MANUEL OPÉRATOIRE
Nous laisserons, pour être traités dans un chapitre ultérieur les soins préparatoires et les soins consécutifs à l’opération. — Ils demandent à être étudiés long’Liement, car c’est certainement g-râce à eux et au mécanisme de la section que nous venons de décrire, que l’uréthrotomie est devenue innocente, au même degTé que la plus simple des opérations chirurgncales.
Le manuel opératoire se divise en plusieurs temps :
r‘' temps. — Jntrodiiction de la petite bougie. — Ici c’est l)ien évidemment le catliétérisme simple, avec une bougâe flexible, c’est celui que le chirurgien pratique tous les jours, quand il sonde un malade, soit pour dilater un rétrécissement, soit pour évacuer l’urine. Aussi nous ne comprenons pas les objections que l’on a faites à cette bougâe, qui permet d’introduire à sa suite dans l’urèthre un instrument quelconque : uréthrotome quel qu’il soit, dilatateur, sonde creuse évacuatrice; comme l’a du reste si bien exposé mon maître, M. Maisonneuve, dans son mémoire de 1855. — On a surtout dit que la sonde se repliait en avant du rétrécissement et qu’on était exposé à la couper pendant l’opération.
Dans la Gazette des hôpitaux du 23 décembre 1862, M. Phillips répond ainsi à cette objection : « Il n’est «pas possible de méconnaître cette position vicieuse, «et si en pareil cas le chirurgien continue l’opéra- « tion, il échouera, mais on voudra bien admettre « que le reproche doit être adressé à l’opérateur, et « non à la méthode ni à l’instrument. »
Une fois qu’on a la certitude que la bougie pénètre dans la vessie, on procède au second temps.
2” temps. — 11 consiste à placer dans l’urèthre le cathéter cannele. Pour cela on le \isse siu l’ajutage de la bougie; puis, poussant la sonde, devant lui, jusque dans la vessie où elle s’enroule, on substitue ainsi à la sonde molle et flexible un con-
diicteiir rig’icle à courbure, s’adaptant bien à celle de l’iirèthre (courbure de Gély).
On a dit que le cathéter était très-difficile à introduire; évidemment, si la petite boug-ie est très-serrée dans le rétrécissement, il ne la suivra pas facilement; mais nous verrons, à propos des soins préparatoires, que dans ces cas on obtient une dilatation suffisante en laissant la petite boug’ie pendant quelques heures dans l’urètlire.
Cependant il est des cas rares où l’introduction du cathéter devient un temps sérieux de l’opération.
Dans le courant de l’année 1863, j’ai assisté comme aide à l’opération suivante, faite en ville par M. Maisonneuve. — Il s’agâssait d’un jeune homme d’environ 25 ans, venu à Paris pour se faire traiter d’un rétrécissement de F urèthre.
Quoique très-étroite, la coarctation n’avait pas déterminé d’accidents g’énéraux.
Après plusieurs séances de tentatives de catliétérisme, M. Maisonneuve arrive la veillé à introduire dans le rétrécissement une toute petite boug-ie, elle y était tellement serrée qu’elle ne put pénétrer jusqu’à la vessie. Pour obtenir la dilatation, M. Maisonneuve laissa la bougâe dans cette position , recommanda au malade d’uriner par-dessus, ou en cas d’impossibilité de la retirer doucement jusqu’à ce c[ue l’urine sortît, puis, la miction finie, de la repousser dans sa position primitive.
A notre arrivée le malade n’avait plus de sonde,
sa présence clans le canal g’ênanL beancoiip la miction, il ne l’avait g’ardée c|ue pendant deux heures.
La petite boug-ie armée ariâve facilement dans le rétrécissement, et f[uoifiae serrée, après cjiielques minutes de pression douce, elle pénètre dans la vessie. Sa présence dans le rétrécissement pendant un quart d’heure suffit pour dilater l’obstacle, et la rendre mobile.
Alors M. Maisonneuve visse sur fajutag’e son plus petit cathéter et pousse la bougâe qui entre facilement; mais, pour faire pénétrer le cathéter, il a fallu un quart d’heure de pressions ménag’ées. Une fois dans la vessie, on le laisse en place pendant ving*t minutes, et ce n’est qu’après ce temps, qu’il est possible de lui imprimer un mouvement de va et vient. La section est faite à ce moment avec une lame simple dans la concavité, et immédiatement après une sonde de 6 millimètres, facilement introduite , laisse couler au dehors l’urine retenue dans la vessie.
Quekpie temps après, M. Maisonneuve me dit cjLie les suites de cette opération avaient été trèsheureuses.
Si l’on avait affaire à un rétrécissement sinueux, je crois c[ue la sonde une fois introduite dans f urèthre jusque dans la vessie, il sera toujours possible de passer le cathéter; c’est dans ces cas surtout qu’il faut une patience absolue, tous les mouvements doivent être ménag’és. La confiance en 1 opération, la certitude où l’on est de pouvoir donner sure-
ment iin calibre suffisant à l’ urèthre aussitôt que le cathéter pénètre jusque clans la vessie, ces résultats si remarquahles doivent toujours maintenir l’opérateur dans son sang*-froid absolu.
3® te)7vps. — Section du rétrécissement.
Quelle c[ue soit la lame dont on va se servir, cpielle cjue soit la paroi sur laquelle ou veut inciser :
1° Tant (J ne la lame est dans T urèthre., le cathéter doit être dans une position telle que sa courbure réponde exactement à celle de Furèthre.
2° T'ant que la lame est dans l’w'cthre., la verge doit toujours être tendue sur le cathéter.
En suivant la première de ces règdes, le catliétcj* n’exei’ce pas de pressions opposées sur les parois du canal, et la lame, en passant d’un ])out à l’autre de rurètlire, peut toujours en écarter les parois saines f[ui ne sont retenues par aucune cause.
Le cathéter occupant bien la courbure du canal, il est évident cjue, si on laisse la portion pénienne de l’iirètlire libre, la muqueuse qui, dans cette rég'ion , est peu adhérente à la couche sous-jacente, fera des replis au devant de la lame. Par la traction sur la vergue , on tend la muqueuse uréthrale et cet accident est évité. Comme la lame peut couper en revenant aussi bien qu’en allant, la tension de la vei’g’e est maintenue jusqu’à ce que la lame soit clég-ag’ée de rurètlire.