‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource] (volume 2)Chapitre 120 sur 158 · SUCRE · texte numérisé non relu

SUCRE

Pour déterminer avec exactitude la quantité du sucre contenu dans une urine, ou procède d'après le paragraphe 66. Mais, à rexceptiou de la méthode polariniétrique, les procédés décrits dans ce paragraphe sont assez compliqués, et pour cette raison ils ne peuvent pas être facilement appliqués par le médecin, qui généralement laisse à un chimiste le soin de les exécuter. Afin de connaître exactement la marche de la séparation du sucre, il ne faut pas manquer de calculer pour une unité de temps la quantité du sucre produit (x gr. de sucre sont séparés dans une heure).

Des essais ont été faits par Wiek et Listitig dans le but de comparer l'exactitude des différentes méthodes usitées pour le dosage du sucre dans Turine (dosage par l'oxyde de cuivre, la fermentation, le polarimètre)

On a aussi essayé de déterminer la quantité du sucre contenu dans une urine diabétique, en se basant sur le poids spécifique de celle-ci, et dans ce but on a dressé des tables qui indiquent combien de sucre est renfermé dans une urine ayant un poids spécifique déterminé. Cette méthode est très-usitée en Angleterre, mais comme l'a montré Bence Jones, elle est très-inexacte, et elle ne peut même pas être employée pour des déterminations approximatives 2.

Comme les procédés de dosage du sucre dans l'ùrine mentionnés plus haut sont longs et difficiles, j'ai à leur place fréquemment employé une autre méthode qui est tout à fait suffisante pour le médecin, auquel le plus souvent il importe seulement de savoir approximativement combien une urine diabétique contient de sucre, et principalement si la proportion de cette substance augmente ou diminue. La méthode est basée sur ce fait, qu'une urine sucrée bouillie avec de la potasse caustique prend une couleur brun jaune et que par l'intensité de la coloration et à l'aide d'une échelle de couleurs on peut déterminer la quantité du sucre, de la même manière que la richesse de l'urine en pigment (§ 57).

La meillem-e manière de procéder est la suivante : on dissout dans 40 ou 50 c. c. d'eau une quantité pesée (environ 2 grammes) de sucre de raisin bien desséché, on ajoute à peu près un volume double d'une lessive de potasse assez concentrée, et l'on fait bouillir pendant dix ou quinze minutes. Après le refroidissement, on ajoute au liquide devenu brun foncé, autant d'eau, qu'il en faut pour que chaque centimètre cube du mélange renferme 10 milligrammes de sucre. Avec ce liquide on forme maintenant une échelle de couleurs. Pour dcg recherches ne demandant pas une grande exactitude, une échelle d'un petit nombre de degrés est suffisante, et l'on peut se servir de tubes d'essai ordi-

' llonlf; und l'ffiufîcr's Zeitschrift, t. VI, S» partie. - Mcdical Titites aiid Gaulle, i février

iiaires, ayant autant que possil)le le môme diamètre dans toute leur longueur. On remplit le premier de ces tubes avec un mélange formé de 1 partie du liquide précédent et 9 parties d'eau, et contenant par conséquent lO milligrammes de sucre par 10 c. c. On remplit à moitié le second tube avec ce même mélange, et l'on a joute un égal volume d'eau ; on obtient alors un degré (le l'échelle, contenant 5 milligrammes de sucre par 10 c. c. Dans un troisième luhe, puis dans un quatrième et dans un cinquième on verse des liquides qui, par 10 c. c, renferment 5, 2 et 1 milligrammes de sucre, etc. Si l'on prépare une échelle composée de 10 à 12 degrés, et si l'on choisit pour cela de gros tubes de verre aussi semblables que possible, on peut obtenir des résultats trèsexacts. Lorsqu'on a fait une échelle de ce genre, on fait bouillir une quantité mesurée (environ 5 c. c. pour les urines riches en sucre, et 10 c. c. pour celles qui n'en renferment qu'une petite quantité) de l'urine à essayer avec le double de son A'olume de lessive de potasse; après le refroidissement on verse le liquide dans un vase de verre, qui par la forme et la grandeur ressemble à ceux de l'échelle précédente, et l'on ajoute de l'eau jusqu'à ce que la couleur se rencontre avec celle de l'un des degrés de l'échelle. Puisque l'on connaît la richesse en sucre du degré de l'échelle, on peut maintenant calculer facilement celle de l'urine. Cette méthode est très-commode (elle n'exige que quelques minutes pour être exécutée), et pour cette raison elle est très-convenable pour la clinique. Toutefois l'échelle ne se conserve pas pendant longtemps, mais il n'en est pas de môme du liquide primitif, lorsqu'on a soin de le placer dans un endroit frais et sombre, et l'on peut préparer rapidement une nouvelle échelle à l'aide de ce liquide.

Signification. La présence du sucre dans l'urine est maintenant encore très-difficile à expliquer. C'est pourquoi il me semble convenable d'indiquer d'abord les faits qui ont de l'importance pour le médecin praticien. ■

Au point de vue pratique, il y a deux cas à distinguer :

4. L'urine contient du sucre, non pas seulement en grande quantité, mais aussi pendant un long temps et sans interruption (c'est seulement lorsque les malades sont à jeun que l'urine éliminée est quelquefois exempte de sucre).

2. L'urine ne contient que des traces de sucre, ou bien le sucre n'y apparaît que temporairement ou d'une manière continue pondant un temps court, ou bien d'une manière intermittente, l'urine n'en renfermant pas à certains moments.

Dans le premier cas, on doit admettre l'existence de la maladie connue sous le nom de diabète sucré ou de glycosurie. En général, il y a d'autres symptômes concomitants, qui peuvent venir on aide pour établir le diagnostic et le pronostic : urine abondante et très-dense, soif ardente, amaigrissement, peau sèche, etc. Ce

n'est pas ici le lieu de donner une description complète de l'orioine, des causes, de la marche et des complications du diabète sucré, et nous ferons seulement remarquer que dans tous les cas de ce genre le médecin est autorisé à déduire un pronostic qui, s'il n'est pas absolument défavorable, est au moins douteux.

Souvent le pronostic est plus favorable dans les cas où l'émission d'une urine très-sucrée a lieu à la suite de lésions de rencéphale, comme celle que l'on produit chez les animaux par la piqûre du quatrième ventricule cerebral, - en supposant; bien entendu, que la lésion du cerveau n'entraîne pas ellemême un pronostic fâcheux.

Le deuxième cas, dans lequel l'urine ne renferme que des traces de sucre, ou de grandes quantités, mais seulement' d'une manière accidentelle, s'observe dans le cours de maladies très-différentes, et même chez des personnes tout à fait saines. La cause de ce fait a été très-diversement expliquée par plusieurs physiologistes ; elle a été attribuée aune alimentation trop riche en sucre et en substances amylacées, cà des ti'oubles dans les fonctions de l'encéphale et du système nerveux, notamment de la moelle allongée, à un affaiblissement de la respiration et de l'absorption de l'oxygène, à une diminution dans la quantité des alcalis du sang, etc. Il sera toujours convenable que, dans un cas de ce genre, le médecin tourne son attention sur ces causes, qu'il cherche cà découvrir si par hasard une d'elles n'existe pas et qu'il dirige son traitement en conséquence. Mais une explication et un traitement tout cà fait satisfaisants d'un cas de ce genre ne deviendront possibles que lorsque les causes mentionnées plus haut, pour la plupart encore controversées, auront été expliquées avec plus de netteté et que leur influence sur la séparation du sucre par l'urine sera mieux connue qu'elle ne l'est acluellement.

C'est ici que doit être mentionnée l'existence de petites quantités de sucre dans le sang des artères, des veines, de la veine porte, dans l'urine des femmes enceintes, des femmes en couches, des nourrices, et môme dans l'urine d'hommes tout à fait sains. Après de nombreuses controverses sur cet objet, il semble maintenant assez bien établi, notamment par les recherchés de Brücke et (Vlwanoff, que l'urine des personnes en parfaite santé contient aussi fréquemment do petites quantités de sucre. Mais pour la pratique médicale et le diagnostic ces recherches n'ont pour le moment aucune valeur . réelle, elles n'intéressent que le chimiste ou le physiologiste de profession. 11 est maintenant encore très-ditficile d'obtenir des résultats positifs, parce qu'il n'y a que l'emploi des méthodes de recherche les plus exactes et des réactifs les plus purs, qui dans les

expériences de ce genre puisse naettre à l'abri des erreurs. Personne ne pourra hure des recherches sur cet ol)jet sans avoir une connaissance complète des travaux assez nombreux déjà publiés. Pour se guider on pourra se servir avec avantage des deux excellents mémoires de Lehmann (in Schmidts Jahrb., t. Hl, p. 281 et t. 97, p. 5), et de la dissertation de Nicol. Iwanoff (Beiträge zu der Frage über die Glycosurie der Schwangeren, Wöchnerinnen und Säugenden Dorpat,imi), qui renferme un résumé complet des travaux les plus récents!

Dans ces derniers temps, Vinosite{wo^. § 25) a été plusieurs fois trouvée dans l'urine, mais toujours dans des cas patMogiques, soit avec du sucre de raisin, soit avec de l'albumine (dans la néphrite albumineuse) . Son origine et sa signification ne sont pas encore connues. Elle paraît cependant provenir de la substance glycogénique du foie, parce que chez les animaux les piqûres du quatrième ventricule cérébral ou les maladies organiques analogues produisent quelquefois l'inosurie à la place de la glycosurie.

Des cas d'inosurie sont décrits par Gallois [De Vinosurie. Paris. 1864) et Schult%en (Archiv f. Anat. 1805, t. I,p. 29).

§ 08. ÉLÉMENTS ANOKMAUX ACCIDENTELS.

Sous ce titre sont compris les éléments anormaux très-différents, qui dérivent des substances alimentaires, des boissons, des médicaments, etc., et qui passent dans l'urine sans subir d'altération ou bien après avoir éprouvé certains changements. Ils rendent l'urine anormale ; mais cette anomalie n'a aucune importance pathologique.

Il a déjà été question dans différents endroits de ces éléments accidentels de l'urine, de la manière de les reconnaître et de leur signification (§ 51, page 156). Jusqu'à présent ils ont spécialement intéressé le chimiste et le physiologiste ; ils ont fait connaître au premier plusieurs produits de décomposition de substances organiques compliquées, et ils ont permis au second de tirer des conclusions sur les changements qu'éprouvent les différentes matières dans l'intérieur de l'organisme de l'homme et des animaux, et ont ainsi jeté quelque lumière au sujet de la métamorphose intermédiaire de la matière.

A ces éléments accidentels de l'urine, qui, du moins pour le moment, intéressent plus le chimiste et le physiologiste que le médecin, appartiennent aussi de

ÉI-ÉMËN'TS ANORMAUX ACCIDENTELS. 545

petilos quantués iVax-otates et de peroxyde d'hydrogène; les premiers proviennent probablement des alimca(s et des boissons. Ces corps ont été découverts il y a peu de temps par Schönbein [ Journ. f. prakt. Chemie. 18G4, p. 152 et JOS.)

Ils ne sont cependant pas sans importance pour le médecin, et avec le temps ils en acquerront une beaucoup plus grande encore. Leur présence permet de reconnaître ou de présumer qu'un malade a pris certains aliments, certaines boissons ou certains médicaments. Les asperges, l'cssenCe de térébenthine, le safran, le cubèbe, etc., se révèlent par l'odeur qu'ils communiquent à l'urine ; plusieurs substances végétales, comme la rhubarbe, le séné, certains fruits et certaines racines renfermant des matières colorantes, quelquefois aussi la créosote prise à l'intérieur donnent à ce liquide une couleur particulière ; tandis que d'autres substances qui passent dans l'urine peuvent être découvertes par une recherche chimique.

Il est encore plus important pour le médecin de savoir si certains médicaments sont éliminés avec l'urine et, dans le cas affirmatif, quelle quantité de ces substances est séparée par ce liquide. En effet, la réponse à cette question détermine fréquemment si un malade doit continuer ou au contraire suspendre l'usage de ces médicaments. (Voy. page 156.)

Dans plusieurs cas d'empoisonnements, la substance toxique peut aussi être découverte dans l'urine, de telle sorte que l'essai de cette dernière peut] quelquefois avoir de l'importance pour la médecine légale ou. pour le diagnostic et le traitement.

Les substances suivantes sont celles dont la recherche dans l'urine peut avoir quelque intérêt pour le médecin :

Pour les méthodes de recherche, qui souvent sont assez compliquées, et dont la description est trop longue pour être introduite ici , voyez soit paragraphe 51, soit le mémoire de Kletzinsky, publié dans Wiener medicin. Wochenschr. 1857 et 1858.

A la suite de l'empoisonnement par le plomb ou après l'administration de préparations plombiques, ce métal passe quelquefois dans l'urine. La recherche est difficile et ne réussit pas toujours.

Voyez aussi Folwarczny. Wiener Zeitschrift, 1859.

Le plus souvent on peut découvrir le cuivre dans l'urine, dans les cas d'empoisonnements par ce métal. [Kletzinsky.)

^^(î DES URINES.

Il peut être intéressant pour le médecin de retrouver le mercure dans l'urine, dans un empoisonnement et après un traitement par ce métal. Dans le dernier cas on apprend si l'organisme contient encore du mercure ou bien si celui-ci est déjà éliminé. (Voy., pour la méthode à suivre, page 158.)

Les sels de zinc passent facilement dans l'urine et peuvent y être découverts sans difficultés. {Kletzinshj .)

Lenickel et le cobalt, qui, tous les deux, surtout le premier, agissent comme poisons, peuvent aussi être facilement retrouvés dans l'urine.

L'arsenic et V antimoine passent également dans l'urine et peuvent y être découverts par la méthode que l'on connaît (appareil de Marsh) .

La recherche de Viode dans l'urine offre quelquefois de l'intérêt pour le médecin, en apprenant à ce dernier si dans un traitement par l'iode, l'organisme contient encore ou ne contient pas de cette substance. La richesse en iode de l'urine peut même être déterminée très-exactement. (Voy. page 460 et §67.)

Lorsque des alcalis carbonates ou à acides végétaux (acétates, etc.) sont administrés à l'intérieur comme durétiques ou dans l'intention de neutraliser l'excès d'acidité de l'urine, il est important pour le médecin d'avoir un moyen de déterminer pendant combien de temps il peut donner ces médicaments sans produire d'effet nuisible et à quel moment il doit en suspendre l'emploi ou l'administrer de nouveau après l'avoir suspendu. Dans un cas de ce genre la réaction chimique de l'urine fournit la meilleure indication. Tant que l'urine a une sécrétion alcaline, l'usage de ces médicaments peut être continué sans inconvénient, l'organisme n'en est pas encore sursaturé. Si cependant l'urine a une réaction nettement alcaline, et si cette réaction est due à un -excès d'alcalis fixes et non à la présence de carbonate d'ammoniaque (voy. page 318 2 fc), il sera mieux dans la plupart des cas de suspendre la médication et de ne la reprendre que lorsque l'urine sera redevenue acide. On choisira de préférence pour l'administration de ces médicaments les moments où l'estomac est vide, parce que pendant les trois ou quatre heures qui suivent les repas, l'urine a l'habitude d'être moins acide et quelquefois même d'être alcaline. (Voy. § 120.)

SEDIMENTS URINAIRES. •>'^'

L'acide tannique pi-is à l'intérieiir passe clans l'urine sous Iprme d'acide galliquc ou d'acide pyrogallique.

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