IV. Sédiments urinaires
On comprend sous le nom de sédiments urinaires des substances solides, non dissoutes dans l'urine qui, d'abord suspendues dans ce liquide, se déposent au bout d'un temps plus ou juoins long et forment un précipité. Le précipité a lieu d'autant plus rapidement et plus complètement que les particules solides en suspension sont plus grossières et plus pesantes, et il est d'autant plus lent et plus incomplet que ces mêmes particules sont plus fines et plus légères.
On désigne par le nom de nuage (nubes, nubecula) un léger sédiment constitué par de très-petites molécules, ne se déposant que difficilement, facile à disperser par l'agitation, et qu'alors on ne peut reconnaître qu'à un état de trouble et une transparence moindre de l'urine. Un sédiment qui est formé de petits grains sablonneux, nettement visibles à l'œil nu porte le nom de gravelle, et lorsque les concrétions âont un peu plus volumineuses elles constituent des graviers.
Les sédiments urinaires ont une grande importance pour le médecin praticien, parce que fréquemment ils permettent de reconnaître rapidement, et même immédiatement, certaines altérations de l'urine, pour la recherche desquelles il serait nécessaire, en l'absence de ces sédiments, d'effectuer un essai chimique souvent long et difficile. Quelquefois, il est vrai, la détermination de la nature d'un sédiment exige également une expérience chimique; il est aussi, pour le même but, fréquemment nécessaire d'avoir recours à l'examen microscopique, et les sédiments urinaires appartiennent précisément aux objets dont le diagnostic exact ne peut souvent être établi qu'à l'aide du microscope.
L'importance séméiotique des sédiments urinaires présente comme celle de l'urine un double caractère.
1. Les sédiments urmaires indiquent l'existence de cerlains changements dans la nutrition générale du corps. Ils apprennent
au médecin qu'une proportion inaccoutumée de certaines substances a été éliminée par l'urine et par conséquent formée dans l'organisme (par exemple, de l'acide sulfurique, de l'acide oxalique, etc.).- Au siijet -de plusieurs faits, pour la détermination desquels le climiiste est obligé d'employer des procédés longs et dil'liciles, les sédiments fournissent des indications le plus ordinairement rapides, souvent même instantanées, ayant fréquemment une certitude absolue, quelquefois, il est vrai, seulement probables, mais étant le plus souvent tout à fait suffisantes pour le médecin.
2. Les sédiments urinaires servent aussi à faire reconnaître l'existence de certaines maladies locales du système uropoïétiquc. Ainsi, un sédiment purulent indique qu'il se forme du pus dans quelque partie de l'appareil urinaire ; un sédiment constitué par des cylindres urinifères annonce l'existence d'une certaine altération pathologique du parenchyme rénal ; la nature chimique d'un dépôt graveleux renseigne sur la composition chimique de calculs, dont la présence a été diagnostiquée par d'autres symptômes, etc.
Quelques sédiments ne se forment qu'après que l'urine a été émise, d'autres au contraire prennent naissance dans l'intérieur de l'appareil urinaire. Dans des circonstances favorables ces derniers sérdiments peuvent former des concrétions urinaires (calculs urinaires) ; naturellement avec les premiers ce phénomène ne peut pas avoir Heu. Pour cette raison, il est important, au point de vue pratique, de savoir si un sédiment existe déjà dans l'urine fraîchement éliminée, ou bien s'il ne s'est formé qu'après l'émission de ce liquide.
Après ces considérations générales sur les sédiments urinaires, nous allons nous occuper de l'examen de chaque forme particulière.