Tyrosine
Formule ; mV^ki^^ fG»8HiiAzO«]
Carbone 59,67
Hydrogène .... 0,08
Azote 7,75
Oxygène 26,52
A. État naturel. — La tyrosine se forme d'une manière tout à fait analogue à celle de la leucine, mais un peu après cette dernière, et le plus souvent à côté d'elle pendant la décomposition des matières animales riches en azote. D'après les recherches approfondies de Radziejewski S la tyrosine ne se rencontre nulle part dans l'organisme normal, mais dans les affections du foie on la trouve dans cet
organe, dans la veine hépatique et dans la veine porte, dans la bile des personnes atteintes de typhus, dans les crachats d'affections bronchiques croupeuses,etc. Leyden a trouvé la tyrosine dans les crachats d'une petite fille qui toussait depuis dix ans.
On la rencontre dans l'urine de personnes atteintes de typhus, de variole,et elle s'est surtout montrée en grande quantité, à côté de la leucine, dans Talrophie aiguë du foie. (Frerichs. 0. Schultzen et L. Riess.) Fig. 20. — Tyrosine. ^* Gf^'^CLctères microscopi-
ques. — La tyrosine forme une masse cohérente, soyeuse et blanche comme la neige, qui consiste en
* Loc. cit.
§ .17 TYROSINE. 15:)
long ues aiguil les brillantes réunies en amas, et ces aiguilles sont ellesmêmes formées d'aiguilles plus petites groupées en étoiles (fig. 20). Dans une solution ammoniacale elle cristallise souvent en globules qui sont composés d'un grand nombre de fines aiguilles rayonnées et qui paraissent dentelés sur toute la périphérie, parce que de petits cristaux pointus dépassent le bord des globules. Lorsqu'on écrase sous le couvre-objet un globule de tyrosine de ce genre, il se divise en fragments, qui sont constitués par des aiguilles extrêmement fines. {Scher er).
G. Caractères chimiques. — La tyrosine est sans odeur et sans saveur; elle est très-difficilement soluble dans Veau froide^ elle se dissout facilement dans l'eau bouillante, encore plus facilement dans les acides et dans les alcalis, mais elle est insoluble dans l'alcool et dans l'éther.
1 . Lorsqu'on la chauffe elle répand une odeur de phénol et de nitrobenzine (Kühne) ; elle nest pas siiblimable.
2. L'acide azotique évaporé avec précaution avec de la tyrosine donne, outre l'acide oxalique, un corps jaune qui est du nitrate de nitrotyrosine ; ce résidu est coloré en brun-rouge foncé par la potasse et l'ammoniaque. — Si sur une lame de platine on évapore de la tyrosine avec de l'acide azotique (densité =: 1,2), la tyrosine se dissout rapidement et se colore en jaune-orange vif dès que commence à se faire sentir l'action de l'acide azotique chaud. Par l'évaporation il reste un résidu brillant, transparent et coloré en jaune foncé: si sur ce résidu on verse quelques gouttes de lessive de soude, le liquide se colore immédiatement en jaune-rouge foncé et laisse, lorsqu'on l'évaporé, un résidu brun-noir intense. Schérer préfère cette réaction même à celle de Piria (4), à cause de sa facile réussite.
5. Si l'on mélange une solution de tyrosine bouillante avec une dissolution d'azotate de bioxyde neutre de mercure obtenue en traitant un excès de bioxyde de mercure avtî l'acide azotique, il se produit un volumineux précipité blanc-jaunâtre. Si ensuite on mêle quelques gouttes d'acide azotique fumant avec beaucoup d'eau et si l'on ajoute goutte à goutte de ce mélange au liquide à essayer, que l'on a soin de laisser bouillir de nouveau après l'addition de chaque goutte, le précipité blanchâtre devient aussitôt rouge foncé. En présence de quantités très-petites de tyrosine le liquide, qui auparavant était seulement laiteux, prend une coloration rouge pâle et ce n'est qu'au bout de quelque temps que des flocons rouge foncé se déposent, tandis que le liquide devient incolore. (L. Meyer.)
4. Si dans une capsule de porcelaine on arrose de la tyrosine avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, la tyrosine se dissout
lorsqu'on chauffe doucement, et prend une couleur rouge passagère. Si, après avoir étendu avec de l'eau, on sature l'acide avec un lait de carbonate de baryte, si l'on fait bouillir pour décomposer le bicarbonate de baryte, et si l'on ajoute au liquide filtré une solution neutre et étendue de perchlorure de fer, il se produit une belle couleur violette. Il ne faut pas que de grandes quantités de leucine soient mélangées avec la tyrosine. Cette réaction est très-sensible ; avec une liqueur contenant 1/6000 de tyrosine, dans un tube d'essai ordinaire, la couleur paraît encore rouge-rose vif; avec une couche de 6 centimètres d'épaisseur, le liquide contenant 1/25000 de tyrosine, on observe encore d'une manière évidente une coloration rouge-rose, et il en est de même pour une liqueur contenant 1/45000 de tyrosine et examinée sous une épaisseur de 24 centimètres. [Piria. Städeler.)
D. Préparation. — Avec un mélange de 2500 grammes d'acide sulfurique anglais et de 6500 grammes d'eau on arrose 1000 grammes de râpure de corne, et l'on fait bouillir pendant vingt-quatre heures, en ayant soin de remplacer l'eau qui s'évapore. Ensuite on élimine l'acide sulfurique au moyen d'un lait de chaux, on filtre, on lave avec de l'eau bouillante, et, après avoir réduit la dissolution à environ 6 kilogrammes, on débarrasse le liquide filtré de la chaux dissoute en y ajoutant avec précaution de l'acide oxalique. On évapore le liquide filtré jusqu'à ce qu'une pellicule cristalline se forme à sa surface. Les groupes de cristaux obtenus sont constitués par de la leucine, accompagnée de quantités variables de tyrosine qui fait rarement défaut. Pour séparer ces deux substances on se sert de leur différence de solubilité dans l'eau ; on dissout les groupes cristallins dans autant d'eau bouillante qu'il est nécessaire pour que, par le refroidissement, il ne se sépare qu'une faible portion des cristaux ; ces cristaux sont des aiguilles blanches de tyrosine difficilement soluble. On obtient la leucine en masses cristallines blanches en décolorant l'eaumère avec du charbon animal et en évaporant de nouveau. (Schwanerty Ueber Leucin; dissertation, Gœttingen 1857. Städeler, Annal, d. Chem. u. Pharm., t. CXVl, p. 61.)
Une excellente méthode a été indiquée par W. Kühne * : le pancréas d'un animal bien nourri, et auquel on a donné encore, cinq ou six heures avant sa mort, une alimentation abondante, est pesé frais, haché et trituré en une bouillie fine avec de l'eau et du sable; à la bouillie ainsi obtenue on ajoute dix fois son poids de fibrine de sang- brute, et l'on mélange le tout avec 12 ou 15 parties d'eau, qu'il est convenable de chauffer préalablement avec la fibrine à 45". En agitant fréquemment, on maintient la masse à cette température pendant quatre ou cinq heures, puis on ajoute un peu d'acide acétique et l'on chauffe à l'ébuUition, On passe ensuite sur une toile, on évapore le liquide jusqu'à consistance de sirop peu épais et lorsqu'il est encore
* Archiv, f. pnlli. Anat., t. XXXIX, p. 130. Zeitschrift f. analijt. Chemie, t. VI, p. 282.
TYROSINE.
chaud on le mélange et, l'agite dans un ballon avec de Talcool concentré jusqu'à ce qn'il se produise un dépôt tloconneux bien apparent. Après le relroidissement on filtre pour séparer ce dépôt, et l'on coiicentre le liquide filtré par distillation, jusqu'à ce qu'il forme à chaud une bouillie épaisse. Lorsque la masse a été abandonnée dans un lieu froid, pendant un jour, on la sépare autaiit que possible de l'eau-mère en la versant sur un liltre, on lave avec un peu d'eau froide et ensuite on suspend dans une grande quantité d'eau à environ 50° : toute la ieucine entre en dissolution, tandis que la tyrosine reste presque blanche. Pour purifier celle-ci, on fait cristalliser d'abord dans feau bouillante et ensuite, pour obtenir de gros cristaux, dans l'acide chlorhydri({ue ou dans l'ammonia({ue.-
E. Recherche qualitative. — Dans l'atrophie aiguë du foie Turinc renferme presque constamment de grandes quantités de Ieucine et de tyrosine, tandis que dans le même temps on ne trouve dans ce liquide que des traces des substances telles que l'urée, qui, à l'état normal, représentent le produit final de la métamorphose de la matière. Souvent une urine de ce genre dépose spontanément un sédiment jauneverdàtre peu cohérent et constitué par des amas globuleux d'aiguilles de tyrosine; en outre, cette urine, évaporée sur le porte-objet, laisse de nombreux cristaux de ces deux substances. Pour obtenir de grandes quantités de tyrosine et de Ieucine, Frerichs débarrassa des matières colorantes et extractives une urine de ce genre, qui donnait également d'une manière nette la réaction des pigments biliaires, et dans ce but il la précipita aussitôt après son extraction à l'aide de la soude avec de l acétate de plomb basique ; cela fait, il filtra, précipita dans le liquide filtré l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré, et concentra le liquide clair. Au bout de vingt-quatre heures il s'était séparé une quantité de tyrosine ^ suffisante pour plusieurs analyses élémentaires ^. On fait cristalliser dans l'eau bouillante la tyrosine obtenue, et avec les cristaux on fait les essais chimiques et microscopiques. — Pour découvir la Ieucine, on traite d'abord le résidu d'évaporation avec de l'alcool absolu froid, tant que celui-ci dissout encore quelque chose, et ensuite on l'épuisé avec de l'alcool bouillant de force ordinaire ; alors il reste ordinairement une substance visqueuse brun foncé, soluble dans l'eau et qui contient le reste de la tyrosine. La solution alcoolique obtenue en dernier lieu est évaporée à consistance sirupeuse, et dans le résidu abandonné à un long repos la Ieucine qui peut être présente se dépose sous la forme des globules précédemment ment décrits g 56, B, et que l'on soumet aux essais microscopiques et chimiques. Mais auparavant il est plus convenable de purifier encore la Ieucine obtenue et débarrassée le plus possible de l'eau-mère en la comprimant entre des feuilles de papier, et, dans ce but, on peut se
* A côté de la tyrosine on trouva encore un autre corps, cristallisant dans la même forme et qui était plus riche en azote (8,85 p. 100). ^ Frericlis. Deutsche Klinik, 1855, n" 51, p. 545.
servir du composé qu'elle forme avec l'oxyde de plomb ; avec de l'ammoniaque on rend fortement alcaline la solution aqueuse de la leucine, et ensuite on y verse une solution d'acétate neutre de plomb ou du sous-acétate de plomb, tant qu'il se forme un précipité. On rassemble le précipité sur un filtre, on le lave seulement un peu, on le suspend dans l'eau et on le décompose par l'hydrogène sulfuré. Après l'évaporation, le liquide filtré déposera des cristaux de leucine pure (Lehmann). Si l'urine contenait de l'albumine, il faudrait auparavant coaguler celle-ci par la chaleur et employer le liquide filtré pour la recherche de la tyrosine et de la leucine.
Il est en outre à remarquer qu'une urine de ce genre doit être examinée à l'état frais, parce que la leucine en contact avec les matières animales en putréfaction se décompose avec une extrême facilité, en donnant naissance à de l'acide valérianique.
L'urine décrite par Frerichs, et provenant d'un malade atteint d'atrophie aiguë du foie, contenait 4,9 p. 100 de résidu solide et 0,14 p. 100 de cendre. Le résidu était fortement acide, l'urée y fut inutilement cherchée. Il contenait, à côté de la leucine et de la tyrosine, une matière extractive visqueuse et analogue à celle qui se forme en même temps que la leucine et la tyrosine lors de la décomposition artificielle des matières protéiques par les acides. La cendre était formée principalement de chlorures et de sulfates; il est remarquable que les phosphates alcalins et terreux faisaient complètement défaut. Ces indications ont été en partie confirmées par 0. Schnitzen et L. Riess *.
§ 38. Acide oxyformobenzoyliqiie.
Carbone 57,14
Hydrogène. ... 4,70 Oxygène 58,10
État naturel. — L'acide oxyformobenzoylique a été trouvé par 0. Schnitzen et L. Riess ^ en même temps que de la leucine, de la tyrosine et de l'acide sarkolactique, dans l'urine de plusieurs personnes atteintes d'atrophie aiguë du foie. Les urines contenaient, en outre, des pigments et des acides biliaires; de petites quantités d'albumine et de cette substance analogue aux peptones, qui, dans fempoisonnement par le phosphore, apparaît souvent et en quantités considérables dans l'urine (page 90). L'uree manquait complètement ou était réduite au minimum. La leucine et la tyrosine ne faisaient jamais défaut, de sorte que la présence de ces corps dans l'urine peut être regardée comme presque aussi pathognomonique pour l'atrophie aiguë
Formule : mm'^
^ Ueber acut. Phosphnrvergiftung und Leb er atrophie. Berlin, 4S09, p. 09. ^ Loc. cit.
g 58 AGIDE OXYFORMOBENZOYLIQUE. 159
du foie que l'albumine pour la néphrite et le sucre pour le diabète sucré.
Recherche et propriétés. — L'urine fut débarrassée de tyrosine et de leucine par évaporation, l'eau-mère précipitée par l'alcool absolu, la solution alcoolique évaporée et le résidu sirupeux, préalablement additionné d'acide sulfurique étendu, épuisé complètement par l'éther. Les extraits éthérés réunis laissèrent, par évaporation, un résidu brun, fluide, duquel se séparèrent, avec des gouttes huileuses brunes, de longues aiguilles minces et incolores. Traitées par l'eau, celles-ci entrèrent en dissolution. Dans le liquide filtré, de couleur jaunâtre clair, une solution d'acétate neutre de plomb ne produisit qu'un précipité floconneux peu abondant et le liquide fut décoloré. Le liquide filtré clair comme de l'eau donna immédiatement avec l'acétate de plomb basique un abondant précipité floconneux, qui, au bout de peu de temps, se réunit en une poudre cristalline grenue et pe. ante. La combinaison fut suspendue dans l'eau et décomposée par l'hydrogène sulfuré. Le liquide filtré donna, par évaporation, le nouvel acide en aiguilles incolores, soyeuses, très-flexibles.
L'acide oxyformobenzoylique pur fond à 102% il contient de l'eau de cristallisation, qu'il commence à perdre au contact de l'air et qui se dégage complètement à 150°. Il se dissout facilement dans l'eau chaude, moins facilement dans l'eau froide, mais il se dissout avec facilité dans l'alcool et dans l'éther. Chauffé dans un tube de verre avec de l'hydrate de chaux , il donna naissance à des gouttes huileuses brunes, qui avaient l'odeur de l'acide phénique et produisaient, en solution aqueuse, avec le perchlorure de fer, une coloration violet foncé.
L'existence simultanée de la tyrosine et de l'acide oxyformobenzoylique dans l'urine, donne à penser, en présence des rapports chimiques de ces deux substances , que la dernière dérive de la première. C'est ce que l'on peut représenter par l'équation suivante :
[C^^H^^AzO^ -hO' = ù^O' -h AzH^' + C^WO^
D'après la même méthode, 0. Schnitzen et L. Riess (*) ont retiré de l'extrait éthéré de l'urine, dans l'empoisonnement aigu par le phosphore, des groupes mamelonnés de lamelles ténues, incolores et rhombiques, constituées par un nouvel acide aromatique. Fondu avec du potassium, cet acide fournit du cyanogène, et, distillé avec de la chaux, il donna de l'aniline. L'acide entra constamment en fusion à 184-185'»; le sel d'argent contenait 53,92 p. 100 d'argent. Malheureusement la matière manqua pour une étude plus complète.
^ Loc. cit., p. 57.
§ 39. Pyrocatécliine (A.cide oxyphéniquc).
W. Ebstein et J. Muller ^ ont trouvé dans l'urine d'un enfant de quaire mois un corps qui, par toutes ses propriétés, ressemblait à la pyrocatéchine. L'urine, incolore au moment de son émission, prit, au contact de l'air, une nuance rougeâtre qui, avec le temps, se fonça de plus en plus jusqu'à devenir rouge pourpre. Par l'addition d'une lessive de potasse, elle devint brunâtre, mais, plus tard, elle prit, notamment lorsqu'on l'agitait, une coloration brun-noir.
Recherche. — 200 centimètres cubes de l'urine furent évaporés au bain-marie et le résidu fut agité plusieurs fois avec de l'alcool absolu. Le résidu ne brunissait pas. Le corps en question avait été, par conséquent, entièrement dissous par l'alcool. La solution alcoolique filtrée fut évaporée au bain-marie et le résidu agité à plusieurs reprises avec de l'éther. Après l'évaporation de l'éther, il resta une masse sirupeuse jaune, qui fut traitée à froid avec un peu d'eau pour séparer l'acide hippurique. Cette dissolution offrait toutes les réactions de la pyrocatéchine :
1. Evaporée sur un porte-objet en présence d'acide sulfurique, elle donna naissance à des cristaux blancs ayant la forme de prismes droits.
2. Les alcalis produisaient dans la solution une coloration verte. La-couleur devint peu à peu brun-vert, brune, et enfin presque noire.
0. Les solutions d'argent, d'or et de platine la réduisaient même à froid.