‹ De l'uremieChapitre 19 sur 22 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

Je viens d'exposer d'une façon rapide les principales doctrines par lesquelles on a tente d'expliquer les accidentsdo l'urémie. Je néglige à dessein pour l'instant quelques théories secondaires ou dérivant des précédentes.

Comme on a pu le voir, la question principale sur laquelle porte le débat est la suivante : les accidents de l'urémie peuvent-ils s'expliquer par des lésions ou bien par une altération humorale? C'est là le point capital sur lequel doit rouler la discussion.

Eh bien, que penser de ces deux doctrines?

Oui, certes, dans un certain nombre de cas, on rencontre des lésions à l'autopsie des sujets qui ont succombé aux accidents de l'urémie. Rt dans ce cas on est autorisé, jusqu'à un certain point toutefois, à rapporter à ces lésions les accidents et la mort.

Mais, ainsi que je l'ai établi précédemment dans le chapitre de cette thèse consacré à l'anatomie pathologique, il est des cas aussi où l'autopsie ne rend compte ni des accidents ni de la mort. On trouve le cerveau sain ; on trouve tous les organes dans un état d'intégrité absolue. Cela est si vrai que les auteurs qui ont le plus de tendance à se faire les défenseurs des lésions ont été forcés de reconnaître l'inconstance des résultats nécroscopiques, et

ont reculé devant une conclusion absolue. Prenons pour exemple Tencéphalopatliie scarlatineuse et voyons ce qu'en disent MM. Rilliet et Barthez :

« Les accidents de Fencéphalopathie scarlatineuse ne peuvent être rapportés ni à une névrose, ni à une phlegmasie...» La nature des symptômes et leur marche indiquent, comme cause oi'ganique, la présence d'ini élément plus fixe qu'une névrose ou une congestion, mais moins fixe qu'une phlegmasie. L'hydropisie est sans contredit l'altération qui correspond le mieux à ces conditions (1).» Mais comme ces savants auteurs n'ignorent pas qu'il existe des cas dans la science où l'on n'a trouvé aucune lésion appréciable de l'encéphale, ils reculent devant la conclusion que l'on attend, et ils ajoutent : « Nous devons reconnaître à ce groupe d'accidents morbides deux causes prochaines, Vhydrocéplialie et ï intoxication. Ces deux causes agissent à différents degrés, suivant l'époque de l'albuminurie à laquelle apparaissent les symptômes cérébraux. Si l'encéphalopalhie survient dans la première période de l'albuminurie hydropique aiguë ou subaiguë, nous sommes disposés à croire qu'elle coïncide avec un épanchement séreux. Si, au contraire, elle se manifeste à une période plus avancée de la forme chronique, et lorsque la durée de la maladie peut faire supposer une altération profonde des humeurs, nous pensons qu'elle est très probablement la conséquence de \ intoxication. »

Au lieu de la scarlatine, prenons maintenant la maladie de Bright. Nous voyons de même les partisans des lésions amenés, en dernière analyse, à reconnaître que les lésions ne peuvent tout expliquer. C'est ainsi que le

(1) Ouvrage cité, t. HI, p. 188. — V. aussi Touvrage de MM. Hardy et r.éhier, qui rappcrtent les ai-ridents dits urémiquts à une liydrocépliolie aiguë.

tlocteur Piberet, dans son excellent travail, est conduit de toute nécessité et malgré lui, je puis le dire, à faire la part dans les accidents de ce qui revient aux altérations de l'encéphale et de ce qui dépend de l'intoxication. « Quant aux accidents, dit-il, ([ui ne s'expliquent pas paiune lésion des centres nerveux, nous dirons : Les divers arguments énoncés en faveur de la théorie de Vintoxication nous paraissent être très puissants; seulement il faut bien avouer que, jus({u';i ce jour, ce poison est encore une inconnue. »

Je multiplierais sans profit ces citations; je n'en ajouterai qu'une, c'est l'opinion de M. Sée qui, dans une série d'autopsies faites avec tout le soin et toute la sévérité que le savant médecin apporte à sesi'ccherches, a trouvé, dans la grande majorité des cas (il m'autorise à dire presque toujours)^ l'absence absolue de lésions capables d'expliquer les accidents.

Autre remarque : lorsque, dans une autopsie de ce genre, on trouve une lésion de Tencéphale, on ne manque guère de la considérer comme la cause des accidents et de la mort. Un peu d'épanchement dans les ventricules, une légère infiltration des membranes, un certain degré d'anémie de l'encéphale, une vacuité apparente des vaisseaux, voilà ce qu'on trouve seulement signalé dans bon nombre d'observations. Or, je le demande, ces lésions rendent-elles bien compte de la mort? Y a-t-il parité entre elles et les accidents qu'on leur attribue? Ne rencontre-t-on pas des désordres semblables dans un grand nombre de cas où la série de symptômes propres à l'urémie cérébrale a fait complètement défaut? Ne pourraiton pas aller au delà des lésions pour rechercher la cause des accidents et de la mort? En un mot, la mort ne

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pourrait-elle pas être attribuée à une intoxication en présence même de lésions de cet ordre? — C'est une hypothèse que j'avance , mais une hypothèse qui me paraît basée sur une juste interprétation des faits.

En somme, et pour la question qui nous occupe actuellement, que conclure de celte discussion? C'est que la doctrine des lésions ne peut tout expliquer, c'est qu'un certain nombre de cas, le plus grand nombre pour quelques auteurs , lui échappe complètement , et alors il faut de toute nécessité chercher ailleurs la cause des accidents. Voyons si nous pourrons la trouver dans les altérations du sang, et , pour cela, examinons les différentes théories qui ont rapporté les phénomènes à une semblable origine.

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