‹ De l'urée dans le cancerChapitre 3 sur 10 · URÉE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

URÉE PHYSIOLOGIQUE

Origine et définition. — LTirée fut entrevue pour la première fois par Rouelle le jeune en 1771, Il la retira derurine à Tétât impur. Ce n’est que plus tard en 1779 queFourcroy et Vauquelin l’obtinrent à Tétat de pureté, lui donnèrent son nom, et en découvrirent les principales propriétés. Nous croyons pouvoir la définir ainsi : c’est le résultat ultime de la transformation que subissent les substances alimentaires azotées pendant la digestion. On prévoit déjà que le taux de Turée éliminée doit varier avec la quantité des aliments azotés ingérés : c’est ce qui explique comment les moyennes des chiffres donnés par les auteurs sont si peu concordantes

Quantité moyenne d'urée à l’état normal. — Neubauër donne le chiffre de 22 à*' 35 grammes en vingtquatre heures. Rommelaër celui de 32 grammes chez un individu pesant 60 kilogrammes. Vogel parle de25à40. En Angleterre, ou la nourriture est très azotée, la moyenne est 32 (Oarrod). En France, celte moyenne est moins élevée. MM. Béhier et Hardy dans leur pathologie indiquent déchiffré de 23 à 30 grammes. M. Brouardel admet qu’un homme sain

Grégoire. 2

élimine e!i une journée de 18 à 22 grammes d’urée avec une proportion moyenne d’urine de 1,250 grammes. Comme nousle voyons, les opinions à ce sujet sont assez diverses. On pourrait, nous le pensons, trouver la raison de ces différences dans la variété des populations chez lesquelles on a pris les moyennes.

Voies élimination, — L’urée s’élimine principalement par les reins, organe de la filtration et non de sécrétion, dont le rôle actif et spécial est de faire élection de certains matériaux devenus impropres à la vie. Mais nous savons que l’urée n’est pas uniquement contenue dans l’urine, sa présence a en effet été constatée dans tous les liquides de l’organisme. Le sang, le chyle et la lymphe en contiennent. Sa présence est notée également dans la salive, la hile, la sueur et le lait, dans de faibles proportions, il est vrai, mais cette existence est constante.

Variations physiologiques, — Bon nombre de causes font varier le taux de l’urée excrétée en vingt-quatre heures. Nous parlerons des principales.

La question des climats n’est pas sans importance. On sait en effet que l’urée augmente avec la latitude, c’est-à-dire avec la richesse de ralimentation, l’activité physique, l’énergie des fonctons respiratoires et digestives que l’on observe dans les pays froids.

La quantité d’urée excrétée n’est pas la même à toutes les heures où on l’observe. Celle du jour est â celle de la nuit dans le rappport de 3 à 2.

L’urée augmente avec le poids du corps. A un kilogramme en effet correspond une quantité d’urée égale à 0,35.

Relativement à l’âge, on voit le taux de l’urée atteindre son maximum chez l’adulte, puis décroître progressiment dans la vieillesse. Les intéressants travaux de M. Quinquaud donnent les doses moyennes excrétées par l’enfant depuis le jour de sa naissance.

La femme excrète moins d’urée que l’homme, et au moment des règles on observe des variations assez notables, qui commencent un ou deux jours avant la période menstruelle, pour disparaître quelques jours après. On sait aussi que pendant la période de lactation l’urée diminue.

L’activité musculaire augmente sa production. Lehman raconte que, sur des expériences faites sur luimême, il avait observé qu’il rendait en moyenne 30 grammes d’urée par jour et que s’il se livrait à de violents exercices musculaires, le chiffre s’élevait à 36. Hammond a trouvé qu’un homme en repos excrétait 33 grammes d’urée ; avec un travail ordinaire, le chiffre s’élevait à 47, et avec un travail exagéré à 59. Mais si nous trouvons une cause d’augmentation d’urée dans le travail musculaire, nous en trouvons une semblable dans le travail intellectuel. La relation qui existe en effet entre l’activité cérébrale et la composition des urines a été mise hors de doute par les recherches de Hugo, Schiff, Noyés et Byasson.

Comme nous le voyons, les causes de variation de i’urée sont assez nombreuses, mais cependant celles que

je viens (l’énumérer sont, je puis le dire, d’une importance relativement secondaire. Il en est une autre au contraire sur laquelle j’attire tout spécialement l’attention, je veux parler de l’alimentation. En effet, de toutes les influences normales qui peuvent modifier l’excrétion de l’urée, l’alimentation est, sans contredit, la plus importante : aussi doit-on lui attribuer une large pa^:t dans les différences que nous observons lorsque nous analysons des urines. Durant l’abstinence, les urines de tous les animaux offrent des caractères semblables parce qu’ils ne vivent alors que de leur propre substance, et dans ces conditions la composition du liquide urinaire peut servir de type et de mesure pour apprécier toutes les influences auxquelles elle est soumise (Claude Bernard).

Pour mieux montrer combien est importante la question de l’alimentation dans la production quotidienne de Furée, je donne ici un tableau de Lelimann et Franque, montrant la différence suivant le régime et la richesse des aliments.

Régime non azoté.... 15 grammes 40 d’urée. .

Régime végétal . 22 — 48 —

Régime mixte ....... . 32 — 49

Régime animal . . 53 — 19 —

('Lehmann. )

Variations de durée som ïinfjuence des agents thérapetctigiies . Sans vouloir entreprendre un travail complet sur l’action directe de chaque agent thérapeutique par rapport à l’excrétion de l’urée, quelques considérations générales cependant sont indispensables.

En effet, la nutrition peut être influencée de diverses manières par les agents thérapeutiques. La composition du sang, l’activité de la circulation peuvent éprouver, par leur action, des modifications simultanées ou successives, et ces modifications déterminent dans les déchets organiques des variations en rapport avec les individus, la dose du médicament et la période de son action.

Parfois on observe une augmentation dans le taux quotidien de Tarée éliminée. Les ferrugineux, par exemple, servant à la formation des globules rouges, véhicules de Toxygène, élèvent la température et le chiffre de Turée. Les reconstituants (phosphaté de-, chaux, huile de foie de morue, etc.) doivent par leur influence favorable sur la nutrition donner le même résultat. Les bains activant la nutrition, et surtout les bains froids, par l’obstacle qu’ils apportent aux pertes occasionnées par l’effet de la transpiration, augmentent également les matières organiques contenues dans T urine.

D’autres fois, au contraire, se manifeste une action opposée : avec la digitale, le ralentissement du pouls, de la température et de la respiration s’accompagne d’une modification semblable dans les phénomènes chimiques de la nutrition. Le bromure de potassium, Tiodure de potassium et l’arsenic diminuent également l’excrétion de Turée. Les merciiriaux n’agissent pas autrement, ainsi que le prouvent des faits pathologiques rapportés par M. Bouchard dans le cas d’intoxication mercurielle.

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