‹ De l'urine et des sédiments urinaires [electronic resource]Chapitre 177 sur 185 · CALCULS URINAIRES · texte numérisé non relu

CALCULS URINAIRES

nière de les reconnaître ont déjà été décrites précédemment, il nous suffira ici d'indiquer le procédé général que l'on doit suivre pour l'analyse de ces concrétions, et pour les faits particuliers nous renverrons aux paragraphes qui traitent de leur histoire spéciale.

Si l'on a affaire à un dépôt graveleux, il sera généralement convenable de le soumettre tout d'abord à un examen microscopique, parce que fréquemment on peut reconnaître sa constitution chimique à la forme de ses cristaux, etc. Avant de procéder à l'examen chimique, on le débarrasse des impuretés qui y adhèrent et on le lave avec de l'eau distillée. Si les particules sont grosses, on les transforme en une poudre fine.

S'il s'agit de calculs, il faut se rappeler que souvent ils sont composés de plusieurs couches qui différent par leur composition chimique. C'est pourquoi on doit les scier et encore mieux les briser, et soumettre à l'analyse une petite quantité de la poudre provenant des couches qui ne présentent pas le même aspect.

Dans ce cas aussi, il est convenable de laver la poudre avec de l'eau distillée avant de l'essayer, afin d'enlever les éléments de l'urine qui ne font pas partie de la composition du calcul et qui l'ont pénétré par infiltration.

Si l'on veut procéder avec toute la certitude possible, et cette méthode doit être surtout conseillée aux personnes peu exercées, on commence par chauffer au rouge sur une lame de platine, à l'aide de la lampe alcool, un petit échantillon de la concrétion pulvérisée.

I. Si la substance brûle complètement, ou bien en laissant un résidu extrêmement petit, la concrétion peut être constituée par l'un des corps suivants :

Acide urique ou urate d'ammoniaque,

Xanthine,

Cystine,

Composés protéiques, Urostéalithe.

Maintenant, pour déterminer quel est celui de ces corps qui entre dans la composition de la concrétion, on procède de la manière suivante :

On recherche d'abord l'acide urique. Si en traitant la poudre par l'acide azotique et l'ammoniaque (d'après page 40, 8 et p. 42, a), on obtient la réaction de la murexide parfaitement évidente, la concrétion consiste en acide urique ou en urate d. ammoniaque. Ces deux substances se distinguent l'une de l'autre, parce que l'acide urique n'est que très-peu soluble dans l'eau bouillante, tandis que l'urate d'ammoniaque se dissout beaucoup plus facilement et en plus grande quantité ; lorsque la solution s'est refroidie, le sel ammoniacal se

précipite et, arrosé avec une lessive de potasse, il dégage de l'ammoniaque (voy. p. 149, 3).

Les calculs d'acide urique sont généralement très-fréquents et ils peuvent atteindre un volume considérable. Ils sont généralement colorés (jaunâtres, rougeâtres, brun rouge), rarement blancs, ils ont ordinairement une surface lisse et possèdent une dureté assez grande.

Les calculs d'urate d'ammoniaque sont rares et généralement peu volumineux; ils ont une couleur plus claire (blanchâtre ou jaunâtre) et une consistance plus terreuse que les calculs d'acide urique.

Si l'on n'obtient pas la réaction de la murexide, la concrétion combustible peut être formée par de la xanthine.

Xanthine. Cette substance se dissout dans l'acide azotique sans dégagement gazeux, et après l'évaporation de la solution, il reste un résidu coloré en jaune-citron vif, qui n'est pas rougi par l'ammoniaque, mais se dissout dans la potasse caustique avec une couleur jaune rouge foncé (voy. § 5, p. 30). Comme la guanine , dont la découverte est toute récente, donne aussi la même réaction, il est toujours nécessaire de prendre quelques précautions avant de décider qu'une concrétion est composée de xanthine. Cependant, la guanine n'a pas encore été rencontrée dans les concrétions urinaires.

Les calculs de xanlhine sont très-rares, et jusqu'à présent on n'en a trouvé que quelques exemples. Ils sont brun clair (brun blanchâtre ou brun de cannelle), assez durs; par le frottement, ils acquièrent l'éclat de la cire et ils sont généralement formés de couches concentriques, amorphes, faciles à séparer.

Les calculs de cystine sont également assez rares ; ils ont une couleur jaune mat,, leur surface est lisse et leur cassure cristalline avec l'éclat de la cire ou de la graisse. Ils sont assez mous, ils peuvent être facilement râpés, et leur poudre produit, au doigt qui la touche, la même sensation que la poudre de savon.

Les caractères chimiques de la cystine sont les suivants : elle se dissout dans l'ammoniaque caustique, et, lorsque la dissolution s'évapore lentement, elle se dépose sous forme de cristaux très-caractéristiques, qui constituent des tables hexagonales régulières. En outre, elle se dissout dans les acides minéraux et dans une solution chlorhydrique évaporée lentement elle cristallise en groupes d'aiguilles divergentes et radiées. Elle contient une grande quantité de soufre ; de telle sorte que si l'on dissout dans une lessive de potasse une concrétion contenant de la cystine, puis si l'on fait bouillir après avoir ajouté un peu d'acétate de plomb, il se produit un précipité noir de sulfure de plomb, qui donne au mélange l'apparence de l'encre. (Voy. g 47.)

Los calculs composés de substances protéiques (formés par de la fi-

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brille ou du sang coagulé) sont également très-rares. Ils ne présentent aucune trace de cristallisation, ils répandent, lorsqu'on les brûle, une odeur de corne brûlée, ils sont insolubles dans l'eau, l'alcool et l'éther ; ils se dissolvent dans une lessive de potasse et peuvent en être précipités par les acides ; ils se gonflent dans l'acide acétique et sont solubles dans l'acide azotique bouillant.

Les calculs à'urostéalithe sont aussi très-rares ^ A l'état frais, ils sont mous, élastiques, semblables au caoutchouc. Par la dessiccation, ils diminuent de volume, deviennent cassants, brun clair ou noirs, assez durs, mais la chaleur les ramollit. Lorsqu'on les chauffe, ils fondent sans se décomposer, ils se boursouflent et dégagent une odeur trèsforte, qui rappelle celle d'un mélange de gomme-laque et de benjoin. Si on les fait bouillir avec de l'eau, ils se ramollissent sans se dissoudre. Ils se dissolvent facilement dans l'éther; l'urostéalithe amorphe qui reste lorsqu'on évapore la solution éthérée se colore en violet si l'on continue de chauffer. Ils se dissolvent facilement à chaud dans la potasse caustique et sont transformés en savon. Ils se dissolvent dans l'acide azotique avec un faible dégagement gazeux et sans se colorer; le résidu devient jaune foncé au contact des alcalis.

II. Si la concrétion est incombustible, ou bien si après avoir été chauffée au rouge elle laisse un résidu considérable , elle peut être formée des substances suivantes :

Uratesavec bases fixes (soude, magnésie, chaux),

Oxalate de chaux,

Carbonate de chaux,

Phosphate de chaux,

Phosphate ammoniaco-magnésien.

Vurate de soude, ïiirate de chaux et Vurate de magnésie constituent rarement les seuls éléments d'un calcul urinaire ; mais ils se rencontrent quelquefois en quantité plus ou moins grande dans des calculs dont la masse principale est constituée par d'autres principes ; ils se trouvent , par exemple , dans les calcuk d'acide urique et dans ceux d'urate d'ammoniaque.

Pour savoir si un calcul de cette espèce contient de l'acide urique combiné aux bases précédentes, on fait bouillir sa poudre avec de l'eau distillée, et l'on filtre la liqueur bouillante. Les urates, plus solubles dans l'eau chaude que l'acide urique, passent dans le liquide filtré. Celui-ci est évaporé à sec, et le résidu , qui contient les bases fixes, est chauffé au rouge. Si après cette opération le résidu colore en brun un morceau de papier de curcuma humide, on peut en con-

^ Voyez : F. Heller, m s. Archiv, 1845, p. 1, W. Moore, Dublin quaterly Journal, IS")!, et Chauve! et Vidau, Gaz, hebdom. d. méd. et d. chir. 22 déc. 1876.

dure qu'il contient de la potasse ou de la soude — on reconnaît celleci à la coloration jaune que le résidu communique à la flamme du chalumeau. Si l'on n'a pas chauffé trop fort, la magnésie et la chaux restent à l'état de carbonates, et alors elles ne se dissolvent pas dans l'eau, mais dans les acides étendus. Si l'on ajoute à cette dissolution du phosphate de soude et de l'ammoniaque, ces bases sont précipitées, sous forme de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate de chaux. Ces deux substances peuvent alors être séparées l'une de l'autre d'après la méthode qui sera décrite plus loin.

Ij Oxalate de chaux noircit lorsqu'on le calcine, par suite de la combustion de la matière organique, mais si l'on continue de chauffer, il devient blanc, sans entrer en fusion. Si l'on calcine fortement, il se produit de la chaux caustique, qui colore en brun un papier de curcuma humecté avec de l'eau. Par une calcination modérée, il se forme seulement du carbonate de chaux, qui se dissout dans l'acide chlorhydrique avec effervescence. Si l'on neutralise la dissolution avec de l'ammoniaque, il ne se produit pas de précipité, mais il s'en forme un lorsqu'on ajoute ensuite de l'acide oxalique, et alors il se dépose de l'oxalate de chaux, que l'on peut reconnaître au microscope à sa forme cristalline (voy. g 45, B). L'oxalate de chaux ne se dissout ni dans Feau bouillante, ni dans une lessive de potasse caustique ; il se dissout dans l'acide chlorhydrique, mais sans effervescence.

Les calculs d'oxalate de chaux sont assez fréquents, notamment chez les enfants. Tantôt ils sont petits (gros comme des graines de chanvre), de couleur pâle et lisses, tantôt ils sont volumineux : dans ce cas, leur surface est rugueuse , bosselée , mamelonnée , et ils sont colorés en brunâtre et même en noirâtre {calculs muraux). Ces derniers, à cause de leur surface rugueuse , irritent ordinairement trés-fortement les voies urinaires et donnent lieu pour cette raison à des accidents graves (inflammation, hémorrhagie).

Les calculs dans lesquels le carbonate de chaux constitue l'élément unique ou seulement l'élément principal se rencontrent assez rarement. Ils se trouvent généralement en grand nombre chez le même individu, ils ont une couleur gris blanc (rarement plus foncée, jaunâtre, brunâtre), et presque tous ils ont un aspect terreux analogue à celui de la craie. Leur formation indique que l'urine ne renferme pas assez d'acide phosphorique. Plus fréquemment le carbonate de chaux, mélangé avec de l'oxalate de chaux ou des phosphates terreux , forme l'élément secondaire d'autres calculs.

Les calculs de carbonate de chaux noircissent quand on les calcine, parce qu'ils renferment une quantité assez considérable de substance organique (mucus), et si l'on continue de chauffer, ils deviennent

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