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APPRÉCIATION DE LA MÉTHODE DES SCARIFICATIONS

Lorsque M. Reybard eut préconisé l'urétrotomie proprement dite, on accusa les scarifications de produire plus d'accidents que la méthode nouvelle. Quoique cette accusation fût injuste, il n'en est pas moins vrai que la stricturotomie incomplète est loin d'être une opération inoffensive. Elle peut déterminer tous les accidents que nous étudierons dans un chapitre subséquent.

Son utilité peut-elle au moins compenser les dangers auxquels elle expose le malade? Évidemment non. C'est une opération illogique qui ne détruit qu'une portion de l'obstacle s'opposant au passage des urines, et si le canal est un peu élargi au moment de l'opération, il ne tarde pas à revenir à son calibre primitif, et peut même se rétrécir davantage par suite de l'irritation, de llnflammation et des nouvelles cicatrices qu'a déterminées la manœuvre. Ce n'est donc qu'un

traitement palliatif dont les résultats D*oDt qu'une bien courte durée.

Les scarifications facilitent-elles le traitement par la dilatation? On le pourrait croire immédiatement après Fopération, car on introduit des bougies plus volumineuses dans le canal, mais ce n'est et ne peut être qu'un succès éphémère ; car la portion du rétrécissement qui n'est pas coupée, n'en résiste pas moins à la pression excentrique de la sonde, et bientôt il va s'y joindre l'action du nouveau tissu cicatriciel. Elle ne prête donc qu'un concours illusoire à la dilatation. J'en conclus que quand même les scarifications ne constitueraient pas une opération dangereuse, elles seraient inutiles et même nuisibles à la dilatation.

Il est un cas cependant dans lequel elle est rationnelle. C'est lorsqu'on juge nécessaire de pratiquer l'urétrotomie proprement dite avec l'instrument olivaire agissant d'arrière en avant. Il faut alors introduire l'olive par la lumière du rétrécissement. Mais l'orifice est trop étroit et des raisons s'opposent à la dilatation préliminaire à l'aide des bougies. Le débridement doit être pratiqué avec un scarificateur, mais c'est là uniquement un moyen préparatoire d'une opération plus complète.

La scarification proposée par Amussat, Civiale, Ricord, etc., justement abandonnée, mérite l'oubli dans lequel elle est tombée, comme étant une opération dangereuse et sans utilité.

DEUXIÈME PÉRIODE Grandes incisions de H. Reybard.

Voici comment s'exprime l'auteur : « Le traitement des angusties organiques par notre méthode repose tout entier sur cette double indication : 1* pratiquer sur les parois du canal, au niveau du rétrécissement et de dedans en dehors, une incision de 5 à 6 centimètres de longueur el pénétrant jusqu'au tissu cellulaire extérieur exclusivement, c'est-à-dire sans intéresser celui ci ni la peau, incision n'ayant par conséquent en profondeur qu'environ 4 millimètres; 2* empêcher la réunion des bords de la plaie pour les faire cicatriser séparément et obtenir dans l'intervalle qui résulte de leur écartement une cicatrice mince, souple et large. C'est par un urétrotome de mon invention que se réalise la première de ces indications; c'est par le pansement, en écartant, avec une sonde ou tout autre moyen dilatant^ les bords de la division, que je remplis la seconde (1). » L'urétrotome de M. Reybard se compose : 1" d'une canule d'enveloppe fendue ; 2** d'un mandrin destiné à faire saillir la lame par la pression du doigt sur le bouton ; 3° de deux tiges d'acier parallèles à la canule, dont elles longent les deux côtés opposés. Ces deux tiges aplaties ont pour but de tendre l'urètre pour en faciliter la section. Après l'introduction de l'instrument dans le canal, quelques tours de l'écrou déterminent Fécartement de ces tiges. La canule est droite et se

(\) Traité pratique des rétrécissements de Vurêtre, p. 3^3.

termine par un simple capuchon, lorsqu*on doit agir dans la partie spongieuse de l'urètre, mais qu'on remplace par un embout recourbé, si les parties profondes du canal doivent être le siège de l'opération.

Appréciation. Il n'est pas douteux que M. Reybard ait obtenu des succès, au moins momentanés, par ses grandes incisions. Dans son Traité il rapporte un certain nombre de guérisons sur lesquelles nous reviendrons plus tard ; mais que de fois aussi n'a-t*on pas eu à déplorer des accidents formidables ? Que de fois surtout n'a-t-on pas observé des hémorrhagies terribles, survenant assez fréquemment à la suite de ses opérations pour que l'auteur ait jugé à propos d'inventer un appareil (1) destiné à exercer une compression efficace? Dans sa thèse inaugurale, M. Icard (2) dit que M. Reybard a observé des hémorrhagies trente- huit fois sur soixante-dix-sept opérations.

L'urétrotomie profonde plus que les autres incisions de l'urètre expose aux accidents qui feront bientôt l'objet d'un chapitre spécial.

M. Reybard a eu le mérite incontestable de démontrer le premier l'insuffisance des scarifications. Il a le premier établi ce principe fondé sur des expériences que, pour guérir un rétrécissement de l'urètre, il faut couper entièrement la portion rétrécie et favoriser la formation d'une cicatrice intermédiaire souple et dilatable. Est-ce à dire que « cette opération a résolu le problème de la cure radicale des rétrécissements fibreux, épais, comprenant quelquefois toute l'épais-

(\) Traité des rétrécissements de Vurètre^ p. 390. (2) Thèses de Paris, ^sm.

seur des parois de l'urètre» » ainsi que le disait M. le rapporteur de la commission du prix d'Argenteuil? Non, certes, un moment d'enthousiasme avait seul pu dicter la phrase qui précède. Les faits ont parlé, trop parlé même depuis celte époque. En voulant bien faire, M. Reybard avait dépassé le but. La lecture de ses observations, d'ailleurs rapportées avec tant de bonne foi, n'engage certes pas à imiter sa conduite. Il n'est donc pas étonnant que son procédé et ses instruments aient été à peu près complètement abandonnés de nos jours. Quant à savoir si la section complète du rétrécissement en amène la guérison durable, c'est un point que nous examinerons plus tard.

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