‹ De L'Uréthrotomie InterneChapitre 9 sur 19 · SOINS CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

SOINS CONSÉCUTIFS

Le rétrécissement est sectionné. Doit-on, oui ou non, mettre une sonde à demeure ?

La plupart des chirurgiens sont pour l'emploi de la sonde à demeure. Et cette pratique est on ne peut plus rationnelle, la théorie de l’intoxication urineuse semblant y amener logiquement.

La sonde à demeure a pour but de mettre la plaie uréthrale à l'abri du contact de l’urine jusqu’à sa cicatrisation, ou du moins de permettre le repos du canal pendant les premières heures qui suivent l'opération. Elle évite aussi les hémorrhagies.

Son passage, dit Guyon, est un des temps les plus à surveiller, car il peut être fertile en accidents graves. Aussi doit-on toujours la passer sur conducteur et l’introduire doucement, en lui faisant suivre avec le bec la paroi opposée à celle où a été faite l’incision, afin de ne pas décoller la muqueuse.

Mais quel doit être son volume ?

Une sonde aussi grosse qu’elle soit et aussi serrée qu’elle soit au niveau de la plaie uréthrale, ne peut remplir complètement le col vésical ; elle jouera toujours librement dans cette partie du canal. Et si elle se bouche, si la vessie fait un effort pour expulser l'urine qu’elle contient, l'urine, trouvant un espace libre, s’y engagera et viendra s’infiltrer dans les tissus là où aura porté la section, ce point-là offrant un obstacle à son passage. La sonde étant petite, au contraire, et le même fait venant à se produire, l'urine passera librement entre la sonde et les parois du canal. Il y aura simple contact et non pénétration.

En outre, etce qui n’est pas moins important, tandis que les grosses sondes contusionnent, déchirent ou irritent, une petite

TOR sonde diminue le degré du contact de la sonde et de Purèthre. Ce qui fait dire à Guyon (Soc. de Chir., 13 juin 1886) «qu'il est toujours prêt à abaisser ses prétentions, c’est-à-dire le volume de la sonde à demeure, pour peu que dans son introduction il éprouve la moindre résistance. Et, chose très digne de remarque, la dilatation consécutive n’y perd rien. »

La sonde doit être à bout coupé et avoir au moins deux yeux àson extrémité. Elle doiten outre être en gomme, parce qu’elle présente ainsi les conditions de souplesse nécessaire pour se mouler sur le canal.

Fixée à la verge par un des moyens connus, elle doit être laissée en place, douze heures suivant les uns, vingt-quatre ou quarante-huit suivant d’autres.

Mieux vaut vingt-quatre ou quarante-huit, et dans quelques cas de rétrécissements très durs, très épais, quand la section a été plus profonde que d'habitude, il est même prudent de la laisser un peu plus longtemps.

Généralement, après quarante-huit heures, il n’y a plus à craindre le contact de l’urine avec la plaie, la surface de celle-ci étant recouverte d’une couche de lymphe plastique assez organisée pour rendre impossible l'absorption de l'urine.

Mais le malade peut ne pas pouvoir garder la sonde, la souffrance l’en empêchant. Tillaux conseille alors de l’enlever et de pratiquer le cathétérisme, à chaque besoin d’uriner, avec une sonde en argent du calibre de 16 à 20.

Le D” Léon de Rochefort, qui ne met pas de sonde à demeure, s’astreint, pendant les premiers jours, à sonder l’opéré quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures, en Jui recommandant de ne pas uriner en dehors du cathétérisme. Et il ne se trouve pas trop mal de son procédé.

La sonde doit-elle être laissée ouverte ou bouchée ?

Guyon ne veut pas qu'on la ferme, et nous nous rangeons à son opinion.

On n’a pas ainsi à craindre de voir l’urine chassée par contraction vésicale entre la sonde et le canal. C’est même, d’après lui, un des points les plus essentiels dans les soins consécutifs à l’opération. Aussi faut-il surveiller très attentivement le très régulier écoulement de l’urine.

Si la sonde se bouche, il faut pousser dans la vessie une injection d’eau à peine tiède, et cela immédiatement. Si, en agissant ainsi, on n'obtient pas de résultat, il est prudent d’enlever la sonde.

Après l'opération, quelques praticiens ordonnent un bain au malade. Mais mieux vaut ne pas en donner, le malade pouvant prendre froid, et un refroidissement pouvant étre le point de départ de nombreuses complications. Forcer le malade à garder le lit pendant les cinq ou six jours qui suivent l’opération est une condition de succès, car bien des accès de fièvre urineuse, après l’uréthrotomie interne, ne reconnaissent pas d’autre cause que le refroidissement.

Rien n'empêche, au contraire, de suivre la pratique de Giviale; on peut appliquer un cataplasme laudanisé sur le ventre ou le périnée, ou, comme le fait Caudmont, des comprosses d’eau fraîche sur les parties génitales.

Guyon fait boire à ses opérés de la tisane chaude additionnée d’eau-de-vie.

Que faut-il faire plus tard ?

Il faut conserver les effets de l'incision, et, pour cela, sonder les malades, leur apprendre à se sonder eux-mêmes.

À quel moment doit-on commencer la dilatation ? Si l’on commence trop tôt, le cathétérisme est douloureux, on déchire la cicatrice, on retarde sa formation, et l’on peut déter-

— Jhe—

miner des accès de fièvre. En règle, dit Guyon (Soc. de Chir., 13 juin 1886), « la dilatation sera d'autant plus simple que l’on aura laissé la plaie uréthrale se cicatriser sans l’irriter. Aussi doit-on se garder des passages prématurés d'instruments dilatants ». |

«La cessation de la légère uréthrite qui accompagne le travail de cicatrisation prouve que la cicatrice est formée. » (Reverdin.)

Gosselin veut qu’on ne commence à dilater que le dixième jour.

Tillaux recommande de laisser passer la période inflammatoire.

Sédillot n'indique pas de terme.

Voillemier donne le terme de dix, douze à quinze jours.

Reliquet recommande d'attendre au septième ou huitième jour.

Guyon attend toujours que la première quinzaine soit écoulée.

« Mais quand des accidents s’opposent à l'emploi plus prompt de la dilatation, on peut, sans inconvénient, attendre plusieurs semaines. Cela ne serait pas prudent dans les rétrécissements très durs, et en particulier dans les traumatiques. » (Guyon, Soc, Chir., 13 juin 1886.)

L'époque arrivée, il faut agir sans brusquerie, introduire d’abord une bougie en gomme élastique bien inférieure à celle que peut admettre le canal, l’y laisser une minute, une heure, deux heures, ou simplement l’introduire et la sortir, suivant le malade. Les jours suivants, en passer une un peu plus grosse, après avoir introduit le ou les numéros de la veille. Prendre ensuite les cathéters Béniqué et en introduire seulement trois par séance, parce que « le passage répété de plusieurs sondes dans l’espace de quelques minutes amène une induration du canal qui, passagère d’abord, devient plus tard un véritable rétrécissement ». (Delefosse, ouv. cité, pag. 66.)

Après chaque séance, l’opéré doit prendre un bain de siège, et les séances doivent être rapprochées suivant la facilité de la dilatation et la manière dont ie canal la supporte.

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Quand on est arrivé au numéro 48 (7 millim. et demi), le malade peut être renvoyé. Mais une recommandation reste à lui faire : c’est de se passer une bougie 18 ou 20, d’abord tous les deux jours pendant quelque temps, puis tous les huit jours, puis tous les mois, et cela toute sa vie, Et si jamais il s'aperçoit que la cicatrice tend à se rétracter, lui conseiller de revenir à la dilatation temporaire pendant quelques jours. Ce n’est qu’au prix de ces passages de sondes à distance que l’on obtient le maintien d’un calibre satisfaisant pour le canal ». (Delefosse, ouv. cilé, pag. 68.)

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