CYLINDRES ET TUBES URINIFÈRES
Un sédiment formé de cylindres et de tubes iirinifères a, au point de vue pratique, une grande importance, car il est un des signes les plus précieux pour le diagnostic de certaines maladies du parenchyme rénal. Il ne peut être reconnu avec certitude que par l'examen microscopique. Ses formes et ses propriétés ont déjà étédécrites dans le paragraphe 48 : cependant nous devons encore revenir sur ce sujet, afin que l'on puisse comprendre la signification du sédiment dans les différentes circonstances où on le rencontrera.
Ce sédiment consiste en produits allongés tubuliformes ou cylindriques, qui ayant pris naissance dans les canalicules urinaires des reins, et notamment dans les tubes de Bellini de la substance médullaire, prennent plus ou moins la forme de ces canalicules, et sont, pour ainsi dire, des empreintes de ceux-ci. Les formés principales sur lesquelles les éléments de ce sédiment apparaissent sont les suivantes :
1. Tubes épithéliaux : agrégats tubuleux, tout à fait semblables à ceux que l'on obtient en raclant avec un couteau la coupe de la substance médullaire d'un rein frais. (Voy. pl. I, fîg. 4.) C'est l'épithélium des tubes de Bellini qui, par un procédé pathologique, a été détaché en fragments adhérents , puis éliminé avec l'urine. Outre ces grands tubes épithéliaux, on trouve fréquemment dans le sédiment quelques cylindres épithéliaux (cellules munies de queues), qui proviennent des calices ou des bassinets (pl. I, fig, 4) ; on y rencontre aussi quelquefois des corpuscules de pus.
2. Cylindres urïnifères (jramdés {^\. I, fig. 6) : cylindres solides analogues pour la forme ou le volume aux produits précédents, mais ayant un aspect finement granuleux. Ils renferment parfois des cellules épithéliales, plus fréquemment des globules sanguins, des corpuscules purulents, ainsi que différents cristaux comme ceux qui se rencontrent dans les sédiments urinaires, des cristaux d'oxalate de chaux notamment. Très-souvent on trouve à côté de ces cylindres des globules sanguins, des corpuscules de pus ou des cellules granuleuses.
3. Cylindres nrinifères hyalins 1, fig. 5) : cylindres solides
comme les précédents, mais si pâles et si transparents qu'on a beaucoup de peine à les distinguer au microscope au milieu du liquide qui les entoure. Ils paraissent avec une netteté plus grande, SI l'on ajoute à l'urine un peu de solution d'iode dans l'iodure de potassium, réactif qui leur donne une couleur brunâtre.
Entre les cylindres 2 et 3 il y a beaucoup de formes intermédiaires; lorsque les cylindres hyalins renferment des corpuscules de pus, des molécules granuleuses, des gouttelettes huileuses ou des globules dégraisse, ils se rapprochent de la forme granulée.
Il faut en outre faire attention au diamètre de ces cyHndres. Le diamètre est parfois très-petit, 3/100 de millimètre environ ; dans d'autres cas les cylindres sont plus gros et leur diamètre s'élève jusqu'à 6/100 de millimètre et même au delà ; ils ont quelquefois un diamètre inégal, ils sont étranglés dans certains endroits, dans d'autres ils sont plus larges, variqueux, ampulleux.
Comme dans beaucoup de cas les tubes et les cylindres ne se rencontrent qu'en petit nombre dans l'urine, il faut, si l'on veut être sûr de les trouver ou bien s'assurer de leur absence, toujours laisser reposer l'urine pendant longtemps et examiner le dépôt au microscope, ou encore mieux filtrer le liquide et déposer sur le porte-objet le magma resté sur le filtre et qui contient les tubes et les cylindres. Afin que les cylindres hyalins très-difficiles à apercevoir ne passent pas inaperçus, il est bon de colorer l'uriné en y ajoutant une solution d'iode dans l'iodure de potassium. On rencontre quelquefois dans le sédiment des produits qui ont quelque ressemblance avec les cylindres granulés, mais qui n'en sont pas, et qui, par conséquent, peuvent donner heu à des erreurs. Ce sont des débris cylindriques en forme de saucisses, qui consistent en agrégats de fines molécules (pl. II, fig. 2). On les trouve généralement dans l'urine albumineuse, ou dans l'urine qui a été pendant longtemps abandonnée à elle-même et qui a déjà subi une certaine décomposition, ils résultent de la précipitation sous une forme finement granuleuse de l'albumine, du mucus, etc. L'œil exercé les distingue facilement "des véritables cylindres granulés à leur forme moins régulière.
Signification. Les cylindres et les tubes urinifères proviennent toujours des canalicules rénaux, et notamment des tubes de Bellini de la substance médullaire, et ils indiquent une affection de celle-ci.