‹ De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècleChapitre 45 sur 87 · II · texte numérisé non relu

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siologie. Ce dernier, en observant les yeux des poissons, est parvenu à de'couvrir , par l'anatomie comparée, que la rétine est le véritable organe de la vi«ion. JVlorgagni et Monroe ont profondément étudié le genre nerveux. Galvani a fait des expériences importantes sur le même sujet.

Volta a répété les mêmes expériences, et en a fait de nouvelles pour connaître quelle est , dans les nerfs et dans les fibres musculaires , la durée de la force vitale , soit par des effets spontanés , soit par le contact des substances métalliques. 11 est vraisemblable que ces expériences conduiront à des lois plus précises sur les phénomènes de la vitalité. Aucun des fils les plus déliés de notre organisation n'a échappé aux grands maîtres (i). La chirurgie, fille de Tanalomie , a été mise en honneur pour le bonheur des hommes , et l'on connaît tous les prodiges de cet art.

La mécanique , autrefois abandonnée à des esclaves, l'avait été, dans nos temps modernes, à d'aveugles mercenaires. Les arts qui en dépendent n'étaient alors appréciés qu'en raison inverse de leur utilité. Un faux goût pour les choses frivoles et difficiles faisait préférer un vil joueur de gobelets à un ouvrier estimable : aussi n'y avait-il que des artisans , et point d'artistes. Le développement du commerce, qui nous fit sentir de nouveaux besoins, et l'esprit d'observation, qui nous découvrit de nouveaux rapports, nous rapprochèrent insensiblement de tout ce qui est vraiment utile. La mécanique occupa les hommes de génie et les savants. Au point où nous étions parvenus , les relations commerciales et politiques qui s'étaient établies entre les difl'érents peuples exigeaient des voyages

(i) Parmi les analomistcs , on peut encore distinguer Raynnond Vieussens ; Mokel , un des premiers incis«'u«s de ce siècle ; JArjpjliiis Hailer , dont il suffit de dire que Euffon et Sauv.'i[Te ont traduit 1» s ouvrages : Waller , Scarpa , Boi.«sier de Sauvage, Winslow , el au-dessus de tous M. Cuvier (*), qui a fait de la physiologie une science vraiment philosophique , en généralisant le résultat de ses obserrations , et embrassant dans ses recherches toute la nature organisée.

(*) li csl remarquable <|ue ceci a été cent en 1799- (Noie de l'Editeur.^

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<de loDg-couis. Pour ces voyages, il fallut des navires construils avec plus de hardiesse et de solidité. Chaptriau lit uu Iraitésur le grand art de la construction des vaisseaux; d'autres auteurs après lui nous ont éclaires par de nouvelles observations. Que de lumières ne devons-nous pas sur la même matière au chevalier de Borda I Chacun de nos arsenaux est devenu une encyclopédie pratique des arts. Nous avons des bassins de construction dans tous nos ports. Le bassin de Toulon, dont nous sommes redevables au génie de Grognard et à l'administration de Malouet, pour lors intendant de la marine dans le département de la Méditerranée, est un chef-d'œuvre qui étonne les connaisseurs. Darson a imaginé les batteries flottantes , dont l'invention honorera toujours son auteur, quoique l'essai en ait été si malheureux au dernier sie'ge de Gibraltar.

Vauban et Cohorn avaient créé, sous Louis XIV, l'art des fortifications. Les Dubourcet , les Miîet et autres ingénieurs célèbres ont achevé l'ouvrage de Vauban.

Un corps d'hommes distingués par leurs talents et par leurs travaux est consacré, parmi nous, aux progrès de l'artillerie, et nous avons la consolation de penser qu'en avançant dans cet art malheureux et nécessaire, nous réussirons à rendre l'action, dans les combats, à la fois plus décisive, plus prompte et moins sanglante.

Les forces et les agents de la nature sont devenus les nôtres, et ont été appropriés à tous nos usages. De là les moulins à vent, les moulins à eau, les moulins économiques, les bâtiments de graduation dans les salines, les pompes à feu, les machines de toute espèce destinées aux différents besoins de la vie.

L'industrie active de nos mécaniciens a voulu imiter les ouvrages les plus déliés du Créateur. On a vu sortir de la main de Vaucanson des automates qui digéraient. L'abbé Mical avait construit des têtes de fer qui parlaient et prononçaient dislinctement.

Les plus hautes sciences , les arts les plus usuels , et , en apparence , les plus serviles , ont été enrichis par les

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découvertes en tout genre qui ont élë faites dans la mécanique. Le microscope et le télescope, inventés parZacharie Jansen, ont étendu nos connaissances dans l'histoire naturelle et dans l'astronomie. Les phénomènes de l'air ne nous échappent plus : Otton de Guerike nous les a rendus sensibles par la machine pneumatique. Le savant Lavoisier nous a révélé les éléments qui entrent dans la composition de l'eau. La balance hydrostatique, dont Boyle le naturaliste faisait si grand cas, sert à nous faire connaître la pesanteur spécifique des corps. Avec le spectre solaire de Daberton nous avons mesuré les couleurs. Avec les montres, les pendules, nous avons mesuré le temps, nous sommes parvenus à lui donner une voix. Nous avons trouvé Je moyen de déterminer la figure de la terre, de fixer les longitudes et de purifier l'air dans les vaisseaux et dans les édifices , de rendre l'eau de la mer potable , de mouvoir les plus grandes masses, de composer et de décomposer les corps , de perfectionner l'agriculture par de nouveaux instruments aratoires qui donnent plus de grains avec moins de semence et depeinej enfin, d'exercer notre industrie et notre curiosité sur une foule d'objets que notre imagination même ne pouvait atteindre.

Archimède disait: Que l'on me donne un point d'appui, et je soulèverai le monde. La mécanique perfectionnée est ce point d'appui: par elle l'homme a acquis de nouveaux sens , un nouvel être , de nouvelles forces ; il a pu se mesurer avec la nature même.

Lorsque nous avons comparé nos diverses connaissances , nous avons aperçu leur liaison ; elles sont devenues , à notre profit, tributaires les unes des autres. L'aslronomie a éclairé le navigateur et le géographe. C'est en lisant dans les cieux que Colomb et Cassini ont a{)pris à mesurer et à connaître la tene. Le cultivateur a été guidé [)ar le météorologiste-, Toplique s'est enrichie des découvertes de l'anatomie. Ainsi , c'est l'observation anatomique de l'œil qui suggéra au célèbre Euler l'idée heureuse de former des objectifs, de deux matières différemment réfrin-

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gentes, pour faire disparaître, dans les lunettes dioptriques , l'aberration de la lumière.

L'anatomie compare'e , qui nous avait donné tant de salutaires instructions pour la santé des hommes , nous a engagé à nous occuper de celle des animaux qui sont au service de l'homme. L'art vétérinaire a été créé et perfectionné.

Les travaux des chimistes ont perfectionné et rectifié la pharmacie 5 ils ont aidé à découvrir certaines lois de la nature qui ont ensuite étendu leur empire sur les autres parties de lî physique. L'observation des procédés employés par la nature a été du plus grand secours pour tous les genres de fabrication. La teinture s'est perfectionnée en multipliant les nuances des couleurs et en augmentant leur solidité. Lewis et Chaptal ont fait en général l'heureuse application de la chimie à tous les arts qui en dépendent.

Enfin, Hbffrnan avait fait l'application des règles de la mécanique à la médecine , et cette application eût pu être utile, si on n'en avait étrangement abusé. Mais des médecins mécaniciens et algébristes ont porté le délire jusqu'à traiter le corps humain , cette machine si compliquée, comme l'on pourrait traiter la machine la plus simple et la plus facile à décomposer. C'est une chose singulière de les voir résoudre d'un trait de plume et en un instant des problèmes d'hydraulique et de statique , qui occuperaient les plus grands géomètres pendant toute leur vie.

L'habitude de comparer nos connaissances , et de les unir entre elles pgir d'utiles alliances, a produit l'heureux effet de ramener la spéculation à la pratique, et de soumettre la pratique à des règles. La science ne s'est plus isolée de l'expérience, et l'aveugle routine a été bannie. Le fermier, le propriétaire, ont trouvé d'importantes instructions dans les ouvrages de Duhamel, de Gaertner sur les arbres, les fruits, les semences-, dans ceux de Sauvage, sur l'éducation des abeilles et des vers à soie 5 dans les

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traites de l'abbé Rozier, sur la vigne et sur d'autres plante* utiles; dans le Dictionnaire général d'agriculture j publié par le même auteur; dans une multitude d'autre& ouvrages, et principalement dans les excellents écrits d'Arthur Young. Il est pour tous les artistes des théories rédigées par les hommes les plus distingués, et garanties par les expériences les plus certaines et les plus multipli'ées. Les procédés les plus difficiles et les plus compliqués ont été mis à la portée du moindre ouvrier. Autrefois chaque artiste pouvait à peine connaître le mécanisme de l'art qu'il exerçait : la science, quihabiteunerégionplusélevée, et quia saisi touslesfils de communication, lui montre aujourd'hui , par des méthodes faciles, les ressources qu'il peut emprunter des autres arts. De grands maîtres dirigent les travaux pour les salpêtres ; il y a des écoles vétérinaires dans nos principales villes. Nous avons à Paris un^ cours d'architecture rurale, un cours pour la chimie appliquée aux arts, une école pour l'exploitation des mines^ et une école polytechnique pour l'application des sciencesexactes à tous les travaux utiles de la société.

L'esprit d'observation, en devenant toujours plus général, et en augmentant la masse de nos lumières, nous a rendus moins présomptueux dans nos recherches , et pluS' circonspects dans nos résultats : nous avons renoncé à de frivoles espérances trop légèrement conçues. Les saines idées de chimie nous ont détournés des vaines et ruineuses opérations des alchimistes. Les connaissances qui nous ont été fournies sur le frottement des corps, sur la résistance des milieux, nous ont prouvé l'impossibiliié du mouvement perpétuel artificiel, et l'inutilité de tout ce que l'on peut établir mathématiquement sur cet objet ' alors la véritable science a gagné tout ce que nous donnions jusque là à de fausses spéculations. Nos forces se sont réellement accrues à mesure que nous avons appris à les ménager. Un fleuve resserré dans ses bords n'en devient que plus rapide.

Cependant, quelque utile qu'il soit pournos progrès réels

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de déterminer les limites que l'ioduslrie humaine ne peut franchir, nous sommes avertis, par tout ce qui se passe autour de nous, de ne pas nous décourager trop promptement. Les règles de l'art d'observer ne nous permettent de regarder une découverte comme impossible que lorsque cette impossibilité est constatée par des expériences réitérées et incontestables.

Les lunettes achromatiques, et le miroir d'Archimède, exécuté par Buflbn , sont deux exemples bien faits pour nourrir le désir ardent de connaître, qui doit animer tous nos travaux.

Lorsque après un orage affreux, arrivé pendant la nuit. César vit les dards de la cinquième légion briller d'une lumière spontanée, ce fut pour lui et pour son siècle un phénomène qui tenait du prodige. Eût-on pu croire que nous découvririons un jour la liaison de ce phénomène avec d'autres faits qui , devenus l'objet des expériences et des observations des Francklin, des Priestley et de tant d'autres savants physiciens , nous mettraient à portée de diriger la foudre, et de nous défendre contre le feu du ciel?

Avant les Montgolfier, les Pilastre de Rozier, les Charles , les Blanchard , eût-on cru possible de s'élever et de voyager dans les airs au moyen des aérostats?

Disons avec Sénèque que d'antres secrets seront révélés à nos neveux, et que l'esprit humain, en traversant les siècles, pénétrera toujours plus avant dans les merveilles de la création.

Mais c'est une règle générale en physique qu'il faut partir d'un fait pour aller à un autre fait. Inventer n'est que découvrir : il est permis sans doute de conjecturer; mais il faut que ce soit d'après des faits bien observés, et dans l'objet d'arriver, par de nouvelles expériences, aux faits que nous cherchons.

Le sceptique, qui repousse tout ce qu'on lui présente, dit sans cesse : Pourquoi cela serait -il? L'homme qui se livre à toute espèce de conjecture dit, au contraire :

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Pourquoi cela ne serait-il pas? Le premier ne croit riep» parce qu'il re'siste aux preuves, le second n'a pas besoia de preuves pour croire •, l'un méconnaît la nature, l'autre met à la place des phénomènes de la nature les rêves de son imagination.

Je remarquerai, en passant, que l'homme qui doute de tout, et celui qui est disposé à tout admettre, se rencontrent en ce point que l'un et l'autre sont plus près des fables que de la vérité : car le sceptique qui se prétend esprit fort^ ne s'attachant jamais à ce qui est, vague nécessairement dans l'immense région des possibles; et la région des possibles est celle des fictions. C'est ce qui fait que, sur les choses même les plus simples, on n'a jamais TU tant d'opinions extraordinaires et absurdes que dans les siècles où le scepticisme a été le plus en honneur (i). Les Cagliostro, les Mesmer, n'^ont-ils pas joui , au milieu de nous, et pendant quelques instants, d'une faveur que les médecins les plus recommandables et les plus dignes de la confiance publique n'obtinrent pas toujours? JV'abandonnait-on pas toutes les routes tracées et connues, pour se livrer aux visions du somnambulisme et du magnétisme, dont l'existence, les causes et les effets sont si peu susceptibles d'être constatés par de véritables expériences?

Sachons donc nous préserver du doute absolu, comme d'une trop légère confiance : souvent ces deux extrêmes se rapprochent, et ils ont toujours un égal danger.

Nous ne pouvons avoir, en physique, aucune certitude, ni conséquemment aucune connaissance proprement dite des choses que l'observation et l'expérience ne peuvent atteindre. Aussi les hommes instruits ont déjà fait justice du système de Buffon sur la théorie de la terre^

fi) « La snperslitîon , dit Lavater , est la mère et la fille de lincrêduljlé , comiiic le despotisme est le père et le fils de l'anarchie. » Anacharsis , ou Pensés mêlées, cent. 22 , pens. 22.

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de celui de Lamettrie sur la prétendue origine commune de l'homme et des insectes, et de tant d'autres systèmes qui n'ont de fondement que dans l'imagination des auteurs qui les proposent. Nous raisonnerons avec Fontenelle sur la pluralité des mondes. Nous n'imiterons pas Gassendi, qui la rejette à cause du silence de la révélation; mais Dous dirons que la pluralité des mondes ne sera jamais pour nous qu'une simple probabilité.

Dans les objets dont nous ne pouvons directement nous assurer, la seule manière raisonnable de conjecturer, celle qui approche le plus de la certitude et qui écarte les suppositions purement arbitraires, est de juger du rapport qui doit être entre les effets par celui qui est entre les causes, et de celui qui doit être entre les causes par celui qui est entre les effets. Nous avons, par exemple, sur la terre, des jours, des saisons, des années-, les causes de ces eff'ets sont les deux mouvements qu'a la terre , l'un de rotation autour de son axe incliné, et l'autre de révolution autour du soleil. Nous ne sommes pas dans les autres planètes pour y remarquer les mêmes effets; mais nous voyons qu'elles décrivent des orbites autour du soleil, qu'elles ont un mouvement de rotation sur elles-mêmes, et qu'elles ont l'axe plus ou moins incliné. Nous en concluons que les planètes doivent avoir des périodes qui répondent à nos années, à nos saisons et à nos jours. Cet exemple peut servir à déterminer les bornes dans lesquelles l'art des conjectures doit être resserré.

Nous avons besoin de calculer et de classer les objets, de lier et de. généraliser nos idées pour soulager notre mémoire. « Sans le calcul et sans un ordre quelconque, l'homme, dit Bailly (1), se perdrait dans la foule des faits -, son intelligence succomberait sous la masse de ses connaissances. D'ailleurs cette classification d'une multitude d'objets sous un même point de vue , cette réduction de

{\) HIst. de t'astronom. moderne, t. 1, p. 5?)5.

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plusieurs vérités à une seule, sont des opérations conforfnes à réconomie physique de l'univers; elles imitent la marche même de la nature, qui, avec un petit nombre de moyens, produit la variété infinie des choses. «

Mais les règles de l'art d'observer ne nous permettent pas de nous livrer , dans nos calculs , à des régularités , à des proportions, à des quantités idéales. Des géomètres, qui n'étaient point observateurs, ont fait plus d'une fois un usage absurde de l'application de l'algèbre à la physique. Combien d'entre eux ne se sont-ils pas trompés sur l'estimation et l'etnploi des divers agents de la nature, faute de les avoir suffisamment connus !

Si nous voulons classer les divers êtres, établir entre eux des familles, des alliances , reconnaître des espèces et des genres , nous nous prémunirons contre l'esprit de système, qu'il ne faut pas confondre avec l'esprit systématique. Nous saurons nous contenter, avec Adanson, de rapprocher les objets, suivant le plus grand nombre des degrés de leurs rapports et de leurs ressemblances.

Enfin, combien ne serons- nous pas attentifs et réservés quand il s'agira de généraliser pos idées, de fixer la dépendance des vérités entre elles , de lier sur chaque matière toutes nos connaissances à un petit nombre de notions précises et claires? Avec l'esprit d'observation, nous nous sommes convaincus que nous ne devons rien généraliser avant d'avoir bien apprécié les détails et l'ensemble de toutes choses.

S'il est des faits dont la liaison ne peut être contestée, il en est d'autres dont nous ne voyons la liaison que très imparfaitement. Nous sommes certains, par exemple, du rapport qui existe entre la pesanteur des corps et la force qui retient les planètes dans leurs orbites. Nous n'avons pas la même évidence sur l'analogie entre la pesanteur des corps et l'attraction des tuyaux capillaires. Nous ne pouvons affirmer que ces deux espèces de gravitation tiennent à la même cause, c'est-à-dire à la tendance réciproque des parties de la matière les unes vers les autres.

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Plusieurs faits sont unis d'une manière non équivoque; mais. nous sommes condamnés à ignorer le principe de cette union. Je cite en preuve les propriétés de Taimant: elles sont unies dans le même corps, malgré leurs différences; mais nous ne savons pas pourquoi elles le sont. JVous ignorons si elles pourraient être séparées, et s'il serait possible de conserver à l'aimant la propriété de se tourner vers les pôles, en lui ôtant celle d'attirer le fer.

Finalement il est des faits absolument isolés qui semblent n'être .que des exceptions à l'ordie général. Telles sont la qualité sensitive de certaines plantes , la végéiation séculaire de Taloès , le sommeil que nous remarquons dans d'autres plantes, la manière mystérieuse dont quelques végétaux naissent , croissent et se reproduisent; la multiplicalion de certains animaux sans accoupletnent , la reproduction et la multiplication des polypes quand on lescoupe en morceaux, l'industrie particulière dont certains insectes paraissent avoir été favorisés.

Cette grande diversité de faits bien observés et bien connus tient les bons esprits en garde contre les général ités et contre la fureur de créer des règles et des principes. Avec des abstractions et des hypothèses, on peut tromper les hommes , mais avec des hypothèses et des abstractions on ne change pas la nature.

La liaison d« nos idées ne doit être que celle des faits. Que seraient nos règles et nos principes s'ils n'étaient, dans chaque science, les résultats , bien combinés , des rapports que nous apercevons entre les divers objets de DOS connaissances? 11 ne s'agit pas de faire des tours de force, et de vouloir impérieusement régir, par les mêmes lois, des choses qui sont d'un ordre différent. Pour pouvoir ranger^ avec un discernement éclairé, tels ou tels objets sous la direction d'un principe commun , il faut avant tout confronter les objets avec le principe dont on veut les faire dépendre. Ce n'est qu'après avoir approfondi tous les faits particuliers que l'on peut former un ensemble ; alors on généralise, on promulgue des maximes, on éta-

blit des règles, on devient législateur; on abrège tout, parce qu'on voit tout.

Telle est la marche de l'esprit philosophique, de cet esprit observateur qui a donné un nouvel être à toutes les sciences expérimentales, qui a élé la source de tant de découvertes dans toutes les branches de la physique, et qui a résolu le grand problème, si agile dans le dernier siècle, de la préférence due aux anciens ou aux modernes.

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