ACIDE LIBRE
plus près possible du moment où le liquide a été évacué, parce que, lorsque celui-ci est abandonné à lui-même, la quantité de l'acide varie facilement, par suite du développement de la fermentation acide ou alcaline.
D'après F. Soxhlet {Journ. für prakt. Chemie, 1872, YI), le titrage du degré d'acidité de l'urine à l'aide d'une solution de soude donne cependant un résultat qui n'est exact que dans des limites d'erreur assez larges, parce qu'il n'y a pas de phosphate soluble qui ait une réaction neutre, et que lors du titrage on arrive toujours à un point où il existe en même temps une réaction acide et une réaction alcaline. Cependant ces limites d'erreur ne sont pas assez larges pour détruire l'utilité de ces analyses, notamment pour la pratique, si l'on se contente de n'en tirer que les conclusions qui ne peuvent pas être influencées par ces erreurs inévitables. (Voy. g 124.)
De nombreuses recherches, dont les unes ont été exécutées par moimême, et les autres sous ma direction, ont montré qu'un homme en santé élimine en moyenne avec son urine environ 2 — ^ grammes d'acide (exprimé en acide oxalique) par jour, et de O^^IO à O^S^O par heure. La quantité par heure varie beaucoup avec les différents moments du jour : dans quatre séries de recherches faites sur des personnes différentes, le maximum se trouvait pendant la nuit, le minimum dans la matinée et la moyenne dans l'après-midi.
Chez l'individu sur lequel la plupart des recherches fureat exécutées, la quantité moyenne par heure s'élevait : pendant la nuit à 0,19 — dans la matinée à 0,15 — dans l'après-midi à 0,14.
La quantité de l'acide de l'urine diminue après l'ingestion des alcalis caustiques, carbonatés ou à acides végétaux. L'acide peut même disparaître complètement après l'administration à haute dose de ces substances , et la réaction acide de l'urine devenir alcaline, comme lorsqu'il se forme du carbonate d'ammoniaque par suite de la décomposition de l'urée.
L'usage interne des acides minéraux augmente au contraire l'acidité de l'urine.
Exemple. Un jeune homme, qui, à cause d'une hémoptysie violente, prit pendant longtemps de fortes doses d'acides minéraux (SO^, HCl), éliminait chaque jour en moyenne par son urine 4ä',4 d'acide (moyenne de 6 jours) ; un jour la quantité d'acide s'éleva jusqu'à 7g%5. — Gaethgens a aussi trouvé chez des chiens, auxquels il avait injecté de l'acide sulfurique dans l'estomac, l'acide libre beaucoup augmenté dans l'urine (de 13 à 72).
Les observations très-nombreuses et très-exactes de W. Roberts ont confirmé les indications de B. Jones (voy. p. 559, a), qui avance que pendant un intervalle de 2 — 5 heures après un repas, la quantité de l'acide éli-
m ALTÉRATIONS QUANTITATIVES. § 127
miné par l'urine diminue, aussi bien d'une manière absolue que par rapport aux éléments solides de cette humeur, et il arrive souvent qu'à ce moment l'urine devient temporairement alcaline. Les aliments mixtes, une nourriture purement végétale ou animale agissent également dans ce sens. Roberts attribue ce résultat, non pas comme B. Jones, à la sécrétion du suc gastrique acide , mais avec plus de raison au passage des aliments dans le sang de sels alcalins ou devenant alcalins.
Cependant, il est probable que la plus ou moins grande acidité de l'urine ne dépend pas simplement de la quantité des acides ingérés, mais sans doute aussi (comme cela a déjà été indiqué dans le § 97), des changements intimes produits par la métamorphose organique, qui, il est vrai, n'ont pas encore été expliqués d'une manière certaine.
D'après Klûpfel, l'acide libre de l'urine est beaucoup augmenté par un exercice musculaire violent. Cependant Sawicky n'a pu conürmer les indications de Klûpfel. D'après ses expériences, la quantité des aliments a beaucoup plus d'influence sur le degré d'acidité de l'urine que le repos ou le travail.
De nombreuses déterminations concernant le degré d'acidité de l'urine dans les maladies, ont montré que dans la plupart des affections aiguës ou chroniques, la quantité d'acide devient plus petite et qu'elle n'augmente jamais, excepté dans les cas où des acides minéraux sont pris à haute dose. Cependant au summum des maladies fébriles, par exemple dans la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, etc., on trouve souvent que la y\û\q^^q centésimale de l'urine en acide est devenue plus grande, de telle sorte que ce liquide paraît plus acide que chez les personnes en état de santé ; cette particularité dépend évidemment de la diminution qu'éprouve la quantité de l'urine dans ces affections et de la concentration plus grande qui en résulte. Dans tous les cas la diminution de l'acide dans l'urine des malades est due principalement à ce que ceux-ci prennent moins d'aliments qu'à l'ordinaire, et peut-être aussi à un affaiblissement dans l'activité de la métamorphose de la substance musculaire (voyez page 559, h).
Les recherches faites jusqu'à présent ne permettent pas de déduire des conclusions spéciales.
Exemples. — Hommes.
Chez un malade atteint de pneumonie, la quantité d'acide s'éleva graduellement de 0 à 1,50. La moyenne de huit jours était de 0,5.
Chez un autre malade, qui mourut d'une pneumonie, la quantité par jour varia entre 0,9 et 5,0. Moyenne de quatre jours = 1 ,9.
Dans un cas de fièvre gastrique, la quantité oscilla entre 0,0 et 1,0. Moyenne de 4 jours = 1,1.
Chez un malade atteint de rhumatisme aigu, elle se maintint pendant plusieurs jours entre 0,7 et 1.