GRAISSE
semblent ordinairement à cause de leur faible densité, ou bien au fond du vase, lorsque la graisse est renfermée dans des cellules ou des caillots formant des sédiments.
3. Mais la graisse peut aussi se trouver dans l'urine à un état de division assez grand pour qu'il ne soit pas possible de la reconnaître par l'examen microscopique. Il ne reste plus alors qu'à la rechercher par un moyen chimique, comme il a été dit g 55, G, et g 82.
B. Signification. — Autant que l'on peut en juger par les faits actuellement connus, la présence de la graisse dans l'urine, lorsqu'elle n'est pas tout à fait temporaire, mais qu'elle dure pendant longtemps, est un signe important pour le médecin, parce qu'elle indique l'existence probable d'une dégénérescence des reins, qui se trouve seule ou bien est accompagnée d'une atrophie de ces organes (une des formes nombreuses de la maladie de Bright). Dans le dernier cas, la formation de la graisse a son siège dans les cellules sécrétoires du rein (épithélium des canalicules urinaires), ou bien elle est produite par une métamorphose graisseuse d'exsudations déposées dans le rein.
Il est cependant probable que la présence de la graisse dans l'urine peut encore dépendre de causes autres que celles qui viennent d'être mentionnées.
Elle peut dépendre d'une dégénération graisseuse des cellules épithéliales des uretères et de la vessie.
Elle peut tenir à ce que le sang renferme une quantité excessive de graisse; ce qui pourrait aussi occasionner le passage de la graisse dans l'urine, sans l'existence simultanée d'une dégénérescence graisseuse du parenchyme rénal.
Ainsi Bernard a vu, chez des chiens nourris avec une jurande quantité de graisse, cette substance passer quelquefois dans l'urine.
Afin de pouvoir se former une opinion plus précise, il sera le plus souvent nécessaire de déterminer quantitativement la richesse en graisse de l'urine, soit par appréciation approximative, ou plus exactement en faisant l'extraction de la graisse, et déterminant par les pesées la quantité éliminée avec l'urine dans un temps donné, dans 24 heures par exemple. Cette détermination quantitative de la graisse pourrait être exécutée d'après le § 82, ou mieux d'après le procédé de Kletzinsky, qui consiste à faire bouillir l'urine, préalablement évaporée, avec de l'alcool, auquel on a ajouté une couple de gouttes d'acide acétique, puis à l'évaporer de nouveau à sec au bam-marie, et enfin à l'épuiser avec de l'éther. Par ce procédé, la substance organique est mieux préparée à l'action dissolvante de l'éther, et la graisse saponifiée qui pouvait exister dans l'urine est enlevée à sa base alcaline et incorporée dans l'extrait éthéré. Mais cette méthode est
peu commode et en outre elle demande beaucoup de temps. Aussi jusqu'à présent il n'a été fait qu'un petit nombre de recherches, et je n'en connais pas dans lesquelles la quantité de la graisse séparée ait été calculée pour un temps déterminé, 24 heures par exemple. C'est pourquoi nous manquons encore de points de comparaison.
En attendant, on peut se guider sur les indications suivantes :
Kletzinski a trouvé les quantités suivantes de graisse dans 1000 parties d'urine
provenant de différentes personnes atteintes de maladie de Bright : 0,24 — 0,2l) —
D'un autre coté, Bcale a trouvé dans un cas 14 parties de graisse dans 1000 parties
d'urine.
L'urine dite chtjleuse (voy. p. 126) contient une quantité variable de graisse en suspension, ce qui lui donne un aspect laiteux ; en outre, elle renferme de l'albumine et souvent aussi de la fibrine, des corpuscules lymphatiques et des globules sanguins. D'après Lewis, on y rencontre aussi quelquefois un entozoaire particulier ( voy. § 118). L'élimination de cette urine — la galactwie ou la piméliiric de Boiichanlot — ne s'observe que rarement en Europe, mais elle est assez fréquente dans quelques pays chauds (Indes orientales et occidentales, Brésil, Ile-de-France). Les circonstances dans lesquelles se produit cette maladie quelquefois très-longue ne sont pas encore élucidées. Voyez, indépendamment des travaux étrangers assez nombreux : Ackermann in Deutsche Klinik, 1863, et Eggel in Deutsches Archiv f. Klin. Med., YI, p. 424-430.
[A. Bouchai dat a eu l'occasion d'observer à Paris, il y a quelques années, un cas de pimélurie chez un Brésilien. L'urine émise par ce malade offrait l'apparence du lait, sa densité était de 1,021. Examinée au microscope, elle présentait des globules muqucux, des lamelles d'épithélium et des petits points noirs assez allongés et ayant à peine ^ de millimètre de diamètre et constitués probablement par de la matière grasse dans un état de division extrême ; une portion de cette urine fut agitée avec de l'éther, jusqu'à ce qu'elle devînt transparente. L'éther, décanté au bout de 21 heures, était à peine coloré ; abandonné à l'évaporation spontanée, il a laissé une graisse jaune, dans laquelle on remarquait une portion liquide mêlée de petits grumeaux. Cette graisse possédait une odeur aromatique et ne réagissait que trèsfaiblement sur le papier de tournesol bleu. L'urine privée des matières grasses, additionnée d'acide azotique, donna un dépôt albumineux, qui se produisit aussi par ébullition. Le liquide filtré, après l'élimination de la graisse et de l'albumine, fournil de l'urée, de l'acide urique et les autres principes de l'urine normale ; son analyse quantitative donna, pour 100 parties, les chiffres suivants : matières grasses, 1,30; albumine, 0,21; urée, 1,88; acide urique, 0,03; acide benzoïque, créatine, sels, 1,81 ; eau, 94,77].
Grâce à la bonté de M. le docteur W. Harnier, de Wildungen, j'ai pu observer dernièrement, non pas sous les tropiques, mais en Allemagne, un cas très-intéressant et parfaitement caractérisé de galacturie. Le malade, un jeune homme, éliminait depuis 2 ans et demi une urine presque toujours complètement opaque et de couleur blanche, dont l'aspect était tout à fait semblable à celui d'un lait très-riche on matière grasse. Le trouble était dû presque exclusivement à de la graisse, qui était disséminée dans le liquide sous forme de granules très-lins et ne présentait (jue quelques gouttelettes graisseuses plus grosses analogues à celles du lait. Agitée avec de l'éther, l'urine devenait plus claire, et après l'évaporation de l'éther il restait un abondant résidu de graisse demi-liquide. En outre, l'urine contenait une grande quantité de fibrine, qui se coagulait seulement après l'élimination de l'urine ou bien
g 102 MATIÈRES COLORANTES DE LA RÏLE. 579
à l'intérieur des voies ui-inaircs, et formait dans ce dernier cas des caillots souvent volumineux, qui n'étaient expulsés qu'avec peine par le canal de l urèthrc. L'urine ne contenait pas de traces d'albumine. Lorsque le malade ne prenait pas do nourriture et qu'il buvait beaucoup d'eau, le trouble laiteux de son urine disparaissait momentanément.
§ lois, matières colorantes de la bile.
Pour les matières colorantes de la bile qui se rencontrent dans l'urine, et pour le procédé relatif à leur recherche, voyez § 28.
Signification. — Dans des cas rares, on rencontre des traces de pigments biliaires dans l'urine de personnes en parfaite santé, et principalement pendant l'été ^
Ces substances ne se trouvent en grande quantité que dans l'ictère et à la suite de l'empoisonnement par le phosphore.
Leur présence dans l'urine doit être expliquée de la manière suivante. La bile, dont l'écoulement naturel du foie dans l'intestin est rendu difficile ou empêché par une cause quelconque, passe par résorption dans le sang. Les pigments biliaires accumulés dans le sang passent de celui-ci dans toutes les sécrétions, et spécialement dans l'urine. Il est très-douteux qu'une accumulation primitive de pigments biliaires puisse se produire dans le sang, c'est-à-dire que cette substance ne provienne pas de bile sécrétée et ensuite résorbée, mais qu'elle passe directement dans l'urine, sans avoir d'abord fait partie constituante de la bile.
L'opinion de Frerichs, que le pigment bi'iaire si abondant dans l'urine ictérique proviendrait en partie de la transformation dans le sang des acides biliaires en ■matière colorante de la bile, ne s'est pas confirmée.
Comme généralement il estpossible de reconnaître l'ictère à des signes autres que ceux fournis par la présence des pigments biliaires dans l'urine, ceux-ci n'ont pas une grande valeur diagnostique ; cependant, dans les cas où la couleur jaune de la peau, de la conjonctive, etc., étant peu intense, le diagnostic de l'ictère est douteux, la recherche des pigments biliaires peut le confirmer.
En général, dans l'ictère, la biliverdine et la biliprasine prédominent dans l'urine. Ce fait indique que dans cette affection la plus grande partie du pigment biliaire éprouve une modification, soit pendant sa résorption, soit dans le sang, ou bien encore pendant son passage dans l'urine.
* Scherer, Ann. d. Chem. u. Pharm., t. LVII, p. 180-195.
§ 103. Acides biliaires.
Les acides biliaires (acides cholalique , glycocholique , choloïdique et leurs dérivés, comme l'acide cholonique) qui se rencontrent quelquefois dans la bile ^ peuvent être découverts et dosés, du moins approximativement, d'après les méthodes indiquées dans les paragraphes 29 et 83.
Dans ces derniers temps, ils ont été trouvés fréquemment, mais toujours en petite quantité, dans des urines pathologiques, principalement dans celles provenant de malades atteints d'ictére et d'atrophie aiguë du foie {Kühne\ Neukomm^, Hoppe^). Cependant, ils n'ont actuellement qu'une trés-faible importance pour le médecin praticien, parce que de leur présence ou de leur absence on ne peut tirer aucune conclusion utile pour le diagnostic, le pronostic ou le traitement d'une maladie. La présence des acides biliaires dans l'urine n'offre une importance pratique qu'en tant qu'elle permet de soupçonner une accumulation de ces acides dans le sang, qui, si elle est considérable, peut avoir des conséquences fâcheuses, parce que les acides biliaires paralysent le système nerveux, et notamment les nerfs cardiaques. (Gerhardt, Feltz et Ritter.)
Provisoirement, on ne peut donner au sujet de ces acides que les indications suivantes :
A l'état normal , une quantité considérable d'acide cholalique est continuellement versée avec la bile dans l'intestin. La plus grande partie est ensuite résorbée et passe dans le sang : mais dans ce liquide l'acide cholalique éprouve une modification qui n'est pas encore' suffisamment connue, et disparaît sous son nouvel état. Si cette métamorphose ne se fait pas dans le sang, l'acide cholalique s'y accumule, et il est probable qu'alors il en passe une partie dans l'urine. Jusqu'à présent, nous lie connaissons pas suffisamment les conditions qui empêchent la disparition de l'acide cholalique dans le sang et qui favorisent son passage dans l'urine ; c'est seulement lorsque nous connaîtrons mieux ces conditions que le médecin sera tout à fait en état de déterminer la valeur diagnostique et pronostique de la présence de l'acide cholalique dans l'urine. Cependant, quelques considérations peuvent déjà être déduites de ce que nous savons actuellement sur ce sujet.
11 n'est pas du tout étonnant qu'en général nous ne trouvions pas
* Virchow's Archiv, 1858, p. 510.
2 Archiv f. Anal. u. PhysioL, 18G0, p. 5(3i.
' Virchow's Archiv, 1862, p. 1.