PHOSPHATES TERREUX
§ 102. PHOSPHATES TERREUX, (phosphate de chaux et phosphate ammoniaco-magnésien.)
Les phosphates terreux se rencontrent très-fréquemment dans les sédiments urinaires, et, contrairement à ce qui a lieu pour les sédiments d'acide urique, on les trouve surtout dans les maladies chroniques et les urines alcalines. Ils ne manquent jamais dans ces dernières, parce que ces sédiments se forment toujours, dès qu'une urine devient alcaline, naturellement ou artificiellement, par suite de la sursaturation de son acide libre par un alcali caustique ou carbonaté quelconque.
Leur mode de production s'explique de la manière suivante : aussitôt qu'une urine devient alcaline par formation de carbonate d'ammoniaque aux dépens de l'urée (voy. § 89 et page 126), nonseulement le phosphate de chaux se précipite, parce que ce sel n'est soluble que dans des liquides acides, mais il se forme aussi par l'action de l'ammoniaque sur le phosphate de magnésie, qui se trouve toujours dans l'urine, du phosphate ammoniaco-magnésien (triple phosphate) qui se sépare, à cause de son insolubilité dans les liqueurs alcalines. Comme maintenant l'urine, excepté dans des cas extrêmement rares, contient à la fois du phosphate de chaux et du phosphate de magnésie, il s'y forme toujours, par suite de sa fermentation alcaline, un sédiment, qui est un mélange de ces deux phosphates terreux.
D'après les nombreuses recherches de Neubauer, Journ. fÛr prakt. Chemie, t. LVII, p. 05, ce sédiment renferme en moyenne, sur 100 parties, 67 parties de sulfate de magnésie et 33 parties de phosphate de chaux. (Yoy. aussi § 125.)
Pour les propriétés chimiques et microscopiques de ce sédiment, voy. § 41. Le triple phosphate a toujours une forme cristalline parfaitement distincte; ses cristaux ordinairement très-bien formés ressemblent à des couvercles de cercueil (pl. If, fig. 5, 5 et 6) ; plus rarement (lorsqu'ils ne sont que récemment précipités) , ce sont des groupes de cristaux moins bien formés, mais qui n'en .,'soiit pas moins Caractéristiques et qui ressemblent beaucoup à 'Jeux feuilles de fougère croisées à angle aigu.
Le phosphate de chaux examiné au microscope se présente au
3i,6 DES UUIISES.
contraire le plus ordinairement à l'état amorphe, en masses mal définies et extrêmement transparentes , ou bien, sous forme de cellules globuleuses ; ce n'est que rarement qu'on le rencontre à l'état cristallin. (Voy. page 137.) La transparence du phosphate de chaux est souvent si grande et ses contours sont si peu marqués, qu'on a besoin d'un peu de pratique pour le reconnaître au microscope. C'est pourquoi il arrive fréquemment que les sédiments de ce genre paraissent, lorsqu'on les examine au microscope, ne contenir que du triple phosphate, tandis que, en général, ils renferment au moins un tiers de phosphate de chaux.
Mais il n'en est plus de même lorsque la réaction alcaline de l'urine n'est pas occasionnée par du carbonate d'ammoniaque, mais par du carbonate de potasse, du carbonate de soude, ou par un autre alcali fixe. Dans ce cas, il ne peut pas se former de triple phosphate, et le sédiment n'est constitué que par du phosphate de chaux.
Mais on rencontre quelquefois dans des urines acides des dépôts cristallins de phosphate de chaux sans triple phosphate. [Eassall, On the fréquent occurence of phosphate of lime, in the crystalline form, in human urine and on its pathological importance. Proceedings of the Roijal Society, X, 58, 1S60, p. 281.)
Signification. On croyait autrefois que l'apparition des sédiments de phosphates terreux était due à ce que l'urine renfermait un excès de ces substances, dont la formation tenait à l'existence d'un état particulier désignée sous le nom de diathèse phosphatiqua. Cette opinion est tout à fait inexacte, puisque toute urine alcaline, et surtout ammoniacale, donne naissance à un sédiment de phosphates terreux; la présence d'un sédiment de ce genre ne peut pas permettre de conclure à une augmentation anormale dans la proportion des phosphates terreux de l'urine. Une augmentation des phosphates terreux ne peut être découverte que par une détermination quantitative de ces corps. (Voy. § 72.) C'est tout au plus si l'on peut se faire une idée approximative de la quantité des phosphates terreux contenus dans une urine, en se basant sur la proportion du sédiment déterminé d'après le paragraphe 85 ; cependant le dernier procédé exige une grande pratique, et il est loin d'être certain.
Abstraction faite de cette détermination approximative de la
OXALATE DE CHAUX. 357 quantité des phosphates terreux, ces sédiments fournissent les indications pratiques suivantes :
1. Ils font ordinairement connaître au médecin l'existence d'un état alcalin de l'urine et les conséquences qui en résultent, et ils lui montrent la nécessité de rechercher avec soin la cause de oet état. (Voy. § 69, p. 319 notamment.)
2. Dans les cas où l'urine contient un sédiment de phosphates terreux au moment où elle vient d'être émise, il est évident que ce sédiment a dû prendre naissance à l'intérieur des voies urinaires, et que, par conséquent, on doit craindre, si le phénomène dure longtemps, la formation de calculs vésicaux phosphatiques.
F. W. Beneke, Zur Physiologie und Pathologie des phosphorsäuren und Oxalsäuren Kalkes, Göttingen, 1850. — F.W. Beneke, Zur Entwickhingsge. schichte der Oxalurie, Güttingen, 1852. — James Y>egh\&, On stomach and neruoiis disorder as connected with the Oxalic dialhesis (Edinbgh. Monthly Journal ofmed. science, août 1849). — Gh. Frick (de Baltimore), Remarques sur la diathèse d'oxalale de chaux et sur son traitement {Gazelte des Hôpitaux, 27 septembre 1849). — Gallois, Mém. sur V Oxalate de chaux dans les sédiments de l'urine, dans la gravelle et les calculs {Gazette médicale de Paris, 1859, n" 35). — Smoler, Studien über Oxalurie {Prager Vierteljahrsschrift, 1861).
L'oxalate de chaux est important pour le médecin, principalement lorsqu'il se trouve à l'état de sédiment, parce que sous cette formell peut être reconnu, à l'aide du microscope, heaucoup plus facilement et heaucoup plus rapidement que par l'analyse chimique. C'est pourquoi nous nous occuperons ici de tous les faits relatifs à la présence de cette suhstance dans l'urine.
L'examen au microscope (avec de forts grossissements) est le meilleur moyen à employer pour reconnaître rapidement un sédiment d' Oxalate de chaux. Le sédiment est toujours cristallin, mais les cristaux sont en général très-petits, ils sont généralement beaucoup plus petits que les corpuscules sanguins ou purulents. Les cristaux bien formés ressemblent toujours à des enveloppes de lettres (octaèdre carré. — Pl. I, fig. 5) ; mais les plus petits, même avec un fort grossissement, ne paraissent jamais que sous forme de points anguleux, et, à cause de cette petitesse des cristaux, il est le plus souvent impossible de reconnaître à l'œil nu un sédiment
d'oxalatc de chaux. Lorsqu'on suppose avoir affaire à un sédiment de ce genre, il est tout à fait convenable de fdtrer l'urine. On enlève avec précaution le précipité resté sur le filtre encore humide et on l'examine au microscope : alors une personne exercée reconnaît immédiatement les cristaux de l'oxalate de chaux, qui sont généralement mélangés avec de l'épithélium, du mucus, des fragments des fibres du fdtre, et quelquefois avec d'autres sédiments cristallins, de l'acide urique, par exemple. Si le diagnostic est douteux, on a recours aux autres caractères distinctifs de l'oxalate de chaux indiqués paragraphe 40.
A l'aide de cette méthode, on peut découvrir dans l'urine les traces d'oxalate de chaux les plus petites et qu'il n'est pas possible de reconnaître avec plus de certitude par la voie chimique.
Causes et signification. Les causes de l'apparition de l'oxalate de chaux dans l'urine peuvent être rapportées aux faits suivants :
1 . L'acide oxalique et l'oxalate de chaux font partie de plusieurs aliments provenant du règne végétal (l'oxalis, l'oseille, les fruits du Solanum lycopersicum connus sous le nom de tomates, etc.) ; ils se trouvent aussi dans plusieurs substances médicamenteuses (abstraction faite de l'acide oxalique et de ses sels quelquefois employés en médecine, des Oxalates sont contenus dans les racines de rhubarbe, de gentiane, de saponaire, etc.). C'est de cette façon que de l'acide oxalique arrive dans l'organisme, duquel il peut être entièrement ou partiellement éliminé par l'urine sous forme d'oxalate de chaux,
2. L'acide oxalique se trouve fréquemment au nombre des produits de la métamorphose des substances animales, végétales ou minérales. Ainsi, il se forme par Foxydation de l'acide urique, de la créatinine, de la leucine, etc. C'est aussi un produit de l'oxydation incomplète du sucre, de l'amidon, ainsi que des sels à acides végétaux qui, au lieu de se transformer complètement en carbonates, passent en partie h l'état d'oxalates plus pauvres en oxygène que ces derniers. Il est probable que des Oxalates peuvent aussi se former aux dépens des carbonates neutres et des bicarbonates, si ces derniers par un procédé particulier de réduction perdent une portion de leur oxygène. Ces faits expliquent jusqu'à uncertain degrépourquoi, dans des circonstances favorables, de l'acide oxalique peut aussi prendre naissance dans l'organisme
humain ; c'est ce quia lieu, par exemple, après l'ingestion de boissons riches en acide carbonique (Champagne, eau de Seltz) , dans les troubles de la respiration (dans lesquels l'absorption de l'oxygène est entravée), après un usage immodéré de , sucre, etc. ; mais les conditions spéciales que nécessite cette formation sont encore pleines d'obscurité.
On a souvent posé cette question : Comment se fait-il que l'oxalate de chaux, si difficilement et même pas du tout soluble dans l'eau, puisse pénétrer dans les reins à travers la paroi des vaisseaux et ensuite passer dans l'urine ? Les recherches de Neubamr (Archiv für ivissemchaftl. Heükde. 1858, p. 1 ) et de Moddermann{vo^. Schmi dt's Ja/tri., t. CXXV, p. 145) fournissent quelques renseignements à ce sujet ; elles montrent que l'oxalate de chaux est soluble jusqu a un certain degré dans le phosphate acide de soude, et que sa solubilité est favorisée, bien qu'à un ûiible degré, par le chlorure de sodium, le sulfate de soude, le chlorare de potassiiun, etc., et même pai' l'urée.
Que signifie pour le médecin la présence de l'oxalate de chaux dans l'urine relativement au diagnostic, au pronostic et au traitement ?
Pour répondre à cette question il faut distinguer deux séries de cas.
1 . L'urine contient pendant longtemps, pendant des semaines et même des mois, de grandes quantités d'oxalate de chaux; il y a ce que l'on appelle une oxalurie ou une diathèse oxalique. Cette circonstance mérite une sérieuse attention de la part du médecin traitant, et cela pour deux raisons particulières :
a. Parce que, dans de telles conditions, on peut avoir à craindre que des calculs d'oxalate de chaux, désignés sous le nom de calculs muraux, ne viennent à se former dans les reins ou dans la vessie,
b. A cause de l'action nuisible que peut avoir l'acide oxalique sur l'économie générale. On sait que l'acide oxalique pris à l'intérieur en grande quantité exerce une action vénéneuse, nonseulement localement sur les parties du canal intestinal avec lesquelles il se trouve en contact, mais aussi sur le cœur et le système nerveux. On peut donc, d'après cela, conclure théori- (pjement que la formation d'une grande quantité d'acide oxalique à l'intérieur de l'organisme animal peut avoir des consé(|uences fâcheuses. Différents médecins, principalement en Angleterre et
^'^^ DLS URINES.
en Amérique (Prouf, Beghie, Frkk, etc.), ontobservé et décrit des cas de cette forme d'oxalurie.
Comme en Allemngnc, on no s'est jusqu'à présent que très-peu occupé de cette maladie, il me semble convenable de placer ici un extrait de la descrin lion tres-clairc qui en a été donnée par Degbie (loc. cit.) :
L'oxalurie se rencontre chez mie classe nombreuse do malades qui la plu part sont à la fleur do l'âge et du sexe masculin. Ce sont ordinairement des individus d un tempérament sanguin ou mélancolique ; ils ne sont pas accoutumés u des exercices énergiques; ils appartiennent généralement aux classes élevées de la société, et ils ont l'habitude de se donner aux jouissances de la vie et surtout aux plaisirs de la table. Ils souffrent de dyspepsie, depuis les formes les plus benignes jusqu'aux formes les plus graves. Souvent aussi ils no présentent aucun trouble apparent dans la santé; ils éprouvent seulement les malaises qu entraînent une digestion imparfaite et une assimilation défectueuse — un sentiment de pesanteur et de pression dans la région épigastrique, avec flatulence et palpitations ; quelques heures après le repas cependant, il n'est pas rare de voir apparaître des phénomènes plus sérieux qui ne se bornent pas aux or-anes digestifs, mais qui exercent une influence considérable sur le système nerveux, et menacent de porter atteinte au moral des malades. Ceux-ci sont ordinairement capricieux, sensibles et irritables, ou au contraire énervés, soucieux et mélancoliques ; ils sont continuellement tourmentés par la crainte que quelque maladie grave, comme la consomption ou une affection de cœur, ne vienne à se déclarer chez eux, et dans ce cas, leur moral est profondément affecté. Dans les cas bénins on observe chez ces malades l'anxiété et l'habitus d'une personne dont la santé est dérangée (langue chargée, peau sèche, pouls vif) ; — mais, dans les cas invétérés, le visage a une couleur sale et sombre ; les malades maigrissent d'une manière continue, leurs cheveux tombent, ils ont une grande "tendance aux furoncles , aux anthrax , au psoriasis et autres maladies de la peau; ils éprouvent des douleurs sourdes et profondes dans les régions dorsale et lombaire; enfin on observe encore des hémorrhagies de l'intestin et delà vessie de rincontinence d'urine et de l'impuissance. L'affection peut être lente dans sa marche, et ses conséquences sont extrêmement variables. Sous l'influence d'un régime convenable, d'un traitement approprié et de l'air de la campagne, le mal peut être arrêté et mémo entièrement détruit. Mais si l'affection est négligée ou mal traitée, elle expose le malade à tous les dangers et aux souffrances qu'entraîne un calcul rénal ou vésical, ou bien aux conséquences encore plus fâcheuses d'une maladie organique de mauvaise nature.
La cause de cet affection réside dans une accumulation d'acide oxalique dans le sang. Ce poison est séparé du sang par les reins, et cette séparation, sous forme doxalate de chaux, fournit un moyen pour reconnaître la maladie, qui line fois reconnue peut être guérie par un traitement simple et efficace.
D'après Begbie, ce traitement consiste dans l'emploi des moyens suivants : faire pendant longtemps usage de viande, de lait , de végétaux farineux , proscrire complètement les substances sucrées, se vêtir chaudement et prendre des bains tièdes ; — employer comme médicaments de Tazotate de potasse, de l'acide chlorhydriquo à la dose de 20 gouttes, deux ou trois fois par jour, ou sous la forme suivante :
OXALATE DE CHAUX. m
Acide chlorliydriquo diluû. . j grammes.
— mlnquc ililuc )
Eau 43 —
Sirop d'oranges 15 —
Avant chaque repas, on prendra dans un grand verre d'eau une pleine cuiller il thé de ce mélange.
Beneke (loc. cit.) explique d'une manière encore plus précise l'action nuisible de l'acide oxalique sur Teconomie. Il pense que le phosphate de chaux est dissous par cet acide, qu'il est enlevé de Torganisme, et que le manque de phosphate ainsi produit aurait pour conséquence une diminution d'activité dans la formation des cellules organisées.
Cependant, on n'a pas encore démontré d'unc[manière évidente que les symptômes décrits précédemment comme appartenant à la diathèse oxalique dépendant réellement d'une accumulation d'acide oxalique dans le sang ; c'est pour cela que plusieurs observateurs, Lehmann % Gallois, Smoler, regardent comme inadmissible l'hypothèse de l'existence de la diathèse oxalique. Mais, si l'on considère que l'acide oxalique, lorsqu'il est pris à haute dose, exerce sur le corps de l'homme une action vénéneuse de laquelle il est impossible de douter, et qu'en outre tout médecin trèsoccupe a l'occasion d'observer des cas entièrement semblables à ceux décrits par Begbie (moi-même j'en ai rencontré plusieurs), il nous paraît convenable de conseiller aux praticiens de ne pas négliger ces cas dans lesquels l'urine renferme pendant longtemps de grandes quantités d'oxalate de chaux, de rechercher avec soin les causes de ce phénomène (troubles de la respiration avec diminution dans l'absorption de l'oxygène, ingestion immodérée de sucre, trouble de l'une des autres fonctions nutritives secondaires), et de njettre en pratique les règles thérapeutiques indiquées plus haut.
2. D'autre part, il est certain que tous, les cas dans lesquels on rencontre de l'oxalate de chaux dans l'urine ne peuvent pas être classés dans la catégorie dont il vient d'être question. Lorsque l'urine ne renferme que des traces de ce sel, ou bien lorsque de grandes quantités de ce même corps n'apparaissent dans la sécrétion urinaireque d'une manière transitoire, comme cela s'observe souvent dans différentes maladies aiguës ou chroniques, on n'a
* Lehrbuch d. physiolog. Chemie, 2° il., t. I, p. 51.
pas à redouter les conséquences fâcheuses indiquées précédemment.
Dans ce cas, la tâche du médecin est de rechercher la cause de la présence de l'oxalate de chaux: il doit s'informer si peut-être il ne provient point d'aliments ou de médicaments renfermant de l'acide oxalique, ou bien s'il ne s'est pas produit quelques altérations dans les fonctions nutritives. Dans les cas de ce genre le pronostic n'est pas aussi défavorable et l'on n'a que rarement à craindre les conséquences fâcheuses indiquées précédemment. Cependant il semble convenable, lorsqu'on a déterminé les causes de cet état anormal, de les combattre par des moyens appropriés et de cette façon prévenir les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter.
§ 104. CYSTIiNE.
A. Fahre, De la ctjstine, etc., Paris, 1859. — Bnrtel, Yirchow's Archiv, 1865, p. 419.
La signification pratique de la cystine est comparativement trèspeu importante, parce que ce corps ne se rencontre que rarement dans l'urine. Tout ce que l'on sait actuellement au sujet de la cystine , c'est qu'elle donne quelquefois lieu k la formation de calculs urinaires. Dans ce cas, elle apparaît toujours sous forme de sédiment ; et pour cette raison nous l'examinons ici, bien qu'elle puisse aussi se trouver en dissolution dans l'urine.
On ne sait pas encore au juste si la formation de cette substance exerce quelque action nuisible sur l'organisme par les altérations qu'elle peut produire dans les fonctions nutritives. Cependant cela ne paraît pas probable, car l'expérience a appris que l'urine peut contenir de la cystine pendant des années, sans que la santé en souffre, si toutefois des calculs de cystine ne viennent pas à se former.
Pour reconnaître ce corps dans l'urine par les moyens chimiques et à l'aide du microscope, voy. § 42.
Les causes qui donnent lieu à sa formation dans l'organisme sont encore tout à fait inconnues. Par sa grande richesse en soufre (elle en renferme plus de 26 p. 100) cette substance se place à côté de la taurine, et nous sommes, pour cette raison, autorisés à penser
XANTHINE, ETC. 305
que le foie joue peut-être un rôle dans sa formation. En effet, Scherer a trouvé de la cystine dans un foie, ce qui, dans tous les cas, est une preuve que cette substance, de môme que l'urée, l'acide urique, etc., ne se forme pas dans les reins, mais dans quelque autre partie du corps ; qu'elle est introduite dans le sang et qu'ensuite elle est éliminée par les reins. Les futures investigations nous donneront probablement des renseignements sur la valeur sémciologique de la cystine et sur les conditions intimes "de sa formation.
Un fait intéressant à noter est le suivant : dans les cas assez rares où, jusqu'à présent on a rencontré la cystine à l'état de calcul ou de sédiment, cette substance a été trouvée proportionnellement très-souvent cbez plusieurs membres de la même famille.
§ 105. XANTHINE, IIYPOXANTHINE, GUANINE, GUANOXANTHINE. ÏYROSINE.
Strecker, Annal, de Chemie und Pharm., l. CII, p. 108. — Städeler, ibid., t.. CXI, p. 28. — Scherer, ibid., t. GXII , p. 257.
La xanthine (voy. § 5 et 44) n'avait encore été trouvée chez l'homme sous forme de calculs urinaires que dans des cas trèsrares (et dans ces mêmes cas l'urine en renfermait aussi de trèspetites quantités), lorsque dans ces derniers temps on l'a aussi observée à l'état de sédiment cristallin. {Bence Jones, Journ, of the chem. Soc. 1862, p. 68.) La présence d'un sédiment de ce genre n'est importante pour le médecin praticien que parce qu'elle indique que des calculs de xanthine peuvent se former dans les reins ou dans la vessie. Les causes qui augmentent la production de la xanthine dans l'organisme et qui donnent ultérieurement naissance aux sédiments de cette substance sont encore inconnues.
Vhypoxanlhine^ la guanine et la guanoxanthine sont des substances qui se rapprochent beaucoup de la xanthine ; on les rencontre en petite quantité dans diflérents organes du corps de riinmmc (la rate, le foie, le pancréas), et il est probable qu'elles se trouvent aussi quelquefois dans l'urine. {Strecker.) Dans tous les cas, elles doivent être considérées comme des produits de la métamorphose de la matière animale. Cependant les renseignements
que nous avons sur leur mode de production et sur leur signification sont encore si peu nombreux qu'il nous semble convenable de nous borner à indiquer leurs noms,
La tyrosine (voy. § 56 et 43) est une substance qui résulte de la décomposition des matières protéiques ; elle a été observée dans différents organes du corps de l'homme, et le plus ordinairement en même temps que la leucine; dans des cas extrêmement rares elle se rencontre aussi sous forme de sédiment urinaire. Lorsqu'elle se montre en grande quantité dans l'urine, cela indique toujours des altérations dans la métamorphose de la matière (décomposition excessive des substances protéiques), et elle devient pour cette raison intéressante pour le médecin.