MATIÈRES COLORANTES DE LA BILE
acétique, puis à l'évaporer de nouveau à sec au bain-marie, et à l'épuiser avec de l'éther. Par ce procédé la substance organique est complètement préservée de l'action dissolvante de l'éther, et la graisse saponifiée qui pouvait exister dans l'urine est enlevée à sa base alcaline et incorporée dans l'extrait étbéré. Mais cette méthode est peu commode, et en outre, elle demande beaucoup de temps. Aussi jusqu'à présent, il n'a été fait qu'un petit nombre de recherches, et je n'en connais pas dans lesquelles la quantité de la graisse séparée ait été calculée pour un temps déterminé, vingt-quatre heures par exemple. C'est pourquoi nous manquons encore de points de comparaison.
En attendant, on peut se guider sur les expériences suivantes : lUelzinsky a trouve les quantités suivantes de graisse dans 100Ü parties
provenant de différentes personnes atteintes de maladie de Bright : — 0 26
D'un autre côté, Beale a trouvé dans un cas 14 parties de graisse dans
1000 parties d'urine.
L'urine d\te chyleiise (voy. p. 115) contient Une quantité variable de graisse cil suspension, ce qui lui donne un aspect laiteux; en outre, elle renferme de l'albumiue et souvent aussi de la fibrine, des corpuscules lynipbatiques et des globules sanguins. L'élimination de cette urine, — ou la gnlacturie, — ne s'observe que rarement en Europe, mais elle est assez fréquente dans quelques pays chauds (Indes orientales et occidentales, Brésil, île de France). Les circonstances dans lesquelles se produit cette maladie, quelquefois très-longue, ne sont pas encore élucidées. (Voy., indépendamment des travaux étrangers assez nombreux, Ackermann, Deutsche Klinik, 1863.)
§ 9S. MATIÈtlES COLORANTES DE LA BlLk;.
Pour les matières colorantes de la bile qui se rencontrent dans l'urine et pour le procédé relatif à leur recherche, voyez paragraphe 26.
Signification. Dans des cas rar.es on rencontre des traces de pigments biliaires dans l'urine de personnes en parfaite .santé et principalement pendant l'été ^ . '
* Scherer, Ann. <l. Chcni. u. Pharm., L. LVII, p. 180-195.
Ces sul)slances ne se trouvent en grande quantité que dans l'ictère.
Leur présence dans l'urine doit être expliquée de la manière suivante : la bile, dont l'écoulement naturel du l'oie dans l'intesliii est rendu difficile ou enqiêché par une cause quelconque, passe par résorption dans le sang. Les pigments biliaires accumulés dans le sang passent de celui-ci dans toutes les sécrétions, et spéciale • ment dans l'urine. Il est très-douteux qu'une accumulation primitive de pigments biliaires puisse se produire dans le sang, c'est à-dire que cette substance ne provienne pas de bile sécrétée et ensuite résorbée, mais qu'elle passe directement dans l'urine, sans avoir d'abord fait partie constituante de la bile.
L'opinion de Frerichs, que le pigment biliaire si abondant dans l'urine ictérique proviendrait en partie de la transformation dans le sang des acides biliaires en matière colorante de la bile, ne s'est jamais confirmée.
Comme généralement il est possible de reconnaître l'ictère à des signes autres que ceux fournis par la présence des pigments biliaires dans l'urine, ceux-ci n'ont pas une grande valeur diagnostique; cependant, daits les cas où la couleur jaune de la peau, de la conjonctive, etc., étant peu intense, le diagnostic de l'ictère est douteux, la recherche des pigments biliaires peut le confirmer.
Dans l'ictère la biliverdine et la biliprasine prédominent dans l'urine. Ce fait indique que dans cette affection la plus grande partie du pigment biliaire éprouve une modification, soit pendant sa résorption, soit dans le sang ou bien encore pendant son passage dans l'urine.
§ 96. ACIDES BILAIRES.
Les acides biliaires (acides choliquc, glycocholique, choloïdique et leurs dérivés) qui se rencontrent quelquefois dans la bile peuvent être découverts et dosés, du moins approximativement, d'après les méthodes indiquées,- paragraphes 27 et 79 .
Dans ces derniers temps ils ont été trouvés fréquemment, mais toujours en petite quantité, dans des urines pathologiques, principalement dans celles provenant de malades atteints d'ictère et
ACIDES BIIJAIRES. 339
tl'atrophie aiguë du foie (KiUme \ Neukomm % Hoppe ''). Cependant ils n'onli actuellement qu'une très-faible imporlunce pour le médecin praticien, parce que de leur présence ou de leur absence on ne peut tirer aucune conclusion utile pour le diagnostic, le pronostic ou le traitement d'une maladie.
Provisoirement on ne peut donner au sujet de ces acides que les indications suivantes :
A l'état normal une quantité considérable d'acide cholique est contiiiuellement versée avec la bile dans l'intestin. La plus grande partie est ensuite résorbée et passe dans le sang : mais dans ce liquide l'acide cholique éprouve une modification, qui n'est pas encore suffisamment connue, et disparaît sous son nouvel état. Si cette métamorphose ne se fait pas dans le sang, l'acide cholique s'y accumule, et il est probable qu'alors il en passe une partie dans l'urine. Jusqu'à présent nous ne connaissons pas suffisamment les conditions qui empêchent la disparition* de l'acide cholique dans le sang et qui favorisent son passage dans l'urine ; c'est seulement lorsque nous connaîtrons mieux ces conditions que le médecin sera tout à fait en état de déterminer la valeur diagnostique et pronostique de la présence de l'acide cholique dans l'urine. Cependant quelques considérations peuvent déjà être déduites de ce que nous savons actuellement sur ce sujet.
Il n'est pas du tout étonnant qu'en général nous ne trouvions pas d'acide cholique dans l'urine des ictériques, lorsque ce liquide renferme une grande quantité de pigments biliaires. Lorsque l'écoulement de la bile dans l'intestin est empêché, la voie normale suivie par les matières colorantes de la bile pour sortir du corps avec les fèces se trouvant ainsi fermée, les pigments sont obligés de prendre une direction inaccoutumée, et alors ils sont en partie éliminés avec l'urine. Au contraire à l'état normal la plus grande partie de l'acide cholique retourne dans le sang, pour y disparaître, et comme dans l'ictère il ne se produit sous ce raj)port aucune modification, il est facile de comprendre pourquoi généralement "dans cette maladie à côté d'une grande quantité de
• Viicliow's Archiv, 1858. p. 510.
^ Archiv /. Anat. u. Physiol., USüO, |i, ,".64.
' Vircliü\Y's Archiv, 1862, \>. 1
pigments de la bile on ne trouve dans l'urine que peu ou point d'acides biliaires.
En outre, comme la disparition des acides biliaires n'a pas lieu dans la bile mais dans le sang, nous devons aussi nous attendre généralement à voir l'urine en contenir non dans les affections du foie, mais dans les maladies du sang où la métamorpliose des acides biliaires dans le sang est empêchée ou amoindrie. Comme on peut le prévoir, ces acides ne se montreront que dans l'urine des affections du foie qui sont accompagnées d'une hypersécrétion de bile, par suite de laquelle il s'accumule dans le sang une quantité d'acides biliaires telle, que la métamorphose ne peut pas se faire complètement.
Voy. à ce sujet Huppert (ircliiv der Ileilk. 1804, p. 250), el Bischof f {Henîe und Pfeuffefs Zeitschrift f. rat. Med. 1804, p. I'i5.)