SYMPTÔMES GASTRO-INTESTINAUX
Inappétence. — Vomissement. C'est le piiénomène le plus important. — Diarrhée. — Accidents cor.séciitifs awx altérations de l'intestin.
J'aborde acluellement l'exposé des symptômes gastrointestinaux de l'urémie.
Ce n'est pas seulement une nécessité de description qui m'a engagé à séparer l'histoire de ces accidents de celle des troul)les cérébraux ; c'est aussi cette considération que ces accidents se montrent parfois isolés et indépendants de l'urémie à forme cérébrale, dont ils constituent il est \rai, le plus souvent, des signes précurseurs ou concomitants. Le médecin doit donc apprendre à les reconnaître alors qu'ils existent seuls, pour en tirer des signes indicateurs, et, par leur aide, prévenir, s'il se peut, les dangers qu'ils annoncent.
Inappétence, vomissements, constipation ou diarrhée, voilà en somme ce à quoi se résument ces troubles, à part quelques complications excentionnelles que je signalerai en leur place.
L'inappétence est habituelle; elle va souvent jusqu'au dégoût; elle s'accompagne, en général, d'enduits blanchâtres de la langue et de nausées.
Le vomissement est un symptôme plus important, c'est même ici le symptôme par excellence ; nous l'avons déjà rencontré en décrivant l'urémie à forme cérébrale. Il
nous reste à signaler quelques particularités intéressantes (jui s'y rattachent.
Ce vomissement est un fait très fréquent, surtout dans les formes aiguës de la maladie. Il débute souvent d'une façon inopinée, sans que rien ait pu le faire prévoir, à une époque même où l'appétit est encore conservé. Si bien que malade et médecin prennent habituellement le premier vomissement pour une indigestion sim[)le. Mais cette erreur n'est pas de longue durée. Bientôt le vomissement se répète; il n'est plus seulement alimentaire, il est liquide, amer, acre. Il se produit et se répète alors même que la digestion des aliments se fait bien ; souvent aussi il a lieu au réveil. 11 s'accompagne de nausées fréquentes.
Chacun sait combien le vomissement est un fait fré- (juent dans les affections rénales, notamment dans les néphrites albumineuses chroniques, où M. Rayer l'a observé dans le sixième des cas environ. Il ne faudrait pas toutefois rapporter indistinctement à l'intoxication urémique tous les vomissements qui se produisent dans le cours de l'affection de Bright. Il en est évidemment qui sont dus à d'autres influences. Un signe spécifique qui, pour certains auteurs, caractériserait le vomissement urémique, ce serait la nature des matières rejetées. Presque toujours, dit Frerichs, la matière vomie est alcaline et l'on y rencontre par l'analyse une substance spéciale, le carbonate cC ammoniaque . Quelquefois les matières sont acides, mais alors il suffit d'y ajouter de la potasse pour que l'ammoniaque se dégage.
Des troubles intestinaux s'ajoutent au vomissement. En quelques cas on a noté de la constipation, mais le fait le plus habituel, c'est la diarrhée. Cette diarrhée est
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souvent abondante, colliquative. Les matières alvines, dit-on, contiennent du carbonate d'ammoniaque.
D'autres symptômes pUis rares ont été observés. Des phénomènes pseudo-dysentériques se déclarent; les selles contiennent du sang et des détritus gangrénenx. Enfin les ulcérations qui se développent dans l'intestin peuvent même devenir l'origine d'une perforation suivie d'une mort rapide.
Ce sont là, ai-je besoin de l'ajouter, des faits excessivement rares.
Ylll
Expiration ammoniacale. — Opinion de Frericiis. — Expériences contradictoires de Scliottin, Reuliiig, Gallois, etc. — Incon.slance et iiicerlitude du phénomène.
Epistaxis (M. Kajer, Todd). — ■ Relation de l'épistaxis avec l'urémie.
Un autre signe a été donné comme propre à l'urémie, c'est Y expiration ammoniacale.
Frerichs a avancé ce fait qu'au moment où les symptômes de l'intoxication urémique commencent, l'air expiré se charge d'un principe spécial, le carbonate d'ammoniaque. La quantité de ce principe serait même en rapport, d'après lui, avec l'intensité des phénomènes urémiques.
J'ai maintes fois démontré, dit- il, que dans le cours des accidents urémiques l'air expiré contient de l'ammoniaque. Le même fait a lieu après l'extirpation du rein ou après l'injection d'urée dans les veines. Il siilïit pour s'en convaincre d'approcher de la bouche un papier rouge de tournesol; ce papier est ramené rapidenient au bleu. La mên'.e expérieno' peut être faite avec une baguette de
verre mouillé d'acide chlorhydrique ; an contact de l'air expiré, on voit se former autour de la haguelte un nuage plus ou moins épais de vapeurs blanches.
Ce fait de l'expiration ammoniacale, s'il était vrai, aurait une grande portée. Mais il n'esl rien moins que démontré. Si (pielques auteurs (Jaksch , M. Charcot entre autres) disent l'avoir vérifié, en revanche il a été vivement attaqué par d'autres, par E. Schottin notamment, parW. Reuling, qui a consacré à cette étude sa thèse inaugurale (1 ), etc.
Schottin fait reniarquer d'abord que dans une salle d'hôpital mal ventilée, il se forme spontanément un léger nuage sur l'extrémité d'une baguette de verre trempée dans de l'acide chlorhydrique. J'accorde peu de valeur à cette objection, car il est facile de se mettre à l'abri d'une semblable cause d'erreur.
Mais voici des arguments plus sérieux. Lorsque la bouche n'est pas nette, soignée, lorsque les dents sont cariées ou lorsque des particules alimentaires séjournent entre les dents, l'expiration est souvent ammoniacale, et cela non pas seulement chez les malades, mais même à l'état de sanlé. C'est ce dont on peut s'assurer en plaçant devant la bouche un papier rouge de tournesol préalablement humecté d'eau distillée. Ce fait, du reste, s'explique facilement par la décomposition putride des sécrétions buccales ou des détritus alimentaires.
Dans les cas où les malades respirent laboucheouverte, mêmes phénomènes. Le passage continu de l'air inspiré et expiré dessèche les liquides delà bouche qui ne tardent
(1) De l'ammoniaque que contient t'air expiré, etc. Giessen, 1854.
pas k se transformer, la chaleur aidant, en produits ammoniacaux.
C'est ainsi que Schottin, qui paraît avoir étudié ce sujet avec persévérance, dit avoir constaté l'expiration ammoniacale sur des malades atteints d'affectionscomplétement étrangères à l'urémie, tubercules pulmonaires.aniygdiViile, manie chronique, etc.
De plus, il n'est pas vrai que l'expiration ammoniacale soit un phénomène constant ou môme habituel dans l'urémie. Schottin a étudié à plusieurs reprises l'haleine de seize individus présentant, dit-il, d'une façon manifeste, les symptômes de l'urémie, et sur un seul il constata l'expiration ammoniacale. Encore, ajoute-t-il, dans ce cas unique, l'ammoniaque n'existait qu'en très faible proportion, et le malade était depuis longtemps dans un état de stupeur, la bouche largement ouverte, les dénis, les gencives et les lèvres tapissées de croûtes épaisses de mucus.
Parmi nous, le fait de l'expiration ammoniacale a été peu étudié, et les auteurs qui se sont livrés à ce genre de recherches n'ont presque jamais obtenu que des résultats négatifs.
M. Gallois a fait respirer des lapins, empoisonnés par l'urée, dans une sorte de masque de caoutchouc à une seule ouverture. A cette ouverture était attaché un papier rouge de tournesol sur lequel l'air expiré devait nécessairement passer. Or, jamais ce papier ne fut i amené au bleu, même alors que les animaux étaient en proie aux accidents nerveux les plus intenses. Jamais non plus une baguette mouillée d'acide chlorhydrique ne donna lieu aux vapeurs blanches caractéristiques.
M. Aran, que j'ai vu étudier le même fait sur des
malades urémiques, n'a presque jamais obtenu que des résultats néaratifs.
Enfin, M. Béhier a également échoué dans trois expériences faites sur des femmes enceintes affectées d'éclanipsie grave.
Que conclure de cela? C'est que l'expiration ammoniacale, on ne saurait le nier, a été observée dans un certain nombre de cas, mais qu'elle peut tenir à une cause tonte différente de celle que lui assignait Frerichs. C'est encore que si ce phénomèue s'observe dans l'urémie, ce qui, est loin d'être démontré, il est au moins très inconstant et en tout cas non spécial à cet état morbide.
Je mentionnerai, en terminant, un symptôme intéressant dont je dois la connaissance à M. le docteur Chai-cot.
Ce savant médecin m'assure que son attention a été souvent appelée par M. Rayer sur la fréquence des épistaxis dans l'urémie. Ces épistaxis s'observeraient surtout dans les prodromes et seraient remarquables quelquefois par leur répétition. On les rencontrerait aussi, mais plus rarement, dans le cours des accidents nerveux.
En parcourant à ce sujet le livre de M. Rayer, j'ai trouvé ce symptôme noté dans un certain nombre d'observations, alors que la fonction urinaire était gravement entravée.
J'ai rencontré aussi dans le livre de Todd (1 ) le passage suivant : « L'épistaxis est un symptôme assez fréquent dans les maladies du rein. D'après mon expérience personnelle, on la rencontre plus spécialement dans les formes
(i) Clinical lectures on certain diseases of the urinary organs.
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atrophiques. L'épistaxis me paraît, marquer une période avancée de la maladie et se produire à une époque où le sang est très altéré [much injured) et où le rein ne suffît plus à éliminer les matières exerémenlitielles (1). »
Une hémorrbagie coïncidant avec une altération du sang n'a rien qui doive nous surprendre. Ce fait intéi'essant que la science doit à M. Rayer, ne pourra manquer de provoquer bientiit de nouvelles recherches.
ANAÏOMIE PATHOLOGIQUE.
Deux ordres de lésions : lésions étrangères et lésions propres à l'urémie. — Lésions cérébrales. Lcin d'être constantes, elles font défaut dans un grand nombre de cas. — Discussion.
Lésions gastro-intestinales (Treitz).
État du sang.
A l'autopsie des sujets qui ont succombé à Turémie, on rencontre des lésions de deux ordres.
De ces lésions, 1" les unes appartiennent à l'affection rénale sous la dépendance de laquelle s'est produite rm'émie. Elles sont nécessairement multiples et diverses. Je n'ai pas à en parler ici ; on les trouvera, du reste, indiquées au chapitre des conditions étiologiques.
2° D'autres sont disséminées sur divers organes. De celles-ci les unes sont étrangères à l'urémie; l'es autres, au contraire, lui appartiennent en propre. Ce sont ces dernières qui devront surtout m'occuper.