‹ De l'uremieChapitre 18 sur 22 · PARTIE DOCTRINALE · texte numérisé non relu

PARTIE DOCTRINALE

Exposé rapide des principaleo doctrines. — Doctrine anatomique. — Doctrine humorale : Wilson, Frericlis.

C'est le propre de l'esprit humain, mifait étant découvert, de remonter à la cause, d'en rechercher l'origine, le pourquoi. Aussi de tout temps dans la question qui nous occupe, la théorie a-t-elle marché presque de pair avec la clinique. A peine eut-on observé les accidents auxquels pouvait donner lieu le trouble des fonctions urinaires, que l'on se demanda quelle pouvait en être la cause, et alors surgirent les théories.

Voici quel était le problème à résoudre. Une série d'accidents de nature diverse, consistant surtout en des symptômes cérébraux graves, avaient été observés dans le cours de la maladie de Bright; quelle en était l'origine?

Les deux doctrines opposées qui régnent encore aujourd'hui dans la sciei ce et qui, de part et d'autre, s'appuient sur les autorités les plus imposantes, ne tardèrent pas à surgir. L'une rapporlaità des lésions des centres nerveux, les accidents cérébraux; l'autre les faisait dériver d'une altération plus générale, d'une altération du sang.

f-a première doctrine s'appuyait sur des faits bien constatés d'anatomie pathologique. La seconde, qui exista

longtemps à l'étiit d'hypothèse vague, prit ses titres scientiBques avec la découverte de Bostock, lequel, analysant le sang de malades albuminuriques, reconnut en plusieurs cas, « une substance jouissant de propriétés particulières et paraissant se raj)procher beaucoup de celles de l'urée » . L'urée en réalité était décou verte, etChristison, en 18'29 ( I ), confirmait ce fait d'une fiiçon péremptoire. Ce résultat était gros de conséquences. Il allait devenir l'origine de théories nombreuses; c'était la pierre d'assise de la doctrine de l'urémie.

Quelques années, en effet, n'étaient pas écoulées qu'une grande théorie se formulait, théorie qui, à proprement parler, mériterait seule le nom iV urémie.

Il y a dans le sang, dit Wilson, une altération double : diminution d'albumine et présence d'urée; c'est cette altération qui est la cause des troubles nerveux. Elle seule peut les expliquer, car il existe des cas nombreux où l'absence de toute lésion est évidente, — Et à l'appui de son idée, Wilson rapportait sept cas de maladies des reins dans lesquels, malgré les accidents cérébraux, on ne trouva aucune altération de l'encéphale à l'autopsie. Pour lui donc, c'est l'altération du sang qui domine tout. Quant à la préciser exactement, il ne l'ose encore, et reconnaît que la question d'analyse demande des investigations nouvelles.

Ce fut là une révélation. Enfin, on tenait, avec les travaux de Bostock, de Christison, de Wilson, on tenait, dis-je, une cause rationnelle àlai[uelle on pouvait rapporter les accidents nerveux que n'expliquait pas l'autopsie. Quoique assise sur des bases encore peu solides au point de vue de l'analyse chimique, cette théorie satisfaisait

(1) The Edinhurgh med. and swg. Journal, octobre 18'20.

l'esprit. Il y avaiten soiiiine une altération du sang, c'était la chose importante.

Aussi ces idées firent-elles fortune, moins en France toutefois qu'à l'étranger. Parmi nous, on restait sur la défensive contre l'invasion de cette doctrine humorale.

Le médecin français qui devait le premier recevoir l'impulsion nouvelle pour la rendre plus puissante et plus féconde, ce fut M. Rayer. Appelé à être jugé par lui, je laisserai à une autre plume le soin de dire quel fut ici son rôle.

« Le premier en France, dit M. Tessierdans sa remar- ([uable thèse, un pathologisie éminent marcha dans la voie féconde où les médecins étrangers avaient fait entrer la question. M. Rayer, dans son beau Traité des maladies des reins, avait compris que le scalpel n'était pas le seul moyen d'investigation. Il fit accueil aux travaux chimiques de Rostock, Christison, Gregory... Il admit la possibilité de la production des accidents cérébraux par suite des changements que les maladies des reins amènent dans la composition du sang... Parlant de la décomposition de l'urée en carbonate d'ammoniaque dans la vessie, il écrivit, en 1 830 : « Il est possible, mais ce n'est encore aujourd'hui qu'un sujet de recherches, que l'urée se décompose dans d'autres conditions morbides (1).» Cette pensée ne devait pas être recueillie par un Français. Elle se réalisa on Allemagne dans l'ingénieuse doctrine de Frerichs. »

Cependant la présence de l'urée dans le sang était con- (irmée par une foule de recherches que je ne puis men-

(1) Tome I, page 85.

tioniier. Des travaux importants montraient ([uo, Vm'éo s'accumule dans le sang alors qu'elle ne peut plus être évacuée par le rein (Prévost et Dumas, Ségalas, Mitscherlich, Gmelin et Tiedeniann, etc.). Nyslen, dans des cas d'isclîurie, signalait l'urée dans la matière des vomissements et dans la sérosité de quelques hydropiques, etc. Les faits en un mot s'accumulaient en faveur de la nouvelle doctrine, et desadhésions importantes augmentaient de jour en jour le nombre de ses partisans. Pour ne citer que les principaux, c'était Healon, (valeb Rose, Rose Cormack (l i; c'était encore Samuel Wilks, Tripe (-2), Christensen, etc.

Mais déjà avait surgi avec Frericlis (o) une doctrine nouvelle (1851). Dérivant de la pn'îcédente, elle venait, tout en la combattant, lui prêter appui contre la doctrine de l'anatomisme pur. (^ela du reste s'expliquera naturellement par l'exposé qui va suivre.

Oui, dit Frerichs, c'est bien l'urée qui est la cause originelle des accidents en s'accumulant dans le liquide nourricier. Mais cette urée, en tant qu'urée, est innocente; elle n'est pas un poison par elle-même. Il faut autre chose pour qu'elle devienne un poison. 11 faut qu'elle se modifie. A un instant donné, cette urée se transforme dans le sang en carbonate d'ammoniaque, et c'est ce dernier agent qui devient toxique. Et la preuve, ajoutait-il, c'est que l'injection du carbonate d'ammoniaque dans le sang des animaux produit un ensemble de symptômes

(t) London médical Gazelle, t8/i4.

(2) Gazette hebdomadaire, bU.

(3) Die Briglusche NierenkrankheU und deren behaudlung (i851).

semblables à ceux de l'urémie; c'est surtout que l'on rencontre ce carbonate d'ammoniaque dans le sang des malades, et non-seulement dans le sang, mais encore dans les vomissements, dans l'estomac après la mort, et jusque dans l'air de l'expiration.

Celle doctrine, on le voit facilement, est différente de celle de Wilson. Ce n'est plus l'urée qui constitue ici le poison; l'urée n'est en quelque sorte que le germe du principe morbide, lequel n'agira qu'avec le concours d'un autre agent. Â proprement parler donc, ce serait la théorie de Wilson qui seule devrait porterie nom d'urémie. (Cependant une acception plus générale a prévalu, et dans le langage médical on comprend sous le nom d'urémie l'une et l'autre de ces doctrines, la seconde n'éianten quelque sorte qu'une modification, un embranchement de la première.

On le conçoit de reste, la théorie de Frerichs, qui eut un retentissement énorme, devait trouver à la fois et des partisans enthousiastes et des opposants décidés. C'est ce qui eut lieu : la lutte ne tarda pas à s'engager, lutte qui compte déjà plus de douze ans de date, et qui se continue encore aujourd'hui, sans être certes voisine de son terme.

Des nombreux travaux qui ont surgi depuis l'époque de la publication du livre de Frerichs jusqu'à ce jour, la plupart, au moins les plus importants, trouveront place dans la discussion doctrinale qui va suivre. Tl est donc inutile de les mentionner dès ce moment (1;.

(1) On pourra, Ju reste, suivre l'ordre clironolog;ique de ces travaux dans rindex bibliograpliique annexé à cette thèse.

DOCTRINE ANATOMlQUli OU DOCTRlNli DES LÉSIONS. COMMENT

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