URETROTOHIE EXTERNE AVEC CONDUCTEUR
M. Syme n'est pas le premier chirurgien qui ait eu la pensée de diviser l'urètre sur un conducteur, puisque Tolet, vers la fin du xvii^ siècle, avait proposé d'inciser le canal sur une sonde cannelée; mais M. Syme est le premier qui ait érigé cette conduite en méthode contre les rétrécissements de l'urètre. Cette opération ne peut être pratiquée qu'à la condition indispensable que le rétrécissement puisse être franchi par le chirurgien.
La pratique de M. Syme n'a pas été acceptée en France. Chez nous, en effet, la plupart des chirurgiens traitent par la dilatation graduelle et temporaire les cas analogues à ceux que M. Syme opère par lurétrolomie externe. Quelques autres font la section de dedans en dehors. Quoique cette méthode n'ait pas été acceptée en France, elle a eu assez de retentissement pour qu'il m'ait paru intéressant d'étudier ce qu'elle a été et ce qu'elle est encore aujourd'hui en Angleterre. J'ai eu recours pour cela au traité de M. Thompson (1).
C'est en 1844 que M. Syme, se trouvant aux prises avec un rétrécissement contre lequel il avait vaine -
(1) Thompson, Stricture ofthe urethra. London, 4858.
ment employé la dilatation temporaire oa prolongée, et même Turétrotomie interne, voyant que la coarctation était aussi grande vingl-quatre heures après le passage d'une bougie de gros calibre qu'auparavant, tourmenté par le malade qui réclamait, à tout prix, une opération plus efficace, c'est alors que M. Syme divisa le rétrécissement au périnée sur un cathéter préalablement introduit jusque dans la vessie. Thompson dit qu'en 1852, c'est-à-dire huit ans après l'opération, le malade vivait encore et que, depuis cette époque, il n'avait jamais été obligé de passer de bougie. Ébloui par un aussi beau succès, M. Syme proposa d'appliquer ce traitement comme méthode générale contre les formes les plus invétérées de rétrécissement et aussi contre les formes moins graves, cas dans lesquels, dit-il, c'est un moyen plus prompt et qui assure une guérison plus durable que la simple dilatation (1). Elle est aussi préférable pour lui à l'urétrotomie interne, car en agissant par cette dernière méthode, on est toujours exposé à couper trop ou trop peu, tandis qu'en agissant de dehors en dedans, ayant sous les yeux les parties malades, le chirurgien sait mieux ce qu'il faut épargner et ce qu'il faut diviser. — Ceci conduisit M. Syme à nier les rétrécissements infranchissables, lesquels ne succéderaient selon lui qu'à une cause traumatique, tels que les coups, les chutes sur le périnée. — Cette opinion trop exclusive, partagée par MM. Thompson, Phillips et autres, a eu le mérite de montrer qu'il est excessivement rare qu'avec le temps et la patience on ne puisse franchir un rétrécissement
\{^) Stricture of the urethra^ by James Syme. Edinburg, 4849, p. 58.
quand l'urine le franchit. M. Syme renversa la proposition que nous admettons encore aujourd'hui en France, à savoir : que quand un rétrécissement est franchissable, la division externe est contre-indiquée. Pour lui, au contraire, de même que pour Thompson, la perméabilité du canal est une condition indispensable pour faire avec succès l'urétrotomie externe.
M. Syme pratique son opération quand un rétrécissement se présente dans les conditions suivantes : Tantôt le canal rétréci est si irritable que l'introduction d'un instrument aggrave les symptômes au lieu de les diminuer. Tantôt la tendance au rétrécissement l'emporte sur les moyens de dilatation. Ce sont des indications, du reste, que nous retrouverons applicables à l'urétrotomie interne.
Le procédé opératoire est le suivant : le malade étant placé sur le bord du lit, deux aides soutiennent les cuisses pliées sur le bassin. Un cathéter cannelé, légèrement courbe est introduit dans la vessie et confié à un aide. Le chirurgien fait au périnée ou au pénis, sur la ligne médiane, une incision longue de 27 à 40 millimètres, comprenant les téguments et les tissus sous-jacents jusqu'à l'urètre.
L'opérateur saisit alors le conducteur de la main gauche et un bistouri étroit de la main droite. La pointe du bistouri appliquée sur l'index dépasse de quelques millimètres seulement l'extrémité de ce doigt. 11 ponctionne le canal dans la rainure du cathéter en arrière du rétrécissement qu'il incise d'arrière en avant. Le cathéter étant retiré, il place dans la vessie une sonde en argent qu'il laisse en place de quarante-huit à soixantedouze heures. M. Syme recommande de ne pas don-
ner une trop grande étendue à la plaie extérieure et d'inciser toujours la partie rétrécie d'arrière en avant. La plaie ne doit jamais être réunie par pren^ière intention.
Quels sont les résultats qu a donnés cette méthode?
M. Thompson a réuni 219 cas opérés par 38 chirurgiens. Il y a eu 15 morts, c'est-à-dire un peu plus de 6 0/0.
M. Thompson fait remarquer que 4 des morts étaient atteints de maladies des reins, et n'auraient pas dû être opérés.
M. Syme a collectionné 70 cas sur lesquels il n'a pas eu un seul mort. Ils ne sont pas compris dans la statistique suivante. M. Thompson dit savoir de M. Syme qu'il a depuis eu des accidents.
Voici cette statistique :
M. BicKERSTETH (Llverpool) 10
M. BiRKETT, Guy's Hospital 5
M. CocK, id. 11
M. GoE, General Hospital Bristol .... 1
M. H. CooTE, St Barlolomew's Hosp. ... 3
M. CouLSON, St Mary's Hosp 30
D' Cruiskshank, Dalmellinglon N. B. . . . 1
M. Curling, London Hosp 7
D. DuNSMURE, Edingbarg royal infirmary. . • 7
Erichsen, Universily Collège Hosp. ... 12
Fergusson, King's Collège Hosp 17
Fiddes, Hospital Kingston Jamaica .... 28
M. Gâte, Williton Somerset 2