu'après injection, mais qui n'en existent pas moins,

quoique vides et invisibles, sur les préparations ordinaires. On arrive ainsi à considérer les noyaux qui se colorent au carmin dans la paroi alvéolaire comme appartenant soit à la membrane épithéliale, soit aux parois des vaisseaux, soit même à des cellules blanches intra-vasculaires ; les noyaux musculaires quand on les rencontre, ne se trouvant que dans les confluents des travées alvéolaires.

Quand on étudie les néoformations pathologiques dans cette cloison, et qu'on ne veut accepter que les choses certaines, on reconnaît qu'il peut s'y développer : ou bien des petites cellules qui adhèrent à la paroi, et en s'y agglomérant forment des bourgeons cellulo - embryonnaires ; c'est le tubercule; ou bien des cellules qui tombent dans la cavité alvéolaire, et y paraissent alors volumineuses et plus ou moins irrégulières ; ce sont les cellules épithéliales de la pneumonie catarrhale et de la pneumonie caséeuse.

En appliquant à ce fait les interprétations de chacun selon sa conception anatomique de l'alvéole, on peut s'assurer que les hypothèses ne manquent pas. Pour Villemin, les deux espèces de cellules sont les produits de tissu conjonctif, tandis que pour les partisans de Kœlliker elles seraient formées par des cellules épithéliales. Nous avons vu Colberg faire la part de chaque tissu ; enfin, à toutes ces hypothèses, je pourrais ajouter la mienne, et dire que tout en faisant jouer un rôle important aux cellules épithéliales, il faudrait faire intervenir les cellules des parois capillaires, et peut-être même les cellules intra-vasculaires. Pour Billroth, par exemple, le tubercule est formé par les cellules blanches du sang extravasées (1).

(1) Handbuch der allgemeinen und speciellen chirurgie, Erlangen, 1870, p. 345.

En tout cas, pour en revenir à l'origine du tubercule, je ne vois pas trop comment on pourrait prouver que ce tissu cellulo-embryonnaire de la granulation tuberculeuse vient des cellules du tissu conjonctif, c[uand il est probable qu'elles n'existent pas (d). Ne pourrait-on pas aussi se demander jusqu'à quel point les cellules dites catarrhales qui flottent dans la cavité alvéolaire, ne doivent pas à cette liberté dans un espace plein de liquide, une partie de ce volume, de cette turgescence avec lesquelles elles nous apparaissent? Peut-être encore pourrait-on invoquer la rapidité de formation de ces cellules pour expliquer leurs différences morphologiques. Mais je n'insiste pas sur toutes ces interprétations dont le premier tort est de n'avoir aucun fondement sérieux.

Je crois pouvoir m'arrôter ici et me résumer ainsi :

A. La granulation tuberculeuse est un produit pathologique qui occupe l'intérieur des alvéoles pulmonaires, aussi bien que la pneumonie caséeuse, car c'est aux dépens de la paroi alvéolaire même que naissent la plus grande partie des tubercules; il n'est donc pas exact d'invoquer les différences de siège de ces deux produits, pour conclure à une différence de nature.

B. S'il est facile de s'assurer que le tubercule prend naissance dans la cloison alvéolaire, il n'en est pas de même quand il s'agit de déterminer quelles sont les cellules de la cloison qui l'engendrent. Nous croyons que, dans l'état actuel de la science, il est impossible d'affirmer telle oii telle origine spéciale, et surtout unique; il est seulement permis de faire des hypothèses plus ou moins vraisemblables.

(1) On sait que les pelites travées conjonctives de l'épiploon ne porlent pas de cellules, or le tissu conjonctif alvéolaire est composé de faisceaux cxlrômcmcnt délies, cl par conséquent dépourvu de cellules.

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