‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource]Chapitre 176 sur 185 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

Par jour. Par heure. Par jour. Par heure.

Moyenne 1,152 0,048 0,590 0,015

Maximum 1,800 0 075 0,660 0,027

Minimum 0,370 0,015 0,170 0,007

Chez d'autres individus en bonne santé, la moyenne par heure était de 0,015 à 0,019.

Hegar a trouvé, pour l'acide phosphorique combiné aux terres, l^Sol comme moyenne d'une observation de huit jours; six mois plus tard la moyenne de quatre jours était de 0«%902.

Neubauer a obtenu, comme résultat de trés-nombreuses recherches, les valeurs suivantes qui, eu égard au grand nombre des observations (52) et à l'exactitude des méthodes employées , sont dignes de toute confiance.

La moyenne des phosphates terreux qu'un homme adulte à l'état sain élimine en vingt-quatre heures avec son urine, varie de 0s%941

g 152 CHAUX. MAGNÉSIE. 485

à ls'',012 ; le maximum était en moyenne de lg%lo8 à lg%265 (chiffre le plus élevé, lg%554), et le minimum de 0s%80 (chiffre le plus petit, 0g%528).

La quantité du phosphate de chaux excrété par jour s'élevait en moyenne à 0s%51 — 08%57. Maxhnum en moyenne 08%59 — 0g%52 (chiffre le plus élevé, 0s%616) ; minimum, 0s%25 (chiffre le plus petit,

C. Bödeker {Zeitschrift für ration. Medicin., 1861, p. 104) trouva que la quantité de la chaux éliminée par jour avec l'urine chez neuf jeunes gens, variait entre O^S'i et 0s%6. La moyenne était de 0^%52

Le phosphate de magnésie s'éleva en moyenne à 0,64, maximum moyen 0,77 (chiffre le plus élevé 0,938) ; minimum moyen 0,5 (chiffre le plus petit 0,178).

Par conséquent, 3 équivalents de phosphate de magnésie sont en moyenne éliminés pour 1 équivalent de phosphate de chaux, ou hien dans 100 parties des phosphates de l'urine, il y a 35 parties de phosphate de chaux et 67 parties de phosphate de magnésie.

D'après les expériences de J^euhauer, les sels de chaux ingérés ne passent pas dans l'urine (ou seulement en trés-petite quantité). Au contraire W. Roberts a trouvé que peu de temps après le repas les phosphates terreux de l'urine étaient beaucoup augmentés (la quantité en était presque doublée).

Il résulte des expériences de A. Riesell qu'après une ingestion abondante de carbonate de chaux, l'urine contient une plus grande quantité de phosphates terreux et en même temps la proportion de ceux-ci est au£:mentée par rapport à celle de l'acide phosphorique combiné aux alcalis. Il a trouvé à l'état normal que de la quantité totale de l'acide phosphorique contenu dans l'urine à 2s%9 en

24 heures), 2/3 environ étaient combinés aux alcalis et 1/5 aux terres. Après l'ingestion de craie, la proportion devint à peu près égale (1/2: 1/2) dans les deux pre- * miers jours en même temps que diminua dans l'urine la quantité totale de l'acide phosphorique et U^e en 24 heures; l'excès de l'acide phosphorique était

éliminé par les fèces). Dans les deux jours suivants, pendant lesquels la teneur en acide phosphorique de l'urine s'était relevée (2s%5 en 24 heures), la proportion s'était renversée de telle sorte qu'environ 2/5 de l'acide phosphorique éliminé par l'urine étaient combinés aux terres et 1/3 seulement aux alcalis. Dans ces deux derniers jours, l'urine contenait aussi un sédiment de phosphate de chaux, qui avait pris naissance à l'intérieur des voies urinaires.

[Jolly, cité par Teissier {Du diabète phosphatique, p. 138), a remarqué que l'ingestion de 2 grammes de bicarbonate de soude augmentait beaucoup le chiffre de ses phosphates terreux].

Dans les maladies la quantité absolue des phosphates terreux, ainsi que la proportion du phosphate de chaux par rapport à celle du phosphate de magnésie, paraissent différer beaucoup de la normale indiquée précédemment. Ainsi, il est généralement admis que l'excrétion des phosphates terreux par l'urine (notamment celle du phos-

486 ALTÉRATIONS QUANTITATIVES. g 132

phate de chaux) est augmentée dans certaines maladies des os (ostéomalacie, rachitisme, etc.). Il est à désirer que de nouvelles recherches faites avec soin viennent jeter une vive lumière sur ce phénomène, qui intéresse non-seulement la pathologie mais encore la thérapeutique. Mais il ne faut pas oublier que ces recherches doivent donner des renseignements sur la métamorphose de la totalité des phosphates terreux contenus dans l'organisme, et que par conséquent on doit s'occuper aussi bien des phosphates terreux renfermés dans les excréments que de ceux éliminés par l'urine.

Une augmentation des phosphates terreux dans l'urine, du phosphate de chaux notamment, offre de l'importance pour le médecin lorsqu'elle donne lieu à la formation d'un sédiment à l'intérieur des voies urinaires, lequel peut être le point de départ de graviers ou de calculs urinaires. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet (voy.g 155) à propos des calculs de phosphate de chaux.

[J. Teissier^ a décrit récerniiieiit, sous le nom de diabète phosjjhalique, un état morbide se traduisant par de la polyurie et une augmentation, parfois considérable, dans l'élimination des phosphates; les malades observés par lui présentaient les principaux symptômes du diabète sucré (polyurie, polydipsie, névralgies, douleurs rhumatoïdes, troubles de la vue, etc.), et leur urine franchement acide et ne contenant pas de traces de sucre, n'offrait comme principale modification dans sa constitution qu'une richesse exagérée en sels phosphatiques ^.

Tous les faits observés par Teissier n'ayant pas suivi une évolution analogue, il a été conduit à les classer en quatre catégories distinctes , suivant le symptôme dominant. Ainsi, la première comprend des cas de polyurie phosphatique avec troubles fonctionnels du système nerveux très-prononcés ; une seconde se rapporte à des faits accompagnés ou terminés par des lésions pulmonaires; dans la troisième se rangent des phosphaturies diabétiques, marchant de pair ou alternant avec la glucoserie ; enfin dans la quatrième se trouvent des faits caractérisés surtout par la similitude de leur marche avec le diabète sucré, sans qu'on ait pu constater la présence du sucre dans l'urine. Les faits de la première catégorie ne doivent pas être considérés comme des maladies profondes et constitutionnelles, ce sont des névroses se manifestant surtout par de la polyurie et une élimination exagérée des phosphates. Ils sont ordinairement curables ; mais il n'en est pas de même des faits des trois autres catégories ; c'est à eux surtout que s'applique la dénomination de diabète phosphatique, en raison des altérations constitutionnelles qui les accompagnent et de leur marche consomptive.

Dans le traitement de la Phosphaturie diabétique, il y a deux grandes indications à remplir : 1° assurer l'assimilation des phosphates en régularisant les fonctions nutritives et employer pour cela la noix vomique, le café, l'arsenic, l'huile de foie de morue, les toniques, la teinture de phosphore ; 2° suppléer aux pertes journalières par l'administration de prépôi'ations phosphatées.]

* Loc. cit.

* [Dans les observations recueiUies par Teissier, les phosphates terreux ont varié le plus habituellement entre 12, 15 et 20 grammes par 24 heures; dans quelques faits plus rares, réhmination a atteint jusqu'à 20 et 30 grammes. Dans les observations où le chiflVe de rexcrétion de l'acide phosplioiique a été seul évalué, ce sont les proportions de 7 grammes à 10 gr, 50 qui ont été généralement notées.]

§ 135 POTASSE. CREATININE. LEUCINE, ETC. 487

Les éléments de l'urine dont il a été question dans les paragraphes précédents sont ceux dont le dosage offre quant à présent un intérêt particulier pour le médecin, parce qu'ils fournissent la plupart des points d'appui à l'aide desquels on peut se rendre compte de la marche de la métamorphose organique et que d'ailleurs les méthodes usitées pour leur analyse quantitative sont relativement simples.

Cependant il est intéressant dans certains cas de déterminer aussi la quantité de quelques autres éléments normaux ou anormaux de Turine, dont nous allons nous occuper dans le paragraphe suivant.

g 133. Potasse. Créatinine. Leucinc et tyrosine. Allantoïne. Acide lactique. Acide oxyformobenzoylique. Acide carbonique.

La détermination quantitative de la potasse éliminée par l'urine s'effectue d'après les méthodes connues (voy. g§ 78 et 79). Dans quelques cas elle peut offrir de l'intérêt pour le médecin, parce que une diminution et surtout une augmentation de cette substance dans l'organisme sont regardées par plusieurs auteurs comme la cause de troubles morbides. Pour apprécier la valeur des résultats obtenus lors du dosage de ce corps on peut se baser sur les indications de Weidener. Ce dernier éliminait en 24 heures avec son urine 3s%91 de potasse (maximum 58%9, minimum 2 grammes). Il a trouvé comme rapport entre la potasse et la soude contenues dans l'urine 1 : 1,55.

Créatinine. Relativement aux propriétés de la créatinine, voyez § 3, et pour son dosage dans l'urine g 74.

La quantité de créatinine éliminée par jour avec l'urine est en moyenne de 1 gramme à peu près chez les hommes.

Neuhàuer [Annal, d. Chem. u. Pharm., t. CXIX, p. 27) a trouvé dans sa propre urine de 0^^6 à en moyenne 1 gramme de créatinine. Chez différents autres hommes adultes, il a obtenu des résultats analogues {i)s^,S à Oe^O par jour). Dix observations faites chez deux hommes ont dor.ié à Loebe un nombre moyen à peu près semblable : 0^%859 par jour [Journ. f. prakt. Chemie, 1860, p. 170). K.-B. Hofmann (Yirchow's Archiv, 1869, t. XLYIII, p. 358) a trouvé dans vingt-sept ob.'îervations effectuées sur lui-même une moyenne par jour de Oe^OSl (minimum 0,519 ; maximum 0,810). Chez d'autres personnes, le même expérimentateur a trouvé un peu plus: en moyenne 0e'-,99 par jour. L'urine des nourrissons ne contenait pas de créatinine. Les femmes éliminaient un peu moins que les hommes. La moyenne par jour (de sept déterminations) était de O^^ôô chez les femmes.

La créatinine de l'urine provient de la créatine des muscles, qui avant de sortir du corps est transformée en créatinine (probablement dans les reins). La substance musculaire de la chair ingérée, ainsi que les muscles du corps lui-même, prennent part à cette transformation, lorsqu'ils éprouvent une métamorphose sous l'influence du

phénomène de la nutrition. Une augmentation de l'activité des muscles, qui n'est pas liée à une transformation chimique de leur substance, n'a cependant pas pour conséquence une augmentation dans l'excrétion de la créatinine, comme cela a été démontré par iVawroc/ci^ Voit^ et Meissner ^.

Hofmann a trouvé que la quantité de la créatinine de l'urine était diminuée par l'abstinence. Elle était beaucoup augmentée par l'usage de la viande, même chez les enfants, qui autrement n'éliminent que peu ou pas de créatinine. L'activité corporelle n'exerçait, au contraire, aucune influence sur la quantité de la créatinine excrétée.

On doit se baser sur les indications précédentes pour apprécier, dans les cas pathologiques^ la valeur d'une diminution ou d'une augmentation de la créatinine excrétée par l'urine. Les expériences effectuées jusqu'à ce jour ont donné les résultats suivants : Münk a trouvé la créatinine augmentée dans l'urine dans les maladies aiguës, comme la pneumonie, la période d'augment de la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, — elle était an contraire diminuée dans la convalescence des maladies aiguës. Hofmann est arrivé aux résultats suivants : les affections purement locales étaient sans influence, les maladies fébriles produisaient une augmentation (aux dépens de la substance musculaire du corps) ; les maladies accompagnées de nutrition incomplète étaient suivies d'une diminution. Dans la dégénérescence avancée des reins la teneur en créatinine de l'urine diminuait même avec une nourriture animale abondante (probablement parce que les reins ne pouvaient pas transformer en créatinine la créatine contenue dans le sang). H. Senator (Ueber die Beschaffenheit des Harnes im Tetanus; Virchow's Archiv, t. XLVÏII) a trouvé beaucoup augmentée la teneur en créatinine de l'urine dans deux cas de tétanos — maladie dans laquelle il y a cependant une activité musculaire excessive. Ce fait, qui semble paradoxal en présence des opinions autrefois dominantes, trouve son explication dans les expériences de Foiï, etc., mentionnées précédemment.

Les recherches futures décideront si, comme on doit le présumer, il se produit une augmentation de l'excrétion de la créatinine dans la trichinose.

La leucine (voy. g 5G) et la tyrosine (voy. 27, 48 et page ^O^) se rencontrent le plus souvent ensemble. Ce sont des produits de la décomposition des substances riches en azote ; aussi se trouvent-elles souvent dans des portions de cadavres qui ont été conservées pendant longtemps dans l'alcool, et alors la tyrosine, insoluble dans l'alcool,

^ Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1866, p. 625.

" Zeitschr. f. Biologie, t. IV, p. lU.

' Zeitschr. f. ration. Medic, 1868, t. XXXI, p. 254.

se présente sous forme d'un dépôt blanc. Lorsque la métamorphose organique suit une marche normale, il ne se forme dans le corps que de très-petites quantités de ces substances, mais il s'en produit de grandes quantités lorsqu'il survient quelque part une décomposition putride anormale (gangrène, etc.). Dans ces cas elles peuvent aussi passer dans l'urine, et leur signification pour le médecin repose précisément sur ce fait que de leur présence en grande quantité dans l'urine on peut conclure que l'organisme est le siège de ces décompositions anormales. En outre, elle remplace l'urée qui se trouve en moins grande quantité ou qui même fait complètement défaut (voyez page 452). Jus(iu'à présent on les a trouvées principalement dans l'atrophie aiguë du foie et dans l'empoisonnement aigu par le phosphore, ainsi que dans quelques cas de leucémie, de typhus, de variole, etc.

Voyez Frericlis et Städeler, in Miiller's. Archiv f. Anat. u. PhysioL, 1854, p. 595. — Schmeissner, Archiv d. Pharm. Octobre 4849, t. CL, p. 11. — 0. Schultzen et, L. Riess, Ueber acute Phosphor ocrgiftung und Leber atrophie. Berlin, 1869.

La présence de Vallantoïne dans l'urine (voy. § 35) n'a jusqu'à présent qu'tme faible importance pour le médecin. Elle a été trouvée par Frerichs et Städeler dans l'urine de chiens atteints de troubles respiratoires. Köhler l'a également rencontrée dans les mêmes circonstances (De allantoini in urina impedita respiratione prsesentia. Diss. Halens. 1857). Schottin l'a aussi trouvée chez l'homme à la suite de l'ingestion d'acide tannique (Lehmann, Handbuch d. physiol. Chemie, 1869, p. 95).

Mentionnons ici simplement la présence de Vacide lactique (g oO) et de Vacide oxyformobenzoylique (§ 58) dans l'urine de personnes atteintes d'atrophie aiguë du foie.

A. Ewald (Ueber den Kohlensäuregehalt des Harns. Archiv von Reichert und Du Bois-Raijniond, 1875) a déterminé la teneur de l'urine en acide carbonique dans un certain nombre de cas chez des personnes atteintes de maladies fébriles et il a trouvé qu'elle était toujours plus élevée pendant la période fébrile qu'en dehors de celle-ci.

Il a été déjà question précédemment (§g 97 et 104) des dosages de V albumine et du sucre, qui sont quelquefois nécessaires.

§ 134. Observations.

Dans les pages précédentes j'ai essayé de faire comprendre la signification qu'ont pour le médecin les différentes altérations pathologiques de l'urine, et j'ai suivi dans ce but la méthode usitée en séméiologie pour la description et la détermination de la valeur des

490 ODSERVATIONS. § 134

divers symptômes des maladies. Mais le médecin est encore loin d'avoir obtenu tous les renseignements qne peut lui fournir l'examen de l'urine dans les maladies. Des conclusions concernant le diagnostic, le pronostic et le traitement, beaucoup plus importantes qne celles qui sont déduites de l'étude de chaque altération de l'urine considérée isolément, peuvent être obtenues par l'observation de plusieurs changements qui existent en même temps ou qui apparaissent les uns après les autres ; on peut même aller plus loin, c'est-à-dire comparer les altérations de l'urine avec celles des autres excrétions

— matières fécales, Perspiration cutanée, exhalation pulmonaire, etc.

— et de l'ensemble des documents recueillis tirer des conclusions qui fournissent des renseignements sur les changements survenus dans la nutrition générale de l'organisme. Je n*ai pas l'intention d'entrer plus avant dans ce vaste champ d'observations encore trèsobscur et dont la plus grande portion n'a commencé à être explorée que dans ces derniers temps. Je désire seulement montrer à l'aide de quelques exemples que le médecin peut obtenir par cette voie, et sans beaucoup de peine, des renseignements importants. Les exemples suivants sont tous empruntés à mes propres observations. Afin de ne pas fatiguer le lecteur, je me suis contenté de donner une simple esquisse des différents cas, en ayant soin d'appeler l'attention sur les points importants, et pour ceux qui m'ont paru avoir besoin d'une explication j'ai ajouté quelques considérations générales.

1. Une jeune fille de 20 ans (depuis longtemps souffrante), éprouvant divers symptômes mal déterminés, qui semblaient indiquer un commencement de plithisie pulmonaire, avait une soif vive, une transpiration moins abondante qu'à l'ordinaire et pas de fièvre. Elle éliminait une quantité très-considérable (5000 — 6600 c. c. par jour) d'une urine ayant un poids spécifique élevé (1025 — 1034) et renfermant beaucoup de sucre. Le diagnostic n'était pas douteux : diabète sucré. Avec une alimentation composée de viande et de pain de gluten et l'emploi des alcalis (magnésie et bicarbonate de soude) et de l'opinm, il se produisit une amélioration, mais qui ne fut pas de longue durée ; il survint une pneumonie grave qui se termina rapidement par la mort.

En opposition avec ce cas de diabète sucré parfaitement net, l'auteur a observé dans ces dernières années toute une série de cas, dans lesquels l'urine contenait le plus souvent, à certains moments, des quantités de sucre plus ou moins grandes, sans que la santé en souffrît beaucoup. Il s'agissait généralement d'hommes dans un âge avancé (il y avait cependant aussi quelques femmes), qui vivaient bien et offraient en même temps des symptômes plus ou moins prononcés d'arthrites (goutte des riches, podagre, etc.). Dans quelques-uns de ces cas l'urine contenait aussi en même temps que le sucre des quantités parfois considérables d'albumine. L auteur a déjà observé et traité (le plus souvent avec peu d'énergie) quelques-uns de ces malades pendant longtemps (pendant dix ans et plus), sans qu'il se soit produit d'accidents fâcheux ou que même la santé générale ait éprouvé une forte altération.

Puisse cette communication, qui est une preuve que tous les cas de glucosurie ne

sont pas dangereux, procurer quelque consolation aux malades, auxquels la crainte est plus préjudiciable que l'alfection dont ils sont atteints.

2. Une femme de 56 ans, très-replète, mais ayant un aspect paie et anémique avec des cercles bleus autour des yeux, présentait les différents symptômes nerveux (liyperestliésie et spasmes) que l'on comprend ordinairement sous le nom d'hystérie. Un examen plus attentif montra que l'excrétion urinaire était beaucoup augmentée (entre 5000 et 4000 c. c). L'urine était jaune pâle ou jaune clair, sa matière colorante était plutôt diminuée qu'augmentée (de 5 à 5) ; elle avait une réaction trèsfaiblement acide, souvent même alcaline ; l'acide libre était beaucoup diminué (0 — 0,5). Son poids spécifique était au-dessous de la normale (1012 — 1015) ; la quantité des substances solides était cependant beaucoup augmentée (80 — 120) . Cette augmentation portait sur la plupart des éléments (urée 40 — 49, chlore 20 — 50, acide phosphorique 5 — 9, acide sulfurique 5 — 5). L'urine ne renfermait aucune trace de sucre. Diagnostic: diabète insipide. Chez cette malade la métamorphose de la matière se faisait évidemment avec une activité trop grande (seule la métamorphose des globules sanguins était beaucoup diminuée, la production de la chaleur était aussi au-dessous de la normale), les excrétions étaient presque toutes augmentées, et comme la malade vivait dans de mauvaises conditions, les pertes ainsi éprouvées ne pouvaient être réparées par une nourriture abondante : dans l'espace de deux jours le poids de son corps diminua d'environ 1500 grammes. Sous l'influence d'une nourriture abondante et riche, combinée avec les toniques (quinquina, préparations ferrugineuses) et l'opium, la sécrétion urinaire fut ramenée graduellement à la normale, l'aspect de la malade devint meilleur, ses forces augmentèrent et les symptômes nerveux disparurent. Cependant lorsque la malade eut repris son genre de vie primitif, elle éprouvait de temps en temps des atteintes de l'affection — diabète insipide intermittent.

J'ai souvent observé des cas analogues après une ingestion d'eau immodérée, ou â la suite d'un traitement paf l'eau administré sans précaution et d'après de fausses indications, ou bien trop longtemps continué.

3. Un homme vigoureux fut pris, à la suite d'un refroidissement, de douleurs extrêmement vives ayant pour siège les régions cervicales postérieures et scapulaires. En outre, la peau était fraîche et flasque ; la transpiration était diminuée. L'urine, au contraire, était augmentée (5000 — 4000 c. c), la quantité de la matière colorante de ce liquide se rapprochait assez de la normale (4 — 5), et il en était de même pour l'acide libre (1,8 — 2.5) ; sa densité était beaucoup au-dessous de la normale (1006 — 1008), et la quantité des matières solides était un peu diminuée (36 — 40 grammes), diminution qui se faisait sentir sur chacun des éléments en particulier, sur l'urée, l'acide phosphorique, l'acide sulfurique et le chlore. Diagnostic: hydrurie. L'augmentation de l'urine tenait évidemment uniquement à ce que les reins séparaient une quantité d'eau plus grande qu'à l'ordinaire, phénomène qui était en connexion avec une diminution de l'eau excrétée par la peau et les poumons. Rien que riiydrurie se maintînt pendant plusieurs jours, les forces et le poids du corps du malade ne diminuèrent pas. Sous l'influence d'un traitement diaphorétique, qui eut pour conséquence une augmentation de la Perspiration cutanée, la polyurie disparut graduellement, et une application de ventouses scarifiées enleva en même temps le rhumatisme de la nugue.

4. Chez un jeune homme atteint d'une affection du cœur {insuffisance de la valvule mitrale avec dilatation consécutive et hypertrophie du ventricule droit), la quantité de l'urine diminua graduellement (de 1600 c. c. elle tomba à 1200, 800, 600) ; en même temps la sécrétion de l'urée (2 — 1,5 grammes), celle du chlore (8, 5, 3 grammes), de l'acide phosphorique (2 — 1,5 grammes) et de l'acide sulfurique (1,5 — 1 gramme) devinrent moins abondantes (la diminution était beaucoup plus considérable pour les deux premiers corps que pour les deux derniers). Ces phénomènes furent suivis d'un épanchement dans la cavité abdominale et d'un œdème

des oxtrémilés (des membres inférieurs notamment). A la suite de l'emploi de diurétiques énergiques (infusion de digitale avec acétate dépotasse), l'urine augmenta beaucoup (5000, 4000, 4500 c. c.) et des quantités très-considérables d'urée (50, 55, 60 grammes) et de chlore (20, 50, 55 grammes) furent élimininées avec ce liquide, tandis que la proportion de l'acide sulfurique et de l'acide phosphorique séparés dépassait à peine la normale. Il est évident que chez ce malade de grandes quantités d'eau, d'urée et de chlore, qui au lieu d'être excrétées par l'urine étaient passées dans les épanchements hydropiques, et s'y étaient accumulées, ont été ensuite éliminées par les voies urinaires sous l'influence de la diurèse abondante.

Chez ce malade les mêmes symj)tômes se reproduisirent encore plusieurs fois dans le même ordre : diminution graduelle de la sécrétion urinaire, épanchement séreux et après l'emploi des diurétiques augmentation de l'excrétion de l'eau, de l'urée et du chlore par l'urine.

5. Un homme âgé, dont les artères offraient une rigidité très-marquée, fut pris d'une bronchorrhée assez aiguë s étendant aux deux poumons. L'état du malade offrait des variations extrêmement grandes : accès de dyspnée avec pouls petit et fréquent (100 — 126 pulsations), qui quelquefois allaient jusqu'à la syncope et alternaient avec un état de mieux relatif. L'examen de l'urine montra que des variations correspondantes existaient dans les fonctions nutritives de l'organisme. La quantité de l'urine éliminée après avoir été pendant quelque temps de 500 à 400 c. c. par jour, devenait ensuite égale à 1200 ou 1500 c. c. La couleur de ce liquide variait du jaune clair au rouge; sa matière colorante (2 — 18) était généralement augmentée (influence de la fièvre); son poids spécifique n'était ni trop élevé, ni trop petit (1012 — 1025) ; la quantité des éléments était en moyenne beaucoup au-dessous de la normale (18 à 50) ; la proportion de l'urée éprouvait aussi de très-grandes variations, mais en moyenne, malgré la fièvre, elle était beaucoup plus faible qu'à l'ordinaire (12 — 25 grammes) ; en outre, l'urine contenait fréquemment un sédiment d'urates. Le chlore offrait les variations les plus grandes : il était constamment beaucoup diminué, et quelquefois on n'en trouvait que des traces (0,1 — 5). Les acides phosphorique et sulfurique étaient aussi diminués. Cette grande variation dans les phénomènes nutritifs, signe d'une profonde altération de la constitution, permit de penser, avec l'affection pulmonaire, que le malade ne tarderait pas à tomber dans le collapsus, qui, en effet, arriva très-rapidement.

Un soir, le malade dit qu'il se trouvait beaucoup mieux qu'à l'ordinaire ; pendant la nuit, il se plaignit subitement d'une grande faiblesse et un œdème des poumons à marche rapide l'emporta en quelques' heures, malgré tous les stimulants employés.

6. Un homme de 57 ans, à la suite d'un refroidissement qu'il éprouva dans un voyage, fut pris d une pneumonie du côté gauche, qui lut traitée dès le début par des ventouses et la digitale à haute dose. Le malade avait une fièvre très-vive ; l'urine était plus abondante que dans d'autres cas analogues (au summum de la maladie: 900, 1000, 1950, 1500, 1350, 1200 c. c), très-fortement colorée ; la quantité de la matière colorante était beaucoup augmentée (28 — 52), le poids spécitique à peu près normal (1018 — 1024) et les matières solides généralement au-dessous, mais quelquefois aussi au-dessus de la normale. L'urée était augmentée (40 — 60); au début l'acide sulfurique, qui était en plus grande quantité qu'à l'ordinaire (5,5 — 4), descendit plus tard un peu au-dessous de la normale (1,8 — 1,1 — 1,6); l'acide phosphorique était presque constamment augmenté (4 — 5 — 7 — 8). Dans les deux premiers jours le chlore n'existait qu à l'état de traces; il se releva graduellement (8 — 4 — 7) et le huitième jour il atteignit la normale. Le malade se rétablit rapidement, malgré son âge avancé et bien qu'il eût déjà eu autrefois une pneumonie, qui probablement avait un peu altéré ses poumons; au bout de dix jours il put quitter l'hôpital entièrement guéri. Ce cas offre un intérêt particulier, parce

qu'il met en évidence l'action favorable exercée par la digitale sur la métamorphose organique. Ici, comme dans toutes les fièvres intenses, la destruction des éléments se faisait avec une intensité plus grande que de coutume, de grandes quantités d'urée et de matière colorante étaient formées, et une proportion d'acide sulfurique et d'acide phosphorique plus considérable qu'à l'ordinaire était enlevée aux composés organiques. Mais chez ce malade, la sécrétion de l'urine, sans doute par l'influence de la digitale, était beaucoup plus abondante que dans d'autres cas analogues, et en conséquence de ce fait les produits de la décomposition des tissus furent rapidement éliminés du corps et la convalescence fut hâtée. Je ne pense pas que l'action de la digitale dans les cas de ce genre soit limitée à l'effet indiqué, mais je tiens à faire remarquer que, dan-: cet exemple, ce mode d'action du médicament est tout à fait évident.

7. Un homme souffrait d'une affection chronique du foie et de l'estomac, accompagnée d'altérations matérielles appréciables, mais dont la nature n'était pas facile à diagnostiquer. Des troubles de la digestion, qui duraient depuis longtemps, ainsi que des douleurs vives avaient beaucoup épuisé ses forces. Il s'agissait tout d'abord de rechercher quels étaient les moyens à employer pour le traitement des symptômes, et ensuite, pour être llxé relativement au pronostic, d'examiner avec soin les changements survenus dans la nutrition du malade. Dans ce but, l'urine de cet homme fut essayée pendant plusieurs jours, et l'on obtint pour résultat les m yennes suivantes : la quantité se rapprochait assez de la normale (1500 c. c), la couleur était jaune clair, la matière colorante un peu au-dessous de la normale (3), la réaction faiblement acide et l'acide libre beaucoup diminué (0,4). Le poids spécifique (1014) et les éléments solides (42 grammes) étaient au-dessous de la normale ; l'urée (29) et l'acide sulfurique (1,4) étaient un peu diminués, tandis que la quantité de l'acide phosphorique (3,3) était assez normale et celle du chlore plutôt un peu plus grande qu'à l'ordinaire. Il résulte de là que les fonctions digestives étaient pour le moment dans un état satisfaisant (le chlore et l'acide phosphorique étaient abondamment sécrétés), mais la métamorphose des tissus protéiques (l'urée et l'acide sulfurique étant diminués) et des globules sanguins (diminution de la matière colorante et de l'acide libre) se faisait avec une activité moins grande qu'à l'ordinaire. La dernière partie du diagnostic était corroborée par l'aspect pâle et anémique du malade. D'après ces renseignements, on fut conduit à soumettre le malade à l'usage d'une nourriture animale fortifiante et des toniques, sous l'influence desquels ses forces physiques et morales se relevèrent; mais en présence des altérations matérielles qui constituaient la maladie principale on ne pouvait pas s'attendre à une guérison complète.

8. Il y a des cas dans lesquels une augmentation fébrile de la métamorphose organique ne peut être reconnue que par l'examen de l'urine. Le pouls est tout à fait calme, la température de la surface du corps es' à peu près naturelle, l'appétit est peu diminué ; cependant, la destruction des éléments du corps est plus considérable qu'à l'ordinaire et le pouvoir excrétoire des reins est diminué. Cet état est quelquefois dangereux, parce que s'il existe une affection d'un organe interne important (comme les poumons, le foie, etc.], il peut amener la congestion de cet organe, et lorsque la congestion persiste pendant longtemps, elle produit facilement des désordres matériels ou augmente ceux qui existent déjà.

Un homme de 48 ans, très-vigoureux, dont le thorax était large et bombé, présentait des symptômes qui faisaient soupçonner l'existence d'une tuberculose pulmonaire commençante. Depuis longtemps, il toussait et expectorait ; au sommet de son poumon droit la sonorité était affaiblie et l'on entendait dans ce point une respiration mal caractérisée, presque bronchique et accompagnée de râles. L'ampleur de sa respiration n'était pas aussi grande que semblait l'indiquer le volume de son corps. Dans les derniers mois son embonpoint et ses forces avaient un peu diminué. Cependant son pouls était toujours calme (60 — 63), son appétit assez bon

(1/4 de portion avec dittérents extra), et la température des extrémités n'était pas augmentée ; il lui arrivait seulement d'avoir quelquefois pendant la nuit des sueurs abondantes. L'urine présentait, au contraire, des anomalies remarquables : elle était très-diminuée (400 — 600), presque toujours troublée par un sédiment d'acide urique et très-colorée; la matière colorante était augmentée (16 — 24), le poids spécifique très-élevé (1022 — 1028), l'urée plutôt au-dessus de la moyenne (28 — 55), le chlor3 très-diminué (5 — 5), l'acide phosphorique et l'acide sulfurique un peu au-dessous de la normale. L'activité excrétoire des reins était donc beaucoup amoindrie, et comme en même temps la destruction des éléments du corps était plus considérable qu'à l'ordinaire, le sang était surchargé de principes délétères. En outre, le malade avait eu pendant un long temps une affection chronique de la peau (probablement un psoriasis) qui était guérie depuis six mois. Par conséquent, il y avait dans ce cas plusieurs circonstances capables d'occasionner un accroissement d'activité dans les fonctions des poumons et par suite d'augmenter les désordres matériels que l'on soupçonnait exister dans ces organes. (Un examen attentif permit, malgré la lenteur du pouls, de reconnaître que le ventricule droit se contractait avec une énergie plus grande que de coutume, et un état de congestion des poumons était nettement indiqué par un accroissement de la force du deuxième bruit de l'artère pulmonaire ; en même temps, le malade se plaignait d'une grande dyspnée et d'un sentiment de constriction à la poitrine.) La principale indication parut être d'augmenter la sécrétion urinaire, afin de débarrasser les poumons du malade de l'irritation produite dans ces organes par la stase d'un sang renfermant des substances délétères. On lui administra de légers diurétiques et des dépuratifs (infusion de digitale avec acétate de potasse, id. de jacée). A mesure que la sécrétion de l'urine augmentait; la poitrine du malade devenait plus libre et son état général plus satisfaisant, de telle sorte qu'au bout de quelque temps il put quitter l'hôpital dans un état de santé beaucoup amélioré. Cependant comme en dehors de l'hôpital il ne put pas ou ne voulut pas suivre un genre de vie convenable (il faisait un usage abusif des liqueurs alcooliques), sa maladie fit de nouveaux progrès et au bout de six mois il revint à la clinique avec une tuberculose pulmonaire parfaitement caractérisée, qui l'emporta en quelques jours.

9. Un homme de 45 ans tomba subitement malade avec tous les symptômes d'une affection aiguë fébrile : frissons suivis de chaleur, manque d'appétit, urine sanguinolente. Dans l'espace d'un jour et demi tout le corps, le visage excepté, fut envahi par un gonflement œdémateux. Lorsque le malade fut apporté quelques jours plus tard à la clinique de Glessen, les symptômes indiqués existaient encore, mais accompagnés de vomissements violents. Pendant les trois premiers jours qui suivirent son entrée à l'hôpital, l'urine présenta les caractères suivants: sa quantité était un peu au-dessous de la normale (900 — 1500 c. c), sa couleur rouge de sang intense; l'examen microscopique y fit reconnaître une assez grande quantité de globules sanguins non altérés, de nombreux corpuscules de pus et quelques cylindres urinaires granulés. Elle contenait une grande proportion d'albumine. Sa réaction était alcaline, son poids spécifique peu élevé (1010 — 1012); l'urée était beaucoup audessous de la normale (8 — 20 grammes), le chlore (1 — 3) et l'acide sulfurique (0,5 — 1,6) étaient beaucoup diminués; l'acide phosphorique éiait un peu moins abondant qua l'ordinaire (1,3 — 2,8). Abandonnée à un long repos, l'urine laissait déposer un sédnnent muqueux qui avait été formé par l'aclion do son ammoniaque sur les corpuscules purulents suspendus dans le liquide. La Perspiration du malade (les exhalations pulmonaire et cutanée réunies) était beaucoup au-dessous de la normale (460 — 780 grammes par 24 heures), les ingesta étaient par leur poids de beaucoup supérieurs aux excréta, de telle sorte que le poids du corps du malade augmenta en trois jours d'environ 5 kilogrammes, ce qui évidemment était occasionné par les épanchements hydropiques qui allaient toujours en augmentant. Diagnostic : maladie de Bright aiguë. Comme, dans de telles conditions, il était à craindre qu'on

vît. apparaître promptement des symptômes urémiques. on tenta, mais sans succès, d'augmenter par des moyens énergi({ues les sécrétions l'énale et intestinale. Tous les médicaments administrés à l'intérieur (sulfate de soude avec acétate de potasse, gomme-gutte avec carbonate de soude, huile de croton) furent vomis par le malade; des applications de décoction de digitale faites sur toute la surface du corps demeurèrent sans action ; les lavements d'huile de croton dissoute dans l'huile de lin irrii, ient tellement le rectum, qu'il fallut renoncer à les employer. L'activité excrétoire des reins diminuait tous les jours; la quantité de l'urine tomba de 800 à 700, 500, 450 c. c. par jour (poids spécifique de 1015 à 1010). L'urée alla toujours en diminuant (6 — 8 grammes par jour) et il en fut de même pour le chlore (0,8 — 1), l'acide sulfurique (0,4— 0,6) et l'acide phosphorique (1,3 — 1,7). Des symptômes urémiques se déclarèrent (vertiges, délire), ils devinrent de plus en plus graves (comavigil, sopor), et le malade mourut, à peine trois semaines après le commencement de sa maladie. A l'autopsie, on trouva des altérations caractéristiques d'une maladie de Bright à la deuxième période.

10. Un homme de 52 ans, d'une constitution robuste, était atteint, exactement comme le précédent, d'une maladie de Bright aiguë. Avec des symptômes fébriles très-intenses apparut sur tout le corps un gonflement œdémateux qui devint rapidement très-considérable ; l'urine rouge de sang était riche en albumine et au microscope on y trouvait, outre des corpuscules sanguins et purulents, des traces de tubes urinifères. Mais chez ce malade on réussit à produire une sécrétion urinaire ^boudanle au moyen de diurétiques énergiques (pilules de gomme-guLte et de carbonate de soude, et surtout applications de décoction de digitale sur toute la surface de la moitié inférieure du corps). L'urine ;(du 27 octobre au 1«'' novembre) présenta les caractères suivants : quantité beaucoup augmentée (4800 — 0800 c. c), couleur rouge (sanguinolente), réaction neutre ou alcaline; poids spécifique peu élevé (1005 — 1005), urée très-augmentée (entre 45 et 97 grammes par jour) ainsi que le chlore (20-40 grammes), l'acide sulfurique (4,1 — 4, 7) et surtout l'acide phosphorique (11 — 18 grammes). Le gonflement œdémateux disparut complètement avec l'augmentation de la sécrétion urinaire, il en fut de même pour les symptômes urémiques (insensibilité, somnolence), et le malade se sentit dans un état très-satisfaisant. Au bout de quehiue temps il survint une nouvelle exacerbation : fièvre vive avec gonflements des lèvres et éruption phlycténoïde autour de la bouche, urine peu abondante et très-sanguinolente. Comme ce dernier symptôme indiquait une irritation aiguë des reins et comme, vu l'absence de tout gonflement œdémateux, les diurétiques ne paraissaient plus indiqués, je considérais qu'il était important de modérer l'irritation des reins. Une émulsion de semences de chanvre avec eau d'amandes amères fut donnée au malade, et au bout de 2 jours seulement l'urine, qui auparavant avait une couleur rouge sang intense, était pres(iue incolore.

11. Hématurie occasionnée par la présence dam Vurine dliémocjlobuUne en dissolution (voyez § 100). Un jeune homme de 20 ans, qui jusque-là s'était bien porté, disait depuis environ huit jours qu'il ne se sentait pas très-bien. Son visage était extrêmement pâle, livide en certains endroits; il avait autour des yeux de larges anneaux rouge bleu ; la température de la peau était naturelle, le pouls fréquent (90—100), petit et mou. Outre une grande lassitude et un grand abattement, il ressentait dans presque tout le corps, mais surtout aux extrémités, des douleurs extrêmement vives. Il avait en outre un léger catarrhe des organes respiratoires et digestifs (manque d'appétit, langue un peu chargée, diarrhée légère) ; la rate était aussi un peu hypertrophiée. Il fut admis à la clinique, et l'on supposa qu'il s'agissait d'une fièvre typhoïde dans sa période d'incubation, mais cette supposition ne fut pas confirmée. Les symptômes fébriles diminuèrent au lieu d'augmenter, le pouls très-mou et souvent dicrote devint plus lent et plus plein, la température ne s'éleva pas au-dessus de la normale, elle se maintint au contraite presque constamment au-

OBSERYATIONS.

dessous de 37» c; l'inlelligence demeura entièrement libre, tandis que la faiblesse du malade parvint à un si haut degré, qu'il pouvait à peine se tenir debout, et son aspect anémique et livide devint si marqué ({u'il rappelait l'apparence d'un cholérique dans la période algide. Vurine, sécrétée en quantité normale, était rouge brun foncé (entre 7 et 8 du tableau des couleurs de l'urine) et analogue (bien que pas tout à fait aussi foncée) à celle que j'avais observée à la suite d'une inhalation d'hydrogène arsénié (voy. p. 374). Elle contenait au moins 500 parties de matière colorante. Au microscope on ne put apercevoir ni globules sanguins ni autres corps solides, l'ar l'ébullition elle donnait un abondant coagulum brun rouge d'hématoglobuline. L'urine séparée par iillration de ce coagulum était colorée en jaune clair ; du reste, elle renfermait les éléments ordinaires en proportion normale, le sel marin était seulement un peu diminué, par suite de la petite quantité des aliments pris par le malade. Cet état de l'urine, qui existait certainement avant l'entrée de ce dernier à l'hôpital (il ne peut donner aucun renseignement à ce sujet), dura environ 8 jours et disparut ensuite graduellement. Il indiquait que la maladie consistait essentiellement en une décomposition exagérée et continue des globules sanguins à l'intérieur du système vasculaire, décomposition dont les produits étaient éliminés par l'urine (peut-être aussi par la bile) et qui par son intensité et sa longue durée avait amené un état avancé d'oligocythémie. Les caractères offerts par l'urine, joints à la grande dépression des forces et aux douleurs des extrémités, permii^ent aussi de penser au scorbut; mais dans le cas présent l'altération des gencives faisait complètement défaut, il en était de même pour les ecchymoses de la peau et du tissu cellulaire souscutané, etc., enfin on ne découvrait aucune cause capable de contribuer à la production du scorbut.

Des acides minéraux furent donnés au malade, d'abord seuls et ensuite avec de la quinine, et pendant la convalescence il prit des préparations ferrugineuses. Il se rétablit lentement mais complètement.

On ne put découvrir la cause de la maladie.

Quelques mois plus tard, et sans cause appréciable, il se produisit une nouvelle hématurie, mais qui dura moins longtemps et fut moins intense que la première ; durant cet accès, comme pendant le premier, le malade ne ressentit pas la moindre douleur dans l appareil urinaire, et il ne fut pas possible (comme la première fois) de trouver la cause de l'affection.

12. Le cas suivant, essentiellement différent du précédent et ayant aussi pris naissance sans cause appréciable, est un exemple d'hématurie vésicule. Friedrich P., boucher, âgé de 22 ans, qui jusqu'alors s'était toujours bien porté et était né de parents sains (son père avait seulement eu des hémorrhoïdcs), fut pris d'une affection gastrique légère avec vertiges et bourdonnements d'oreilles et fut pour cette raison admis à la clinique. 11 n'avait jamais autrefois éprouvé d'hémorrhagie, seulement quelques années avant sa maladie il avait eu des épitaxis fréquentes. Un examen attentif du malade montra que son urine était colorée en rouge de sang, qu'il souffrait de dysurie et qu'il avait un désir involontaire et continu d'émettre son urine, de telle sorte qu'il était forcé d'uriner presque tous les quarts d'heure. La dernière portion de l'urine évacuée contenait toujours une grande quantité de sang. L'orifice de l'urèthre était naturel, la partie postérieure du canal de l'urèthre n'était pas sensible à la pression, enfin en touchant par l'anus la prostate et la vessie on ne découvrait aucune anomalie. L' urine, couleur de sang, abandonnnée à un[long repos, déposait un sédiment rouge foncé peu abondant, qui disparaissait par l'agitation et consistait en globules sanguins ne contenant pas de corpuscules de pus. Lorsqu'on filtrait l'urine, le liquide filtré paraissait complètement exempt de sang, coloré en jaune clair, tandis qu'il restait sur le filtre un précipité rouge foncé de globules sanguins ; par conséquent l'urine ne contenait que des globules sanguins non décomposés et pas d'hématine en dissolution. Les globules sanguins provenaient sans doute de la vessie et la cause de leur passage dans l'urine était probablement une

§ 134 gOBSERVATIONS. 497

liyperémie congestive de la muqueuse vésicale, qui avait entraîné la rupture des vaisseaux sanguins.

Le traitement fut borné à l'administration d emulsion de graines de chanvre avec eau d'amandes amères ; sous l'influence de cette médication, l'état du malade s'améliora rapidement; au bout de quelques jours la dysurie cessa et le sang disparut graduellement de l'urine.

13. Le cas suivant est intéressant parce qu'il ressemblait de la manière la plus frappante à une hématurie, dont l'absence ne put être reconnue qu'à l'aide du microscope.

Un vieillard de 72 ans avait depuis environ 5 ans une affection de la vessie, dont le symptôme principal consistait en ce que le malade, sans cela bien portant et trèsrobuste pour son âge, éliminait de temps en temps après avoir fait des efforts, après une longue marche, etc., une urine renfermant un peu de sang et dont l'émission était accompagnée de légères douleurs dans la région vésicale. Comme en outre des graviers étaient quelquefois évacués avec l'urine, on pensa qu'il existait peut-être un calcul vésical. Mais ayant consulté différents médecins, ceux-ci ne purent réussir à trouver un calcul de la vessie. La plupart crurent avoir affaire à des hémorrhoïdes vésicales, et conformément à ce diagnostic le malade fit usage, mais sans aucun bénéfice, des eaux de Kissingen et de Calsbad. Il n'avait jamais perdu de sang par l'intestin; on ne put constater ni bourrelets hémorrhoïdeux, ni hypertrophie de la prostate. Son état général était bon, ses artères n'étaient pas rigides.

L'urine du malade était très-fortement acide et donnait un abondant dépôt cristallin d'acide urique. Elle fournissait en outre un sédiment rouge sale (couleur de cannelle), très-volumineux, qui contenait de gros flocons et se déposait assez promptement. Ce sédiment, lorsqu'il était encore en suspension dans l'urine , donnait à celle-ci un aspect exactement semblable à celui qu'elle prend lorsqu'elle est mélangée avec du sang, et le malade ainsi que les différents médecins qu'il avait consultés l'avaient considéré comme formé par du sang. L'examen microscopique fit voir qu'il consistait en cehules nombreuses ressemblant au premier abord à des globules sanguins, mais qu'à l'aide d'un examen attentif on distinguait nettement de ces derniers. Elles étaient rondes, colorées en rougeâtre comme les globules du sang, mais un peu plus grosses que ceux-ci, elles contenaient des noyaux parfaitement évidents et n'étaient pas altérées par l'acide acétique (voy. pl. 111, lig. 6. D. a. a). Indépendamment de ces cellules on en trouvait encore d'autres soit plus grosses, soit plus petites, irrégulières, la plupart munies de queues avec ou sans noyau (fig. 6. D. hbh]^ tantôt isolées et tantôt réunies en agrégats filiformes (qui formaient les flocons visibles à l'œil nu), mais sans trace de membrane fibrineuse. Le sédiment contenait en outre des corpuscules de pus normaux, dans lesquels l'acide acétique faisait apparaître les noyaux ordinaires.

Par la présence de ces cellules on lut conduit à diagnostiquer l'existence d'excroissances fungoïdes (épithélioma) dans l'intérieur de la vessie, avec tendance à la sécrétion d'une urine acide et à la formation dans ce liquide d'un sédiment d'acide urique; on prescrivit le traitement suivant : eau de Fachingen et émulsion de graines de chanvre avec acétate de potasse et eau de laurier-cerise. Sous l'influence de cette médication l'état du malade subit une amélioration très-grande. Pendant plusieurs mois l'urine ne présenta plus la coulem* rouge de sang qu'elle avait auparavant et à la place des cellules d'épithéUoma elle ne contenait que quelques corpuscules purulents et de rares filaments de mucus coagulé. Le malade se plaignait seulement de douleurs qui se faisaient quelquefois sentir dans le gland, et il n'y avait plus que l'élimination des dernières gouttes d'urine qui exigeât quelques efforts.

Puissent ces exemples contribuer à faire comprendre que les investigations relatives à la métamorphose de la matière dans les maladies

NEUBAUER ET VOÜEL. DE l'uUINK. ÉPÏT.

peuvent rendre d'importants services au médecin praticien et que ces investigations elles-mêmes n'offrent pas des difficultés aussi grandes que beaucoup de personnes se l'imaginent. Mais je ne puis m'empêcher d'ajouter que je désire ardemment que les médecins, qui entreprennent de suivre la voie indiquée ici, se maintiennent dans les bornes du possible et n'aient pas recours à des hypothèses hardies et à des suppositions inexactes, pour pénétrer dans un domaine encore inexploré. Une telle manière de faire de la part du médecin ne pourrait servir qu'à nuire aux intérêts des malades qui réclament ses soins, — elle conduirait aussi à abaisser, aussi bien aux yeux des confrères intelligents qu'aux yeux du public, la valeur de cette excellente méthode de la médecine scientifique, qui, outre l'examen des circonstances ordinairement prises en considération dans les maladies, s'occupe aussi des transformations chimiques auxquelles donne lieu la métamorphose de la matière.

§ 1 35. Instruction sur l'essai des caleuls et des autres concrétions urinaires.

On comprend sous le nom de concrétions urinaires les dépôts de l'urine qui ont pris naissance dans les voies urinaires (reins, uretères, vessie, canal de l'urèthre). Tantôt ces concrétions sont peu volumineuses, semblables à des grains de sable, et peuvent, sans grande difficulté, être éliminées avec l'urine ; dans ce cas, elles sont ordinairement très-nombreuses et généralement cristallines (sable, graveïle). Tantôt elles sont beaucoup plus grosses (elles varient depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'une pomme), et dans tous les cas leur volume est assez considérable pour qu'elles ne puissent plus, ou seulement d'une manière exceptionnelle, être évacuées avec l'urine ; elles sont alors retenues dans les calices, dans les bassinets ou dans la vessie, et, par leur action mécanique, elles occasionnent dans ces organes de l'irritation, des douleurs, des hémorrhagies, de l'inflammation, etc.; elles peuvent aussi se fixer dans les uretères et le canal de l'urèthre et boucher, irriter et déchirer ces conduits [calculs proprement dits).

La plupart de ces concrétions sont formées aux dépens de sédiments de l'urine, qui se sont séparés à l'intérieur des voies urinaires et qui, au lieu d'être éliminés aussitôt, mt été retenus dans celles-ci, pour une raison ou pour une autre, et se sont ensuite pris en masse; les calculs peuvent encore être formés par des sédiments qui se sont déposés autour d'un corps étranger, introduit dans les voies urinaires par une cause quelconque. De même, les concrétions déjà existantes peuvent augmenter le volume par le dépôt de nouvelles couches de sédiment à leur surface, et, de cette façon, prendre un accroissement plus ou moins rapide.

Gomme une ligne de démarcation distincte ne peut pas être établie entre la gravelle et les sédiments > aux dépens desquels celle-là est produite, et comme il en est de même en ce qui concerne la gravelle comparée aux petits calculs, la distinction de f-^.s différentes formes

est dans beaucoup de cas assez arbitraire, et ne présente pas une grande importance pratique.

L'étude des concrétions urinaires a pour le médecin une importance très-grande, à cause des inconvénients et même du danger qui résultent de la présence de ces corps dans l'organisme. C'est l'objet de la pathologie spéciale et du diagnostic d'indiquer la nature de ces concrétions et le traitement auquel elles doivent être soumises. Mais la connaissance de la composition chimique d'une concrétion urinaire a pour le médecin un intérêt à la fois scientifique et pratique, car seule elle peut lui permettre, à l'aide d'un traitement médical approprié, de prévenir la formation de nouveaux graviers, qui irritent mécaniquement les voies urinaires, ou la production d'un calcul, dont les conséquences sont encore plus graves, ou bien de s'opposer à l'accroissement ultérieur d'un calcul déjà formé. En outre, il est évident que toutes les tentatives que l'on voudra faire pour dissoudre un calcul dans les voies urinaires, devront être basées sur la connaissance exacte de la composition chimique de ce corps. L'examen chimique des calculs qui, par une opération (la lithotomie ou la lithotritie), ont été extraits de l'organisme, indépendamment de l'intérêt scientifique qu'il présente, offre aussi fréquemment un intérêt pratique, parce qu'il permet, par un traitement interne convenable, de s'opposer à ce que de nouvelles concrétions urinaires, de même composition, ne viennent à se former chez le malade

Les éléments chimiques des calculs urinaires sont les mêmes que ceux dont il a déjà été question à propos de la composition des sédiments, c'est-à-dire :

L'acide urique et les urates,

La xanthine,

La cystine,

L'oxalate de chaux,

Le carbonate de chaux.

Le phosphate de chaux.

Le phosphate ammoniaco-magnésien.

Les composés protéiques (fibrine, mucus),

L'urostéalithe,

auxquels sont quelquefois mélangées de petites quantités d'autres substances (acide silicique, alumine, etc.).

Plusieurs concrétions urinaires ne renferment qu'un seul de ces éléments, d'autres sont composées de plusieurs, et dans ce dernier cas les éléments sont mélangés ensemble, ou bien la concrétion est formée de plusieurs couches renfermant chacune un seul principe.

Gomme les propriétés de la plupart de ces substances et la ma-

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