‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource] (volume 2)Chapitre 122 sur 158 · A. SÉDIMENTS CRISTALLINS · texte numérisé non relu

A. SÉDIMENTS CRISTALLINS

SÉDIMENTS d'acide ÜRIQUE ET d'urATES. '

Les sédiments constitués par de l'acide urique et des urates se rencontrent très-fréquemment dans l'urine; dans les maladies fébriles aiguës ces sédiments sont sui'tout trè.s-fréquents, et on les

SliDlMENTS CRISTALLINS. - 349 trouve heaucoui) plus souvent que tous les autres sécliuieiits pris enseml)le.

Pour les reconnaître, voyez paragraplies ob et 5J.

Les conditions de leur l'ormation sont en général compliquées et il est souvent difficile de découvrir dans un cas donné l'inilueuce que les différentes causes déterminantes ont eue dans leur

production. ,

L'acide urique est un élément normal de l'urine. Mais il n est ■solubledans ce liquide qu'en très-petite proportion. Si maintenant il se produit dans l'urine des modifications ayant pour résultat de faire que tout l'acide urique contenu dans l'urine ne peut plus être maintenu en dissolution, une partie de ce corps, celle qui ne peut plus rester dissoute, se sépare sous forme de sédiment.

Ces modifications de l'urine, qui accompagnent la formation des sédiments d'acide urique, peuvent être divisées en deux groupes, dont la distinction a une grande importance au point de vue pratique :

1. La quantité de l'acide urique, qui dans un temps donné (une heure, vingt-quatre heures) passe dans l'urine, est plus grande qu'à l'ordinaire.

2. Si cependant l'urine sécrétée est très-pauvre en eau ou, en d'autres termes, si elle est très-peu abondante, il peut s'y former un sédiment d'acide urique, sans que la quantité de cet acide séparée par heure soit plus grande qu'à l'ordinaire.

Par conséquent, un sédiment d'acide urique dans l'urine n'est pas, comme quelques médecins paraissent le croire, un signe d'une augmentation absolue dans la formation et la séparation de l'acide urique. Une telle conclusion n'est justifiée que si, en déterminant quantitativement, d'après le paragraphe 69, l'acide urique éliminé pendant un temps donné (un nombre d'heures connu), on a trouvé que la quantité de cet acide dépasse la proportion normale.

. Les causes et les conditions qui favorisent la formation d'un sédiment d'acide urique sont les suivantes :

i. Les urates sont beaucoup plus facilement solubles dans l'eau chaude que dans l'eau froide. Par conséquent, une urine presque saturée avec ces sels à la température du corps de l'homme laisse, lorsqu'elle se refroidit, déposer un sédiment d'urates. C'est pour

DES UUINKS.

celte niisoii (jue dans un(! unne parfaitement Jinipide, lorsqu'elle vient d'être émise, mais (jui plus tard a perdu la température du corps et s'est refroidie, nous voyons si fréquemment apparaître un trouble, par suite de la séparation de ses urates.

Il est évident qu'un sédiment d'acide urique ne peut pas facilement se former de cette façon dans l'intérieur du corps vivant, parce que, excepté dans des cas extrêmement rares, l'urine ne se refroidit jamais assez pour cela à l'intérieur des voies urinaires. Mais il peut bien arriver qu'une urine saturée avec des urates éprouve à l'intérieur des voies urinaires, par un effet d'endosmose, une nouvelle concentration, de (elle sorte qu'une partie de ses urates peut devenir insoluble, se précipiter et former un sédnnent dans les voies urinaires ; cependant ce cas doit être extrêmement rare.

2. Les sels neutres sont plus facilement solubles. que les sels acides et ceux-ci se dissolvent avec plus de facilité que l'acide urique. Par conséquent, si, dans une urine très-riche en urates neutres, ceux-ci se transforment par une cause quelconque en urates acides ou en acide urique libre, un sédiment prend naissance.

Nous voyons ce phénomène se produire en dehors du corps dans la fermentation acide de l'urine. (Voy. page 127.) Mais des sédiments d'acide urique peuvent aussi apparaître de cette façon à l'intérieur du corps, soit, ce qui est probablement ,assez rare, lorsque l'urine a déjà subi dans la vessie la fermentation acide,' soit, ce qui paraît être plus fréquent, lorsque, par suite d'une modification de la sécrétion, une urine fortement acide est mélangée dans les voies urinaires avec une urine faiblement acide ou même alcaline ei qui est riche en urates neutres ; dans ce cas l'urine acide enlève la base 'complètement ou partiellement aux Urates neutres.

Il est probable que la fermentation de l'urine peut encore, autrement que par formation d'acide, donner naissance à des sédiments d'acide urique. Les pigments Urinaires notamment paraissent exercer une grande influence sur la solubilité de l'acide Urique dans l'urine. Par conséquent, si la matière colorante de l'urine a été partiellement modifiée et décomposée^ une portion des urates se sépare de l'urine ;

SÉDIMEINTS CRISTALLINS. <35l La théorie de la lonnation de ces sédiments étant exposée, occupons-nous maintenant de leur importance pratique :

Les maladies fébriles aiguës ou les exacerbations fébriles des affections chroniques sont les conditions les plirs fréquentes qui donnent lieu à la formation des sédiments d'acide urique. Dans ces cas il existe presque toujours en mémo temps plusieurs des causes prédisposantes, indiquées précédemment : diminution de la partie aqueuse de l'urine, et par conséquent de la quantité de celle-ci, augmentation absolue de l'acide urique, urine fortement acide, I)rüportion de pigment urinaireplus grande qu'à l'ordinaire. Alors le sédiment ne se montre généralement que quelque' temps après l'élimination de l'urine et son apparition est occasionnée soit par le refroidissement de l'urine, soit par un commencement de fermentation de celle-ci et de décomposition de la matière colorante, qui se trouve ordinairement en très-grande abondance dans les urines fébriles.

L'aspect de ces sédiments est très-variable : ils peuvent être de couleur rouge brique, de couleur cannelle, de couleur rose ; au microscope ils se présentent ordinairement sous forme de granules extrêmement fins. Ils sont généralement constitués par des urates neutres ou acides, dont la base est le plus ordinairement de la soude ou de la potasse, et plus rarement de l'ammoniaque ou de la chaux. Pour leur distinction, voyez paragraphe 59.

Leur caractère diagnostique le plus simple est le suivant : l'urine trouble qui les renferme s'éclaircit lorsqu'on la chauffe, mais elle se trouble de nouveau par le refroidissement.

Les sédiments d'acide urique indiquent l'existence de certaines altérations de nutrition qui accompagnent la plupart des maladies fébriles (augmentation de l'acide urique et de la matière colorante avec diminution dans la quantité d'eau séparée par les reins). On les considère fréquemment comme critiques ; l'élimination du sang d'une quantité d'acide urique en excès peut, en effet, être une circonstance favorable, tandis que la rétention de ce corps dans le fluide nourricier pourrait avoir des conséquences fâcheuses. Mais ils n'ont aucune importancp, critique décisive, car on voit fréquemment après leur apparition les principaux symptômes de la maladie durer encore longtemps avec la même intensité.

Ces sédiments se rencontrent quelquefois chez des personnes en pnrfaile santé, dans les cas où existent les conditions précédemment citées ; on les trouve, par exemple, après un exercice violent du corps, après , un repas copieux, ou à la suite de sueurs abondantes et par conséquent lorsque la sécrétion de l'urine est diminuée, ainsi qu'après une nuit de débauche ou une excursion à pied pendant les chaleurs de l'été.

Comme presque toujours ces sédiments ne prennent naissance qu'en dehors du corps, ils ne donnent que rarement lieu à la formation de calculs urinaires.

La détermination de la hase avec laquelle l'acide urique se trouve combinée dans un sédiment de ce genre, c est-à-dire la réponse à la question de savoir si le sédiment est constitué par de l'urate de soude, de l'urate de potasse, de l'urate d'ammoniaque ou de l'urate de chaux, n'a pour le moment aucune importance pratique.

L'urine contient plus rarement des sédiments à'acïde urique. Ceux-ci se présentent ordinairement en grosses masses cristallines ou en cristaux souvent visibles h l'œil nu ; ils sont tantôt seuls, tantôt au milieu de sédiments d'urates. Ces sédiments prennent naissance lorsque par l'une des causes indiquées plus haut, l'urine devient acide, et tout sédiment d^irates peut par addition d'un acide être transformé artificiellement en un sédiment cristallin d'acide urique.

Dans ce cas il est important de remarquer si le sédiment ne s'est formé qu'après l'émission de l'urine, ou bien s'il existait déjà dans les voies urinaires, les reins ou la vessie. Ce dernier cas a une grande importance pratique, parce que, si cet état dure longtemps, on a à craindre la formation de calculs d'acide urique rénaux ou vésica^ux.

§ 101. ACIDE HIPPURIQUE."

W. Duchek, Das Vorkommen der Hippnrsäure im. Harne des Menschen ; Prager Vierteljahrsschriß, 185^. t. 3, p. 25. — W. Iliillwachs, Ueber den Ursprung der Hippiirsäure' im. Harne der Pßanzenfresser ; Annalen der Chemie und Pharm. 1858, t. 105, p. 207. — R. Wreden, Qiiantilalive Beslimnmng der Hippursäure milLchl des Türirverfahrens ; Journal für prahl. Chemie. 1859, t, 77, p 446. — A. Lücke, Heber die Anwesenheit der Hip-

ACIDE lUrrUHIQUE. 353

vursäuren im moischlichrn Harne und ihre Auffindung ; Virchow's Archiv; 1800, t. !9, p. 190.

Nous plaçons l'acide hippurique parmi les sédiments, parce que dans les cas où il offre quelque intérêt pour le médecin, il se rencontre le plus souvent dans les dépôts urinairesoù il peut, à l'aide du microscope, être reconnu plus facilement et plus rapidement que par les moyens chimiques (évaporation de l'urine, etc., § 7).

Les sédiments d'acide hippurique sont relativement rares. Au microscope, ils se présentent sous forme de prismes rhomboïdaux, quelquefois en forme d'aiguilles (pl. I, fig. 1). On pourrait les confondre avec des cristaux d'acide urique ou de phosphate ammoniaco-magnésien. Ils se distinguent très-facilement de ces derniers, parce qu'ils ne disparaissent pas lorsqu'on les arrose avec de l'acide chlorhydrique, et ils diffèrent des premiers, parce qu'ils ne donnent pas lieu à la réaction de la muréxide caractéristique de l'acide urique. Le sédiment consiste quelquefois en un mélange de cristaux d'acide hippurique et d'acide urique, et j'ai eu occasion de voir ces cristaux ou aiguilles d'acide hippurique fixés comnie des pieux sur de gros cristaux d'acide urique. Dans les cas de ce genre, ce qu'il y a de mieux c'est de rassembler le sédiment sur un filtre et ensuite de le faire bouillir avec de l'alcool. Ce liquide ne dissout que l'acide hippurique et laisse l'acide urique. En évaporant la solution alcoolique, on obtient l'acide hippurique à l'état isolé et en cristaux que l'on peut essayer suivant le paragraphe 7 et déterminer avec certitude.

Nous n avons pas encore un nombre suffisant de recherches exactes sur la quantité d'acide hippurique contenue dans de l'urine normale, et il en est de même au sujet des variations qui peuvent se produire dans la proportion de ce corps. Pour quelques indications, voy. page 42.

Chez les habitants des tropiques, du moins à la Jamaïque, l'urine serait, d'après Lawson, extraordinairement riche en acide hippurique.

Les causes qui déterminent la séparation de l'acide hippurique sous forme de sédiment sont exactement les mêmes que celles qui ont été indiquées au .sujet de l'acide urique.

Signifl calion. D'abondants dépôts d'acide hippurique se rencontrent dans l'urine de personnes en parfaite santé lorsqu'elles ont ingéré une grande quantité de fruits, tels que des prunes {Ducheli), des baies d'airelle ponctuée {Vaccinium Vitis-idœa) cl

de ronce faux-mûrier {Rubus chamœmorus) — {Lücke), et il en est de même lorsqu'on a fait usage des acides bcnzoïque et cinnamique ; ces deux acides se transforment dans le corps en acide hippurique et sont sous cette forme éliminés par l'urine.

D'après Killine de grandes quantités d'acide hippurique seraient éliminées par l'urine après l'ingestion d'acide succinique ; ce fait n'a pas été confirmé par les expériences de Lücke, de Hallwachs et de Meissner.

Lorsque dans l'urine d'un malade le médecin trouve une grande quantité d'acide hippurique, il doit toujours commencer par rechercher si la présence de cet acide ne tient pas à l'une des causes précédentes (ingestion de fruits ou d'acide henzoïque, etc.). Cependant l'existence dans une urine d'une proportion considérable d'acide hippurique peut sans aucun doute avoir aussi sa raison d'être dans une altération pathologique des fonctions nutritives. Ainsi on a rencontré de l'acide hippurique en grande abondance dans une urine fébrile acide, dont la réaction était en grande partie occasionnée par cet acide {Lehmaim) ; on en a aussi trouvé dans le diabète, dans la danse de Saint-Guy, etc. Cependant les observations relatives à la présence de l'acide hippurique dans l'urine des malades sont encore si imparfaites, que pour le moment il est irapossible de se prononcer sur la valeur de l'existence de ce corps pour le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies.

Cette opinion, qu'une tendance à la formation d'une quantité excessive d'acide uriquc pourrait être détruite par l'usage de l'acide bcnzoïque, parce que alors deTacide hippurique se formerait à la place de l'acide urique [lire, Keller), a été reconnue comme erronée. Par conséquent, l'emploi de l'acide bcnzoïque proposé pour combattre la diathèse urique n'a aucune valeur pratique.

On a dans ces dernières années fait un grand nombre d'expériences au sujet de l'origine de l'acide hippurique renfermé dans l'urine de rtiommc et des herbivores, qui en sécrètent une quantité beaucoup plus considérable. (Indépendamment des travaux cités au commencement de ce paragraidie, voy. aussi : E. Laulemann, Armai, der Chemie und Pharm., 1^63, p. 9, et Meissner und Shepard : Untersuchungen über das Entstehen der Hippursäure, Hannover, 1806.) Mais elles n'ont, jusqu'à présent, donné aucun résultat susceptible d'uue application médicale pratique.

Page 1