QUANTITÉ D'URINE DANS LES MALADIES
exactement la part de chacune de ces influences; c'est pourquoi nous nous servons de l'expression générale précédente.
Quantité d'urine dans les maladies.
Chez les malades la quantité de l'urine sécrétée diffère très-fréquemment de la normale. Ces variations sont accidentelles et sous la dépendance d'influences diverses, ou bien elles sont constantes, essentielles et elles se produisent toujours de la môme manière dans les mêmes affections. Les variations qui appartiennent à cette dernière classe ont une grande importance pour le médecin et très-souvent elles sont utiles pour le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies. Les plus importantes sont les suivantes :
1 . Dans la période aiguë de toutes les maladies fébriles la quantité de l'urine est considérablement diminuée, mais elle augmente loisque l'affection devient moins intense. (Parmi les exceptions extrêmement rares à cette règle on peut mentionner le paroxysme de la fièvre intermittente.) Pendant la convalescence la quantité de l'urine redevient normale et elle est même quelquefois plus grande qu'à l'ordinaire.
11 résulte de là que dans toutes ces maladies la considération du volume de l'urine éliminée, surtout si elle est accompagnée de l'examen de la couleur de ce liquide (voy. § 122), fournit au médecin des indications importantes. Ainsi, une diminution constante et s'accroissant de jour en jour dans la quantité de l'urine sécrétée autorise à conclure que la maladie va en augmentant d'intensité ; l'émission continue d'un volume d'urine plus petit qu'à l'ordinaire (au-dessous de 800 c. c. par jour) indique que l'intensité de la maladie n'a pas diminué, tandis qu'une augmentation graduelle de la quantité de l'urine indique un amoindrissement dans l'acuité de l'affection.
Il n'est pas encore possible de donner une explication exacte de cette loi qui est d'une importance considérable pour la constation de l'état des fonctions nutritives pendant les maladies. Un examen attentif de l'urine montre que dans tous les cas la diminution de la quantité de ce liquide est due presque exclusivement à ce que les reins séparent une quantité d'eau moms considérable; mais je n'essaye pas de déterminer la cause de ce fait, c'est-à-dire de rechercher s'il dépend d'une diminution de la pression du sang et de l'influx nerveux, ou d'autres circonstances connues.
Cette diminution dans la quantité de l'urine se produit presque constamment dans toutes les maladies fébriles aiguës, comme la pneumonie, la pleurésie, la fièvre typhoïde (voy. § 121, p. 456), les fièvres rhumatismales, gastriques et pyémiques, etc., et les médechis ont si fréquemment l'occasion de l'observer que des exemples
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me paraissent tout à fait surperflus. Les cas suivants montreront les changements que subit dans des affections de ce genre la marche de la sécrétion urinaire.
A,, infirmier de ma clinique, dont la quantité d'urine éliminée à l'état normal avait été exactement déterminée pendant longtemps, fut atteint de typhus. Le volume de l'urine, qui auparavant s'élevait en moyenne par jour à 1800 c. c, tomba graduellement dans l'espace de trois jours à 200 ce; dans les cinq jours suivants, il s'éleva aussi graduellement au chiffre normal, puis il le dépassa et monta jusqu'à 2200 c. c, et il revint enfin au chiffre normal.
Chez un malade atteint de pneumonie la quantité d'urine tomba au commencement de l'affection à 500 c. c, puis elle revint graduellement à l'état normal dans l'espace de 10 jours ; elle devint ensuite plus considérable et s'éleva jusqu'à 3000 c. c. pour revenir peu à peu au chiffre normal et s'y maintenir avec de légères variations.
2. Vers la fin des maladies mortelles aiguës ou chroniques la quantité de l'urine devient fréquemment plus petite ; elle diminue graduellement, ou bien elle demeure pendant longtemps trés-faible avec quelques variations. Cependant ce n'est pas toujours ainsi que cela se passe ; quelquefois la quantité de l'urine n'éprouve pas une diminution essentielle jusqu'à l'approche de la mort (elle reste au-dessus de 800 c. c. par jour). Gela tient sans doute à ce que, dans beaucoup de cas, la cause immédiate de la mort doit être rapportée à un affaiblissement graduel de la métamorphose de la matière, tandis que dans d'autres cas la mort est amenée rapidement par des troubles de l'activité nerveuse, par des obstacles dans les mouvements du cœur et de la respiration, etc.
3. La quantité de l'urine éliminée dans les maladies chroniques offre un intérêt particulier pour le médecin, notamment dans l'hydropisie et dans les cas que l'on a l'habitude de désigner sous le nom particulier de diabète ou mieux de polyurie.
En général la quantité de l'urine et surtout la séparation de l'eau par les reins éprouvent une diminution considérable dans Yhydropisie. Il résulte de là que les éléments de cette humeur et principalement l'eau qui doivent être éliminés au dehors sont retenus dans le sang, et de cette façon se trouve favorisée l'exsudation du fluide hydropique dans le tissu cellulaire, dans les cavités séreuses, etc., ou bien la résorption du liquide épanché est par cette même cause rendue plus difficile. Une longue expérience a montré que les hydropisies sont principalement guéries par une augmentation de la sécrétion urinaire (diurétiques) ; et chez les hydropiques la quantité de l'urine sécrétée n'est pas seulement le signe le plus sûr pour établir le pronostic, mais elle donne de précieuses indications pour le traitement.
[Bouchardat ^ a décrit, sous le nom à' Oligurie, une affection particulière, dont le caractère essentiel est la diminution considérable,
^ Annuaire de thérapeutique, p. 293. Paris, 1857.
permanente, dans la quantité d'urine excrétée pendant les vingt-quatre heures. Dans l'un des deux cas observés par Bouchardat, la malade, une femme de 55 ans, ne rendait en moyenne par 24- heures que 151 grammes d'une urine très -colorée, odorante, offrant une densité de 1,055 et contenant un résidu fixe de 9s'",44.]
On a l'habitude de désigner sous le nom de diabète les maladies dans lesquelles la quantité de l'urine se maintient pendant un long temps beaucoup au-dessus de la normale. Mais pour se former une opinion sur ces cas la seule notion du volume de l'urine éliminée n'est pas suffisante, il est tout à fait indispensable de tenir compte de la quantité des éléments solides que l'urine renferme (voyez § 121).
Dans beaucoup de cas de polyurie le système nerveux exerce évidemment une grande influence sur l'augmentation de la sécrétion urinaire. Voy. W. Ebstein, Deutsch. Archiv f. Klin. Med., 1873, XI, p. 344, et F. Mosler, Vircliow's Archiv, 1875, LYI, p. 44.
4. 11 est évident que l'on doit aussi chez les malades prendre en considération toutes les conditions qui, chez les personnes en bonne santé, exercent de l'influence sur la quantité de l'urine sécrétée. Ainsi, dans les maladies, une ingestion considérable d'eau, un sang trèsaqueux, combinés avec une augmentation de l'action sécrétoire des reins, peuvent augmenter temporairement la quantité de l'urine. Plus fréquemment l'urine éprouve une diminution ; celle-ci est passagère lorsqu'elle est produite par les sueurs, la diarrhée et les autres évacuations aqueuses, mais elle est généralement continue, parce que les malades se nourrissent moins que les personnes saines et que chez eux la métamorphose de la matière en général est souvent amoindrie.
3 ISl. Résidu solide et poids spécifique de Turine.
J. Yogel, Archiv für gemeinschaftliche Arbeiten, I, p. 419.
1. Les procédés employés pour la détermination quantitative du résidu solide de l'urine, de la richesse de celle-ci en eau et en autres substances volatiles à 100** ont déjà été décrits dans le g 59. Les méthodes mentionnées dans ce paragraphe sont très-longues et trèscompliquées, de telle sorte qu'elles peuvent rarement être mises en usage par le médecin praticien ; cependant on ne peut pas se dispenser de s'en servir dans tous les cas où il s'agit de déterminer exactement la richesse en eau ou le résidu solide de l'urine.
Pour les usages médicaux, pour lesquels une évaluation approximalive est suffisante, on peut remplacer avec avantage les méthodes
précédentes par la détermination du poids spécifique de l'urine, et l'on arrive ensuite à déduire de celui-ci la richesse en substances solides. La méthode de détermination du poids spécifique a été expliquée dans le § 58. L'instrument le plus convenable pour cet usage est un uromètre, aréomètre de verre que l'on plonge dans l'urine à essayer (voy. page 195).
Si, abstraction faite d'une quantité variable d'eau, l'urine contenait toujours les mêmes éléments dans les mêmes proportions, on pourrait, à l'aide du poids spécifique de ce liquide, arriver à connaître avec assez de précision sa richesse en éléments solides, absolument comme on détermine par cette voie la richesse centésimale d'un esprit ou d'un acide sulfurique. Malheureusement il n'en est pas ainsi, la quantité des différents éléments de l'urine augmente et diminue dans des proportions trés-variables, et pour cette raison le procédé qui consiste à déduire du poids spécifique d'une urine sa richesse en éléments solides ne peut pas donner des résultats exacts. La formule la plus commode pour calculer la richesse d'une urine en principes solides en se basant sur son poids spécifique est celle qui a été indiquée par Trapp et par Bouchardat (voy. page 201, note 2) ; elle coiisiste à doubler les deux derniers chiffres du poids spécifique trouvé. Le produit indique combien de grammes de substances solides sont contenus dans 1 ,000 centimètres de l'urine en question. Par conséquent, si le poids spécifique est 1,010, l'urine renferme dans 1,000 centimètres cubes 20 grammes de parties solides; s'il est de 1,015, le poids des matières solides est égal à 50 grammes; s'il est de 1,020, celles-ci pèsent 40 grammes, etc.
Afin de ne pas tirer de conclusions erronées sur la richesse d'une urine en principes solides que l'on a déterminés au moyen du poids spécifique, on doit avant tout se faire une idée de l'exactitude de cette méthode et des erreurs auxquelles elle peut donner lieu. De nombreuses expériences laites par moi et des résultats obtenus par d'autres observateurs m'ont appris que dans la détermination du résidu solide d'une urine normale au moyen de son poids spécifique on peut facilement commettre une erreur d'environ 1/10 et même de 1/7, et que dans les cas pathologiques ^ surtout lorsque l'urine a un poids spécifique élevé, l'erreur peut être encore plus considérable, qu'elle peut aller jusqu'à 1/5 et même 1/4. Supposons que je trouve chez un malade pendant 3 jours consécutifs que le résidu solide de l'urine, calculé au moyen de la formule de Trapp ou de Bouchardat, est égal à 55, 50 et 60 grammes : ces différences sont si petites qu'elles peuvent être considérées comme comprises dans les limites des erreurs d'observation, mais on ne serait nullement autorisé à dire que le jour où l'on a trouvé 60 grammes la quantité des substances solides éliminées par l'urine a été la plus grande et qu'elle a été la plus faible le jour où le calcul a donné le nombre 50. Une telle conclusion ne serait justifiée que si la quantité des éléments solides de l'urine avait été déterminée au moyen d'une méthode exacte. Si au contraire je trouve, en me basant sur le poids spécifique, qu'une personne,
[' Voyez notamment E. Kitler, Revue méd. de VEst, I» i). 67» 1874.]
qui eu moyenne élimine par jour avec sou urine environ 00 grammes de matières solides, ne sépare pendant un certain jour que 50 grammes de ces substances, je puis dire avec une certitude com})lète que dans cette journée elle a sécrété beaucoup moins de matièj-es solides qu'à L'ordinaire, car la différence est si grande qu'elle ne peut pas être expliquée par une erreur d'observation ; mais l'assertion que la personne en question a éliminé pendant ce jour une quantité de substances solides moitié ])lus petite qu'à l'ordinaire doit être considérée comme hasardée et comme une évaluation seulement approximative, parce qu'une détermination directe eût peut-être donné 28 ou 36 gramines au lieu de 50.
Comme toutes les déterminations du résidu solide au moyen du poids spécifique donnent des résultats si peu exacts, il est assez indifférent que l'on se serve pour le calcul du coefficient de Jrapp ou de Bouchardat [^l] qm d'un autre un peu différent (par exemple de celui de Uäser = 2.53, ou de Chris tison = 2.5), parce que la ditférence qui existe entre eux (entre celui de Trapp ou de Bouchardat et celui de Haser la différence = 1 /6) se trouve encore dans les limites des erreurs d'observation impossibles à éviter.
W. Kaupp {ArcJdv für phys. Heilk., 1856) a aussi trouvé exacte la formule de Trapp, tandis que les recherches exactes de Neubauer (voyez pages 201, 4 et 554) sont plus favorables à la formule de Haser, Pour les observations au lit des malades, qui ne peuvent jamais être très-exactes, le coefficient 2 se recomm inde par sa simplicité, parce que avec lui il est très-facile de faire un calcul de tè(e. Dans ces cas on peut aussi négliger les différences de température, si elles ne dépassent pas un ou deux degrés.
2. Quelles conclusions pratiques peut tirer le médeciu de la notion du résidu solide et du poids spécifique de l'urine?
En premier lieu, la pesanteur spécifique sert pour calculer le poids d'un volume d'urine mesuré. Le calcul est facile à comprendre : 1,000 centimètres cubes d'urine d'un poids spécifique de 1,024 pèsent 1,024 grammes, etc.
En outre, le poids spécifique de l'urine et la quantité des matières solides trouvées au moyen de ce poids ou directement donnent fréquemment d'importantes indications sur les changements quantitatifs survenus dans la métamorphose de la matière et particulièrement sur la proportion des substances solides et de l'eau qui sont séparées par l'urine dans certaines conditions et pendant un temps déterminé.
Pour se former une opinion sur ces changements il est avant tout nécessaire de connaître exactement l'état normal de Turine.
Le poids spécifique moyen de l'urine chez l'homme adulte en bonne santé est d'environ 1,020. Par conséquent, le volume moyen de l'urine émise par jour étant de 1,400 à 1,600 centimètres cubes, la quantité moyenne des substances solides éliminées chaque jour par l'urine est égale à 55 ou 65 grammes.
Un homme élimine en moyenne par heure 4§Sl de substances solides pour un poids de 100 kilogrammes et ls%5 pour une longueur de 100 centimètres.
C'est sur ces nombres que l'on se base pour reconnaître et pour
apprécier les différents changements qui se produisent dans la métamorphose de la matière pendant les maladies.
Dans la plupart des affections aiguës. la quantité des éléments solides éliminés en un jour par l'urine paraît être plus petite qu'à l'état sain ; elle est de 40 ou 30 grammes au lieu de 60. Mais comme en général ceux qui sont atteints de ces maladies ne se nourrissent que de liquides peu chargés en matières solides, ils se trouvent dans une position analogue à celle des personnes privées d'aliments ; les matières solides séparées par l'urine sont dans ce cas empruntées à leur corps, ils se nourrissent aux dépens de leur propre substance et ils maigrissent.
La détermination du résidu solide de l'urine offre un intérêt pratique particulier dans tous les cas où la sécrétion urinaire est beaucoup augmentée [polyurie). Ces cas peuvent être partagés en deux groupes parfaitement distincts, suivant la quantité des éléments solides renfermés dans l'urine.
1. L'urine sécrétée en grande quantité contient beaucoup de matières solides, plus qu'à l'état normal et souvent plus que les aliments ingérés ne peuvent en introduire dans le corps. Dans ce cas, il se produit des troubles dans la nutrition, les malades deviennent faibles et ils maigrissent. On désigne les cas qui appartiennent à ce groupe sous le nom général de diabète, qui se partage à son tour en deux autres subdivisions, suivant que l'urine contient du sucre (diabète sucre') ou qu'étant exempte de sucre elle renferme de grandes quantités de divers autres éléments solides [diabète insipide ; diabète phosphatique de J. Teissier, voy. g 152).
2. L'urine très-abondante a un poids spécifique peu élevé et elle contient une quantité de matières solides relativement peu considérable. L'eau, qui est très-facile à remplacer, est le principal élément que cette urine sépare de l'organisme. Il ne se produit ni amaigrissement, ni état hectique ; cette anomalie (hydrurie) est au contraire quelquefois avantageuse, parce qu'elle favorise l'élimination de produits pathologiques, comme dans plusieurs cas d'hydrémie et d'hydropisie, et l'on doit pour ces raisons la distinguer avec le plus grand soin du diabète proprement dit.
Exemples. — Une femme de 51 ans, qui éprouvait depuis longtemps des symptômes d'anémie et d'hystérie avec vertiges, douleurs de tête, crampes des muscles cervicaux, hyperesthésie tje plusieurs vertèbres dorsales, face pâle, etc., émettait une quantité d'urine beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire (la moyenne del4 jonrs d'observation s'éleva à 3080 c. c. par 24 heures). Le poids spécifique de cette urine s'éloignait peu de l'état normal ; la ({uantité des éléments solides, calculée au moyen de ce poids, s'élevait par jour en moyenne à 87 granmies, par conséquent beaucoup au-dessus de la normale (le maxinmm de 24 heures fut trouvé égal à 156 grammes.
^ m RÉSIDU SOLIDE ET POIDS SPÉCIFIQUE DE L'URINE. 4'33
c'est-à-dire plus grand que le double de l'état iiormall. Dans ce cas, qui était un véritable diabète insipide, la séparation par l'urine d'éléments solides en quantité plus grande qu'à l'ordinaire, combinée ayec une nutrition incomplète, était évidemment la cause principale des symptômes éprouvés par la malade, dont l'état s'améliora promptement par l'usage d'une meilleure nourriture, du fer et d'autres toniques.
Un homme de 35 ans, d'une constitution herculéenne, qui souffrait d'un rhumatisme de la nuque, émettait également une quantité d'urine beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire (la moyenne de 24 jours d'observation s'élevait à 2983 c. c. par 24 heures), mais le poids spécifique de ce liquide était très-faible (entre 1005 et 1012) ; la quantité moyenne (calculée à l'aide de ce poids) des éléments solides éliminés par jour était seulement égale à 42 grammes, elle se trouvait par conséquent au-dessous de la normale. Cet homme, qui ne paraissait pas du tout souffrir de cette abondante sécrétion d'urine, n'était pas, évidemment, atteint de diabète, mais d'une simple hydrurie.
Le médecin instruit peut, du poids spécifique et de la proportion des éléments solides de l'urine, tirer de lui-même beaucoup d'autres conclusions concernant les altérations quantitatives survenues pendant les maladies dans la métamorphose de la matière. Ainsi, par exemple, on peut déterminer le rapport qui existe entre la quantité des substances solides séparées par l'urine et celle des matières éliminées par la peau et les poumons ; lorsqu'on évalue en même temps la proportion des éléments pris avec les aliments, on apprend dans quelle relation se trouvent les matières introduites dans le corps et celles qui en sortent. La connaissance de tous ces faits a une grande importance, parce qu'elle fournit des renseignements sur la métamorphose de la matière dans les maladies, et les moyens nécessaires pour arriver à cette coimaissance sont au nombre de ceux qui peuvent être introduits facilement dans toutes les cliniques ; mais les résultats obtenus dans ce sens sont jusqu'à présent si peu nombreux, qu'il n'est pas encore possible d'en tirer des conclusions spéciales.
Le poids spécifique de l'urine fournit en outre au médecin plusieurs autres indications, qui, considérées isolément, ne sont cependant pas suffisantes pour permettre des conclusions certaines sur le diagnostic, le pronostic et le traitement, mais qui sont utiles parce qu'elles conduisent l'observateur à faire de nouvelles investigations. Les considérations suivantes relatives à ce sujet peuvent être placées ici :
L'urée est le principal élément solide de l'urine. La quantité de ce corps est généralement égale à celle de toutes les autres substances solides prises ensemble, et il arrive souvent qu'elle est plus considérable. Par conséquent, le poids spécifique d'une urine peut aussi servir pour déterminer approximativement la richesse de celle-ci en urée, bien qu'une telle évaluation soit toujours incertaine et que, à cause de la facilité du dosage direct de l'urée, il ne puisse pas remplacer cette dernière méthode.
NEUBAUER ET VOGEL. DE l'UBINE. 2"^ ÉLIT. 28
Si la quantité de l'urine est beaucoup plus petite que la moyenne normale et si en outre cette humeur a un poids spécifique élevé, on peut en général conclure, chez des personnes en bonne santé, que cet état a pour cause une abstinence de liquides ou une abondante perte d'eau par transpiration, et que, s'il s'agit d'un malade, il tient à ce que ce dernier est atteint d'une affection très-aiguë. Si le volume de l'urine est beaucoup plus grand qu'à l'ordinaire et si le poids spécifique du liquide est petit, on peut présumer qu'une quantité considérable de boissons aqueuses a été ingérée. Une urine de ce genre est chez les malades atteints d'hydrémie ou d'hydropisie un signe trèsfavorable et indique que l'organisme fait des efforts pour éliminer l'excès de l'eau accumulée dans le sang et dans les tissus.
Si l'urine sécrétée en grande quantité a un poids spécifique trèsélevé ou seulement normal, on peut penser au diabète sucré et rechercher la présence du sucre dans l'urine ; mais si celle-ci ne contient pas de sucre il peut s'agir d'un diabète insipide.
Si la quantité de l'urine n'est pas augmentée, ou bien si clJe est diminuée et si en outre le poids spécifique est peu élevé, on peut soupçonner l'existence d'un obstacle à la sécrétion de l'urée, et dans ce cas on a à craindre l'apparition des symptômes de la rétention de l'urée dans le corps (urémie).
Dans la plupart des maladies chroniques (le diabète excepté) le résidu solide de l'urine est plus petit qu'à l'ordinaire ; une augmentation de ce résidu indique que la nutrition est plus active et constitue pour cette raison un symptôme favorable.
Un accroissement du résidu solide de l'urine pendant le summum des maladies aiguës est, au contraire, un signe défavorable, parce que l'inanition qui accompagne toujours ces affections est par cette cause favorisée et augmentée.
Dans les maladies fébriles aiguës le poids spécifique de l'urine suit généralement une marche inverse à celle du volume éliminé. 11 s'élève pendant le summum à mesure que la quantité de l'urine diminue ; il devient ensuite plus petit, tandis que l'urine augmente et pendant la convalescence il s'abaisse fréquemment au-dessous de la normale. Cependant il faut bien se garder de se baser uniquement sur le poids spécifique pour tirer des conclusions et de se servir de cette notion pour établir, par exemple, le diagnostic différentiel de maladies, -qui offrent sous d'autres rapports une série de symptômes analogues.
Ainsi, on assure que dans la fièvre typhoïde le poids spécifique de l'urine est beaucoup moins considérable que dans les autres maladies aiguës, et spécialement dans les affections inflammatoires, que dans la période typliique proprement dite de cette
maladie il serait seulement égal à 1017, tandis que dans les affections cérébrales aiguës, dans la méningite notamment, il serait plus élevé depuis le commencement jusqu'à la fin (1028-1035), et que par conséquent on pourrait se servir de cette différence pour la distinction quelquefois difficile de la fièvre typhoïde et de ces affections du cerveau (A. Ziegler : Die Uroscopie am Krankenbette, p. 8). Cette idée de vouloir distinguer des maladies au moyen d'un seul phénomène, qui relativement aux autres symptômes offre très-peu d'importance, appartient à la doctrine ontologique aujourd'hui heureusement abandonnée ; dans cette doctrine, la distinction et la classification des maladies, absolument comme la division des animaux et des plantes en genres et en espèces, reposent sur un seul caractère extérieur sujet à mille variations accidentelles, au lieu d'être basées sur les caractères essentiels des phénomènes, sur les causes de ceux-ci, sur leur connexion ou leur dépendance. Pour que des conclusions tirées d'un seul symptôme puissent être justifiées, il ne faut pas seulement que l'exactitude du fait lui-même ait été affirmée par de nombreuses observations, il est aussi indispensable que sa cause et son importance aient été démontrées jusqu'à un certain point et qu'en outre sa relation nécessaire avec la maladie existante ait été mise en évidence.
Dans le cas qui nous occupe non-seulement il manque une explication admissible de cette diminution du poids spécifique de l'urine dans la fièvre typhoïde, mais il est aussi permis de douter que le fait exact en lui-même soit applicable à tous L s cas. D'après les très-nombreux essais effectués par moi sur l'urine de malades atteints de fièvre typhoïde, ce liquide avait au summum de la maladie un poids spécifique élevé, comme le montrent les exemples suivants ; c'est du moins ce qui eut lieu dans les cas où la fièvre était vive et où il y avait un certain degré de réaction.
(Les nombres désignent toujours le poids spécifique de la totalité de l'urine émise dans l'espace de 24 heures au summum de la maladie. Les indications, qui souvent manquent pour plusieurs jours, tiennent à ce qu'il n'était pas toujours possible de recueillir toute l'urine des malades (qui fréquemment évacuaient involontairement ce liquide avec les excréments) ou bien de l'obtenir exempte de matières étrangères. — Ces circonstances rendent difficiles et souvent même impossibles .les essais quantitatifs de l'urine dans la fièvre typhoïde au summum de la maladie.)
Premier cas. Troisième jour 1019 — 1029 — 1031 — 1026 — 1024 — (2 jours manquent) 1019 — 1021 — 1016. Diminution de ia fièvre. Convalescence.
Deuxième cas. Quatrième jour 1028 — 1029 — 1027 — (1 jour manque) 1028 — 1027. Mort.
Troisième cas. Deuxième semaine 1019 — 1020 — 1018 — 1020 — 1022 — 1026.
Convalescence lente.
Le poids spécifique de l'urine dans la fièvre typhoïde, comme dans les autres maladies aiguës, devient plus petit, lorsque la fièvre tombe et que la convalescence arrive.
D'un autre côté, je dois ajouter qu'il y a des cas de fièvre typhoïde dans lesquels on trouve également au summum de l'affection, le poids spécifique de l'urine peu élevé et même quelquefois au-dessus de la normale. Les cas suivants en sont des exemples.
Premier cas. — 1008 — 1014 — 1017 — (2 jours manquent) 1017 — 1027 — 1015 ^ 1014 — 1015 — 1014 -- 1012. Mort.
Deuxième cas. Première semaine de 1018 àl020. Deuxième semaine de 1012 à 1015. Convalescence.
Troisième cas. 1021 — 1020 — 1015 — 1014 — 1010 — 1006 — 1010 — 1012 — 1013 — 1015 — 1011. Convalescence.
Dans tous ces cas la fièvre avait dès le début un caractère adynamique très-marqué, l'état général des malades et surtout le pouls mou et nettement dicrote fournissaient pour distinguer l'affection d'une maladie inflammatoire du cerveau et de ses membranes, des signes beaucoup plus certains que le poids spécifique de l'urine, que
d'ailleurs je n'ai pas toujours trouvé dans la méningite aussi considérable que l'indique Ziegler. Une telle diminution du poids spécifique de l'urine ne se rencontre pas exclusivement dans la fièvre typhoïde, elle se produit aussi dans d'autres formes fébriles qui ont un caractère adynamique bien marqué, comme dans la pyémie, la fièvre putride, etc.
[Dans ses recherches, sur la quantité, le poids spécifique et les matériaux solides de l'urine éliminée dans la fièvre typhoïde, A. Robin^ est arrivé aux résultats suivants :
Dans la fièvre typhoide commune de moyenne intensité, aux périodes d'augment et d'état, la quantité de l'urine s'abaisse légèrement (1,058 c. c), le poids spécifique augmente proportionnellement (1,024), la quantité des matériaux solides varie peu (52s'-,50) ; à la période des oscillations descendantes, la quantité d'urine augmente et se rapproche de la normale (1,213 c. c), le poids spécifique s'abaisse, mais reste un peu plus élevé qu'à l'état habituel (1,019), la quantité des matériaux solides ne subit qu'une augmentation insignifiante (53^' , 40). Pendant la convalescence, la quantité d urinc augmente et dépasse le chiffre normal (1,491c. c), le poids spécifique tend à s'abaisser un peu (1,017), les matériaux solides subissent une augmentation assez marquée (566'', 29). — Dans les formes longues et graves, les chiffres précédents sont assez sénsiblement modifiés. Aux deux premières périodes, si la quantité d'urine émise n'est pas influencée (1,024), le poids spécifique s'abaisse un peu (1,022), ainsi que les matériaux solides (51 grammes) ; à la troisième période, la quantité s'élève au-dessus de la normale (1,550 c. c), ce qui correspond aune augmentation des principes solides (56s'^,50), malgré l'abaissement du poids spécifique (1,017), qui atteint l'état normal ; enfin pendant la convalescence la quantité augmente encore (1,685c c), le poids spécifique tombe à 1,015, mais les matériaux solides montent à608%13. — Quand la maladie revêt une apparence très-bégnine, la quantité de l'urine et celle des matériaux solides diffèrent peu de la normale (1,150 c, c. et 50ss54) ; seule, la densité est un peu plus élevée (1,021); pendant la convalescence la quantité monte à 1,511 c. c, le poids spécifique baisse à 1,016 et les principes solides ne s'élèvent qu'à 54e'",60. — Dans la forme Ihoracigue, la quantité descend moins que dans la variété commune (1,104 c, c.) ; le poids spécifique et les principes solides sont à peine modifiés (1,023 et 51«%48), A la troisième période, la quantité dépasse faiblement la normale (1,338 c. c); mais comme le poids spécifique s'abaisse à 1,017 les matériaux solides ne sont pas influencés. A la convalescence la similitude entre les deux formes est à peu près complète (quantité 1,462 c. c; poids spécif. 1,016; matières solides 54s%20). — Si la fièvre typhoïde se termine par la mort, la quantité descend sensiblement (922 c. c), le poids spécifique ne s'élève que de trois degrés environ au-dessus de la normale (1,021), la somme des principes solides est notablement inférieure.]
§ t2'£. Quantité delà matière colorante.
J. Vogel : Archiv für gemeinschaftliche Arbeiten, I, p. 137.
Il a déjà été question dans différents endroits (§§ iO, 61 et 95) de la couleur de l'urine et des pigments qui la produisent. Il est très-difficile et même impossible de déterminer la proportion du pigment urinairc avec cette exactitude que maintenant on est habitué à trouver dans toutes les analyses chimiques quantitatives. C'est pourquoi j'ai proposé pour la détermination quantitative de cette substance une autre
' Essai d'urolofiie clinique, p. 47 et suiv. Paris, 1877,