CHAPITRE IL
Comment resprit philosophique s'est-il formé parmi nous ?
Daos tous les temps les hommes ont plus ou moins fait usage de leur raison •, il leur est impossible d'y renoncer entièrement. Il est pourtant vrai que Tart d'appliquer le raisonnement aux différents objets de dos spéculations et de nos recherches est un art plus nouveau qu'on ne pense.
L'ignorance, les préjugés, ont été long-temps de grand» obstacles aux progrès de l'esprit humain.
Quand je parie de l'ignorance , je n'entends pas celle qui fait que l'on manque de certaines connaissances, mais celle qui fait que l'on ne se connaît pas soi-même , et que l'on n'a ni le pouvoir ni la liberté de se servir de son propre entendement.
Cette espèce d'ignorance est compatible avec beaucoup d'érudition.
Il existe entre la simple érudition et la véritable science la différence que Ton remarque entre le jugement et la mémoire. La simple érudition n'est qu'un dépôt de faits et de matériaux divers; la science suppose ce dépôt , mais elle le transforme en propriété et elle en règle l'usage. On est érudit par la multitude ou par la masse des choses acquises -, on est savant par la manière de les choisir et de les employer. L'homme purement érudit possède; le vrai savant jouit. La science aide le génie; presque toujours la simple érudition le tue.
Dans le siècle qui suivit la destruction de l'empire grec^ et que l'on regarde comme l'époque de la renaissance des lettres en Europe , il y eut beaucoup d'érudition et peu de
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science. Tout se réduisait à lire , à compiler et à commenter les anciens 5 on savait ce que les autres avaient pensé, on ne pensait pas soi-même.
L'abbé Millot (i) et Gibbon (2) prétendent que les connaissances qui nous furent apportées, à cette époque, par les Grecs échappés de Constantinople , donnèrent plutôt des fers que du ressort à la raison humaine. D'après ces auteurs, les ressources ne manquaient pas en Occident: on y avait toutes les richesses littéraires de l'ancienne Rome; et il est vraisemblable, disent-ils, que Ton eut fait des progrès plus rapides, si la fureur d'apprendre la langue grecque, c'est-à-dire si l'étude des mots n'eût détourné les hommes de celle des choses.
Mais ignore-t-on que les ouvrages des historiens , des philosophes, des poètes et des orateurs romains étaient ensevelis dans les monastères , et qu'ils n'étaient même pas lus par les moines? On ne parlait plus la langue dans laquelle ces ouvrages étaient écrits; le latin , banni du commerce habituel de la société, s'était réfugié dans les chants de l'Eglise et dans les livres de la religion. Je dois même faire observer que les traductions des livres saints, quoique l'ouvrage des premiers siècles du christianisme , manquaient de correction et d'élégance, et que le latin qu'on psalmodiait dans les temples était extrêmement corrompu. Pétrarque, si célèbre par ses poésies et par ses amours , et si digne de Têtre par les soins qu'il prit pour la recherche des connaissances utiles, n'avait excité qu'une émulation qui ne put lui survivre. Avant le quinzième siècle on ne comptait encore que quelques universités dans les immenses contrées que nous habitons. En général , depuis que les nations barbares, dont nous étions devenus la conquête, avaient formé leurs établissements , toutes les tra-
(1) Eléments d'histoire générale.
(2) Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, cli. 66, tome 16 , de la Irad. franc, de Scptchêneel Ganlwell , p. 446 et suiv. , iri.8°. Paris, 1786.
ces de notre ancienne civilisation avaient presque disparu 5 dV'paisses ténèbres couvraient l'Europe; elle était retombée dans le chaos-, il eut fallu un nouveau Prométhéepour faire descendre du ciel le feu sacré qui donna la vie et la lumière au monde.
C'est dans cet état de choses qu'une multitude innombrable de Grecs fugitifs se répandit partout , et fit refluer dans nos climats le peu de connaissances qui restaient aux hommes.
La langue grecque, publiquement enseignée, devint comme la clé d'or qui nous ouvrit tous les riches et précieux dépôts de l'antiquité. On vit subitement sortir de la poussière une foule de chefs-d'œuvre en tout genre. Leur découverte fut une espèce de révélation •, elle remua les esprits. L'émulation fut encouragée par la protection des Médicis, du pontife Nicolas V., et de François P"". Le mou- Yement devint général : les sciences , les lettres et les beaux-arts na'quirent.
Je sais que le goût pour les langues savantes nous détourna d'abord du soin de perfectionner les langues vulgaires,* il devint difficile d'avoir une littérature nationale. De plus, comme, dans les choses de pur agrément, il est naturel de goûter le plaisir de la jouissance avant de sentir le besoin de la perfection et du raffinement , il arriva que l'imagination, saisie des beautés qui s'offraient à elle, s'astreignit long- temps à une trop servile imitation.
Les mêmes inconvénients n'étaient point à redouter dans les sciences.
Les sciences appartiennent à toutes les langues*, mais toutes langues ont besoin d'être perfectionnées pour pouvoir convenir aux sciences. La grossièreté et l'indigence de nos idiomes n'eussent pu que retarder nos progrès. Il était heureux pour nos pères d'avoir eu à étudier les pensées des autres, et à exprimer leurs propres pensées dans des langues qui avaient été épurées et enrichies par les peuples les plus polis et les plus éclairés, et qui étaient
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parvenues au point où la parole donne une âme aux objets des sens, et un corps aux abslraclions de la philosophie.
On a demandé si les philosophes et les savants ne devaient pas avoir une langue universelle, et s'ils ne devraient pas choisir cette langue parmi celles qu'on appelle langues mortes^ et qui ne sont plus susceptibles de variation : car ce ii'esl que quand elles sont mortes que les langues deviennent immorlelles (i). L'usage d'un idiome qu'on ne parle plus dans la société peut empêcher les lumières de s'étendre, mais non de se perfectionner. Peut-êlre gagnerait-on en élévation ce qu on perdrait en surface. Les connaissances seraient moins communes, mais plus sûres. Ou bannirait le demi-savoir, presque toujours plus dangereux que l'ignorance même.
.Mais quoi qu'il en soit de la question prise trop généralement, il est du moins certain que, dans le premier moment de la renaissance des lettres et des sciences, et dans l'état où étaient nos idiomes vulgaires, ce fut un grand avantage, en découvrant ce que les anciens avaient écrit, d'hériter à la fois de leurs connaissances et de leurs langues.
Ceux qui soutiennent que la masse de ces connaissances, jointe à la difficulté d'étudier des langues étrangères, nous accabla sans nous éclairer, n'ont pas assez réfléchi sur la marche de l'esprit humain.
Dans le cours ordinaire des choses, les sciences et la philosophie n'avancent que très lentement à la suite des lettres et des beaux-arts. Une lumière soudaine ne pouvait que hâter nos succès en favorisant nos efforts. Si, dans les arts de pur agrément, on jouit quand on conserve et quand on imite, dans les sciences on ne jouit que quand on acquiert. Lorsqu'on a commencé à penser, on pense toujours. Dès le premier pas que l'on fait dans la carrière, l'horizon recule et s'étend. Plus on connaît, plus on
(1) Rivarol.
veut connaître, plus on cherche à dëcouvrir. Il est donc vraisemblable que les connaissances qui nous furent apportées auraient produit l'heureux effet de nous faire sortir de notre lëLhargie, si, par un certain concours de circonstances, cette léthargie n'eût été prolongée par la servitude.
Les Grecs , qui devinrent nos instituteurs , étaient grands controversistes; ils avaient poursuivi avec ardeur les ombres flottantes de la métaphysique des anciens: ils firent un monstrueux mélange de celte métaphysique et des dogmes du christianisme. Les subtilités d'une philosophie obscure, incomplète et mutilée, défigurèrent l'auguste simplicité de la religion, et l'abus que l'on fit de l'autorité naturellement attachée aux choses de la religion comprima les efforts de la véritable philosophie.
Il s'était élevé en Europe, depuis Charlemague, une espèce de docteurs connus sous le nom de scolastiques, qui voulurent régner dans l'église comme dans les sciences. Ces docteurs, qui n'avaient besoin, pour leur gloire, que d'un peu de lecture et de loisir, se roulèrent servilement sur les connaissances imparfaites qui leur avaient été transmises par les commentateurs arabes.
Ils se divisèrent d'abord entre Platon et Aristote; mais Aristote, condamné, dans le treizième siècle, par des sentences ecclésiastiques, et ensuite réhabilité par d'autres sentences ecclésiastiques, finit par dominer souverainement dans les écoles chrétiennes (i). Un légat, réformant l'Université de Paris vers le milieu du quinzième siècle, ordonna, par un
(i) Le concile tenu à Paris en 1210 , pour la coudaraualion d'Amaury et de ses sectateurs, ordonna de brûler tous les livres de la méliiphysiquc dAristote , avec défense , sous peine d'excommunication , de les transcrire, de les lire, de les f;arder. Quant aux livres de la physique générale de ce philosophe , que Ton lisait aussi à Paris depuis ([îielques années , on en défendit seulement la lecture pondant trois ans. Ou apporta ensuite quelque modération et quelque tempérament à la rigueur de cette disposition ; enfin , par un décret de deux cardinaux , Jean de Blaudiac et Gilles Hiscelin de Montagne , que le pape l rbain V envoya à Paris l'an i5G6,pour réformer l'Université, les éco-
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décret, que l'on enseignerait la doctrine de ce philosophe. Ainsi s'établit l'empire des faux savants, qui est le plus dur de tous les empires. Il ne comporte ni examen ni contradiction. On peut craindre de se tromper quand on sait faire usage de sa propre raison -, on est imperturbable quand on se dirige par celle des autres. Alors on devient tyran, précisément parce qu'on est esclave.
En même temps qu'on accordait au philosophe Aristote la même autorité qu'à l'Ecriture sainte, on invoquait les textes de l'Ecriture, pour établir ou pour combattre des systèmes de physique et d'astronomie. Un tribunal redoutable (i), malheureusement trop connu dans le midi de l'Europe, fut chargé de poursuivre toute opinion contraire aux opinions régnantes, et de punir quand il ne fallait qu'instruire.
On perdait de vue que la religion n'a point été donnée aux houimes pour former des physiciens, des astronomes, des géomètres, mais pour former des fidèles j que son objet est de propager, non les sciences, mais la vertu, et que, si elle propose des mystères et des dogmes à notre foi, elle abandonne les divers systèmes du monde à nos disputes et à notre raison.
iiers , avant d'êlre reçus à déterminer aux arts , à êlre licenciés es arts, ou promus au grade de maître es arls , devaient être examinés sur divers livres d'Arislole , tels que les Topiques , le livre De l'âme, les Morales , les Météores , la Physique , les trailés de la Génération et de la Corruption , celui du Ciel , la Mécanique , etc. Ce décret fut confirmé et renouvelé en i452 par le cardinal dEslouteville. Depuis ce tempslà la doctrine d'Aristote a toujours prévalu dans l'Université de Paris, jusqu'à ce que les heureuses découvertes du dernier siècle aient ouvert les yeux aux savants, et leur aient fait embrasser un système de philosophie bien différent des anciennes o|ni)ions de l'école.
Fleury, Hist. ceci. , in-4®, Avignon , 1777, !• 76 , n. 69, tome 11, p. 'io); 1. 96 , n. 56, tome i3,p. 649.
Rollin , iït'st «ne, Paris, in-12, 1708, tome 12, p. 678.
Duboulai,Htst.l/M(i;. Parisiens. , in-fol. , tome45 p. 588, et tome5, p. 574.^
(1) L'Inquisition.
La politique semblait, avoir fait une alliance avec l'école pour étouffer la raison. Les gouvernements se mêlaient des questions les plus indifférentes et les plus contentieuses de la métaphysique. Chaque opinion devenait l'objet d'une ordonnance , et chaque controverse était traitée comme une affaire d'état (i).
A cette époque, la philosophie n'avait point d'asylesur la terre. Quand son temps fat venu (2), elle eut un précurseur dans l'immortel chancelier Bacon , qui développa, avec autant d'étendue que de clarté, la filiation de toutes nos connaissances.
Descartes parut ensuite : il donna un nouvel essor à la pensée, et on vit poindre l'esprit philosophique.
Ce grand homme substitua la méthode à l'autorité. II secoua le joug de la scoiaslique , et il commença l'empire de la raison (5). Tandis que Gassendi remuait laborieusement les matériaux de la philosophie des anciens, Descartes jeta les fondements d'une philosophie toute nou-
(1) On sait que les péripatéticietis s'étaient divisés eu deux secles, celle des nominaux et celle des réalistes. Ceux -ci soutenaieut que les notions générales que recelé avait inystérieuseinent appelées nature universelle, relations, forinaiilés , sont des réalités dislinctes des choses ; ceux-ià pensaient , au contraire , que ce ne sont que des noms , par lesquels on exprime différentes manières de concevoir les objets. Louis XI défendit la lecture des livres des nominaux. Ainsi l'autorité , qu'il est toujours si facile de surprendre , et avec laquelle on ne raisonne pas , se déclara contre ceux qui avaient raison.
(2) J'expliquerai dans le cliapitie suivant les événements et les causes générales qui ont jiréparé les succès de la philosophie.
(5) Cejiendant Tautorilé lutta encore long-temps contre les effortset les progiès de l'esprit humain. Nous en avons une preuve dans 1 extrait d'une lettre de labbé Pirut à Pélissou ; cile est du 24 août 1691. Voici ce que nous lisons dans cet extrait : « Depuis peu le roi a fait dire « par l'archevêque , à (rois professeurs de Paris qui paraissaient donner « un peu dans le système de Descartes , de se conformer à la philoso- « phie d'Arislole , comme les censures de lUniversité et les arrêts du « jiariement les y obligeaient. » {OEuvres de Leibnitz ^ édit. de Dutens , in/i", Genève, 1768 , tome 1, p. 79,9. )
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yè\\e» On peut lui reprocher de n'avoir souvent remplacé des erreurs surannées que par des erreurs ingénieuses et brillantes. Son imagination domina dans sa philosophie, et cela devait être : les élans de l'esprit précèdent toujours les combinaisons mesurées de la science. Dans l'histoire générale de la raison humaine, comme dans celle de la raison individuelle de chaque homme, on ne fut jamais, avant l'observation et l'expérience, ce qu'on ne peut devenir que par elles.
Mais Descartes , par ses conceptions hardies , ne nous fit-il pas sortir de la servitude?
En créant l'art de douter , ne posa-t-il pas la première base de l'art de s'instruire? Selon Condillac , le doute méthodique est à la fois inutile et impraticable. (( Il est impraticable , dit-il , parce qu'il est impossible de douter des choses que l'on regarde, bien ou mal à propos, comme certaines-, il est inutile, parce que le simple doute peut tout au plus suspendre nos erreurs , sans nous fournir par lui-même aucun moyen de les prévenir. »
Il me paraît que Condillac va trop loin.
Il faut savoir se placer au temps où Descartes a parlé. Il s'agissait moins alors de bien diriger nos pensées que de nous rendre la faculté de penser. L'esprit humain languissait depuis long-temps dans une triste et honteuse minorité 5 il importait de le rétablir dans ses droits pour qu'il pût devenir capable de discerner ensuite la meilleure • manière d'en user. Les hommes n'eussent point appris à faire usage de leur raison , tant que l'habitude et l'autorité auraient tenu la place de la raison elle-même : c'était donc leur être infiniment utile que de les avertir de revenir sur leurs pas, et de refondre toutes leurs connaissances acquises. La meilleure manière de les défendre contre les préjugés, qui ne sont que des opinions sans jugement, était de les inviter à ne plus rien admettre désormais sans examen.
Dire que la force des préjugés rendait le doute impossible, c'est dire, en d'autres termes, qu'il faut désespérer
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du perfectionnemeat des hommes , quand ils sont une fois tyrannisés par les préjugés. Mais ignore-t-on qu'il suffit souvent de leur donner l'éveil? Dans l'universalité des hommes , n'y en a-t-il pas toujours qui sont plus disposés à recevoir le mouvement , et plus aptes à le communiquer aux autres?
Condillac a eu le mérite de perfectionner l'art de penser. Mais la liberté de la pensée a été conquise par Descartes. Cette liberté n'est pas même le seul bienfait dont nous soyons redevables à ce philosophe célèbre. Après avoir rendu le mouvement et la vie à l'esprit humain , il a su lui donner de nouvelles forces par l'application de l'algèbre à la géométrie , et de la géométrie à la physique : car il faut des méthodes dans les sciences , comme il faut des leviers dans la mécanique.
On sait que le calcul perfectionné et sagement appliqué est devenu l'instrument le plus actif de nos connaissances. L'action de nos sens et celle de notre entendement ont des bornes; le calcul n'en a point. A son aide toutes les distances sont mesurées et franchies, toutes les forces sont comparées, tous les temps sont rapprochés. C'est par le calcul que le passé, facilement conservé dans notre mémoire, continue d'exister pour nous. C'est par le calcul que nous enchaînons le présent, qui, sans lui , ne serait déjà plus; c'est encore par le calcul que l'avenir se trouve soumis à notre prescience (i). Eu un mot, c'est par le calcul que le domaine de la pensée est devenu plus vaste,, et son essor plus rapide.
Mais le calcul , qui conserve , qui rapproche , qui étend,
(i) Avec le calcul , on a prédit les éclipses , rapparitioti des comèles, et toutes les révolutions célestes ; avec In calcul, on fait i'aualyse des probabilités dans les jeux de hasard. Tout le monde connaît fapplicaliou qui a été faile ensuite de cette méthode d'analyser les probabilités à différentes questions relatives à la durée de la vie des hommes , au taux des rentes viagères , à celui des usures maritimes , à lutililé et au danger de linoculation , et à plusieurs autres semblables objets.
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qui réduit , qui compose et qui de'compose, ne cre'e pas. Les tourbillons de Descartes prouvent que Ton peut calculer des chimères comme Ton peut rassembler des vérités. Il faut de bons matériaux pour construire l'édifice des sciences; et du temps de Descartes on n'avait point encore les matériaux suffisants.
Heureusement le hasard remplissait par intervalles l'office de la raison , en sen)ant quelques découvertes. Ces découvertes furent recueillies par des hommes attentifs qui surent étudier les indications fugitives de la nature, et qui ne tardèrent pas à s'apercevoir que tout se réduit, pour nous , à observer des faits et à réformer nos idées d'après nos observations. Newton , le plus remarquable entre ces hommes , s'ouvrit une nouvelle route dans la révolution que Descartes avait commencée. Il proscrivit la physique de pur raisonnement •, il bannit le goût dangereux des hypothèses, et, avec le grand art de l'observation, aidé de l'expérience et de l'esprit de méthode, il perça les ténèbres, posa les règles de l'optique, et découvrit l'origine de la lumière. Il s'élança vers les cieux pour pénétrer les plus hauts secrets de la nature , il révéla à la terre étonnée la marche régulière de ces milliers de globes qui avaient jusque là si mystérieusement roulé sur nos têtes j il nous conduisit dans l'immensité des êtres; il nous mit, pour ainsi dire, en relation avec l'univers.
A cette époque Bayle fixait les règles de la critique, dont on doit lui reprocher d'avoir souvent outré l'application , même lorsqu'il ne s'en servait pas de mauvaise foi. Locke nous donnait la génération de nos idées et la théorie de l'entendement; Leibnitz reculait les bornes de nos connaissances.
De la cultiu'e des sciences exactes, de Thabitude de bien observer , de la pratique continuelle d'une saine dialectique fondée sur les principes solides d'une métaphysique éclairée, naquit l'esprit philosophique (i), qui est à la fois
(i) Dans les chapitres IV et V, je développerai dans le plus grand
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le principe et le but de toutes les méthodes, qui est utile à tout ce qui intéresse les hommes , qui a été porté si loia de nos jours, et dans lequel l'art d'analyser les objets avec soin , et de les classer avec ordre , domine et se montre éminemment.
détail ce que je no présente ici que sous un point de vue rapide cl général. Ou verra la dislance que Newton a mise entre lui et Descaries, et les raisons déduites de la marche oi^dinaire de Tes'prit humain , qui ont empêché pendant long-temps les contemporains de Newton , cî même ceux qui sont venus après lui, d'adopter les principes de s>a philosophie».
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