‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource]Chapitre 167 sur 185 · ESSAIS QUANTITATIFS DE L'UUINE · texte numérisé non relu

ESSAIS QUANTITATIFS DE L'UUINE

quantitatives de l'urine on peut, suivant le but que Ton se propose d'atteindre, procéder d'après des méthodes très-différentes. Un médecin, ayant une connaissance parfaite de la question qu'il veut résoudre, peut dans quelques cas, à l'aide d'une analyse quantitative approximative, dont l'exécution ne demande que 2 minutes, obtenir des renseignements, qui pour lui ont plus de valeur que les résultats d'un essai effectué avec le plus grand soin par un chimiste habile ; ce dernier aura peut-être dépensé plusieurs jours pour l'opération, et il pourra aussi se faire que son travail soit sans aucune utilité pour le médecin, parce qu'il se sera occupé d'un point qui pour celui-ci est dépourvu de toute espèce d'intérêt.'

5. Que signifie pour le médecin l'augmentation ou la diminution d'un élément de l'urine? La réponse à cette question ne pourra être donnée qu'à propos de l'examen de chaque substance en particulier ; cependant, il me semble convenable de faire ici une remarque, qui s'adresse à plusieurs éléments à la fois.

Les différents éléments de l'urine peuvent, suivant leur origine, être partagés en deux grandes classes.

Ceux qui appartiennent à la première classe sont certainement formés dans le corps, ils sont les produits des opérations de l'organisme; tels sont l'urée et l'acide urique, qui sont très-rarement pris avec les ingesta. Lorsque l'élimination de ces éléments par l'urine a subi une diminution, cela indique toujours qu'il s'en est produit une quantité plus petite qu'à l'ordinaire, ou bien qu'ils se sont accumulés dans l'organisme et qu'ils y sont retenus; dans quelques cas rares, il peut aussi arriver qu'ils soient éliminés par une voie anormale, ou bien encore qu'ils aient éprouvé dans le corps une décomposition partielle et une transformation. Au contraire, une augmentation de l'urée et de l'acide urique excrétés avec l'urine permet de conclure que ces matières sont produites en grande quantité, ou bien qu'elles étaient accumulées quelque part dans l'organisme, et que la provision a été éliminée en une seule fois par l'urine.

Les matières de la deuxième classe, à laquelle appartiennent la plupart des éléments de l'urine, peuvent également être produites dans l'organisme, ou bien être formées aux dépens d'autres substances et par suite d'une transformation chimique de celles-ci ; mais il y en a aussi quelques-unes qui ne font que passer à travers le corps. La quantité de ces matières, qui est éliminée par l'urine, dépend, d'une part, de l'activité de la métamorphose organique, et, d'autre part, de la proportion de ces mêmes matières, qui se trouve contenue dans les aliments, les boissons, les médicaments, etc., ingérés. Ainsi, par exemple, l'acide oxalique de l'urine peut, comme il a été indiqué

g 110, avoir été formé dans l'organisme aux dépens d'autres substances, mais sa présence peut tout aussi bien être due à l'ingestion d'aliments renfermant de l'acide oxalique. L'acide sulfurique de l'urine peut provenir de l'oxydation du soufre contenu dans les composés protéiques du corps, ainsi que de l'ingestion d'une eau séléniteuse. Si l'urine contient plus ou moins de sel marin, cela peut certainement tenir à une augmentation ou à une diminution de l'activité des reins, mais cela peut tout aussi bien être dû à ce que la cuisinière a salé plus ou moins fortement les aliments.

Par conséquent, lorsqu'on trouve une augmentation ou une diminution des éléments appartenant à cette classe, on ne doit tirer des conclusions qu'avec beaucoup de prudence, et il ne faut chercher la cause de l'altération observée dans une modification de l'activité de l'organisme, ou dans un état pathologique de celui-ci que lorsqu'on est certain que l'augmentation ou la diminution du principe en question ne tient pas simplement à ce que ce dernier a été pris avec les aliments, les boissons, etc., en quantité plus grande ou plus petite qu'à l'ordinaire. Mais, pour acquérir cette certitude, il n'y a qu'un seul moyen, c'est de déterminer quantitativement, ou au moins d'évaluer approximativement combien de l'élément dont il s'agit a été introduit dans le corps en un temps donné par les différents ingesta. Mais ces recherches sont trés-difficiles, et pour cette raison elles n'ont été que très-rarement mises en pratique. Ce sujet est encore plein d'obscurité, et les indications qui, jusqu'à présent, ont été fournies par différents observateurs, sur l'augmentation ou la diminution de quelques éléments de l'urine dans les maladies, ne doivent être admises qu'avec une certaine réserve.

Enfin, nous devons encore faire une remarque qui a été regardée comme inutile dans les éditions précédentes, parce qu'elle est naturellement comprise par tout homme intelligent, mais qui cependant ne semble pas superflue, puisque l'expérience a appris qu'on s'en est assez souvent écarté et qu'on s'en écarte encore.

Lorsqu'il s'agit de déterminer des changements de nature générale survenus dans l'urine, comme, par exemple, ceux qui sont produits par certaines influences, certains processus pathologiques, etc., il est nécessaire de se baser sur des observations très-nombreuses, pour que les conclusions que l'on en tire soient positives et utiles pour la science. Un nombre peu considérable d'observations est suffisant seulement dans les cas où toutes les observations^ sans exception, présentent avec l'état normal une différence très-grande et toujours dans le même sens, par exemple, lorsqu'il s'agit de la diminution de la quantité de l'urine dans les maladies fébriles (voyez page 427, 1).

Lorsque, au contraire, les divergences avec la normale sont petites, lorsqu'elles se trouvent à peu près dans les limites des erreurs d'observation impossibles à éviter, lorsqu'en outre elles ne se produisent pas toujours dans le même sens, c'est-à-dire lorsqu'elles sont tantôt en plus, tantôt en moins, il est absolument nécessaire d'effectuer un grand nombre d'expériences, et dans les cas très-compliqués où des causes nombreuses de nature différente font sentir leur influence sur la réaction urinaire, mille observations ne sont pas même suffisantes pour servir de base à une loi.

Si, négligeant de prendre cette précaution, on tire légèrement des conclusions de quelques recherches peu nombreuses, dont le résultat peut môme être facilement influencé par des circonstances accidentelles, on n'est pas utile à la science, on y apporte plutôt la confusion, et on doit l'attribuer à soi-même, si l'on reçoit le blâme que Ton mérite pour cela.

Occupons-nous maintenant des indications que donne l'augmeuiation ou la diminution de chaque élément de l'urine en particulier.

§ tSS.Urée.

Th. L. W. Bisclioff : Z)er Harnstoff als Maass des Stoffwechsels. Gicsscn, 1853. — Voit : Zeitschrift für Biologie, t. lY, p. 77. — P. Brouardel, L'urée et le foie. Taris, 1877.

Le procédé de dosage de l'urée et les modifications qu'il est nécessaire de lui faire subir dans certains cas ont été déjà décrits complètement dans le g 65 ; il ne nous reste plus qu'à parler du degré d'exactitude de cette méthode, de la grandeur des erreurs auxquelles elle peut donner lieu et de la signification des résultats obtenus.

Quelques auteurs, Haughton, par exemple, ont proposé de calculer au moyen d'une formule et du poids spécifique de l'urine, la richesse en urée de celle-ci ; mais cette méthode est très-incertaine et elle peut conduire à des erreurs importantes (voy. page 433).

L Les déterminations par la méthode de Liehig sont suffisamment précises, dételle sorte que des analyses comparatives, faites avec beaucoup de soin avec la même urine, donnent des résultats à peu près identiques, la différence étant de 1 pour cent et même plus petite. Cependant il existe dans ce mode de détermination de l'urée deux sources d'erreurs qui, quelquefois, peuvent donner lieu à des inexactitudes très-grandes et qui ne peuvent être complètement neutralisées qu'à l'aide de modifications longues et compliquées du procédé primitif. Ces erreurs sont les suivantes :

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