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L'erreur due à la présence du sel marin dans l'urine

Il en a déjà été question p. 219, ainsi que des moyens à employer pour l'éviter. Je veux seulement donner ici quelques indications pratiques relatives à ce sujet. Dans tous les cas où il importe de déterminer aussi exactement que possible la richesse de l'urine en urée, toutes les fois que l'erreur ne doit pas dépasser 1 ou 2 p. 100, il faut, avant de procéder au dosage de l'urée, précipiter avec l'azotate d'argent le chlore contenu dans l'urine (comme il est indiqué page 220).

Lorsqu'il n'est pas nécessaire que la détermination soit effectuée avec une exactitude aussi grande, on peut se dispenser de recourir à cette méthode compliquée, qui peut alors être remplacée par l'un des deux moyens suivants :

a. On ne tient aucun compte de la présence du sel marin. Dans ce cas, excepté lorsque l'urine ne contient pas du tout de sel marin ou seulement des traces, la quantité de l'urée trouvée est toujours trop grande. L'erreur peut s'élever à 10 et même à 20 p. 100 ; elle sera, par exemple, considérable, si l'on compare l'urine riche en sel marin de personnes en bonne santé ou de malades atteints d'affections chroniques avec celle émise par des sujets qui souffrent de maladies fébriles aiguës et qui éliminent généralement une très-petite quantité de chlorure de sodium.

h. On fait subir au nombre trouvé pour l'urée la correction relative à la présence du sel marin (voy. p. 220). Mais cette correction est toujours approximative, et en la faisant on peut commettre une erreur, qui peut s'élever jusqu'à 5 p. 100 et être aussi bien positive que négative.

2. Une deuxième source d'erreur inhérente à la méthode de Liebig résulte de ce que des substances , autres que l'urée, peuvent aussi être précipitées, et dans ce cas, le poids de l'urée trouvée est trop considérable.

Cette remarque s'applique à Vallantoïne, à la créatinine et à la sarkosine (voy. p. 223), mais elle convient aussi pour d'autres éléments azotés de l'urine qui se rencontrent fréquemment dans les maladies. Kletzinsky^ a vu dans une série d'expériences faites avec soin, qu'une substance azotée pouvait être séparée de la plupart des urines par l'acétate neutre de plomb ; cetle substance n'est point de l'urée, mais elle est précipitée avec cette dernière, dans le dosage par la méthode de Liebig et comptée comme de l'urée dans le calcul de l'analyse. La quantité de ce corps trouvée par Kletzinsky s'élevait chez des personnes en bonne santé à 4, 3, 3, 2, 2 p. 100, et dans l'urine de sujets atteints de maladies, elle était beaucoup plus considérable (elle approcha de 12 p. 100). Il résulte de là que, chez les malades notamment, le nombre trouvé pour l'urée peut être trop élevé, et dans plusieurs cas il est probable que l'erreur peut aller jusqu'à 20 p. 100. Fréquemment cette erreur est compensée jusqu'à un certain degré de la manière suivante : dans les maladies aiguës l'urine est très-pauvre en sel marin, et pour cette raison, la quantité d'urée que l'on y trouve comparée avec celle de l'urine de personnes en bonne santé est trop petite, si l'on n'a pas fait la correction relative au chlorure de sodium ; mais de telles compensations ne suffisent que pour des recherches très-superficielles et elles ne peuvent pas être admises lorsqu'il est nécessaire d'être exact.

Si l'on veut éviter cette erreur, on doit procéder comme il suit : à l'urine à essayer préalablement acidifiée avec quelques gouttes d'acide acétique on ajoute de l'acétate neutre de plomb jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité, puis on précipite par l'hydrogène sulfuré le plomb qui peut se trouver en excès, et maintenant on dose l'urée par la méthode de Liebig.

II. Quelles indications fournit une augmentation ou une diminution dans la quantité de l'urée sécrétée par les reins?

^ Voyez Kletzinsky, Komparative Versuche über den Werth verschiedener Methoden der Harnstoffbestimmung (Heller's Archiv, 1853, p. 252).

Pour répondre à cette question, il faut évidemment savoir à combien s'élève la proportion de l'urée éliminée par les personnes en bonne santé et placées dans des conditions normales. De nombreuses recherches effectuées par différents observateurs ont montré qu'un homme adulte, à l'état sain et qui fait usage d'une bonne nourriture, élimine en moyenne par son urine :

en 24 heures de 25s'" à 40?'' d'urée

en 4 heure 4s%0 4e%66 »

Il résulte de là que la quantité moyenne d'urée fournie par un poids du corps égal à 1 kilogramme est :

pour 24 heures. de Os^S? à 0^%60

pour 4 heure Os',045 Os^'jOSS

Chez les femmes, la quantité absolue est un peu plus petite, et il en est naturellement de même chez les enfants. Au contraire la quantité relative de l'urée sécrétée parait être chez ces derniers, par rapport au poids du corps, plus gravide que chez l'adulte. D'après les recherches de Uhle (Wiener med. Wochenschr., 1859,7-9), un enfant élimine en vingt-quatre heures par chaque kilogramme de son poids les quantités suivantes d'urée :

de 3 à 6 ans environ \s^,0 8 44 — — 08%8 13 16 — — 0s%4 à Oe^e

[Les chiffres obtenus en France sont un peu moins élevés que les précédents ; ainsi Brouardel admet qu'un homme sain élimine en moyenne par jour de 18 à 20 ou 22 grammes d'urée, avec une quantité moyenne d'urine de 1250 grammes.]

Ces moyennes normales sont naturellement un peu modifiées par la constitution du corps, le mode d'alimentation, le degré d'activité de la métamorphose organique, et les variations observées se rencontrent aussi bien chez des personnes différentes que chez le même individu considéré à des époques différentes. En outre, ces nombres ne comprennent pas les maxima et les minima qui se produisent dans certains cas chez les personnes en parfaite santé.

La nature des aliments exerce une influence très-grande sur la sécrétion de l'urée. Avec ime nourriture animale pure, on élimine plus d'urée qu'avec une nourriture mixte, et plus avec celle-ci qu'avec une nourriture végétale, et c'est pendant l'abstinence complète qu'on en élimine le moins.

Les observations de 0. v. Franque (Beiträge zur Kenntniss der Harnstoffausscheidung beim Menschen, Dissertation inaugurale, Wurtz-

iNEUßALEK ET VUÜKL. DK l'uIUKE. .i" EDIT. 29

bourg, 1855) donnent une idée très-nette des résultats que peuvent produire ces diverses influences. 11 éliminait en vingt-quatre heures :

Les indications que l'urée peut fournir au physiologiste et au médecin sont basées sur le fait suivant : la quantité d'urée produite constitue une mesure approximative pour l'activité de la métamorphose des substances protéiques. Il résulte de là qu'il n'est pas possible de se faire une idée de la métamorphose totale; mais cet inconvénient se trouve en partie compensé parce que la métamorphose des composés protéiques forme une partie trés-importante de la nutrition générale.

Bien que l'urée du corps provienne certainement en définitive de substances protéiques, elle ne prend cependant pas directement naissance aux dépens de cellesci. 11 se forme plutôt d'abord dans la métamorphose de la matière diflérents termes intermédiaires, dont quelques-uns fournissent de l'urée plus facilement que d'autres (voy. p. 5 et 6)*. Dans certains processus pathologiques de la métamorphose de la matière, il se produit, à la place de l'urée, d'autres substances, comme de la leucine et delà tyrosine (voy. §133).

En général, tout ce qui donne à la métamorphose des corps protéiques une activité plus grande augmente la production de l'urée et vice versa; c'est pour cette raison qu'il se forme plus d'urée pendant le jour que pendant la nuit ; la quantité de l'urée devient plus considérable lorsqu'on fait usage d'une nourriture animale abondante, elle devient plus petite avec une nourriture végétale ; elle augmente et diminue avec l'activité du corps et de l'esprit. Par conséquent, la quantité de l'urée peut chez l'homme en parfaite santé être aussi bien augmentée que diminuée par les influences les plus diverses, dont rénumération nous conduirait trop loin.

Mais la quantité de l'urée éliminée avec l'urine en un temps déterminé ne dépend pas seulement de la proportion d'urée produite, car l'urée formée dans le corps peut être complètement excrétée ou bien être partiellement retenue dans le sang et dans les autres fluides. C'est ce qui fait que la quantité de l'urée s'élève momentanément en

* [L'assertion de Béchmnp, que de l'urée prendrait directement naissance par oxydation des matières albuminoïdes avec le permanganate de potasse (voy. p, 5), restée douteuse et contestée par plusieurs chimistes allemands {Stiecleler, Loetv, Neubauer, etc.), a été entièrement contirmée par E. Hitter (Compt. rend, de VAcad. d. se, 20 nov. 1871). Ce deinier a m effet réussi à Iransfonuer l'albumine, la fibrine et le gluten en urée, en suivant exactement le procédé de Béchamp, et il en a obtenu 0,50 p. 100 avec l'albumine, 0,35 p. 100 avec la fibrine et 0,70 p. 100 avec le gluten ; l'urée fournie par ce dernier corps était même en cristaux de plus de 1 centimètre de long.J

avec une nourriture animale pure

de 51 à 928'' d'urée 36 » 38 24 )) 28 168"-

mixte , , végétale . , non azotée

même temps que la sécrétion de l'urine augmente et qu'elle devient moindre lorsque celle-ci diminue.

Chez les malades, la quantité de l'urée excrétée dépend de circonstances tout à fait semblables.

Une augmentation qui persiste pendant un long temps indique toujours un accroissement d'activité dans la métamorphose des aliments azotés. Mais une augmentation momentanée peut tenir à ce que la sécrétion de l'urine par laquelle l'urée accumulée dans le corps est promptement éliminée, est devenue plus abondante, et elle n'indique pas nécessairement une production d'urée plus grande.

Une diminution de la quantité d'urée peut dépendre :

a. D'une diminution d'activité dans la métamorphose des substances protéiques ;

b. De la rétention dans le corps de l'urée formée (dans l'urémie et les hydropisies).

Dans toutes les maladies aiguës fébriles (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.) la sécrétion de l'urée suit la marche suivante :

Au commencement, jusqu'à ce que la fièvre soit arrivée à son maximum, malgré la diète et la diminution de l'urine, la quantité d'urée subit généralement une augmentation, qui est quelquefois très-considérable ; elle peut s'élever à 50, 60 et môme 80 grammes en vingtquatre heures. Cette augmentation de l'urée ne va pas cependant toujours en augmentant de plus en plus à mesure que s'élève la température du corps.

Plus tard, lorsque avec la rémission de la fièvre l'activité anormale de la métamorphose organique s'est amoindrie, et pendant que le malade ne prend que très-peu d'aliments, la quantité de l'urée descend au-dessous de la normale, pour y revenir graduellement dans la convalescence.

Cette marche ordinaire est naturellement diversement modifiée par les idiosyncrasies»

Dans les fièvres intermittentes, la séparation de l'urée devient notablement plus grande pendant les accès. Cette augmentation commence avant Tapparition de la période de froid, — fait qui offre une certaine importance pour la théorie de la fièvre.

Dans la plupart des affections chroniques, où la métamorphose orgàganique est moins active qu'à l'ordinaire, ainsi que dans celles où les malades prennent une nourriture peu abondante, la quantité de l'urée descend au-dessous de la normale, mais elle devient plus grande pendant les exacerbations intercurrentes, la fièvre hectique, etc.

Elle devient minima lorsque l'affaiblissement de la métamorphose organique coïncide avec une diminution de l'activité des reins. C'est

pour cela que souvent elle devient très-petite (5 ou 6 grammes par four) vers la fin de plusieurs maladies mortelles.

Dans les hydropisies elle éprouve fréquemment une diminution considérable, parce qu'une partie de l'urée produite se dissout dans les fluides épanchés et est avec ceux-ci retenue dans le corps. Mais lorsque dans ces maladies il se produit une abondante sécrétion d'urine par suite d'une augmentation de la sécrétion urinaire arrivée spontanément ou provoquée par des diurétiques, la séparation de l'urée devient quelquefois notablement plus grande, et dans ce cas il est éliminé une quantité d'urée beaucoup plus considérable que celle qui correspond à la production normale ; l'excès de l'excrétion sur la production tient à ce qu'une certaine quantité d'urée était accumulée dans le corps.

[Dans l'affection consomptive désignée par Willis sous le nom d'azoturie et étudiée par Boiichardat^, le poids total de l'azote des urines se trouve considérablement augmenté. Cette augmentation peut tenir soit à une élimination exagérée d'urée, soit à une excrétion considérable des autres principes azotés, soit enfin à une augmentation simultanée dans l'excrétion de ceux-ci et de l'urée. Ainsi Bouchardat rapporte l'observation d'un malade qui éliminait en 24 heures par ses urines (2 à 4 litres) 133 grammes d'urée et 88 grammes d'autres matières solides ne contenant pas de sucre.

Suivant Rayer et Bouchardat^, le diabète sucré est presque toujours accompagné d'azoturie. Au début de l'affection l'urée excrétée peut s'élever jusqu'à 80, 100 et 145 grammes par jour; plus tard elle diminue à mesure que la consomption fait des progrès, mais en restant toujours supérieure à la normale, excepté toutefois dans la dernière période de la maladie où l'élimination de l'urée diminue considérablement.]

Si pendant un long temps il est évacué par l'urine une quantité d'urée beaucoup plus petite que celle qui correspond à la production normale, on a des raisons pour craindre que l'urée en s'accumulant dans le sang ne donne naissance à l'urémie. Cependant on doit juger autrement les cas dans lesquels l'urée est diminée ou manque même tout à fait dans l'urine, parce qu'il se forme à la place de ce corps de la leucine et de la tyrosine, comme dans l'atrophie aiguë du foie (voy. § 133).

Une urine qui renferme une grande quantité de carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de l'urée contient naturellement proportionnellement moins de cette dernière, de telle sorte que dans une urine fortement ammoniacale, la richesse en urée n'est plus une mesure certaine de la production de cette substance. Voyez p. 222, pour le procédé que l'on doit suivre en pareil cas pour le dosage de l'urée.

' Annuaire de thérapeutique ^ suppl., p. 129. Paris, 1861. ^ De la gltjcosurie, p. IG.

Les exemples suivants serviront à faire comprendre et à confirmer les faits indiqués précédemment :

A. Expériences sur des personnes en bonne santé.

Un grand nombre de déterminations d'urée faites d'après la méthode de Liebig, sans effectuer la correction relative an sel marin, ont donné les résultats suivants pour des hommes robustes, en bonne santé et se nourrissant bien :

La quantité moyenne d'urée éliminée par heure fut :

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