CARACTÈRES DE L'URINE NORMALE
L'influence cle l'alimentation sur la constitution de l'urine se montre de la manière lapins évidente, si l'on force des herbivores à faire uniquement usage d'une nourriture animale, ou bien si on les fait jeûner pendant longtemps, de telle sorte que leur vie s'entretienne seulement aux dépens des éléments de leur corps. Alors l'urine perd très-promptement sa réaction alcaline ; elle devient acide, l'urée se montre en proportion plus considérable, le sédiment de carbonate de chaux disparaît et l'acide urique apparaît en quantité plus appréciable. Par conséquent, l'urine acquiert tous les caractères de celle des carnivores, fait duquel on peut facilement s'assurer en expérimentant sur des lapins. Pareille chose se produit en sens ifiverse, lorsqu'on nourrit un Carnivore uniquement avec des aliments végétaux. -
L'urine des oiseaux, des amphibies, etc., est tout à fait différente de celle des mammifères, d'où l'on peut encore conclure que l'on doit aussi accorder à l'organisation des animaux une inttuence décisive sur la constitution de l'urine.
L'urine normale de l'homme offre en général plus d'analogie avec celle des carnivores. Fraîchement émise, elle est limpide, de couleur jaune d'ambre claire ; elle a une réaction acide évidente, une saveur amère salée, et une odeur aromatique spéciale. — Stcideler a, le premier, dans un travail important, répandu quelque lumière sur la nature des substances odorantes de l'urine; cependant ce travail s'adressait surtout à l'urine de la vache, mais il fut aussi étendu à l'urine humaine. C'est Stcideler qui, en distillant de grandes quantités d'urine de vache, est parvenu à reconnaître, comme étant la cause de l'odeur de ce liquide, une série d'acides volatils particuliers, parmi lesquels on doit nommer l'acide phénique et, à côté de lui, les acides taurilique, damaluriqne et damolique. L'urine humaine contient des quantités variables et peu considérables de ces acides et c'est seulement en opérant sur de grandes quantités que l'on réussit à reconnaître d'une manière nette l'acide phénique avec ses réactions caractéristiques.
Leopolds spécifique de l'urine humaine normale peut varier de J ,005 à 1,05 suivant l'àgc et la race, la constitution et le mode d'alimentation.
On a beaucoup discuté sur la cause de la réaction acide constante de l'urine normale de l'homme, juscpi'à ce (|u'ennn Licb}(]
10 DES ÜUINES.
ail émis l'opinion que cette acidité est due principalement à la présence de phosphates acides. Cependant, d'après les expériences de Lelmann , il n'est pas douteux que dans beaucoup de cas on ne trouve aussi àl'état libre dans l'urine de l'acide hippurique et de l'acide lactique, qui alors naturellement contribuent à donner au liquide sa réaction acide. — Dans une vase fermé, à. l'abri du contact de l'air, l'urine peut être conservée pendant longtemps sans éprouver une véritable décomposition. Mais si nous donnons un libre accès à l'air, elle subit des altérations particulières qui ne sont pas sans importance et que nous allons d'abord examiner en détail.
Si nous abandonnons de l'urine fraîche dans un vase non fermé, dans la plupart des cas, nous ne tardons pas à observer la formation de légers flocons de mucus, qui descendent peu à peu nu fond du vase et dans lesquels on trouve, à l'aide du microscope, quelques cellules d'épithélium pavimenteux de la vessie et des uretères ainsi que des corpuscules de mucus unis par un coagulum muqueux finement granuleux. Mais, souvent aussi, nous pouvons voir avec facilité la séparation d'un sédiment d'urates acides. Cependant, au bout d'un temps plus long, surtout à une température moyenne, la réaction acide devient plus forte, et des cristaux d'acide urique bien formés et le plus ordinairement colorés se déposent sur les parois et sur le fond du vase. Elle reste dans cet état d'acidité allant toujours en augmentant au moins pendant quelques jours ; mais il peut aussi arriver qu'elle y demeure pendant deux ou trois semaines ; enfm, nous voyons l'acide diminuer subitement, jusqu'à ce qu'il finisse par disparaître tout à fait. L'urme perd en couleur; elle devient plus claire, elle se recouvre d'une pellicule blanchâtre et irisée et elle acquiert peu à peu une reaction alcaline, dont l'existence se manifeste par une odeur ammomacale repoussante. A ce moment, nous voyons aussi disparaître les cristaux d'acide urique et nous observons la production de granules ],lancs et de cristaux incolores, prismatiques et réfractant fortement la lumière de phosphate ammoniaco-magnésien.
Nous comprenons ces phénomènes sous le nom de fermentation acide et alcaline de l'urine. . .
Scherer nous a donné sur cette décomposition des renseignements intéressants dont les principaux sont les suivants. Il pense
CARACTÈRES DE L'URINE NORMALE. il
que l'on doit, regarder le mucus vésical contenu dans l'urine comme la première cause de là fermentation acide. 11 considère ce mucus comme un ferment nécessaire pour faire éprouver une transformation à la matière colorante extractive de l'urine, qui, sous son influence, se dédouble en acide lactique et môme aussi en acide acétique, ce qui donne lieu à l'augmentation dans la quantité d'acide libre. Maintenant, lorsqu'on examine l'urine au microscope, on y trouve une quantité considérable de petits champignons, qui sont le signe et probablement aussi les intermédiaires de cette fermentation et qui, en outre, bien que plus petits, sont dans leur aspect extérieur très-analogues à la levure de bière ; comme celle-ci, ils s'accroissent par bourgeonnement et sont groupés les uns à côté des autres (planche II, fig. i, 2 et 4). Maintenant, par suite de l'apparition des acides forts nommés plus haut, les urates facilement altérables sont décomposés : l'acide urique se sépare, puis se dépose à l'état de cristaux bien formés. Presque toujours, nous trouvons aussi dans ce sédiment des cristaux d'oxalate de chaux, de la production desquels je ne parlerai en détail que lorsqu'il sera question des sédiments (planche IT, fig. 4).
Si enfin, après un temps plus ou moins long, l'acide libre commence à diminuer, alors commence la deuxième période de la fermentation urinaire, c'est-tà-dire la fermentation alcaline. L'urée éprouve maintenant une décomposition et se transforme en carbonate d'ammoniaque ; les cristaux d'acide urique qui s'étaient déposés disparaissent peu à peu et' ils sont remplacés par des grains blanchâtres d'urate d'ammoniaque, ainsi que par des cristaux prismatiques d'urate de soude qui souvent garnissent sous forme de rayons les cristaux d'acide urique déjà contenus dans la dissolution (planche II, fig. 5). Cependant, lorsque la décomposition fait des progrès et que la réaction alcaline commence, une
* A côlû (lu ciirlionato d'ammoniaque, il parait aussi se former do petites rjiianlités d autres bases volatiles, des ammoniaques dites substituées, parmi lesquelles Dc.i.inignes, en distillant de g:randos. quantités d'urine humaine, a observé la trimélliylamine :
( c^ir-
Az C'-IF'