‹ De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècleChapitre 56 sur 87 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L'esprit philosophique est-il étranger aux belles-lettres et aux art» ?

Les sciences et la philosophie sont Touvrage de Vexpërience et de la raison , les belles-lettres appartiennent plus particulièrement à l'imagination et au sentiment 5 mais le sentiment doit être observé, et l'imagination a besoin d'être réglée. Il faut donc que les esprits soient parvenus à un certain degré de maturité et d'instruction pour que les lettres et les beaux-arts puissent prospérer chez un peuple. L'Italie avait vu fleurir ses universités avant le pontificat de Léon X; Bacon , en Angleterre, donna le mouvement à tout -, le génie de Descartes a peut-êlre plus influé qu'on ne pense sur le beau siècle de Louis XIV.

On a toujours dit, il est viai, que les lettres et les beaux-arts précèdent les sciences et la philosophie •, mais la chose ne doit pas être prise dans un sens trop absolu. Je conviens qu'une fois que la véritable route est ouverte, la marche des belles-lettres et des beaux-arts est moins lente que celle des sciences et de la philosophie, qui rencontrent sans cesse sur leurs pas les préjugés, les erreurs, les habitudes et des obstacles de toute espèce. Semblable à la brillante clarté du jour, qui dissipe promptement les ombres que laissait encore la clarté plus faible de l'aurore, le bon goût se répand avec la rapidité de la lumière : ainsi , dans le même siècle où la France produisit tant de poètes célèbres et tant de grands écrivains , elle vit naître la musique dans les opéras de Lulli ♦, elle admira les tableaux des Poussin , des Lesueur, des Lebrun , et les statues des Puget. Mais le prodigieux développement que

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favorivsèrent les événements glorieux d'un long règne et l'enthousiasme de l'honneur français avait été préparé par Tesprit de société , qui donna ré\4eil à toutes les passions délicates et aimables , par nos premières conquêtes dans les sciences, par notre avancement dans les arts mécaniques et commerciaux , et par les premiers efforts d'une philosophie naissante. En efïet , il est nécessaire que les hommes aient une certaine masse d'idées acquises , et que le perfectionnement de l'état civil ait ouvert plusieurs sources de communication entre eux , pour que les langues nationales puissent être enrichies et améliorées. Toute langue est un système de signes qui sOit le système de nos rapports, de nos communications et* de nos connaissances. Il est encore nécessaire que les hommes se soient attachés à quelque chose de réel , que leurs talents aient été dirigés vers une multitude d'objets divers, pour que l'on sente, dans chaque département de la société civile, le prix de la culture et du savoir. Tout ce qui donne du ressort à l'âme l'engage à jouir d'elle-même; le désir d'être instruit produit et accroît le besoin d'être ému, La découverte des choses utiles nous conduit à la recherche de celles qui ne sont qu'agréables. On raftine sur les plaisirs après avoir raffiné sur le soin des affaires. Alors les mœurs, les événements , la pratique de la vie commune , le conflit des intérêts , le choc des passions , la diversité des goûts, fournissent,à chaque instanijdes objets nouveaux aupoHe, à l'orateur, à l'ai liste. Le génie , le talent, se manifestent sous une croissante variété de formes à l'infini , et à l'aide d'une raison mùHe, d'une raison cultivée par l'observation , par l'exercice, les formes , même dans les objets de pur agrément, s'épurent, se perfectionnent, et deviennent insensiblement plus régulières. La philosophie est donc plus ou moins contemporaine des beaux-arts et des belleslettres.

Ce n'est pas un de ses moindres bienfaits de nous avoir délivrés, dans le temps, d'un respect trop superstitieux pour les ouvrages des anciens. Nos pères imaginaient que, I. 18

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si la nature avait instruit et inspiré les premiers hommes, ranliquilë devait être pour eux la nature. Les beautés réelles échappaient à des esprits mal exerces, et les défauts mêmes étaient admirés comme des beautés. Cette superstition littéraire engourdissait tout : elle ne disparut que lorsque les hommes eurent recouvré une certaine liberté dans les pensées et une certaine confiance dans leurs propres forces. Quand on put choisir entre Aristote et Platon, fronder l'un et l'autre avec Descartes , on commença à croire que l'on pouvait être poète sans imiter servilement Homère ou Virgile. On cita moins, on raisonna davantage 5 chacun put se dire à lui-même , comme le Corrége i Et moi aussi , je suis peintre.

La culture des sciences et de la philosophie soumet ceux qui s'y livrent à des occupations froides , tranquilles et uniformes, qui paraissent , par elles-mêmes, devoir être peu favorables aux progrès de la littérature et des beauxarts-, mais l'exaltation, excitée par les découvertes que l'on fait dans la philosophie et dans les sciences , produit une heureuse secousse dans les âmes. Ces découvertes rendent le spectacle de l'univers plus sensible à tous les yeux. Les hommes, qui ont, en général, besoin d'être avertis pour apercevoir les choses même qui les touchent le plus, s'éveillent et deviennent plus observateurs. L'esprit de recherche et d'exactitude s'établit , il agit en tous sens, il se porte sur tous les objets qui s'offrent à lui , et principalement sur ceux dans lesquels on se trouve engagé.

Il était donc naturel que les belles-lettres et les beauxarts, après l'époque de leur renaissance en Europe, prissent un nouvel essor avec nos premiers succès dans les sciences. Cela devait être, et cela fut.

Cependant, comme le génie va toujours en avant de son siècle, Malherbe, à côté des Ronsard, des PibraCj créa notre poésie. Au milieu du langage le plus barbare, Amyot par ses traductions , Pasquier dans ses Bêche?-' ches , Montaigne dans ses Essais, accréditèrent notre prose. Après eux, Balzac prouva qu'on pouvait la polir et

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îui donner du nombre, Cornbîlle, en paraissant, fonda notre théâtre. E/lais tous ces hommes extraordinaires furent d'abord méconnus et négligés. C'étaient des lumières qui luisaient dans les ténèbres sans pouvoir encore les dissiper. N'oublions pas que Ton préféra long- temps le faux bel-esprit de Voiture à la profondeur , à l'élévation et à l'énergie de Corneille. Heureuseinent la masse des véritables connaissances augtnentait de jour en jour. Une raison plus exercée marchait sur les pas de l'imagination, pour en prévenir les écarts sans en comprimer les élans. Certainement l'esprit de justesse et d'observation, qui est l'âme de toutes les sciences et de tous les arts, avait; déjà fait bien des progrès, lorsqueRacine, toujours vrai, toujours élégant, et sublime quand il le faut, développa dans la tragédie tous les ressorts du cœur humain, et lorsque, dans le même temps, Molière sut, avec tant d'art et de succès, peindre et corriger les ridicules des hommes. A cette é[)0que, de grandes illusions se manifestaient encore dans la philosophie de Malebranche. Mais une saine philosophie dominait dans les vers de Boileau. C'est à Pascal , géomètre et physicien, que nous sommes redevables des Lettres 'provinciales , qui sont des chefs-d'œuvre de style , de discussion et de goût. C'est à l'esprit raisonneur et melhodique, c'est à l'esprit philosophique, en général, que nous devons les modèles et les préceptes, les livres élémentaires et classiques, qui sont sortis de Port-Royal, et qui ont eu une si grande influence sur leur siècle et sur le nôtre.

Je ne dirai pas qu'il n'appartient qu'à la philosophie de faire fleurir jusqu'à un certain point les lettres et les beauxarts, mais j'affirmerai que les lettres et les beaux-arts ne fleuriront jamais chez une nation qui n'a point de philosophie. Il faut de l'ordre à tout , il en faut même dans les ouvrages que l'enthousiasme produit. L'ordre, en général, plaît toujours, parce qu'il facilite les opérations de notre âme. Il est, d'ailleurs, un ordre particulier et naturel, et un ordre propre à chaque chose j il en est un jus-

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qUê dans la marche désordonnée des idées et des senti-» ments qui caractérisent les plus violentes passions. Or, pour découvrir cet ordre, dans quelque matière, dans quelque genre que ce soit, il faut l'observer; et d'une l^rande justesse dans la manière d'observer et de discuter les objets dépendent nos succès dans la manière de les représenter et de les peindre. Il est une logique pour les sens dans tous les arts qui parlent aux sens. C'est elle qui nous apprend à distinguer, dans la musique, l'harmonie d'avec la mélodie , et à faire usage de l'une et de l'autre. C'est elle qui nous fait apercevoir, dans un tableau , les gradations, le clair-obscur, la perspective, l'accord des couleurs, la correction du dessin. Il est une métaphysique du cœur pour la poésie. L'art de penser et l'art de parler ne peuvent être séparés dans l'éloquence. Les be lies-lettres et les beaux-arts sont donc réellement du domaine de la philosophie qui s'étend sur tout ce qui intéresse notre manière de concevoir, de sentir et de nous exprimer.

Tout peuple qui commence à se polir et à cultiver les lettres ne compte d'abord que quelques auteurs très imparfaits, qui obtiennent pourtant les suffrages de leurs contemporains. On admire ces auteurs, parce qu'ils offrent, par intervalle, quelques beautés naturelles que tout le monde sent*, mais ce n'est qu'en devenant observateur qu'on commence à démêler leurs imperfections et leurs défauts. Le siècle qui admira Lucilius n'eût pas produit Horace. Le siècle de Boileau est à une grande distance de celui de Régnier. Dans les nations comme dans les individus, le goût ne se développe qu'avec les connaissances. Je sais que, parmi les beaux-arts, il en est dont l'enfance a été moins longue et qui ont prospéré subitement, quand tout était encore à demi-barbare autour d'eux. Ainsi, l'Europe moderne a vu fleurir la peinture et la sculpture , long-temps avant que de pouvoir faire quelques progrès dans les lettres. Mais cela tient à la nature particulière de ces arts , et aux circonstances dans lesquelles on se trosivait. Les monuments de l'antiquité

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que l'on avait découverts frappaient tous les yeux. Avec du talent et de l'imagination, un artiste n'avait presque besoin que de les voir, pour se mettre en état de les imiter. A la véi ilé, nous avions également sous la main tous les chefs-d'œuvre de poésie et d'éloquence qui avaient tant conlribué à la gloire d'Alhènes et de Rome; mais dans les genres dont les beautés ne pouvaient être sensibles qu'à l'esprit, il fallait, avant tout, qu'il s'opérât de grands changements dans toutes les choses qui for- * ment l'esprit, c'est-à-dire dans nos langues, dans nos idées, dans nos habitudes, dans nos mœurs, trop incultes encore pour pouvoir faire éclore parmi nous cette fleur de littérature , connue sous les noms d'atticis7ne des Grecs et à'urhmiité romaine. Or, tous ces changements heureux ne se sont effectués que lorsque, invités par les circonstances à secouer le joug d'une accablante et fausse érudition , nous avons commencé à raisonner, à observer, à comparer, c'est-à-dire lorsque nous avons commencé à être philosophes. ,

C'est Veé-prit de société ^ disent Gertaini> écrivains, qui a tout fait en se perfectionnant. Mais l'esprit de société suppose déjà un grand développement de nos facultés morales et intellectuelles , et il n'est lui-même qu'une espèce de philosophie pratique , qui nous offre en action ce que la philosophie spéculative nous offre en théorie. VesprU de société SQ compose d'une foule de petites choses , d'une multitude d'observations fines et déliées, qui ne sauraient être recueillies et comparées sans beaucoup de sagacité , et d'après lesquelles on juge de ce qui plaît aux âmes sensibles et généreuses , de ce qui plaît au grand nombre, de ce qui plaît quelquefois , de ce qui plaît toujours. Il faut être plus philosophe que l'on ne pense , je ne dis pas seulement pour être homme de goût , mais même pour ne jamais blesser les convenances et pour être constamment à sa véritable place comme homme du monde.

Si l'on prétend que le bon goût a précédé les méthodes philosophiques , la rédaction des préceptes et des règles ,

on a raison. Les hommes ont senti et ccanu le beau avant de faire des traités pour le définir. Il y a eu des orateurs avant que Ton ait publié des ihétoriques, et il y a eu des poètes avant qu'il ait existé des professeurs de poésie. En tout et partout, les leçons ne sont venues qu'après les modèles. C'est même sur les ouvrages qui réussissent^ en chaque genre, que les règles doivent être faites. Mais que l'on ne s'abuse pas : les beautés que l'on remarque dans les ouvrages ne sont que l'application des règles mêmes, que l'on n'enseigne point encore , mais que les bons esprits savent toujours pressentir et observer. Si, après les grands modèles , on rédige des méthodes , c'est pour fixer le bon goût, et non pour le produire. Il existe, il se propage avant toutes les méthodes ; mais il ne naîtrait jamais si une raison perfectionnée n'éclairait l'imagination et le sentiment : or, la raison se perfectionne par la culture des sciences. Il n'est, sans doute, pas nécessaire desavoir la géométrie, ou d'avoir approfondi la métaphysique , pour briller dans la littérature et dans les beaux-arts •, mais les sciences, lorsqu'on commence à les cultiver avec fruit , changent peu à peu le ton général. Elles répandent autour d'elles cet esprit de calcul , de justesse et de discussion, qui est nécessaire à tout, qui filtre insensiblement à travers tous les objets de nos recherches, et dont la salutaire influence peut être comparée à celle de l'air, que nous respirons sans nous en apercevoir, et auquel nous devons la santé et la vie. Les arts agréables prennent une nouvelle forme à mesure que les sciences et les arts utiles se régularisent et s'étendent, les progrès du bon goût suivent ceux de la raison , et une sorte de tendance universelle à la perfection se glisse dans toutes nos pensées , dirige toutes nos poursuites et anime tous nos efforts.

Je connais les reproches que l'on a proposés et que l'on propose journellement contre l'esprit philosophique. On l'accuse de nuire aux lettres et aux beaux-arts, et de préparer leur décadence en sourruettant l'imagination à une trop rigoureuse exactitude, qui l'étouffé ; eu émoussant le

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sentiment par une analyse trop sévère et par des observations didactiques et froidement caîculées ; en portant la fureur des nouveautés eî des systèmes dans tous les genres 5 en voulant indiscrètement remonter à la cause première de nos plaisirs , et en réduisant en problème tout ce qui est l'objet du goût ; mais ces accusations, dont la plupart sont très fondées , ne sauraient détruire ce que j'ai déjà dit et ce que je dirai encore sur les bons effets des sciences exactes et de la philosophie dans la culture des lettres et des beaux-arts. Abuser de l'esprit philosophique , c'est en manquer. Il n'est donc pas plus permis d'imputer à l'esprit philosophique les torts et les erreurs de quelques philosophes, qu'il ne le serait de tourner en objection , contré la raison humaine , l'abus que tant d'hommes font de la faculté de raisonner.

Allons au fond des choses.

Quel est l'objet de la littérature et des beaux-arts ? Y at-il un heau essentiel ? Ce beau diff*ère-t-il de ce qui n'est qu'agréable ou gracieux ? La connaissance du beau , celle de toutes les choses d'agrément , est-elle soumise à des principes ? Qu'est-ce que le goûll En quoi le goût , en général, diff'ère-t-il de ce que nous appelons le bon goût? Dans tout ce qui intéresse l'homme, soit dans ses besoins, soit dans ses devoirs , soit dans ses jouissances et dans ses plaisirs, n'est-il pas nécessaire que le sentiment fasse une étroite alliance avec la raison?

Toutes ces questions, pour avoir été souvent discutées , n'en sont peut-être pas pour cela mieux éclaircies. L'examen en est pourtant indispensable, si l'on veut bien savoir quel est l'usage et où commence l'abus de l'art de philosopher dans les matières d'agrément et de goût.

Nous sommes sensibles, intelligents, sociables : comme être sensibles nous recevons des impressions 5 comme êtres intelligents nous formons des idées; comme êtres sociables nous avons le besoin et le désir de communiquer ces impressions et ces idées à nos semblables. La littérature et les beaux-arts ne sont, au fond, qu'une manière

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de communiquer aux autres ce que nous sentons et ce que nous pensons nous-mêmes. Parmi les divers modes de communication entre les hommes, il en est qui n'ont pour objet direct que l'utile -, la littérature et les beaux-arts se proposent directement l'agréable ou le beau. Nous sommes éclairés sur l'utile par l'intérêt; nous sommes avertis de l'agréable et du beau par le plaisir.

Il est bon de faireremarquer, en passant, combien quelques écrivains modernes abusent des idées philosophiques lorsqu'ils prétendent que la littérature et les beaux-arts mériteraient, par leur destination frivole et par leur incompatibilité prétendue avec des mœurs simples et austères , d'être proscrits sans retour. Ces écrivains ignorent absolument qu'il est, dans l'ordre moral et intellectuel, des révolutions aussi forcées que celles qui arrivent dans l'ordre physique, et dont il serait aussi injuste de se plaindre que du changement des saisons.

Les lettres et les beaux-arts sont des fleurs qui naissent sur un sol cultivé-, le germe en est dans la nature , il se développe avec la civilisation. Chaque siècle a ses vices et ses vertus. Le siècle des talents est presque toujours celui du luxe, et du genre de corruption qui marche à la suite du luxe. Mais il serait aussi absurde de dire que le luxe et ses désordres sont le produit des talents , qu'il le serait d'avancer que le bon grain produit l'ivraie, parce que, dans la saison marquée, le même principe de végétation fait croître l'ivraie à côté du bon grain. Les beaux-arts ne sont point la cause de nos vices ; ils peuvent en devenir, et ils en sont, en quelque sorte, la correction : ce sont des biens que la nature nous ménage pour compenser nos maux. En attendant de savoir si la société, telle qu'elle est, et si les hommes, tels qu'ils ne sont pas , pourraient se passer des arts agréables , oserions-nous envier à notre espèce, déjà si malheureuse, tout ce qui peut embellir le triste songe de la vie ? Les belles-lettres et les beaux-arts donnent des jouissances douces et délicates à ceux qui sont capables de ces jouissances, et on peut les regarder, en général, com-

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me la parure et l'ornement du monde. De plus , c'est une grande erreur que de re'puter et d'appeler frivole la connaissance des choses qui semblent ne tenir qu^à l'agrément. JVe faut-il pas plaire aux hommes, si nous avons besoin de leurs services? Ne faut-il pas niême leur plaire pour se mettre en état de les servir? Si nous cessions de leur être agréables, nous pardonneraient-ils l'importune générosité de vouloir leur être utiles? Ce qui plaît ne peut jamais nuire, à moins qu'on n'en fasse l'instrument de ce qui nuit 5 et alors c'est l'abus , et non la chose, qu'il faut proscrire. Loin de renoncer à nos avantages, sachons donc les conserver et les accroître.

Il importe de cultiver les belles-lettres et les beaux-arts, non pas seulement en vue de nos jouissances et de nos délassements, mais dans l'intérêt sacré de la vertu et de la vérité. Les beaux monuments perpétuent les belles actions-, les bons livres propagent les bonnes maximes; l'art de bien parler et de bien écrire dispose à l'art de biea agir. Dans l'état de nos sociétés et de nos moeurs , la sèche et froide raison sera toujours forcée de céder le pas à la j-aison brillante et ornée.

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