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I. — Théorie de Turémie (Wilson

La première théorie que nous rencontrons sur notre chemin, est celle qui attribue les accidents à la présence en excès de l'urée dans le sang. Ici, c'est donc l'urée qui constitue le poison et devient l'origine de l'état pathologique.

Examinons lesarguinents principaux que cette doctrine invoque en sa faveur et ceux qui peuvent lui être opposés.

Son point de départ est vrai. Elle s'appuie sur ce fait

chimique bien constaté aujourd'hui, la possibihté d'un excès d'urée dans le sana;. Cela est incontestable.

Mais cet excès d'urée est-il la cause des accidents? La théorie le prétend. Elle admet que des phénomènes semblables à ceux de l'urémie spontanée peuvent résulter de l'introduction artificielle de l'urée dans le sang des animaux. Elle invoque à la fois des faits pathologiques et des faits physiologiques. Suivons-lasur ce double terrain.

Et d'abord, l'urée ne peut-elle exister en excès dans le sang, sans qu'il se produise des accidents d'urémie? Des troubles graves sont-ils la conséquence nécessaire de la surabondance de l'urée dans le torrent circulatoire? Il n'en est rien.

Bright, Christison, 0. Rees, Frerichs, citent des cas où une grande quantité d'urée existait dans le sang de l'homme sans être accompagnée d'aucun des symptômes de l'urémie. Frerichs va plus loin. Il dit que dans un cas où il avait trouvé la plus grande quantité d'urée qu'il eût jamais rencontrée, il n'observa aucune tendance aux troubles urémiques.

Schottin dit de même : « L'organisme animal peut contenir dans le sang, et circulant avec lui, une assez grande quantité d'urée sans en souffrir d'une manière notable. »

De même encore Wieger : « On trouve souvent l'urée, même en quantité notable, dans le sang d'albuminuriques qui n'ont pas eu de convulsions, même de ceux qui ont guéri (1). »

Il ne paraît guère d'après cela que l'urée soit un poison. Vainement l'on objecterait à l'argument précédent que l'intoxication dépend d'une affaire de quantité; que l'em-

(1) Wieger, Recherches critiques sur l'éclampsie urémique, p. 70.

jDoisonnement ne s'est pas fait parce qu'il avait trop peu du principe toxique. — Le cas, en elTet, où Frerichs a observé la plus grande quantité d'urée qu'il eût jamais constatée dans 1(! sang, est précisément un de ceux où l'intoxication ne s'est pas produite. Resterait une seule objection possible, celle des idiosyncrasies qui permettent à des individus d'absorber sans accident une dose d'un poison qui tuerait tel autre infailliblement. Mais le nombre des cas dans lesquels l'excès d'urée dans le sang a été observé sans phénomènes toxiques, enlève véritablement toute valeur à cette fin de non-recevoir.

Voici d'ailleurs d'autres faits qui démontrent encore l'innocuité de l'urée.

L'urée a été donnée comme médicament; que produitelle alors? Écoutons MM. Trousseau et Pidoux. «Cette substance s'administre, d'après MM. Ségalas et Fouquier, en solution dans de l'eau distillée et édulcorée, depuis la dose de 2 à /i grammes par jour. Ses effets généraux sont nuls (1). » Le professeur Mauthner, qui a employé l'urée dans l'hydropisie scarlatineuse ne lui a reconnu qu'un etfet diurétique.

M. Gallois (2) a fait absorber à un lapin, trois jours de suite, 5 grammes d'urée. Cette substance s'élimina en partie par l'urine, et cela sans aucun accident.

Le même observateur a vu qu'il fallait injecter une dose énorme d'urée dans l'estomac d'un lapin, jusqu'à 20 grammes, en une seule fois, pour obtenir un effet toxique. C'est dire, comme le fait remarquer M. Claude Bernard, que l'ingestion de l'urée est innocente (3).

(1) Trailé de Ihêrapeulique, t. II, édition, p. 559.

(2) Gallois, Ebsai physiologique sur l'urce elles urates, thèse de Paris, 1857.

(3) Leçons sur les proptiélés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme.

On a (lit encore qne l'injection d'urée dans le sang produisait des phénomènes cérébraux analogues à ceux de l'urémie (1). Mais à cela j'opposerai la grande autorité de M. Cl. Bernard. « M. Gallois, dit-il, a reproduit ici ces expériences. Il a vu que l'injection de l'urée dans le sang est innocente, qu'on peut en injecter beaucoup sans déterminer do désordres remarquables et surtout sans rien produire de semblable aux accidents observés dans les maladies qu'on a considérées comme dues à l'accumulation de l'urée dans le sang. »

Enfin, ne l'oublions pas, et c'est par cette considération que je terminerai, l'urée n'a pas que le rein pour voie d'élimination. Alors même que la sécrétion urinaire est suspendue, c'est-à-dire dans les conditions les plus favorables à son accumulation dans le sang, l'urée peut trouver une voie supplémentaire qui lui permette de sortir de l'organisme. « L'action élective des glandes pour l'élimination des substances, dit M. Claude Bernard, n'est jamais que relative; une glande manquant, une autre la supplée. C'est ce qui a lieu précisément ici. L'intestin supplée à l'insuffisance rénale et élimine l'urée. Tant que cette voie supplémentaire existe, l'animal néphrotomisé reste vivace; c'est seulement quand il faiblit, quand les sécrétions intestinales deviennent moindres, que l'urée commence à s'accumuler dans le sang. « M. Rayer insiste de même, dans son Traité des maladies des reins, sur cette solidarité pathologique entre les reins et l'appareil digestif.

(1) Voy. Hammond, Norlh American medico-chirurg. review, mardi 1858. — L'auteur conclut d'injections faites dans les veines que l'urée est un poison.

Stannius au contraire croit à riunocuité des injections d'urée dans le sang'. {Archiv. f. physiol. Ueilk.^W, 201.)

Petroflf a injecté de rnrée dans le sang ()S',5 et 3 gr.j sans produire d'accident?. (Archives de Vitchovo, XXV vol., p. 9/i).

D'après cela, donc, à considérer même l'urée comme un poison, ce serait un poison singulier qui chercherait sa voie d'élimination avant de nuire.

Si je ne me trompe, les raisons que je viens de développer militent assez vivement contre la doctrine de l'urémie simple pour que je n'insiste pas davantage sur ce sujet. Je crois avoir montré suffisamment que cette doctrine était impuissante à rendre compte des accidents urémiques.

La doctrine suivante va-t-elle nous satisfaire davantage? Examinons-la en détail.

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