I. Corps inorganiques
A. Sels des métaux lourds. Comme les sels des métaux lourds forment avec un grand nombre de substances animales, notamment avec les corps protéiques des combinaisons difficilement solubles, ils n'apparaissent dans l'urine que lorsqu'ils ont été introduits à haute dose dans l'organisme. Orßa retrouva dans l'urine de l'antimoine, de l'arsenic, du zinc, de l'or, de l'argent, de l'étain, du plomb etdu bismuth, après l'administration de fortes doses des sels de CCS métaux, tandis qu'il ne put en découvrir que dans le foie et la bile, par conséquent aussi dans les excréments solides, lorsque les doses administrées étaient petites et fréquemment répétées.
Après l'usage interne du fer, on peuf souvent découvrir immédiatement ce .notai dans 1 urnie fraiche avec les réactifs ordinaires. {Lehmann.)
1 aprcs Roussin l'arsenic passerait dans l'urine à Félat d'arséniatc ammon aco-magnes.en. Après l'administration d'une dose de 40 ou45centigr sulfuré '''' ^ directement avec l'hydrogène
Pour trouver les métaux lourds dans l'urine, on doit suivre les méthodes que Ion eiîiploie dans les recherches judiciaires pour découvrir ces corps en prés^ence de matières organiques, c'est pourquoi je me contente de renvoyer au iratte d analyse chimique qualitative de Fresenius (traduit de l'allemand par C. Forlhomme. Paris, 1866).
Mercure. - Dans ces derniers temps on a fréquemment employé avec avantage 1 electrolyse pour découvrir le mercure dans l'urine ; et à cause de l'importance du sujet la méthode dont s'est servi Schneider peut être placée ici. Dans chaque htre de l'urme à essayer on dissout 5 grammes de chlorate de potasse on mélange avec de l'acide chlorhydrique jusqu'à réaction fortement acide et on chauffe au ham-marie. Si pendant l'évaporalion le liquide prend une couleur foncée, i faut ajouter une nouvelle quantité du corps oxydant, mais, dans tous les cas, chauffer jusqu'à ce qu'un échanlillon, après addition d'acide chlornydnque , n exerce plus d'action décolorante sur les substances colorées. 11 n'y a aucun avantage à pousser l'évaporation de l'urine jusqu'à cristallisation des sels, car, s il est concentré à ce point, le liquide prend une coloration foncée. En outre, Schneider s'est assuré, par un grand no.nbre d'expériences, que les dissolutions SI fortement concentrées ne sont pas convenables pour l'électrolyse. On a besoin, dans la plupart des cas, de très-grandes quantités d'urine. Schneider se servait pour ses recherches de la quantité totale de l'urine de trois ou six jours (7 aJ5 litres), qui était ensuite évaporée au bain-marie au 1/7 ou 1/8 après addition de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique. Pom- l'électrolyse de ce liquide ainsi préparé Schneider se sert d'une pile de Smee de 6 éléments (toute autre pile à courant constant peut naturellement tout aussi bien servir) ; le pôle positif de cette pile consiste en une lame de platine large de 4 centimètres et le pôle négatif est un fil d'or de 1 millimètre de diamètre, dont l'extrémité élargie est ovalaire et a 2 millimètres de large. Afin de limiter la sépai-ation du mercure sur une surface aussi petite que possible, l'électrolyse fut effectuée dans un vase plus large que haut. -L'opération dura de dix-huit à vin<^tquatre heures. Pour l'essai ultérieur du fil d'or, qui, après la fin de l'expérience paraît amalgamé, s'il y a du mercure, on procède de la manière suivante : oîi introduit le fil d'or dans un tube de verre nettoyé avec soin ; ce tube est étiré à une extrémité en un prolongement capillaire et ensuite fermé à la lampe à l'autre extrémité. On chauffe au rouge, dans toute sa longueur, la partie du tube la plus large et contenant le métal ; si, au bout de cinq minutes environ, un dépôt s'est produit sur la partie plus froide du tube, on le chasse en chauffant dans la partie capillaire et l'on chauffe encore le métal afrn de s'assurer s'il ne se forme pas un nouveau sublimé. Maintenant on sépare par fusion la portion du tube contenant le métal de l'extrémité capillaire, de telle sorte qu'il reste sur celle-ci une courte portion du tube large sous forme d'un renflement analogue à un ballon. Après le refroidissement, on ouvre le renllenieiit en pinçant l'extrémité étirée en pointe , ensuite avec un fil de verre on y introduit un peu d'iode
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'URINE. 1^9 et l'on Icrmc de nouveau. La vapeur d'iode monte dans la partie capillaire du lubc et elle disparaît dans les parties où il y a du mercure ; en outre, suivant la quantité de Tiodc introduit , on ^oit apparaître des anneaux bruns . rouges ou iaunes Si l'on chauffe avec beaucoup de précaution les anneaux bruns, liode qu'ils renferment se vaporise et il reste des anneaux rouges d lodure de mei-cure. Les anneaux rouges ainsi que les jaunes se volatUisenl lorsqaon chauffe plus fortement, mais ils se déposent immédiatement sur les parties plus froides et ils prennent alors une couleur rouge qui. toutefois, suivant les circonstances, peut passer au jaune. Les anneaux jaunes sont formés par une combinaison de Lto-iodure et de sous-iodure de mercure llg^"^ ; ils prennent naissance s. 1 iode avait été ajouté en quantité insuffisante pour former Hgl ; si alors on introdmt dans le tube capillaire un autre petit cristal d'iode et si Ton chauffe, les anneaux iaunes se transforment facilement en anneaux rouges. Au microscope les cristaux rouges paraissent sous forme d'octaèdres, qui, souvent, sont placés les uns sur les autres par leurs faces , de telle sorte qu'ils représentent des fibres dentées analogues au chlorhydrate d'ammoniaque.
En soumettant à l'électrolyse des urines riches en iodure de potassium, préalablement évaporées au dixième après addition de chlorate de potasse et d'acide chlorhvdrique , il ne fut pas possible, dans trois cas , de découvrir de mercure. Cependant, après que ces urines eurent été mélangées avec de l'acide sulfurique renfermant de l'acide azoteux, puis évaporées au bain-œarie jusqu'à élimination complète de l'iode, le pôle négatif présenta des traces évidentes d'amalgamation et avec les autres essais on obtint la réaction du mercure de la manière la plus nette. — Conséquemmcnt il serait convenable de commencer par dépomller de leur iode les urines qui contiennent des iodures métalliques ; et c'est ce que l'on peut faire facilement en chauffant le liquide au bain-marie pendant que l'on y ajoute peu à peu de l'acide sulfurique saturé d'acide azoteux.
Klctzinsky évapore à sec l'urine traitée par le chlorate de potasse et l'acide cblorhydrique et, pour enlever le sublimé , il traite le" résidu avec de l'éther. D'après Schneider, ce procédé est tout à fait incertain, parce que du bichlorure de mercure , uni aux chlorures alcalins sous forme de sels doubles, peut être contenu dans le résidu ; mais ces combinaisons sont presque insolubles dans l'éther et, pour cette raison, on ne peut pas enlever de sublimé avec l'éther dans des résidus d'urines si ceux-ci sont complètement desséchés. A cause de l'importance du sujet, je vais donner ici les résultats obtenus par Schneider :
1. Dans l'urine de syphilitiques, qui n'avaient jamais été soumis à un traitement mercuriel, on ne trouva pas de mercure à l'aide de l'électrolyse.
2. Le même résultat négatif fut obtenu en essayant l'urine d'individus qui avaient été soumis autrefois à un traitement mercuriel. Les recherches furent effectuées sur différentes personnes quatorze jours, cinq mois et six mois après l'administration du mercure.
3. Pendant que l'on fait usage à l'intérieur de préparations mercuriellcs, l'urine contient constamment du mercure.
4. Les expériences de Schneider ne sont pas du tout favorables à l'opinion, maintenant assez généralement répandue, au sujet du mode d'action de l'iodure de potassium sur les métaux qui sont retenus dans l'organisme. Dans trois cas, où .iminédiateincnt après uu traitement par le sublimé do l'iodure de potassium
fut administre, ce moyen ne favorisa pas d'une manière évidente rélimination du mercure par l'urine.
5. Dans un cas d'hydrargyrose, qui se termina par la mort, l'urine fut trouvée très-riche en mercure, bien qu'on ne put en soumettre à l'essai que 1,200 centimètres cubes. 11 en fut de môme du cerveau et surtout du foie'.
B. Sels alcalins.
1. Les carbonates alcalins reparaissent toujours tels quels dans l'urine, bien que certainement une partie soit saturée par l'acide libre du suc gastrique. Ils rendent l'urine, soit neutre, soit alcaline. — L'acide carbonique libre, les vins mousseux, la bière, les bicarbonates alcalins occasionnent une séparation plus grande d'oxalate de chaux et en même temps aussi la richesse de l'urine en acide carbonique libre, devient plus grande.
2. Les sels ammoniacaux passent généralement dans l'urine sans avoir éprouvé d'altération.
A ce sujet j'ai exécuté des expériences avec un jeune homme de vingt ans, qui, d'après la moyenne de 12 déterminations, éhniinaitpar vingt-quatre heures O^^GIS? d'ammoniaque, correspondant à lf%9505 de chlorhydrate d'ammoniaque. 10 centimètres cubes d'une dissolution, qui contenait exactement 2 grammes de chlorhydrate d'ammoniaque par 10 centimètres cubes, furent pris le soir avec un verre d'eau ; l'urine de vingt-quatre heures fut exactement recueillie et soumise à l'analyse. Les expériences furent continuées durant sept jours et pendant ce temps, si nous retranchons comme normale la quantité indiquée plus haut, il fut éliminé O'^OST de chlorhydrate d'ammoniaque au lieu des 10 grammes absorbés.
3. Le ferrocyanide de potassium se trouve réduit à l'état de ferro cyanure.
4. Le sulfocyanure de potassium passe rapidement dans l'urine, même après l'ingestion de petites quantités,
5. Les silicates, chlorates et borates alcalins, se retrouvent dans l'urine.
6. L'iodure de potassium passe également dans l'urine et généralement il peut être facilement découvert au moyen de sa réaction bien connue avec l'amidon.
Pierre Scivoletlo humecte des bandes de papier à filtrer avec de l'empois d'amidon: après les avoir desséchées, il les arrose avec l'urine à essayer et ensuitf il les suspend librement dans la partie supérieure d'un petit ballon au fond duquel se trouve un peu d'acide azotique fumant. S'il y a de l'iode, les parties
* Schneider, Ucbcr das chemische und elcctrolißische Verhalten der Quetlcsilbcrs %n thierischen Substanzen. "Vienne, 1800.
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS i)E I/UlUNE. 161
mouillées so colorent eu bleu. S'il s'agit de très-peliles quantités d'iode, la méthode suivante, indiquée par Caslain, pourrait être employée avec certitude : on mélange environ 1 litre d'urine avec 2. grammes de potasse caustique, on évapore à sec et l'on brûle toutes les matières organiques. On dissout le résidu dans l'eau et Ton recherche l'iode avec l'amidon et l'eau de chlore ou l'acide azotique fumant.
[7. Le bromure de potassium est aussi éliminé par l'urine, et l'on peut, pour le découvrir dans ce liquide, se servir du procédé suivant :
On ajoute à l'urine un peu de soude pure, puis on évapore à sec. On chauffe ensuite le résidu au rouge dans une capsule de porcelaine, puis on le traite par l'eau distillée. Après filtration, on obtient une liqueur limpide, dans laquelle il est facile de trouver le brome qui peut y exister, en versant de l'azotique qui met le brome en liberté, et en recueillant ce dernier à l'aide du sulfure de carbone. Suivant que le brome se trouve en plus ou moins grande quantité, le sulfure de carbone se colore en rouge intejise ou en jaune orangé. Cette. méthode est longue, mais d'une grande e^^actitude. En effet, si l'on évapore 500 grammes d'urine, et si la liqueur provenant du lavage du résidu, n'occupe que 10 centimètres cubes, on peut reconnaître ainsi rsôJWZ brome.] (L. G.)
8. Une partie du sulfure de potassium pris à l'intérieur, passe à l'état de sulfate, l'autre partie, sans avoir éprouvé de modification.
G. Sels alcalino-terreux.
1. Les sels de baryte solubles, i)i'is à dose assez grande, peuvent être retrouvés dans l'urine.
2. Les sels de chaux et les sels de magnésie ne passent pas dans l'urine, ou du moins on n'en retrouve que de très-petites, quantités.