CHLORE ET SEL MARIN. 4G
à 0,15, elle s'éleva pendant celui-ci au chiffre énorme de 4,12 et, après le paroxysme, elle retomba à 0,06.
La moyenne du chlore éliminé par jour par les malades atteints de fièvre intermittente reste, il est vrai, généralement un peu au-dessous de la normale, mais elle n'éprouve pas pendant longtemps la diminution considérable que l'on observe dans d'autres affections aiguës, ce qui lient certainement à ce que dans l'apyrexie les malades dont il s'agit ont souvent bon appétit et prennent ordinairement des aliments salés. L'augmentation de la sécrétion, qui coïncide avec l'accès, est peut-être occasionnée par un accroissement de la pression du sang dans les corpuscules de Malpighi pendant la période de froid. Le sang se trouvant alors plus pauvre en chlorure de sodium, l'augmentation du sel marin dans l'urine est naturellement suivie d'une diminution.
2. Dans les maladies chroniques, la sécrétion du chlore présente de grandes variations. En général, elle éprouve une diminution qui s'accorde parfaitement avec le ralentissement de la nutrition des malades et leur alimentation moins abondante qu'à l'état normal. Dans quelques cas rares, elle est au contraire augmentée. Quelques maladies appartenant à ce groupe offrent à ce point de vue un intérêt particulier et méritent d'être examinées avec attention.
Dans le diabète insipide, outre l'augmentation du volume de l'urine et des éléments solides, on observe très-fréquemment, soit d'une marière passagère, soit pendant un long temps, un acci^oissement dans la quantité du chlore. Dans un cas de ce genre, la quantité de ce corps avait subi une augmentation considérable : un jour, elle atteignit le chiffre énorme de 29 grammes.
Chez les hydropiques, lorsque la sécrétion urinaire est partiellement supprimée, une portion du sel marin ingéré est retenue dans le corps, et passe dans les tissus avec le liquide hydropique. Quand la diurèse arrive, la quantité de l'urine ainsi que celle du chlore deviennent plus grandes et atteignent quelquefois un chiffre considérable. Ainsi un malade excréta pendant trois jours consécutifs 53 (=55 gram. NaCL- !), 28 et 21 grammes de chlore; chez un autre la sécrétion du chlore s'éleva dans l'espace de 24 heures, sous l'influence d'une décoction de digitale, de 4 grammes à 27 grammes, et le maladb n'avait pas pris la moindre trace de chlorures.
La soustraction à l'organisme d'éléments qui lui sont nécessaires constitue, pour les cas de la première série (pour le diabète), une circonstance fâcheuse, mais dans l'hydropisie, affection dans laquelle le corps renferme un excès de chlorures, l'élimination de ceux-ci exerce, au contraire, une influence favorable. En effet, tandis qu'une
certaine quantité de chlorure de sodium paraît être indispensable à l'organisme pour la production de plusieurs sécrétions, pour la métamorphose de la matière, la sécrétion du suc gastrique, de la bile, pour la formation de certains tissus (principalement des cartilages?), etc., un excès de sel marin peut avoir une action nuisible, notamment par la perturbation qu'il cause dans la formation du sang et la destruction de l'albumine ^
La détermination quantitative du chlore séparé par l'urine fournit au médecin, dans l'état actuel de nos connaissances, les renseignements suivants :
Dans toutes les maladies aiguës, une diminution constante du chlore indique un accroissement de l'affection, et une augmentation graduelle du même corps annonce que la maladie décline. Si la quantité du chlore devient trés-petite (au-dessous de 0«%5 par jour), on peut con('lure que l'affection est trés-intense, que l'appétit est tout à fait perdu et, dans certaines circonstances, que le malade a eu une diarrhée abondante ou des exsudations séreuses. Lorsque la proportion du chlore de l'urine redevient plus grande, on peut, en se basant sur la quantité de ce corps, tirer une conclusion assez exacte sur le degré de l'appétit et sur le pouvoir digestif des malades.
Dans tous ces cas, un dosage trés-approximatif du chlore est généralement suffisant et une erreur de 50 — 60 pour iOO n'a pas une grande importance, surtout lorsque l'excrétion du chlore est tréspeu abondante. .
Dans les maladies chroniques, la notion de la quantité du chlore contenu dans l'urine est importante pour le médecin, parce que, dans la plupart des cas, elle lui donne une mesure assez certaine du pouvoir digestif des malades.
La présence d'une grande quantité de chlore (6 à 10 grammes par jour) indique une bonne digestion ; une petite quantité (moins de 5 grammes) annonce un pouvoir digestif affaibli, en supposant, toutefois, que de grandes quantités de chlore n'aient pas été éliminées par d'autres voies, par exemple, par des selles aqueuses abondantes ou d'autres exsudations séreuses, ou bien que l'on n'ait pas donné avec intention aux malades des aliments trés-peu salés. Une grande augmentation dans la sécrétion du chlore (plus de 15 — 20 grammes) indique l'existence d'un diabète insipide, en admettant que la proportion du chlore normalement ingéré n'ait pas été augmentée par les aliments ou des médicaments. L'augmentation du chlore ne constitue un signe favorable que chez les hydrémiques et les hydropiques. La
^ J'ai déjà traité cette question d'une manière complète in Virchow's Handbuch der spec. Pathologie und Therajne, t. I, p. 401, ouvrage auquel je renvoie le lecteur.
considération des autres éléments de l'urine sert fréquemment pour confirmer ou pour modifier les conclusions tirées du seul examen de la quantité du chlore.
§ t30. Acide sulftirique.
G. Gruner : Die Ausscheidung der Sehwefelsaüre durch den Harn. Glessen, 1852. — Wald. Cläre : Expérimenta de excretione acidi sulfurici j^er urinam. Dorpati, 1854, — P. Sick : Vesuche über die Abhängigkeit der Schwefelsäuregehalts des Urines von der Schwefelsäurezufuhr . Inaug. Abhdlg. Tübingen, 1859.
Les méthodes usitées pour le dosage de l'acide sulfurique de l'urine sont décrites § 69. Ces deux méthodes, celle par les pesées et celle par les liqueurs titrées, domient des résultats très-exacts, lorsqu'elles sont conduites avec soin. Si l'on veut obtenir un résultat aussi rapidement que possible, on emploie la méthode volumétrique, sans faire bouillir le liquide, parce qu'alors l'opération est généralement trop longue pour le médecin. Mais, dans ce cas, le résultat est moins exact, et l'erreur peut s'élever jusqu'à 10 p. 100. On arrive encore plus rapidement au but au moyen de déterminations approximatives, qui, sans doute,, n'indiquent pas exactement la quantité de l'acide sulfurique contenu dans l'urine, mais qui apprennent seulement si la proportion de ce corps dépasse un certain chiffre ou lui est inférieur, et qui sont cependant suffisantes pour la plupart des recherches médicales. Un exemple fera comprendre le principe de la méthode et la manière de procéder.
Supposons que le médecin désire savoir si l'élimination de l'acide sulfurique par l'urine est chez un malade beaucoup augmentée ou diminuée. La quantité moyenne de l'acide sulfurique excrété par jour avec l'urine est chez l'homme sain égale à 2 grammes environ. Le malade, dont on veut essayer l'urine, a émis en 24 heures 2000 c. c. de ce liquide. Si cette urine contenait la quantité normale de 2 grammes, 100 c. c, que l'on emploie pour l'essai, renfermeraient Ofe'%10 Sü^. Maintenant on ajoute à ces 100 c. c, préalablement acidifiés, une quantité de chlorure de baryum égale à celle qui est nécessaire pour précipiter 0s%05 SO^ et l'on filtre. Si le liquide filtré n'est pas troublé par le chlorure de baryum, cela indique que le malade a séparé en 24 heures moins de l»"" Sü^, par conséquent l'excrétion de l'acide sulfurique est chez lui beaucoup diminuée. Mais si, dans le liquide filtré, le chlorure de baryum produit encore un trouble, on ajoute une nouvelle quantité de BaCl correspondant à 0s'",05 SO^. Mais si Ba Cl trouble encore le liquide filtré, la quantité de l'acide sulfurique est plus grande que la normale. Ces déterminations approximatives, qui sont tout à fait suffisantes dans beaucoup de circonstances pour le médecin praticien, peuvent être effectuées en quelques minutes, et, dans une clinique, au lit du malade. Dans les cas où une détermination plus exacte est nécessaire, il est même avantageux d'employer d'abord ce procédé comme expérience préparatoire à une recherche plus minutieuse.
La quantité moyenne de l'acide sulfurique éliminée par l'urine chez l'homme à Vétat sain a été déterminée avec assez d'exactitude dans des lieux différents par divers observateurs. Ainsi, Gruner, expéri-
mentant sur sept hommes jeunes, habitant Glessen, a trouvé 2g^094 comme moyenne de l'acide sulfurique excrété par jour; celle de ces sept personnes , dont l'excrétion était la plus faible , éliminait en moyenne ls%509, et la moyenne de celle qui en séparait le plus était 26%485 ; un calcul effectué à l'aide de ces données donne les résultats suivants pour iOO kilogrammes de poids du corps : moyenne 5,19; minimum 2,04 ; maximum 3,75 ; et pour 100 centimètres de la longueur du corps : moyenne 1,18; minimum 0,85; maximum 1,55. — Clare a trouvé chez un jeune homme habitant Dorpat : moyenne de quinze jours 2,288; minimum 1,858 ; maximum 2,975. Neubauer, expérimentant avec deux hommes de Wiesbaden, a trouvé : chez l'un, moyenne par jour (de 17 jours) 2,48; minimum 1,90; maximum 5,21 ; chez l'autre : moyenne par jour (de 22 jours) 2,27; minimum 1,70; maximum 5,20. Sick a trouvé chez lui-même, comme moyenne, 2s%46; Wiedner, 2s%l. Il résulte de là que la quantité moyenne de l'acide sulfurique éliminé par jour avec l'urine chez des hommes sains et se nourrissant bien, varie entre ls%50 et 2g%50. Gruner et moi avons aussi effectué des recherches directes sur la quantité d'acide sulfurique excrété par heure chez des hommes sains, et sur les variations qu'elle éprouve. Il résulte de ces recherches que la moyenne générale (par heure) s'élève à environ 0s'',090, que la moyenne de l'après-midi est de 0s%108, celle de la nuit de Os%070, et enfin celle de la matinée de 0s%065. Par conséquent, on peut établir la loi générale suivante : l'excrétion de l'acide sulfurique atteint son maximum quelques heures après le repas principal, puis elle diminue constamment jusqu'au repas correspondant du lendemain, après lequel elle recommence à augmenter. Mais chez des individus différents, la séparation de l'acide sulfurique introduit dans le corps par les aliments a lieu avec une énergie et une rapidité plus ou moins grandes , de telle sorte que la courbe de l'acide sulfurique est plus ou moins irrégulière. Les différences dans la quantité de l'acide sulfurique excrété par heure chez le même individu sont très-considérables; ainsi, une personne éliminait en une heure un maximum de 0s%165 d'acide sulfurique, et une autre fois elle en sécréta si peu dans l'espace de deux heures, que la quantité ne put pas être déterminée, elle était par conséquent tout au plus égale à 1 ou 2 milligrammes. Chez une autre personne le maximum par heure s'éleva à 0^%517, et immédiatement après la quantité émise dans le même temps était égale à O^^OIO.
Il existe aussi un assez grand nombre de recherches sur les causes qui chez l'homme à l'état sain donnent lieu à une augmentation ou à une diminution de l'àcide sulfurique excrété.
Il résulte des indications données précédemment sur la quantité de
l'acide sulfurique sécrété par heure, que cette quantité dépend essentiellement de la proportion de l'acide sulfurique qui est introduit dans le corps avec les aliments , ou des combinaisons sulfurées qui , dans l'organisme, peuvent être transformées en acide sulfurique. Mais de nombreuses expériences ont démontré que les composés introduits dans le corps d'une autre manière, par exemple sous forme de médicaments, donnent aussi lieu à une augmentation de l'acide sulfurique. On peut résumer dans les propositions suivantes tout ce que nous ont appris les recherches effectuées jusqu'à ce jour sur ce sujet :
1. L'excrétion de l'acide sulfurique est augmentée par l'ingestion de ce corps, des sulfates et des autres combinaisons sulfurées, dont le soufre peut être dans l'organisme transformé en acide sulfurique.
Exetnples. Chez un malade de ma clinique, qui à cause d'une hémoptysie prit pendant longtemps de l'acide sulfurique, la quantité de ce corps excrétée par jour s'éleva de 1,2 à 3,0 et même 3,28.
Dans les empoisonnements par l'acide sulfurique, la richesse de l'urine en acide sulfurique se trouve beaucoup augmentée dans les premières 24 heures [Mannkopff).
Dans plusieurs expériences la sécrétion par heure de l'acide sulfurique devint " beaucoup plus abondante à la suite de l'ingestion de sulfate de soude. Ainsi, dans une expérience, elle s'éleva de 0,04&à 0,122 — 0,176 — 0,145 — 0,220; dans une autre, de 0,041 à 0,158 — 0,122 — 0,164. L'augmentation de l'acide sulfurique se maintint pendant un temps plus ou moins long, c'est-à-dire que Tacide ingéré était éliminé du corps avec une rapidité variable avec les différents cas [Grimer).
Suivant Krause S l'acide sulfurique de l'urine est augmenté "par l'usage interne du soufre, et il en est de même d'après les expériences de Boecker et de Clare, après l'ingestion de fortes doses de soufre doré d'antimoine.
Il résulte des expériences de Sick que lorsque du sulfate de soude est administré à petites doses il est complètement résorbé et ensuite éliminé par l'urine, mais que, lorsque ce sel est pris à haute dose, une partie seulement est séparée par les reins; — c'est précisément ce qui se produirait sous l'influence de l'action purgative de fortes doses de sel de Glauber.
C. Gaethgens [Centralbl. f. d. nicdic. Wissemch, 1872, p. 833) a aussi trouvé chez des chiens l'acide sulfuri(iue beaucoup augmenté dans l'urine à la suite d'injections de SO^ étendu dans l'estomac (2,7 à 7,1).
2. L'excrétion de l'acide sulfurique est augmentée d'une manière notable par l'usage d'une nourriture riche en viande; ce fait tient probablement à ce que le soufre combiné avec les substances protéiques de la viande est séparé pendant la digestion, puis transformé peu à peu dans le sang en acide sulfurique , et sous cette forme éliminé avec l'urine. Cette augmentation de l'acide sulfurique dans l'urine, produite par l'usage de la viande, apparaît tantôt rapidement, peu d'heures après le repas, tantôt seulement au bout d'un long temps, au bout de 12 — 24 heures, différence qui est due probablement à ce que la digestion ne se fait pas toujours avec la même rapidité. Au
* A. Krause, Üe transiiu sulfuris in urinam. Dorpati, 1855.
474 ALTÉRATIONS QUANTITATIVES. g 150
contraire, lorsque les aliments végétaux prédominent, la sécrétion de l'acide sulfurique devient moins abondante.
Exemjjles. Une personne, qui le soir avait fait un repas très-copieux composé principalement de viande, élimina par heure de minuit à 9 heures du matin O^^SO d'acide sulfurique au lieu de Os% IO ; et, dans les 24 heures suivantes, la quantité de cet acide, qui était en moyenne par jour de 2g',02, s'éleva au chiffre énorme de 78^,5.
Plusieurs personnes dont j'ai étudié la nutrition éliminaient constamment plus d'acide sulfurique après avoir mangé de la viande au repas du soir que lorsqu'elles ne prenaient que du beurre, du pain, du riz, etc.
Les expériences que Clare a faites sur lui-même sont très-instructives. Pendant trois jours il se mit à l'usage exclusif de la viande, et il élimina pendant ce temps les quantités suivantes d'acide sulfurique: l®''jour 2s'",094 ; 2"« jour5?%150; S""* jour 5e',868. Il prit ensuite pendant 2 jours une nourriture ordinaire et il excréta le 1" jour o8'",592, le 2""* jour 2s^2G2 80^. Pendant les trois jours suivants, durant lesquels il ne vécut que d'aliments végétaux, l'acide sulfurique s'éleva le l^'' jour à 2e'", 262, le 2"^ à l8^594, le 5™^ à 1,022; les deux jours suivants, avec une nourriture ordinaire, il élimina ls%979 et 2«', 859 SO^. On voit aisément que dans ce cas l'augmentation de l'acide sulfurique occasionnée par la nourriture animale ne se faisait sentir que le deuxième jour, mais qu'en revanche elle se continuait pendant le premier jour du régime ordinaire ; on voit aussi que la diminution produite par l'alimentation végétale n'apparaissait que le deuxième jour, mais existait encore durant le premier jour du régime ordinaire. Par conséquent, l'influence de l'alimentation se faisait sentir plus tard que dans les cas observés par moi, probablement à cause d'une disposition individuelle, et c'est pour cela qu'une expérience dans laquelle Clare prit pendant plusieurs jours consécutifs tantôt de la viande, tantôt des aliments végétaux, ne donna pas de résultats positifs.
5. La quantité de l'acide sulfurique excrété avec l'urine dépendelle toujours et seulement de la quantité ingérée, ou bien (comme on l'a déjà montré pour le chlorure de sodium) rencontre-t-on des cas dans lesquels l'excrétion de cette substance est augmentée ou diminuée par d'autres influences? L'organisme abandonne-t-il, par exemple, une portion du soufre ou de l'acide sulfurique qui fait partie de ses éléments normaux et devienl-il ainsi plus pauvre en substances sulfurées, ou bien, au contraire, une certaine quantité de l'acide sulforique ingéré est-elle dans certaines circonstances retenue dans le corps et vient-elle augmenter la richesse de celui-ci en combinaisons sulfiiriques? Jusqu'à présent ces questions n'ont pu encore être résolues d'tme manière satisfaisante. Gruner et Clm^e ont essayé de déterminer par des expériences si le repos ou les exercices violents exercent une influence sur la sécrétion de l'acide sulfurique, mais ils n'ont obtenu aucun résultat précis. Une abondante ingestion d'eau, qui augmente notablement la séparation de l'urée et du sel marin, n'eut aucune influence marquée sur la sécrétion de l'acide sulfurique. Cependant, nous ne sommes pas autorisés, d'après ces expériences, à conclure que l'excrétion de l'acide sulfurique n'obéit pas à ces influences ; l'action de celles-ci peut être très-faible, ou bien dans les
expériences en question elle peut avoir été contrebalancée par des forces opposées. Cette circonstance (mentionnée précédemment), que les sulfates ingérés, ou le soufre renfermé dans la viande sont éliminés avec une rapidité qui varie avec les différentes personnes, rend extrêmement probable que ce sont d'autres conditions inhérentes à l'organisme lui-même, qui règlent l'excrétion de l'acide sulfurique et que ces forces, aussi bien chez des individus différents que chez la même personne, varient avec les circonstances elles-mêmes. De même, le fait bien connu, que les sulfates pris pendant longtemps à doses digestives, exercent une action débilitante manifeste, est, à mes yeux, une preuve que, dans certaines circonstances, une quantité d'acide sul furique plus grande que la normale peut être retenue dans l'organisme. Pour obtenir une réponse satisfaisante à ces questions, il est nécessaire de déterminer exactement la quantité du soufre ou de l'acide *sulfurique que renferment le sang et les autres parties du corps dans des conditions différentes, ou bien de doser avec précision et l'acide sulfurique ingéré et celui qui est excrété. Mais il est si difficile de satisfaire à ces deux indications que ces questions seront probablement encore longtemps sans obtenir de solution.
J'ai fait un assez grand nombre d'expériences sur l'excrétion de l'acide sulfurique dans les maladies; mais, jusqu'à présent, je n'ai pas obtenu de résultats dignes d'être remarqués. Dans la plupart des affections fébriles aiguës, j'ai trouvé l'acide sulfurique beaucoup diminué; cette diminution tient, sans doute, à ce que les malades ont une alimentation peu abondante et presque exclusivement végétale.
Exemples. Un homme atteint de diphtérie buccale avec fièvre intense n'éliminait en "24 heures que 0s^5 d'acide sulfurique. Une personne ayant une fièvre catarrhale, 0,29 et 0,58. Une autre atteinte de pleurésie, 0?',65. Cependant une exception a été offerte par trois malades atteints de pneumonie intense : chez eux l'acide sulfurique était ou bien peu diminué, ou bien beaucoup augmenté. L'un d'eux, qui avait été traité par la digitale à haute dose, élimina 2,4 — 3,1 — 2,9 — 5,7 — 4,3 — 1,8 — 1,1 — 1,6 — 2,7. Des deux autres, chez qui ta pneumonie se termina rapidement par la mort, l'un excréta 2s'",9 — ls'',4, et l'autre, le jour de la mort, 4g'",4.
Une jeune fille atteinte de fièvre rhumatismale aiguë élimina, au summum de la maladie, 0s%8, Dans un cas d'érysipèle de la face la quantité excrétée fut égale à 0g%48.
[Dans les premières phases de la fièvre typhoïde les sulfates augmentent un peu, pendant la défervescence et la convalescence ils tendent à s'abaisser au-dessous de la normale {A. Robin, loc. cit., p. 125).]
Chez des personnes atteintes de maladies chroniques, la quantité de l'acide sulfurique sécrété était, dans certains cas, trés-petite, dans d'autres, un peu plus grande, mais généralement beaucoup au-dessous de la normale. Dans les hydropisies, où, au moment de la diurèse,
l'excrétion du chlore devient si considérable, l'acide sulfurique reste en général au-dessous de la normale. Dans les maladies chroniques, j'ai trouvé l'acide sulfurique augmenté presque uniquement après l'emploi de ce corps ou des sulfates ; chez les diabétiques qui font usage d'une nourriture animale très-abondante, on observe aussi cette augmentation.
Exemples. Un ictérique éliminait d'acide sulfurique; une personne souffrant d'un rhumatisme de la nuque 1,11 ; un autre ayant un emphysème pulmonaire 1,2. Une malade atteinte d'aménorrhée, 0,5. Une jeune fille atteinte de leucorrhée, 0,7. Une malad« sou Trant habituellement de ménorrhagie 0,97 — 1,1. Un hydropique, qui pendant la dinrèse éliminait en 24 heures par son urine 55 gram, de chlore, excréta dans le même temps seulement 1 grara. d'acide sulfurique, et le jour suivant, alors qu'il séparait 28 gram, de chlore, il n'en élimina que (Js^b. Un malade qui prenait de l'acide sulfurique excréta en 24 heures plus de 3 gram, de ce corps ; un autre malade affecté de diabète insipide en élimina jusqu'à
D'après Bence-Jones, les sulfates de l'urine sont beaucoup augmentés dans les maladies où le système musculaire est surtout affecté, dans la chorée, par exemple, et lien est de même dans les affections du cerveau, que celles-ci soient fonctionnelles, comme le délire, ou matérielles comme l'encéphalite. Heller affirme le même fait relativement aux maladies inflammatoires, tandis que d'après lui dans la chlorose, les névroses, les affections chroniques des reins et de la moelle épinière l'acide sulfurique serait diminué. Cependant les méthodes dont se sont servis ces deux expérimentateurs ne peuvent pas convenir pour arriver à la solution de ces questions difficiles. Quelques observations faites par Lehmann et Gruner ne semblent pas favorables à leur manière de voir. Mes propres observations dans ces maladies ne sont pas assez nombreuses pour que je puisse en tirer une conclusion pour ou contre; les trois cas de pneumonie cités précédemment semblent, du reste, indiquer que l'acide sulfurique augmente dans plusieurs maladies inflammatoires.
Dans l'état actuel de nos connaissances, le médecin peut, d'une augmentation ou d'une diminution de l'acide sulfurique dans l'urine, tirer les conclusions suivantes :
1. Une diminution considérable de l'acide sulfurique indique que le malade a pris très-peu de nourriture, ou bien qu'il n'a mangé que des aliments végétaux.
2. Une excrétion habituellement considérable d'acide sulfurique avec un excès d'urée, indique que la personne en question fait surtout usage d'une alimentation animale. Une augmentation temporaire dénote une ingestion soit de soufre, d'acide sulfurique et de sulfates, soit de grandes quantités de viande.
3. C'est seulement dans les affections fébriles aiguës, pendant lesquelles les malades prennent peu ou point de nourriture, que l'on est autorisé à conclure que l'augmentation de la quantité de l'acide sulfurique sécrété dépend d'une décomposition anormale des éléments sulfurés du corps.
§ 151 AGIDE PHOSPHORIQUE. 477
§ 131. Acide phosphorique.
A. Winter : Beiträge zur Kenntniss der Urinabsonderung bei Gesunden. Giessen, 1852. — F. Mosler : Beiträge zur Kenntniss der Urinabsonderung . Giessen, 1853. — W. Brattier : Ein Beitrag zur Urologie. Municli, li^58. — H. Krabbe : Ueber die Mengeder Phosiihorsäure im Harn, etc., Virchoiv's Archiv, 1857, XI, p. 438. — H. von Haxthausen : Acidum phosphoricum urinœ et excrementorum, Diss. inaug. Halle, 18G0. — E. ßisclioff. Die Ausscheidung des Phosphosräure im Thierkörper. — A. Rieseil, Ueber die Phosphosräure Ausscheidung im Harn bei Einnahme von Kohlensauren Kalk {Hoppe- Segler, Med. ehem. Untersuchungen. Hei't, 3, 1868). — L.-J. Teissier. Du diabète phosphatique. Paris, 1877.
Le meilleur procédé pour le dosage voluraétrique de l'acide phospliorique contenu dans l'urine, a été décrit dans le § 67.
Autrefois on se servait dans ce but, à la place de l'oxyde d'uranium, du perchlorure de fer, qui donne des résultats beaucoup moins exacts. Les recherches mentionnées plus haut et dans les pages suivantes ont pour la plupart été effectuées à l'aide du perchlorure de fer. Cependant leurs résultats s'accordent suffisaramjnt avec ceux obtenus par H, v. Haxthausen, qui dans ses expériences s'est servi de l'oxyde d'uranium.
[Le dosage approximatif de Vacide j^hosphorique peut être effectué avec une exactitude suffisante pour les besoins journaliers de la clinique, à l'aide de la méthode suivante indiquée récemment par J. Teissier * :
Si l'urine n'est pas acide, on y verse d'abord quelques gouttes d'acide nitrique et on la fait bouillir, afin de dissoudre les phosphates qui pourraient être précipités. Dans une éprouvette divisée par cent. cub. on verse 50 c. c. de l'urine à essayer et l'on sature le liquide avec une solution de sulfate de magnésie ammoniacale (eau distillée 4 parties, sulfate de magnésie cristallisé 1 p., sel ammoniac pur 1 p., ammoniaque 4p.). Tout Tacide phosphorique est ainsi précipité sous forme de phosphate ammoniaco-magnésicn On attend 24 heures et on note ensuite, quand le précipité est bien tassé, la hauteur de ce précipité. 1 c. c. de ce précipité correspond à peu près à 0?'^,50 d'acide phosphorique par litre, ce qui représente en moyenne de 0s%60 à O^'', 70 de phosphates. 11 suffit ensuite de connaître la quantité d'urine émise en 24 heures par le malade pour savoir approximativement la proportion de l'acide phosphorique ou des phosphates qu'il élimine en un jour.]
De très-nombreuses recherches ont été faites chez l'homme en santé, relativement à la quantité de l'acide phosphorique excrété par jour et par heure. Breed a trouvé comme moyenne de 24 heures, chez 4 individus 3s%7; Winter a trouvé chez une personne 3^%?, chez une autre 48%2, chez une troisième ö^S^, et chez une même personne, considérée dans deux moments différents, 2er,4 et o?%7; Neubauer trouva chez un individu 3ë%l, chez un autre lg%6; Aubert ^s^S; V. Haxthausen, dans un grand nombre d'observations sur sa propre urine, de 38%11 à 3s%58 ; Riesell 2g%7 à 2g%9; Bouchard 3g%25; Yvon 1 à 5 gram.; J. Teissier 2 à o grammes. Il résulle de là que l'on peut considérer comme égale à 58%5 environ, la moyenne de l'a-
Du diabète phosphatique, p. 153.
cide phosphoriqiie, excrété en 24 heures par un homme adulte; cependant, il est à remarquer que la moyenne individuelle peut- s'éloigner beaucoup de cette moyenne générale. La quantité moyenne par heure est, par conséquent, d'environ 0^%15. Winter a calculé l'acide phosphorique relativement au poids et à la longueur du corps, et il a trouvé qu'il est éliminé en moyenne, par heure, 0ss27 pour 100 kilogr. et 08%1 pour 100 centimètres.
Chez un même individu, en état de santé, on observe par jour et par heure des variations très-grandes. Ainsi, Neubauer a trouvé chez un individu: maximum par jour ^^^IG, minimum ls'',21 ; chez un autre : maximum 4!s%88, minimum 2s'',4!4; Mosler : maximum 4s%86, minimum 2s%40, etc. Des différences encore plus grandes se produisent lorsqu'on compare entre elles les quantités excrétées par heure. J'ai trouvé dans une longue série d'observations sur le même individu : maximum par heure 0=%216, minimum 0^^095; ces deux extrêmes se rencontrèrent le même jour, et les observations furent continuées pendant 10 jours.
Il résulte des observations parfaitement concordantes, faites par Winter, Mosler, Haxthausen et par moi, que l'excrétion par heure de l'acide phosphorique suit une marche très-régulière et tout à fait semblable chez tous les individus examinés par nous. Elle commence à augmenter dans l'après-midi (après le repas principal), elle atteint son maximum le soir, elle diminue pendant la nuit et arrive à son minimum dans la matinée.
Le tableau suivant montre les variations observées pendant le jour chez quatre individus :
Après-midi. Nuit. Matinée.
Chez A 0,18 0,20 0,13
Ce tableau est en outre très-instructif, parce qu'il renferme un exemple des modifications qui peuvent être apportées à une règle générale par les dispositions particulières d'individus différents. C'est dans le cas de B, que la courbe est le plus marquée, la différence entre l'après-midi et la matinée étant la plus grande. Ici une grande partie de l'acide phosphorique pris avec les aliments est rapidement éliminée, le point le plus élevé de la courbe coïncide encore avec l'après-midi. Chez C l'excrétion a lieu plus lentement, et le summum de la courbe se trouve dans les heures de la soirée. Chez D l'élimination est encore plus lente (peut-être à cause d'une digestion moins rapide), et le summum de la courbe correspond aux heures de la nuit, bien que D prenne son repas principal à la même heure que A, B et C, à une heure de l'après-midi.
Voici tous les renseignements recueillis jusqu'à présent sur les causes qui influent sur l'augmentation ou la diminution de l'acide phosphorique de l'urine :