FORME CONVULSIVE
Conditions qui piédisposent à celle forme. — Mode de début. — Caractère des convulsions. Elles se rapprochent en général des convulsions de l'épilepsie. Variétés. — Coma conséculif. — Marche et durée. — Accidents consécutifs. Pronostic parallèle de la forme convulsive et de la forme comaleuse.
Avant d'aborder la description de celte seconde forme, il importe de préciser d'abord les circonstances pathologiques qui semblent y prédisposer de préférence.
Laforme convulsive de l'urémie se rencontre avanttout dans l'état puerpéral. Elle est aussi excessivement fréquente dans In scarlatine. Sur treize cas d'encéphalopathie albuminurique scaiiatineuse, MM. Rilliet et Barthez ont observé onze fois réclampsie('i).
(1) Relaté d'après John Moore, London nwdical Gazette, 18Û5, p, 821.
(2) Traite des maladies des enfants, t. IH, p. 183.
Viendrait ensuite, par oixlre de fréquence, raffection ai2;uë de Brifj:ht. La même maladie, sous la forme chronique, n'arrive qu'en dernier lieu (1).
On a voulu trouver des causes prédisposantes à l'éclampsie urémique, soit dans l'excès des hydropisies, soit dans des modifîcalions de la sécrétion urinaire, soit enfin dans l'absence des vomissements et de la diarrhée. Voyons ce(iu'il y a de fondé dans ces différentes opinions.
On a dit que l'intensité de Tanasarque est une prédisposition aux accidents éclampfiques. Le contraire est peutêtre plus vrai. On a remarqué, en effet, que l'absence ou le peu d'étendue des hydropisies est une circonstance favorable à l'apparition des convulsions, mais cela n'a rien d'alisolu.
H en est de même des modifîcalions subies par l'urine. Théoriquement on a supposé qu'une diminution de l'urine devait amener des troubles cérébraux, et notamment des convulsions. « (lotte observation, vraie pour la maladie de Bright aiguë, est conirouvée pour la maladie chronique. Dans la majorité des cas par nous observés, au contraire, le début des convulsions a eu lieu dans le moment où les malades urinaient abondamment, même plus fréquemment qu'à l'état norn>al, et où il n'y avait que de légères traces de suffusions séreuses. Nous avons vu, au contraire, beaucoup de malades affectés d'anasarque considc'rable, avec une grande diminution de l'excrétion urinaire, échapper jusqu'à la fin aux convulsions (2). »
Enfin, on a prétendu que les malades qui doivent être .pris d'éclampsie urémique vomissent peu ou sont moins
(1 ) Leçons de M. Sée.
(2) Abeille, p. AGI.
fréqueninienl que d'autres affectés de diarrhée. Ce fait demande de nouvelles recherches.
Si l'on consulte les auteurs sur le début de cette forme, on éprouve un véritable embarras. Les uns font débuter la maladie d'une façon brusque et inattendue ; les autres font précéder Téclampsie de plusieurs phénomènes précurseurs que nous avons décrits précédemment. II y a des faits à l'appui de l'une et de l'autre opinion, en sorte que ces deux modes de début me paraissent possibles. Tantôt donc les convulsions ouvriraient la scène sans que rien en eût fait présager l'invasion; tantôt au contraire elles seraient précédées de prodromes.
Inattendues ou annoncées, les convulsions commencent toujours brusquement. Quel caractère vont -elles affecter?
Plusieurs types peuvent se présenter; mais à quelque variété qu'appartiennent les convulsions, elles présententpresque toujours ce caractère commun : c'est d'être plus ou moins analogues à l'épilepsie. Elles sont presque généralisées; elles occupent soit tout le système musculaire de la vie de relation , soit une des moitiés du corps. Ce n'est qu'exceptionnellement, dit M. Lasègue, qu'on a observé des convulsions isolées, par exemple des convulsions de la face, et cette forme est si rare que lorsqu'on la rencontre, il faut soupçonner une autre affection que l'albuminurie (1). « 11 est très rare, dit de même M. Sée, que les convulsions ne soient pas générales, qu'elles affectent, par exemple, isolément un membre ou la face. »
A part ce caractère comnmn, les convulsions peuvent alïecter, ai-je dit, des types un peu différents.
(1, Mémoire cité, p. Ifib.
Comme premier type, nous rencontrons réclampsie, l'éclampsie pure, telle que la décrivent les accoucheurs. Ce serait, je pense, sans profit que je reproduirais ici le tableau si connu des convulsions puerpérales. Je me " contenterai, pour ne pas allonger cette thèse outre mesure, de renvoyer aux traités d'accouchement où cette description est tracée d'une façon très étendue.
Dans un autre type voisin du précédent, l'attaque éclamptique est moins complète, moins classique. C'est ainsi qu'on voit y faire défaut et l'écume de la bouche et les morsures de la langue, et l'abolition complète de la sensibilité dans l'accès, et la succession méthodique des périodes que l'on trouve dans l'éclampsie. Ou bien encore des phénomènes étrangers à l'éclampsie habituelle se mêlent aux phénomènes convulsifs et forment une association insolite de symptômes. La connaissance, par exemple, a pu être conservée dans l'attaque.
Ailleurs, ce sont des mouvements convulsifs consistant en des tremblements, des soubresauts, le transport alternatif d'un membre en avant ou en arrière, etc. Ici domine la forme tonique, là c'est la forme clonique ; ailleurs encore ces deux formes sont associées.
Comme on le voit, le type du mouvement convulsif est sujet à des variétés; c'est ce dont on se convaincra facilement en lisant un certain nombre d'observations.
Telles sont les convulsions. Je dois maintenant, pour compléter ce tableau, ajouter quelques détails.
Pendant l'attaque convulsive, il est de règle, à part les exceptions que je viens de mentionner, que l'intelligence, la sensibilité générale et les sens spéciaux soient abolis. Le pouls est accéléré et d'une rapidité extrême;
la respiration est fréquente. Quelquefois elle s'accompagne d'un sifflement, que plusieurs auteurs considèrent comme spécial, et que j'ai déjà signalé.
La terminaison de l'accès convulsif a lieu par le coma, c'est la règle. Ce coma est complet; il diminue rapidement si d'autres accès éelamptiques ne doivent pas se produire: il persiste, au contraire, si de nouvelles crises vont se manifester, ou si la mort doit succéder à un preniier accès convidsif, comme M. Rayer eu cite un cas intéressant.
Généralement il y a plusieurs crises; elles se répètent à des intervalles variables, tantôt après quelques minutes seulement, tantôt après plusieurs heures, tantôt enfin le lendemain ou le surlendemain, très rarement au delà.
Elles peuvent être très nombreuses. M. le docteur Charcot a observé un malade qui en eut 15 li^ même jour. On en a cité jusqu'à 60, 70 et au delà dans le cours de l'éclampsie puerpérale.
Dans la scarlatine, le nombre des accès est infiniment moindre. Sur 12 cas, M. Sée n'a jamais observé plus de deux attaques convulsives en vingt-quatre heures. Une seule fois, l'attaque fut excessivement longue et semblable aux accès subintrants de l'épilepsie; elle ne dura pas nrofns de dix-huit heures.
Pendant l'intervalle des crises un peu éloignées, le malade reprend connaissance, mais il reste un peu assoupi et comme dans un étal d'hébétude; les pupilles sont dilatées; il se plaint de céphalalgie, d'affaiblissement de la vue; quelquefois même il existe une véritable cécité.
La durée de ces phénomènes est variable : parfois, en quelques heures, tous les accidents ont disparu, soit que