Urohiline [M. Jaffé
A. État naturel. — M. Jaffé ^ a trouvé l'urobiliiie dans l'iirine normale comme dans l'urine pathologique, ainsi que dans la bile. Ce pigment se distingue par des propriétés spectroscopiques caractéristiques , ainsi que par les magnifiques phénomènes de fluorescence qu'il offre dans certaines circonstances et à l'aide desquels sa préexistence peut être facilement démontrée. Les urines fébriles fortement
* Archiv f. pathol. Anatomie, t. XLVII, p. 405; Zeilschr. f. analift. Chemie, t. IX, p. 150 et t. III. p. 245.
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colorées soiil, surtout riches en urobiliue, mais on est aussi parvenu à la découvrir dans quarante-cinq urines différentes provenant d'individus sains, de sorte que nous devons regarder ce pigment comme un élément de l'urine normale.
B. Séparation et propriétés. — Toutes les urines fébriles fortement colorées, examinées au spectroscope S montrent avec une grande netteté, souvent seulement après dilution avec de l'eau, une bande d'absorption 7 entre les lignes & et F de Frauenhofer; elles présentent, en outre, un changement de couleur caractéristique lorsqu'on y ajoute des alcalis. Pour produire le phénomène de la fluorescence, ainsi que pour séparer le pigment de pareilles urines, on procède comme il suit : l'urine est mélangée avec un excès pas trop faible d'ammoniaque, puis filtrée, et le filtratum est complètement précipité par le chlorure de zinc. Les précipités volumineux colorés en rouge ou en brun rouge sont lavés d'abord avec de l'eau froide, puis avec de l'eau bouillante, jusqu'à disparition de la réaction du chlore ; on les fait ensuite bouillir avec de l'alcool, et enfin on les dessèche à une douce chaleur. Après pulvérisation, on dissout la masse dans l'ammoniaque et l'on précipite la solution par l'acétate neutre de plomb. Le précipité généralement coloré en rouge intense est lavé à l'eau froide, mais pas trop longtemps, puis desséché et ensuite décomposé avec de l'alcool sulfurique. La solution acide du pigment ainsi obtenue offre les caractères suivants :
1 . A l'état concentré, elle est brune; lorsqu'on l'étend, elle devient d'abord jaune-rouge, et, plus tard, elle prend une coloration non pas jaune, mais rouge rose.
2. En examinant au spectroscope une solution concentrée, on trouve le spectre complètement obscur de l'extrémité violette jusqu'à la ligne b à peu près ; en étendant la solution, la partie la plus obscure s'éclaircit peu à peu, et il reste finalement une bande d'absorption y avec des bords un peu confus entre les lignes b et F.
5. Si l'on ajoute de l'ammoniaque, la couleur jaune-rouge ou rouge de la solution acide passe au jaune clair, qui est finalement remplacé par une nuance verdâtre. On observe aussi ce même changement de couleur en ajoutant de l'ammoniaque à l'urine primitive.
4. La solution ammoniacale offre fréquemment déprime abord une fluorescence verte très-sensible qui, dans tous les cas, est développée ou augmentée par une solution de chlorure de zinc.
5. La solution alcaline du pigment présente une bande d'absorption ^ très-caractéristique entre les lignes b et F, mais plus près de b que la bande y de la solution acide. Lorsqu'on emploie l'ammoniaque, la
* Pour la manière de procéder à l'examen spectroscopique, voir § 51, Sang.
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bande fî est peu apparente; mais avec la lessive de soude ou de potasse, elle paraît avec plus d'intensité. — La solution ammoniacale laisse voir la bande avec une grande netteté aussitôt après addition de chlorure de zinc. La bande S de la solution alcaline est beaucoup mieux limitée et plus sombre que 7 et elle reste encore visible, même lorsque la dilution est portée très-loin.
Pour séparer le pigment de la solution alcoolique acide, on mélange celle-ci avec à peu prés son volume de chloroforme et l'on agite avec un grand excès d'eau distillée. Le chloroforme séparé est lavé une ou deux fois avec de l'eau, et aussitôt que les eaux de lavage commencent à se colorer, on interrompt l'opération. Après la distillation du chloroforme, il reste un résidu amorphe résinoïde, de couleur rouge, qui se dissout dans l'alcool, l'éther et le chloroforme avec une couleur d'abord jaune brun, qui, lorsqu'on étend les liqueurs, passe au jaune et enfin au rose pâle. — Ces solutions ont une réaction neutre et elles sont fluorescentes à un haut degré. Au spectroscope, elles donnent la bande ^ nettement limitée, comme les solutions alcalines.
C. Urobiline dans Vurine normale. — Pour rechercher l'urobiline dans l'urine normale, on précipite 100-200 centimètres cubes d'urine par l'acétate de plomb basique, et l'on décompose le précipité lavé et desséché avec de l'alcool contenant de l'acide oxalique. Si cette solution n'offre pas encore de bandes d'absorption, on la mélange avec du chloroforme et l'on agite avec de l'eau. On obtient ainsi, sans employer la chaleur qu'il faut absolument éviter, l'urobiline en solution concentrée et exempte des substances qui, par leur action absorbante sur les parties bleue et violette du spectre, nuisent à la netteté de la bande. Additionnée d'ammoniaque, la solution alcoolique acide offre une fluorescence magnifique et présente dans le spectre la bande r] avec une grande netteté.
Pour préparer à l'état pur le pigment avec l'urine normale, on fait bouillir plusieurs fois avec de l'alcool le précipité plombique d'une grande quantité d'urine, après l'avoir préalablement lavé et desséché, et ensuite on le décompose par l'alcool absolu et l'acide sulfurique. On sursature par l'ammoniaque la solution obtenue, on étend le liquide filtré avec environ son volume d'eau, et l'on mélange avec du chlorure de zinc. Il se produit un abondant précipité coloré en rouge brun, tandis que le liquide filtré reste encore assez fortement coloré ; ce dernier ne contient que peu d'urobiline, mais une grande quantité des autres pigments urinaires. i^e précipité produit par le chlorure de zinc est traité comme il a été indiqué précédemment à propos de l'urine fébrile.
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Jaffé a, en outre, fait cette intéressante observation que des urines très-pâles, fraîchement émises, qui ne présentent pas de traces de bandes d'absorption, deviennent souvent plus foncées, lorsqu'on les abandonne au contact de l'air, et laissent ensuite voir, dans le spectre, la bande caractéristique de l'urobiline, sombre et nettement limitée. Aussitôt que la bande 7 apparaît avec netteté, ces urines montrent aussi, lorsqu'on ajoute des alcalis fixes, la bande ^, et maintenant l'ammoniaque et le chlorure de zinc donnent aussi naissance à une fluorescence très-intense. D'après cela, Jaffé été conduit à admettre qu'il existe dans l'urine primitive une substance chromogéne de l'ui'obiline, et il s'est assuré par des expériences directes que cette substance se transforme par absorption d'oxygène en urobiline présentant ses propriétés caractéristiques.
Maly ^ a beaucoup élargi l'étendue de nos connaissances sur le pigment nrinaire normal, l'urobiline. Il est parvenu, à l'aide de l'amalgame de sodium, à transformer le pigment rouge de la bile, la bilirubine, en urobiline avec toutes ses propriétés caractéristiques. Dans ce but, on suspend de la bilirubine pure dans de l'eau et l'on ajoute peu à peu de petits morceaux d'amalgame de sodium solide. Au bout de quelque temps, la solution de la bilirubine alcaline devient plus claire; on y ajoute de l'amalgame de sodium en excès; si, au bout de deux à quatre jours, en agitant fréquemment, et plus tard en chauffant doucement au bain-marie, on remarque qu'elle ne devient pas plus claire, la transformation est achevée. Du liquide séparé du mercure par décantation, l'acide chlorhydrique précipite la matière colorante en flocons brun-rouge foncé. Le pigment, purifié par dissolution dans un alcali et précipitation par l'acide chlorhydrique, possède toutes les propriétés de l'urobiline. Nous indiquerons les suivantes :
1. L'urobiline, ainsi préparée avec la bilirubine, ou l'hydrobilirubine de Maly^ ne donne pas la réaction de Gmelin (des pigments biliaires).
2. Les solutions alcalines sont brunes, leur nuance peut descendre jusqu'au jaune de l'urine normale. Les solutions acides sont rouge grenat, rouge brun ou rose pâle, suivant le degré de concentration.
0. La bande d'absorption des solutions acides est entre è et F ; la solution ammoniacale donne une bande plus pâle, et lorsqu'on ajoute à cette solution une petite quantité d'un sel de zinc, on voit apparaître une bande noire intense située un peu plus sur la gauche, nettement limitée à gauche et plus confuse à droite.
4. La solution ammoniacale additionnée d'un sel de zinc offre une fluorescence verte, qui disparaît lorsqu'on ajoute un acide.
' Annal, der Clicmie, l. CLXlll, [). TL
5. Le pigment est précipité par la plupart des sels métalliques en flocons bruns ou rouges-bruns.
La bilirubine peut être transformée de la même manière par lamalgame de sodium en urobiline.
D'après ce qui précède, la métamorphose de ces pigments est facile à comprendre. La bilirubine et la biliverdine, qui sont versées avec la bile dans l'intestin, se transforment dans leur parcours jusqu'au colon, en absorbant de l'eau et de l'hydrogène, en urobiline, et dans le fait la matière colorante trouvée par Vaulair et Masius dans les excréments, la stercobiline, est identique avec l'urobiline, d'après les recherches de Jaffé K
Dans l'intestin, l'urobiline est absorbée et on peut aussi facilement la trouver entre les reins et le canal intestinal, c'est-à-dire dans le sang; c'est du moins ce que l'on peut prouver d'une manière positive par l'analyse spectrale du sérum sanguin du bœuf.
Si maintenant nous considérons que des corpuscules sanguins dissous injectés dans les veines produisent toujours une urine ictèrique contenant de la bilirubine % il ne nous manque plus rien pour démontrer de la manière la plus nette les rapports qui existent entre l'hémoglobine , la bilirubine et l'urobiline ^. Enfin Hoppe- Seyler * a réussi, en faisant agir de l'étain et de l'acide chlorhydrique sur l'hématine en solution alcoolique, à préparer une matière colorante qui, par ses propriétés chimiques et optiques, ressemble complètement à l'urobiline de Jaffé, ainsi qu'à l'hydrobilirubine que Maly a obtenue par l'action de l'amalgame de sodium sur la bilirubine. Comme maintenant cette matière colorante prend aussi naissance par l'action de l'étain et de l'acide chlorhydrique sur l'hémoglobine non décomposée en solution alcoolique, il n'y a plus de doute pour que le pigment des matières fécales et celui de l'urine doivent être regardés comme un produit de dédoublement de la matière colorante du sang altérée par réduction et que les pigments biliaires, la bilirudine et la biliverdine, représentent des degrés intermédiaires de cette métamorphose, ou sont au moins en rapport intime avec la matière colorante du sang.
'i . IJrochrome ( Thudichum) .
D'après Thudichum^ l'urine normale ne renferme qu'une matière
* Jlahresbericht d. Thierchemie, t. î, p. 230.
- Kühne, Lehrbuch d. pkys 'ioloq. Chemie, p. 89. Ilöppc-Seijler a encore fourni tout récemment la preuve que des injeclions d'eau, ainsi que d'une solution de matière colorante du sang dans la veine jugulaire des chiens, avaient j)Our conséquence une augmentation considérable de la quantité des pigments de la bile. (Arcliiv d. Physiol., t. IX, p. 329.)
* Bericht d. deutsch. Chein. Gesellsch., t. VII, p, lOGo.
MATIÈUES COLORANTES.
colorante jaune, et la résine de Prows^ l'oxyde d'omichmyle de Scharling, l'urrhodine d'HeUer, l'indigrubine de Schunk, la matière colorante jde l'urine de Scher er, ainsi que l'uroliéniatine de Earley et la substance décrite par Marcel sont des mélanges de produits de décomposition de ce pigment jaune nommé urocliromepar Thudichum. Les recherches de Maly ^ ont cependant démontré que l'nrochrome, de même que la matière colorante de Scher er, contiennent des quantités considérables d'urobiline.
Thudichum a obtenu son urochrome par différentes méthodes ; je n'en indique ici qu'une, renvoyant pour les autres au travail original.
Préparation. — On mélange l'urine avec de l'hydrate de baryte jusqu'à réaction alcaline (environ 5 grammes d'hydrate de baryte pour 1 litre d'urine), et ensuite avec une solution saturée d'acétate de baryte. Au bout de 12 heures, on filtre pour séparer le précipité et l'on précipite complètement le liquide filtré avec une solution d'acétate neutre de plomb et de l'ammoniaque. Dans une capsule de porcelaine, on triture avec de l'acide sulfurique étendu le précipité de plomb préalablement lavé ; dans le liquide filtré, on salure l'excès d'acide avec du carbonate de baryte sans employer la chaleur, on alcalise avec de l'eau de baryte le liquide filtré et l'on traite par l'acide carbonique. Maintenant, on précipite le liquide filtré avec une solution d'acétate de mercure et on lave, avec de l'eau froide et de l'eau chaude, le précipité formé. La combinaison de mercure ainsi obtenue doit avoir une couleur jaune ; si elle est grise ou noirâtre, il faut, après l'avoir décomposée avec de l'hydrogène sulfuré, la soumettre à un nouveau traitement, par l'rcétate neutre de plomb, etc. La matière colorante est extraite sous forme d'une solution jaune, en faisant agir l'hydrogène sulfuré sur la combinaison d'oxyde de mercure et d'urochrome aussi pure que possible. Cette dissolution contient toujours un peu d'acide chlorhydrique et d'acide acétique. On peut enlever l'acide chlorhydrique par agitation, avec de l'oxyde d'argent fraîchement précipité, mais alors une partie de l'nrochrome se combine avec l'argent, en formant un précipité volumineux, tandis que le liquide renferme en dissolution beaucoup d'acétate d'argent. La solution alcaline jaune est enfin débarrassée de l'argent par l'hydrogène sulfuré, et le liquide filtré, puis évaporé au bain-marie, laisse l'urochrome sous forme d'une substance solide, jaune et amorphe.
Propriétés. — L'urochrom constitue des croûtes jaunes, qui se dissolvent en partie dans l'eau avec une ouleur jaune pure. Jl est difficilement soluble dans l'alcool, plus facilement dans l'éther, les acides minéraux très-étendus et les alcalis. Avec le temps, la solution aqueuse devient plus foncée, enfin rouge, puis elle se trouble et laisse déposer des flocons résineux. La chaleur favorise la décomposition^ notamment en présence des acides. Dans cette décomposition, il ne se forme pas de sucre.— Le nitrate d'argent précipite l'urochrome de la dissolution aqueuse, sous forme d'une masse gélatineuse soluble dans l'acide azotique ; l'acétate neutre de plomb donne un précipité blanc floconneux. Le sous-acétate de plomb et l'acétatô de mercure, précipitent en jaunâtre. L'azotate de mercure donne un précipité blanc, qui devient couleur de chair pâle par l'ébullition, tandis que le liquide qui surnage se colore en rouge rose. Par oxydation à l'air, l'urochrome dorme d'abord im corps rouge analogue à l'uroérythrine et aUquell'urine rouge des malades doit quelquefois
' Xniidl. d. Chemie, t. CLXIU. p. ÜÜ.
Bvil. mcd.Jouni., 5 nov. 18ô4. Schtuidt's Jàhrbiïcher, ISüö, l. CMV, p. loi.
Oi ÉLÉMENTS NORMAUX DE L'URINE. § 10
sa couleur. Sous l'influence des acides, la substance jaune, ainsi ({ue la substance rouge, donnent trois corps insolubles, qui brunissent lorsqu'on fait bouillir suffisamment longtemps une solution acide d'urochrome préalablement additionnée d'eau, et il se dépose des grumeaux qui se réunissent en pelotons. Lorsqu'on traite ce dépôt avec de l'alcool, il reste une poudre brune : l'uromélaninc soluble dans la potasse caustique, de laquelle elle est précipitée par l'acide acétique. La solution alcoolique colorée en rouge rubis magnifique donne, par précipitation avec de l'eau, une résine rouge, que l'éther peut dédoubler en deux corps. La solution éthéréc a une belle couleur rouge et elle contient un acide résineux, l'acide omicliolique, analogue à l'oxyde d'omichmyle. Il reste dans l'éther à l'état insoluble une substance, l'nropittine, qui a été obtenue cristallisée au moyen de l'alcool absolu et à laquelle on trouve par l'analyse la formule: GHV^Xz^ù'^ [C^m^^Xz'^O^].
L'uropiltine et l'uromélaninc peuvent aussi être extraites directement de l'urine. On mélange de l'urine fraîche goutte à goutte avec de l'acide sulfurique concentré et. dans une cornue, on évapore à moitié le liquide filtré. Après le refroidissement, il se dépose une résine noire, de laquelle, après lavage et dessiccation, on extrait par l'alcool l'uropittinc, tandis que l'uromélaninc reste comme résidu.
D'après Tliudichum, l'odeur de l'urine décomposée, acide ou alcaline, est due à l'acide omicholique et à l'nropittine ou à leurs produits de décomposition; le carbonate d'ammoniaque augmente cette odeur, mais il n'en est pas la cause. L'urine contient en outre une huile volatile qui se colore en rouge, lorsqu'on la fait bouillir avec du nitrate de mercure; on y trouve aussi de d'alcool crésylique. La rétention de l'urochrome dans le sang est un des caractères de l'urémie ; dans le sang, cette substance est décomposée en uropiltine et en acide omicholique, que l'on peut reconnaître dans les tissus, dans l'enduit des dents et à la fétidité de l'haleine. Si la matière colorante est retenue dans le sang, ce sont les symptômes typhoïdes de l'urémie qui sont prédominants. — D'après Thudichum, l'urine normale ne contient pas d'indican; cependant ce corps et ses produits de décomposition ont été si souvent trouvés dans l'urine par différents expérimentateurs, avec toutes leurs propriétés caractéristiques, que l'on pourrait presque se demander ce qu'on entend par urine normale.