CHLORE ET SEL MARIN
éliminé par l'urine diminue rapidement ; elle est souvent tellement faible, que le chlore disparaît presque complètement, de telle sorte que quelquefois c'est à peine si la proportion de cette substance représente la centième partie de la richesse normale. A mesure que l'amélioration se produit le chlore augmente, et dans la convalescence sa quantité devient parfois plus grande qu'à l'état normal. Le plus souvent la courbe du chlore marche parallèlement avec celle du volume de l'urine, en sens inverse de la courbe du poids spécifique et de la matière colorante, qui fréquemment, après avoir suivi au commencement une direction opposée à celle de l'urée, lui est au contraire fréquemment parallèle dans la convalescence K
Exemples. — Chez un homme atteint de Pleuropneumonie aiguë le chlore diminua rapidement. 3 jours après le commencement de la maladie, il s'élevait par jour à le jour suivant à 0,3 et le lendemain il tomba presque à zéro : à partir de ce moment, l'affection diminuant et le malade reprenant son appétit, il augmenta d'une manière continue et assez régulière, jusqu'à ce qu'il eût atteint la normale {0,4 — 1,8 — 2,6 — 5,5 — 9,0). La courbe devint ensuite irrégulière et quelquefois dépassa la normale (10,7 — 13,5 — 9,7 — 11,9 — 15,9 — 10,8).
Chez un malade atteint de fièvre typhoïde la quantité du chlore devint rapidement très-petite, pendant plusieurs jours elle demeura très-près de zéro. Ensuite, à mesure que l'amélioration faisait des progrès elle s'éleva peu à peu, mais irrégulièrement, jusqu'à ce qu'elle eût atteint la normale.
Chez une femme atteinte de rhumatisme articulaire aigu avec péricardite, le chlore s'abaissa jusqu'à 1,0 pendant le sunnnum de la fièvre et s'éleva graduellement à 6,5 dans la convalescence.
Chez un jeune homme atteint d'un catarrhe bronchique aigu fébrile, il tomba rapidement à 0,8 et s'éleva ensuite dans l'espace de cinq jours à 10,0.
Chez un vieillard également atteint de catarrhe bronchique fébrile, il s'abaissa jusqu'à 1,1, mais dans la convalescence, avec une nourriture abondante, il atteignit le chiffre énorme de 20,5.
Chez un homme atteint de pleurésie exsudative, l'urine contenait à peine une trace de chlore ; celui-ci s'éleva ensuite irrégulièrement, mais sans atteindre un chilfre élevé ^3,0 — 5,2 — 4,8 — 1,6 — 4,0 — 4,9 — 4,6) .
La cause de cette diminution considérable du chlore dans toutes les maladies aiguës dépend, certainement, en très-grande partie, de la perte d'appétit et du régime maigre et peu salé des malades. D'autres excrétions contenant du chlore enlevé au sang (diarrhées et exsudations séreuses) contribuent aussi quelquefois à la production de ce résultat. Par l'action de toutes ces influences, la quantité du chlore renfermé dans le sang devient manifestement plus petite ; et comme ^ ainsi que nous le voyons chez l'homme à l'état sain, le chlore que le sang renferme en excès est éliminé par les reins principalement, il est très-facile de comprendre la diminution du chlore contenu dans l'urine.
* [Voyez Molléj Des signes précis du début de la convalescence dans les maladies aiguës. Thèses de Paris, 1870.]
[Dans la fièvre typhoïde qui guérit, les chlorures s'abaissent rarement au-dessus de 2 grammes dans les 24 heures ; on peut adopter comme moyenne de la période d'état S^STO; cette quantité monte à 78%20 pendant la défervescence et à 14 grammes pendant la convalescence. Dans les cas mortels la moyenne est plus faible, elle n'est que de 2?%50^]
La séparation du chlore par l'urine est aussi, jusqu'à un certain point, sous la dépendance de la quantité de ce liquide, et il est probable que la diminution considérable qu'éprouve l'urine dans toutes les maladies fébriles rend aussi plus petite la quantité des chlorures excrétés.
Depuis la publication des indications précédentes, qui résultent de mes nombreuses reclierchei: sur la sécrétion du chlore dans les maladies, il a paru plusieurs travaux sur ce sujet, tels que ceux de Hoivitz, de Hinkclbeine, de Molle et de A. Robin mentionnés plus haut, puis ceux de Alf. Vogel, de Moos, de Brottier de Fouil/ioux indiqués à propos de l'urée et qui traitent aussi de l'excrétion du chlore par l'urine. En général ces recherches confirment les indications précédentes et elles montrent également que ce n'est pas dans des cas particuliers, dans la pneumonie par exemple, que l'on trouve une diminution dans l'excrétion du chlore, mais que ce phénomène s'observe dans toutes les maladies appartenant à la classe mentionnée plus haut, et que par conséquent la diminution ou la disparition des chlorures dans l'urine ne peut pas, connne le veulent quelques auteurs^ servir pour établir le diagnostic différentiel d'une pneumonie, par exemple. Les résultats des expériences qui m'ont amené à conclure que cette diminution du chlore dépend surtout de l'ingestion des chlorures en quantité moins grande qu'à l'ordinaire (ainsi que des autres causes mentionnées précédemment), ont aussi été confirmés par HowUa, et Fel. Hoppe (Deutsche Klinik, 1858, n» 52).
Une exception à cette régie, qui d'ailleurs s'applique à toutes les maladies aiguës fébriles, est offerte par les fièvres intermittentes. Dans celles-ci, pendant le paroxysme, quelquefois peu de temps après et plus rarement quelques instante avant son apparition, l'excrétion du sel marin par l'urine est généralement augmentée, et souvent à un très-haut degré.
Exemples. W. K. avait une fièvre intermittente tierce. Peu de temps avant l'accès, la quantité du chlorure de sodium éliminé avec l'urine était égale à Os^,Ql, pendant l'accès elle s'éleva à 0^^62, puis elle tomba à O^^SO et dans l'apyrexie suivante à 0«^17. Pendant le deuxième accès elle s'éleva à 0«',9Z, pour tomber, dans l'apyrexie, à 02^04.
A. S. Fièvre intermittente tierce. La quantité de sel marin excrété par heure, qui était avant l'accès égale à 0,05, s'éleva pendant celui-ci à 2,3(!), puis retomba à 0,12 et revint peu à peu à la normale dans l'apyrexie.
A. C. 'Fièvre intermittente tierce. Le chlorure de sodium excrété par heure était égal peu de temps avant l'accès à 0,42, il s'éleva pendant celui-ci à 1,30, puis descendit à 0,15. Il se releva vers la fin de l'apyrexie, il atteignit cette fois un maxinunn de 0,63 peu avant le commencement de la fièvre, et ensuite il retomba à 0,08.
La même chose a aussi lieu chez les femmes. Auguste S. avait une fièvre intermittente tierce. La quantité du chlore excrété par heure était, peu avant l'accès, égal
* A. Robin, loc. cit., p. 115.