QUANTITÉ DE L'URINE
Suivant la facilité plus ou moins grande avec laquelle elles peuvent être découvertes, les altérations quantitatives de l'urine se divisent en deux grands groupes :
I. Altérations que l'on peut découvrir sans analyse chimique proprement dite, et qui, à cause de la facilité avec laquelle elles peuvent être constatées, ont une importance spéciale pour le médecin.
II. Altérations qui ne peuvent être indiquées que par une analyse chimique quantitative, et dont la recherche est, pour cette raison, plus difficile et plus compliquée.
I. ALTÉRATIONS QUAIVTITATIVES DE L'URIIVE FACILES A DÉCOUVRIR
A ce groupe appartiennent : les altérations survenues dans la man tité, le résidu solide, le poids spécifique et la couleur de l'urine. La recherche de toutes ces modifications est si facile , elle exige si peu d'appareils et si peu de temps qu'on ne saurait excuser le praticien qui la néglige, dans les cas où elle peut lui procurer des indications plus complètes sur une maladie déterminée.
§ ISO. Quantité de l'urine.
J. Vog^el, in Archiv fur gemeinschaf/liche Arbeiten, t. I, p. 104.
Le procédé en usage pour déterminer la quantité de l'urine a déjà été décrit paragraphe 57. La méthode qui consiste à mesurer le liquide est beaucoup plus simple que la détermination par les pesées.
L'évaluation de la quantité de l'urine n'a de signification que lorsqu'on conaaît le temps pendant lequel l'urine mesurée a été éliminée. Ce qu'il y a de plus commode c'est de recueillir l'urine émise durant les vingt-quatre heures ou par heure, ou au moins de ramener par le calcul à l'une de ces unités de temps la quantité trouvée. Pour des déterminations exactes, il est naturellement indispensable que le médecin soit sûr que toute l'urine émise a été réellement recueillie , et que rien ne s'est perdu avec les excréments ou d'une autre manière, ou bien que de l'eau, etc., n'a pas été versée dans le vase.
Une simple appréciation de la quantité de l'urine, sans peser ni mesurer, peut, dans quelques cas isolés, donner au médecin des indications importantes , mais elle ne convient pas pour des déterminations exactes. Comme on peut maintenant se procurer si facilement et à si bon marché des vases gradués, et que d'ailleurs ils sont beaucoup
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plus convenables que les vases de nuit en porcelaine ou en terre, pour reconnaître la couleur, la transparence, les sédiments et d'autres propriétés de l'urine, le médecin devrait donner la préférence aux premiers, même dans la pratique privée, toutes les fois que l'examen de l'urine offre de l'importance.
Pour déterminer la quantité moyenne de l'urine dans les maladies chroniques, il ne suffit pas de mesurer ce liquide pendant un seul jour, parce que, durant ce court intervalle, des influences accidentelles peuvent facilement augmenter ou diminuer la quantité de ce liquide; il vaut beaucoup mieux mesurer l'urine pendant plusieurs jours consécutifs, et ensuite déduire la moyenne pour vingt-quatre heures.
Pour connaître l'effet d'influences passagères , il est mieux de calculer le volume de l'urine pour une heure.
L'évaluation de la quantité de l'urine est la base de toutes les autres déterminations quantitatives. Mais fréquemment elle a aussi par ellemême une grande valeur, parce qu'elle fournit des renseignements sur l'activité des rems, et notamment sur l'énergie avec laquelle ils séparent l'eau de l'organisme.
Dans beaucoup de cas il est important pour le médecin de déterminer la relation de quantité qui existe entre l'urine émise et l'exhalation pulmonaire, la Perspiration et les matières fécales ; on peut, en effet, obtenir de cette façon de précieuses indications pour le diagnostic, le pronostic et le traitement d'un état pathologique. Ainsi, dans la plupart des maladies de la poitrine, du cœur et de la peau, une diminution de la sécrétion urinaire, accompagnée d'une augmentation dans l'exhalation pulmonaire , constitue un symptôme défavorable, et dans les cas de ce genre, le devoir du médecin est d'augmenter la sécrétion de l'urine afin de soulager les organes malades. C'est l'inverse qui a lieu dans presque toutes les affections rénales , où le médecin doit, surtout au début, amoindrir l'activité des reins et diminuer la quantité de l'urine en excitant les autres sécrétions.
Lorsque la sécrétion urinaire se produit d'une manière continue en quantité immodérée (polyurie, diabète), la détermination du volume de l'urine est le premier et le plus important moyen pour arriver à reconnaître la nature de la maladie.
Pour être en état d'apprécier si dans un cas déterminé la proportion de l'urine est augmentée ou diminuée, il ne suffit pas naturellement de mesurer ce liquide ; on doit aussi savoii* de combien la quantité trouvée dépasse la normale ou de combien elle lui est inférieure. Il faut par conséquent connaître la quantité d'urine qu'un individu élimine normalement. Lorsqu'il s'agit de déterminations très-exactes, par exemple d'expériences physiologiques sur l'action exercée par diffé-
§ l'iO QUANTITÉ DE L'URINE. 425
rentes influences sur la sécrétion urinaire, la quantité normale de l'urine émise par l'individu doit toujours être déterminée au moment de chaque expérience. Au contraire, dans les recherches effectuées sur des malades , où il faut généralement se contenter d'évaluations approximatives, on peut à la quantité d'urine individuelle, que fréquemment il n'est pas possible de déterminer dans les cas de ce genre, substituer la moyenne générale telle qu'elle a été obtenue à l'aide de nombreuses observations sur différents individus.
Dans la pratique ce principe est souvent négligé: les médecins qui s'occupent des recherches de ce genre y font trop peu attention et ils sont ainsi conduits à tirer des conclusions fausses d'observations exactes par elles-mêmes, mais qui sont basées sur une hypothèse inexacte ; d'un autre côté les physiologistes repoussent à tort les déterminations approximatives effectuées sur des malades, parce qu'elles ne leur paraissent pas d'une exactitude suffisante. En présence de ces faits, il me semble convenable de faciliter l'intelligence de cette question au moyen de qu^ques exemples.
Nous savons que la quantité d'urine émise par un adulte en état de santé s'élève par heure à 60 ou 70 c. c, mais qu'elle peut varier de 30 ou 100 c. c. Si maintenant je trouve que chez une personne dont le volume d'urine éliminé normalement m'est inconnu, une quantité moyenne d'urine de 80 c. c. est émise dans une heure sous l'influence d'un médicament, je puis présumer que la substance employée a une action diurétique, mais la conclusion n'est pas tout à fait certaine, parce qu'un volume d'urine de 80 c. c. se trouve dans les limites des variations normales. Il m'est encore moins possible d'arriver à connaître par cette expérience de combien s'est accrue sous l'influence du médicament la quantité de l'urine séparée, parce qu'il peut arriver que le volume d'urine excrété normalement par la personne en question se trouve un peu au-dessous ou un peu au-dessus de la moyenne. Dans ce cas, pour obtenir un résultat positif, il n'y a qu'une seule chose à faire, c'est de déterminer au moment de l'expérience, à l'aide d'observations très-nombreuses, la quantité d'urine émise normalement par l'individu et de comparer le volume trouvé avec celui qui est séparé sous l'inîluence du médicament.
Si je trouve, au contraire, après plusieurs expériences, qu'une personne ayant ingéré une grande quantité de boissons (eau, thé, etc.), élimine en moyenne par heure un volume de 400 c. c. d'urine, je puis conclure avec certitude, sans connaître exactement la quantité d'urine que cette personne émet normalement, que les boissons prises ont une action diurétique. Les 400 c. c. d'urine éliminés par heure dépassent certainement la moyenne générale, car le résultat sera toujours le même si la quantité réelle de l'urine éliminée par la personne en question s'élève par heure à 40, à 60 ou même à 80 c. c.
Dans beaucoup de cas la même chose a lieu chez les malades. La quantité moyenne de l'urine chez des personnes adultes se nourrissant bien, s'élève en 24 heures à 1400 ou 1600 c. c; chez celles qui boivent moins, à 1200 ou 1400 c. c. Si maintenant je trouve qu'un malade élimine en 24 heures seulement 400 c. c. d'urine, je puis conclure avec certitude que la sécrétion urinaire est beaucoup amoindrie ; la diminution est assez considérable pour que l'on n'ait pas à se préoccuper de savoir si la quantité normale de l'urine de la personne s'élève à 1200 ou à 1400 c. c. On peut conclure avec la même assurance que chez un malade, qui émet en 24 heures 2500 à 3000 c. c, il existe une augmentation anormale dans la sécrétion de ce liquide, même lorsqu'on n'a pas déterminé exactement la quantité normale de l'urine de la personne en question.
De nombreuses observations ont montré que chez des personnes adultes en bonne santé la quantité moyenne de l'urine s'élève :
a. en 24 heures, Chez des personnes se nourrissant bien et buvant
beaucoup à 1400 — 1500 ce.
Chez des personnnes buvant moins à 1200 — 1400 »
b, en une heure,
Chez des personnes buvant beaucoup à 50 — 70 »
Chez des personnes buvant moins à 40 — 60 »
Si l'on compare la quantité moyenne de l'urine avec le poids du corps,, on trouve que pour 1 kilogramme, i ce. d'urine est en moyenne éliminé par heure, que par conséquent 1 kilogramme d'une personne adulte excrète en moyenne par heure 1 c. c. d'urine.
Si l'on fait la même comparaison pour la longueur du corps, on voit qu'à une longueur de 100 centimètres correspond chez un adulte une élimination moyenne de 40 c. c.
Chez les personnes qui ne mènent pas une vie très-régulière, il peut cependant se produire des variations très-importantes dans la production de l'urine émise par jour et par heure.
La quantité évacuée dans un jour peut varier de 1000 à 5000 c. c, et celle éliminée par heure de 20 à 200 c. c.
Ces variations dépendent en majeure partie de différentes influences extérieures, de la nourriture et surtout des boissons, de l'augmentation ou de la diminution de la Perspiration, et elles se meuvent chez les personnes qui mènent une vie régulière dans des limites beaucoup plus étroites que chez celles qui vivent irrégulièrement.
On observe en outre des variations assez régulières dans la quantité d'urine émise aux différents moments de la journée. Ainsi, c'est une ou deux heures après le repas principal qu'est éliminé le volume maximum (77 c. c. par heure), tandis que le minimum (58 c. c. par heure) est évacué pendant la nuit et la quantité moyenne dans la matinée (09 c. c). Par conséquent, dans tous les cas où il s'agit de déterminer exactement l'influence d'un agent sur la sécrétion de l'urine, on doit aussi tenir compte de l'heure à laquelle on fait l'expérience.
Il est très-difficile de dire quelles sont les influences qui diminuent ou augmentent la quantité de l'urine, parce qu'un grand nombre d'influences, qui se neutralisent ou agissent dans le même sens, concourent en même temps à diminuer ou à augmenter la sécrétion urinaire, de telle sorte qu'on éprouve beaucoup de difficulté à déterminer la part de chaque influence en particulier.
La sécrétion de l'urine est très-certainement augmentée par Linges-