‹ De l'uremieChapitre 17 sur 22 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

L'urémie, je le répète encore, n'étant jamais qu'une conséquence, le premier devoir du médecin est de s'attacher à combattre les causes qui peuvent la produire.

Ces causes sont multiples comme on l'a vu précédemment; les indications thérapeutiques qui en dérivent sont donc également nombreuses et variées; je n'ai pas à en parler ici. Quelles que soient du reste les lésions primitives, le résultat à craindre, toujours identique, c'est l'urémie, l'urémie dérivant d'un trouble grave de la fonction rénale.

Prévenir l'urémie, la traiter quand elle exisle, tel est le double but auquel doit tendre notre art.

Quelles ressources d'abord nous ofîre le traitement préventif?

C'est un fait d'expérience physiologique que dans les cas où la fonction rénale tend à devenir insuffisante, l'intestin peut la suppléer dans une certaine mesure et pour un temps; j'aurai du reste à revenir sur ce fait dans le courant de cette thèse. De plus, l'urée s'élimine aussi par la peau. C'est encore là une notion que nous fournit la physiologie.

De là pour nous l'indication rationnelle de favoriser ou d'aider ces excrétions supplémentaires, à la fois sur l'intestin et sur la peau.

1" Sur r intestin. — Si l'économie paraît faire effort d'elle-même pour se débarrasser en quelque sorte du poison morbide par des évacuations gastro-intestinales, (diarrhée, vomissements), il convient, je pense, de respecter cette élimination spontanée.

Au contraire, si cette élimination ne se fait pas, peut-on la provoquer?

Beaucoup de médecins s'efforcent d'amener, à l'aide de purgatifs, des évacuations intestinales abondantes, et les faits ne manquent pas dans la science pour montrer que cette médication n'est pas sans valeur. Res-

ferait à savoir, au point de vue doctrinal, si les purgatifs agissent réellement comme le suppose la théorie, c'està-dire en éliminant l'excès d'urée contenue dans le sang.

Le choix du purgatif n'est pas, je pense, indifférent , ici. 11 convient d'éviter les drasti(pies violents dans le cours d'im état morbide où la muqueuse intestinale est disposée à s'ulcérer. Les purgatifs légers me paraissent : il ce titre d'un emploi plus rationnel.

"i" Sur la peau. — De même, il convient d'assurer la liberté d'action éliminatrice de la peau (vêtements de laine, bains, exercice^ etc.). M. Richard.son insiste beaucoup sur l'utilité des ablutions tièdes ou froides (1). Les bains de vapeur, conseillés par les uns, ont été vivement attaqués par d'autres médecins (2) dans ces derniers temps.

Ces deux indications, unies à celles qui ressortent de l'état général, sont les principales que le médecin ait à remplir; mais l'efficacité des moyens dont il dispose est plus souvent en disproportion avec le trouble morbide. L'urémie se déclare: que reste-t-il alors à faire?

Et d'abord, est-il besoin de dire qu'il n'existe pas de traitement spécifique de l'urémie? Nous ignorons quel est le poison morbide, et nous ne connaissons pas davantage les moyens de le combattre. Dominé par une vue théori([ue, Frerichs avait cru trouver dans les acides, notamment dans les acides chlorhydrique et benzoïque, l'antidote de l'infection ammoniacale du sang. D'autres ont attribué les effets heureux du chloroforme dans l'urémie

^1) On urœmic coma.

(2) Marchai (de Caivi), Moniteur des hôpitauT, 1855.

à une aclion de ce genre. Ce ne sont là que des hypothèses chimiijues que rien ne justifie.

Quant à l'idée de débarrasser le sang du poison par des saignées répétées et copieuses, je pense qu'il suffit de la citer sans la combattre.

En l'absence d'un agent spécifique, les ressources dont le médecin dispose sont restreintes; cependant l'art n'est pas désarmé; en certains cas, il peut intervenir utilemeul, et dans ces dernières années, il s'est môme enrichi d'un agent précieux, le chloroforme.

Divers sont les symptômes de la maladie, diverses aussi sont les indications à remplir.

I. — Dans une première forme, les convulsions dominent (soit comme exemple l'éclampsie puerpérale). Que faire ?

Deux moyens sont ici très vantés, la soignée et le chloroforme.

La saignée a joui d'une faveur considérable et compte de nombreux succès. Elle répond en effet à une indication fréquente, modérer les congestions parfois énormes (|ui se font vers le cerveau. C'est à ce môme titre que les émissions sanguines locales peuvent aussi être avantageuses. Mais on ne saurait plus faire aujourd'hui de la saignée une médication absolue. D'une part, en effet, la thérapeutique dispose d'un agent qui n'a ni dans le présent, ni dans l'avenir du malade, les mêmes inconvénients ; et d'autre part, l'anatomie pathologique démontre de plus en plus que la congestion, loin d'être un phénomène nécessairement lié à l'éclampsie, cède souvent le pas comme fréquence à un état anémi([ue du cerveau des plus manifestes.

La saignée répond donc à des indications spéciales (pléthore, congestion) en dehors desquelles elle perd son heureuse influence.

Le chloroforme compte de nombreux succès. C'est à coup sûr aujourd'hui l'agent le plus employé contre les convulsions, et le plus sûr. Il modère, il abrège les phénomènes convulsifs; il calme surtout ces spasmes, ces contractions si redoutables des muscles du cou, qui, comprimant les jugulaires, concourent à congestionner l'encéphale.

Dans l'éclampsie puerpérale, les résultats qu'il a fournis sont très brillants (t).

Après ces deux médications principales, mentionnons encore la compression carotidienne, les affusions froides, les antispasmodiques et les calmants divers, etc. Chacun de ces différents agents, on le conçoit, a ses indications spéciales que je ne puis préciser.

IL — I^e coma réclame un traitement différent, selon qu'il est l'expression d'un état d'anémie, de dépression, ou bien qu'au contraire il se relie à une congestion manifeste de l'encéphale.

Ces différences reconnues, que fait le médecin? Rien autre que le traitement des symptômes et des indications actuelles; rien de spécial que j'aie à mentionner.

IIL — Le délire est un symptôme moins prochainement grave que les convulsions ou le coma. Il réclame donc en général une thérapeutique moins immédiatement énergique. (Contre lui du reste peu de moyens effi-

(1) Voy. Braun, Wieger, etc

caces, si ce n'est toutefois les affusions froides, qui, eu certains cas, ont obtenu des succès réels et fort remarquables.

Enfin, un dernier mot à propos des symptômes gastrointestinaux de l'urémie. J'ai dit précédemment qu'il y avait le plus souvent avanlage à respecter ce qui pouvait être une évacuation supplémentaire. Cela n'est pas une règle absolue. Si par leur intensité ces évacuations devenaient une cause d'épuisement, le rôle du médecin serait de les modérer.

En résumé, on voit qu'à l'exception de la forme convulsive, dans laquelle le chloroforme rend parfois d'incontestables services, les l'essources de la thérapeutique sont très limitées. On comprend donc que cette insutfisance ail conduit quelques médecins à n'opposer aux accidents de l'urémie que l'expectation simple. Peut-être cette méthode donnerait-elle ici des résultats non moins favorables que dans une autre espèce d'intoxication, l'eiicéphalopathie saturnine où, comme on le sait, elle a été autrefois mise en pratique avec un succès relatif par M. le professeur Rayer. Mais la question est encore trop neuve, les observations sont trop peu nombreuses et trop incomplètes pour que la valeur parallèle des diverses médications puisse être définitivement établie.

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