JOAN., IV, I
(4) Si prophela praedlxerit signnm , et evenerit qiiod locutus est, et dixerit libi : « Eamus et sequainur Dcos alienos», non audies verba prophelae illius. Deul.^ Xllt , i et 2.
(5) Cliarilas vestra magîs ac magis abundet in scientiâ et in orani sensu, ut probelis potiora. PlùL, 1 , 9.
(6) Iiieptas auleni et aniles fabulas devita. 1 Tim., IV, 7.
(7) Eral lux vera quœ illuminât oaïuem homineiu veuientera in hune munduni. JoA^., IV, i.
(8) Mulli pseudoprophetae exierunt in niundum. 1 Jean. , IV, 1. {9) Licot nos , aut angélus de cœlo evangeliset vobis, pigeter quàm
quod evangeliàavimus vobis , auathcma siU Gai, I, 8,
l63 DE l'usage et DE LABUS
nous est représenté conversant avec les hommes , comme un bon père de famille converse avec ses enfants. Il prévient leurs doutes , il les invite à les proposer, et il ne dédaigne pas de les résoudre (i). « Voyez et jugez, leur dit -il, si les dieux des nations, qui ne sont que le faible ouvrage de leurs mains, peuvent être comparés au Dieu d'Israël , qui a créé le ciel et la terre. Voudriez- vous ressembler aux peuples qui vous environnent , et qui gémissent sous les plus honteuses superstitions? Mes commandements ne sont-ils pas au-dessus de tous les autres commandements? ne seriez-vous pas meilleurs, si vous leur étiez plus fidèles (2) ? Qui a fait des prodiges semblables aux miens? Je ne demande pas que vous croyiez aux prophéties qui vous seront faites en mon nom , si vous n'avez pas vu vérifier dans les temps celles qui avalent été faites à vos pères (3). Si je n'avais point parlé, et si vous n'aviez point été témoins de mes œuvres, vous seriez sans péché (4).
Ah! convenons-en, le mensonge ne parle point ainsi : il n'a garde de provoquer la discussion*, il fuit la lumière, il marche dans les ténèbres.
Je ne sais comment des philosophes éclairés ont pu méconnaître le véritable esprit du christianisme; jamais religion n'a porté plus loin le respect pour les droits inaliénables et imprescriptibles de la raison humaine. Mes paro-
(1) Nunc ergo timete Domiuum... Siu autcm malum vobis videtiir ut domino servialis , optio vobis datur ; elîgite hodiè quod placet , oui servire polissimîim debealis... Responditqvie populus et ait:«Absitù nobis ut relinquaiiuis Dominum...» Jos. , XXIV, i4>i5,i6.
(2) Scilis quôd docueriiu vos prsecepta et judicia... Observabilis et implebilis opère. Hœc est enita vestra sapientia et inlellectus coram populis , ut audienles iiniversa prœcepta, haec dicaut : « En populus sapiens et inlelligeus , gens magna. » Deut., IV, 5 , 6.
(3) Quod in nomine Domini propheta praedixerit, et non evenerit. hoc Dominus non estloculus. Deut., XVIII, 22.
(4) Si opéra non fecissem in eis quse nemo alius fccit, peccalum non habcieut. Joak., XV, 24-
DE l'esprit philosophique. i63
les, disait le divin fondateur de cette religion , sont des paroles de vérité et de vie (i). Ne croyez point en moi , si ce que je vous enseigne n'est pas digne de celui qui m'a envoyé (2). Jugez-moi par les choses que vous avez entendues et par les œuvres dont vous avez été les témoins (5).
S'adressant à ses apôtres, il leur disait : « Apprenez que je suis doux et humble de cœur (4). Les chefs des nations dominent sur elles ; ils n'en sera point ainsi de vous; vous ne dominerez point sur la foi (5). Aucun d'entre vous n'a le droit de donner sa raison pour règle de celle des autres *, vous vous assemblerez , vous discuterez , et alors l'esprit de Dieu sera au milieu de vous (6). »
Les grandes maximes du christianisme sont que tout despotisme spirituel et temporel est interdit aux ministres de la religion (7) ♦, qu'avant de croire on a droit de peser les motifs de crédibilité ; que la foi n'est un devoir qu'à l'instant où la raison nous force de reconnaître l'autorité (8) *, que rien ne doit être arbitraire dans le gouvernement des fidèles , mais que tout doit se faire canoniquement (9); que l'apostolat est un ministère de prière et d'enseignement (10) -, que c'est par la patience, par la per-
(1) Verba quae locutus sum vobis spiritus el \ita sùnt. Joan. , VI, 64-
(2) Si non facio opéra patris mei, nolite credere mihi. Joan., X, Sy. (5) Si veritatem dico vobis , quare non creditis mihi ? Joan., VIII,
46. — Ego palàm locutus sum mundo , ego semper doeui in synagogâ et in temple , ubi omnes Judaei conveniunt... luterroga eos qui audie* runt. XVIII, 20, 21.
(4) Discile à me quia milis sum et humilis corde. Matth. , XI , 29.
(5) Reges gentium dominanlur eorum , vos antem non ^sic. Luc. , XXII, 25. — Non dominamur fîdei vestrae. 2 Cor., [, 23.
(6) Gonvenerunl apostoli et seniores. > . quùum aulem magna conquisitio fieret dixit... Tune placuit apostolis et seuioribus cura omni ceclesiâ. Act, XV.
(7) Ut non abutor polestate meâ in evtngelio. i Cor. , IX, 18.
(8) Palpate et videle. Luc. , XXIV, Sg.
(9) Omniasecundum ordinem fiant, i Cor., XIV, l\o.
(10) Nos vero oralioui et minislerio verbi instantes crimu?. Acl. VI, 4*
l64 DE l'usage ET DE l'ABUS
suasion , et par toute sorte de boos exemples , que les apôtres ont été appele's à conquérir le monde (i).
L'esprit de discussion et de recherche, l'esprit d'examen, de raison et de liberté, c'est-à-dire le véritable esprit philosophique, est donc le caractère dominant de la religion chrétienne.
Celte religion ne prescrit d'autres bornes à nos raisonnements que celles de notre raison elle-même (2); elle pose les vrais principes d'une saine dialectique 5 elle veut que, dans les matières religieuses, nous usions de la prudence dont nous usons dans les matières profanes, c'està-dire que nous allions du connu à l'inconnu (5), et que nous n'ayons point la prétention insensée de vouloir tout expliquer et tout connaître (4). Elle nous avertit de chercher la vérité dans le recueillement et le silence (iï) j de la chercher avec un esprit juste et avec un cœur droit (6). Dans les sciences purement spéculatives il suffit de se prémunir contre les préjugés-, dans les choses pratiques il faut encore se prémunir contre les passions. Les passions sont les préjugés du cœur, comme les préjugés sont les passions de l'esprit (7).
Telles sont les roules qui nous sont tracées par la religion : elles ne sauraient être suspectes à la philosophie ,
(1") Servnm anlcm Domini non oporfet liligarc , scd mansueUim ad omiu's, docibilem, palienlt'in, cnm modesliâ corripieutem cos qui resistunt veritali. 2 Ttm., 24 Pt 26.
(2) JNon |>lùs sapeie quàm oporlel saperc, sed sapere ad sobrietalcm. Bom., XII , 3.
(3) Iiivisihilia enim ipsins (Dei), per ca quae fada sunt, inlellecla con.«pici;inlui", ilà ul sitil inexcusabiles. Rom., I, 20.
(4) I» pluribus operibus ojus non fueris ciiriosiis. EccL, Itl , 22. (5^ AUende lectioni... haec mcdilare. i Tiin., IV, i3 cl i5.
(6) Beali inundo corde, quonisim i|isiDcain videbuiil. Mattfi., V, 8. Jn.sti liberabnnUir scienliÉ. Proverb., XIV, 19. — Exortuin est lumen redis. Ps. III, v. 4»
(7) Si q-iis voluerit voluntatcm ejus (Dei) faccre , cognoscet de dodriûâ. JoAN>, Vil , 17.
DE l'esprit philosophique. i65
puisque les philosophes de tous les siècles les ont euxmême intliquëes comme le seul moyeu de nous diriger dans la recherche des vérite's morales , c'est-à-dire de toutes celles qui sont proposées aux méditations et au perfectionnement des âmes vertueuses et sensibles.
On ne sera point étonné du degré de liberté que le christianisme donne à la raison humaine, ni du courage avec lequel les premiers chrétiens ont appelé sur la doctrine qu'ils professaient l'examen des magistrats et de tous les hommes instruits de l'antiquité, si l'on considère les caractères de majesté, d'évidence et de grandeur que cette doctrine nous oflre.
Ainiez Dieu pardessus tout, et le prochain comme vousmême $ voilà le sommaire de la loi évaugéiique.
Ces deux commandements sont la loi et les prophètes (i), c'est-à-dire ils nous sont présentés comme le principe de tout ce qui est bien , comme la véritable source des mœurs.
Le Dieu qui doit être l'objet de notre culte n'est point un dieu de fantaisie ou une idole de notre choix. Ce n'est point le dieu d'une nation ou d'une secte, mais le dieu de l'univers (2). Les cieux et la terre annoncent sa puissance et publient sa gloire (3); il tient dans ses mains la destinée des empires (4). Tout est sorti du néant à sa volonté,
(1) Diliges dotninum tuum ex tolo corde luo , et proximnm tuiim sicut leipsmn : in liis duobus maadatîs universa lex pendet et prophetae. Matth., XXII , 3; et 4o.
(2) Dominus Deus noslerDens unus est. Deut., VI, 4' — Tu es Deus solus regum omnium terrae. Reg-, IV, c. 19 , v. i5.
(3) Gœli eaarrant gloriam Dei : et opeia manuum ejus annuntiat firmametilum. Ps. XVIII.
(4) Dominalur excelsiis iu regiio hominum et cuicumque voluerit dabit illud. Deut., IV, il\. — Dominus judicabit fines terrae , et dabit imperium régi suo. i Reg.^ II ^ v. 10. — Exurge , Domine,.. Judicentur génies in conspectu luo. Gouslituc , Domine , iegislatorem super €os. Ps. IX , 4-36. — Regnum à génie in gentem Iransferlur propler injustilias , et injurias, ei contumelias, et diversos dolos. Sap., X, 8.
l66 DE l'usage et de L^ABtt^
il a (lit i Que la lumière se fas.ie, et la lumière s'est faite (i). Il est le saint des saints (2) et le très-haut (3). lia tout ordonné par sa sagesse (4)', il régit tout par sa providence (5) 5 il remplit tout par son immensité (6)5 il pèsera tout dans sa justice (7). Il est infiniment miséricordieux (8) *, il a pour attributs toutes les perfections (9). Une longue et terrible expérience prouve que les peuples sont extrêmement portés à l'idolâtrie 5 pour nous prémunir contre des superstitions absurdes, Dieu s'est défini lui-même : (^ Je n'ai point de nom particulier , a-t-il dit, <( tout ce qui tombe sous vos sens, la nature entière est « mon ouvrage (10). J'ai précédé la lumière et les temps ( 1 1)-
— In maua Dei polestas terrse : et utilem rectorem suscitabit in tempus super illam. Eccl., X, 4-
(1) Tpse dixil, et facla sunt; mandaTil, et creata sunt. Ps. CXLVIII.
(2) Non est sanctus ut est Dominus. i Reg-^ il. — Magnificus in sanctilale. Exod.,XVy ir.
(3) AUissimus super terram omnem. Ps. XGVI, 9. — Elevata est magiiificenlia tua super cœlos. Ps., VU! , i.
(4) Quàra maguîficata sunt opéra tua , Domine ! omnia in sapientiâ fecisti. Ps. cm, 24.
(5) Aperîente le manum tuam , omnia implebuntur bonilate ; avertente aulem le faciem , turbabuntur. Ps. GUI, 29.
(6) Si ascendoro in cœlum, tu illic es ; si descendero in infernum, ades. Ps. GXXXVm,8.
(7) Qui judicas lerram. Ps. XGIII , 2.
(8) Quàm bonus Israël Deus his qui recto sunt corde !... Suavis Dominus universis et miseraliones ejus omnia opéra ejus. Ps. LXXII et CXLIV. — Misericoîij Dominus et justus. Ps. GXIV, 5.
(9) Magnus Dominus et laudabilis nirais , et magnitudinis ejus non es! finis... Sapientiae ejus non est nutnerus. Pso GXLIV et CXLVI.
(10) Non vidislis aiiquam similitudiaem in die quâ locutns est vobis Dominus in Horeb , de medio jgnis , ne forlè decepli faeialis vobis S( ulptam simiiiludinem aut imaginem... omnium... quae créa vit Dominus luus, inmiiiisleriuui cuacîis geutibus quae sub cœlo sunt. Deut., IV, i^-ig. — Ego sum Dominus , faciens omnia , extendens cœlos soins , stabiliens terram , et nullus mecum. Isaï , XLIV, 2^.
(11) Ego Dominus, et non est aller ; formans lucem et creans tencbras. Isaï , XLV, G*
DE l'esprît philosophique. 167
t< Je suis seul (1). Je vis dans l éternité (2). Aucun homme, x( dans la vie présente, ne m'a vu ni ne me verra face à « face (3). Je suis celui qui suis (4). »
La philosophie humaine s'est-elle jamais élevée à des idées plus grandes et plus vraies?
Les notions spirituelles, les notions sublimes que la religion nous donne de la divinité, semblent nous faire sortir de l'humiliation dans laquelle nous plonge notre penchant pour les objets sensibles-, elles communiquent une nouvelle activité à toutes les puissances de notre âme; elles nous découvrent un nouvel ordre de choses 5 elles font luire un nouveau jour; elles reculent les bornes de notre raison au-delà de tout ce qui peut lui être révélé par nos sensations. Nos faibles pensées viennent s'engloutir dans l'être infini. Le sentiment de nos relations avec lui nous rend supéri-eura à nous-mêmes.
C'est la religion chrétienne qui nous a ramenés à des idées spirituelles sur la nature de Dieu : ce bienfait ne pourrait être méconnu sans injustice. Or, il faudrait être bien peu philosophe, pour ne pas sentir le prix d'une reli;gion qui nous a débarrassés de toutes les inepties des peuples grossiers, de toutes les incertitudes de la philosophie, et qui nous fait éprouver la satisfaction de nous trouver assez intelligents pour reconnaître une intelligence suprême (5).
D'après les idées spirituelles que le christianisme nous
(1) Videtc quod ego sum solus. Deut, XXXIÏ, 09. — EgoDominus, primus et novissimus ego sum. Isaï, XLI , 4»
(2) Vivo ego in aeternum. Deut., XXXII , 4o. — Haec dicit excelsus €t subiimis habitans aelernitatem. Isaï , LVII , i5.
(3) Non enim videbit me homo et vivet. Exod.,WWl\, 20.
(4) Si dixeiinl mihi : « Quod est nomen ejus?» quid dicam eis? Dixit Deus ad Moyscii : Ego sum qui sum ; sic dices filiis Israël : Qui est misit me ad vos. Exod. , III , 1 3 , 1 4-
(5^ Nolile multiplicare loqui sablimia , gloriantes : recédant vetera de ore vestro : quia Deus scienliai'um Dominus est , et ipsi praeparantur cogilationes. i Reg,, II , 3.
i68 DE l'usage et l'abus
donne de la Divinité , aimer Dieu, c'est Vadorer en esprit et en vérité (^i) y c'est reconnaître sa souveraineté et notre dépendance (2); c'est lui rapporter toutes nos actions (3)*, c'est travailler à devenir parfait, comme il Test luimême (4).
Que la haute destinée de l'homme ne nous étonne pas : elle est motivée sur son origine; l'homme a été créé à l'image de Dieu même (5).
Tout homme doit respecter, dans un autre homme, non seulement son semblable, mais encore Timage de la Divinité (6). De là le commandement de l'amour du prochain, commandement fondé sur la nature , et ennobli par les motifs de la religion (7).
Aimer le prochain, c'est ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fût fait (8). Par le terme indéfini de prochain , on entend les hommes de toute nation, de tout état, de tout culte (9).
(1) Spiritus est Deus, et eos qui adorant eum in spiritu et veritate oportet adorare, JoAN. , IV, 24.
(2) Régi sœculorum immortali, invlsibili , soli Deo honor et gloria. I , Tim., 1,17.
(5) Omne quodeumque ficilis in verbo aut in opère , omnia in noniine Domini Jgsu Ghrisli, gratias ageates Deo. Cot. , III , 17.
(4) Eslote et vos perfecti , siciit et pater yesler cœleslis perfcctus est. MArm., V, 48.
(5) Creavil Deus homiuem ad imaginera suam. Gen., I, 27. — Vir quidcm... im^go et gloria Dci est. i Cor., XI , 7.
(G) Quicumquc efïaderit hutnanum saaguinem , fundetur sanguis iilius, ad imaginera quippè Doi factus est homo. Gen., IX, 6.
(7) El hoc mandaliun habemus , ut qui diligit Deuni diligat et fratrem suum. i Joan., IV, 21. — lu hoc cogiioscent omnes quia discipuli mei estis , si dileclionem liabueritis ad iuvicem. Joan. XIII , 55.
(8) Quod ab alio oderis {\tiv\ tibi , vide ne tu aliquandô allcri facias. ToB.,IV,i6.
(9) Quls est meas proxiraus ?,.. Homo quidam incidit in lationes qui despoliavcriint eum, et abicrunt seinivivo reliclo ; sacerdos quidam, viso illo praeterivit, simililer et levita. Samarilauus aulem, videui* eum, misericordiâ moins est , et alligavit vulnera ejus , iufundeus oleum et vinutn. Quis liorurn Iriuia vidotui* tibi proxiinus illi qui incidit in
DE l'espkit philosophique. 169
Le précepte de ne faire du mal à personne est prohibitif et absolu. 11 écarte toutes les méchancetés, toutes les in~ justices et tous les crimes (1). Il interdit la vengeance (2); il entraîne la rétriisslon des injures et le pardon des ennemis (3).
Aimer le prochain, c'est encore lui faire tout le bien que nous voudrions qui nous fût fait (4). Mais le précepte de faire du bien est moins absolu que celui qui nous prohibe de faire du mal. Il doit être pratiqué avec un juste discernement (5). Les vertus sont graduées comme les devoirs (6). La bienfaisance doit être éclairée (7). Elle est soumise à des règles que Ton ne saurait oublier sans danger, et qui sont indiquées par les relations, plus ou moins intimes, que la nature et la société établissent entre les
latrones ? — Qui feci tmisericordiam. — Vade, et tu fac similitcr. Luc, X, 27-37.
(1) Abominatur Dominus Deus tuus qui facit haec , et aversatur omuem nijustiliam. Deut., XXV, 16.
(i) Qui vindicari vult, à Dcmiuo inveniet vindiclam et peccata illius servons servabil. Erci., XXVII, r.
(5) Dimitle et dimiltemitii. Luc, VI, Zj. — Si esiirieiit inimicus tuns , ciba illum ; si sitierit , da ei aquatn bibere. Prov., XXIII, 21.
(4^ Oumia ergo quaecumque vultis ut faciant vobis homines, et vos facile il lis : hoc est enim lex et prophelœ. Matth., VII , 12.
(5) Volo vos esse sapicnles in bono. Rom., XVI, 19. — Noli esse jusUis mullùm. Prov., XXXI , 17.
On n'est point trop juste do la vraie justice ; mais afln que la justice soit véritable il faut qu'elle se tienne dans un milieu, dit saint Jérôme sur cet endroit, et qu'elle ne se porte pas dans l'excès. Ainsi l'on peut dire que celui qui est trop juste ne l'est pas assez , parce que , sous prétexte de garder la justice , il n'observe pas assez les règles de l'équité , de la prudence et de la charité ; qu'il se rend trop exact , trop sévètc et trop peu humain, et qu'il n'a aucune condescendance, comme dit un saint, pour la faiblesse des hommes , ni aucun égard à ce qui ne se peut pas. Non compatiuntur naturœ , nec œslimant possibilitaltm.
(G) Vidua discat primùm domum siiam regere : si quis autem suorum , et maxime domeslicorum , curam non habet , fidem negavit, et est infideli delerior. i Tim., V, 8.
(7) Si benefeceris , scito cuî feceris. Ecct., XII, i.
hommes. On doit faire le bien de sa patrie avant que de s'occuper de celui du monde (i). Les relations de famille (2), celles de l'amitié (3), sont sacrées aux yeux de la morale, comme à ceux de la religion.
Aux préceptes généraux de ne faire aucun mal , et de faire tout le bien que l'on peut, la religion joint des préceptes auxiliaires, qui seuls peuvent garantir l'exécution des deux autres. Ces préceptes sont ceux qui recommandent la douceur, l'humilité, le désintéressement, l'abnégation de soi, l'asservissement continuel des passions, la décence, la sobriété, la sagesse, le courage, et tant d'autres vertus ou précautions secondaires , sans lesquelles les vertus principales n'existeraient pas. Tout est admirable dans l'Evangile; il n'y a pas jusqu'au précepte de la haine de soi, qui ne soit un précepte de charité pour les autres (4).
La morale civile ne veille que sur les actions : la religion veille sur les affections et sur les pensées (5). « Vous « avez appris, nous dit-elle, qu'il a été dit aux anciens : « Vous ne déroberez point le bien de votre prochain, vous <^ ne commettrez point d'adultère ♦, et moi je vous dis que « celui-là est coupable de vol ou d'adultère , qui a déjà « formé le désir de commettre l'un ou l'autre de ces cri- « mes, quoiqu'il n'ait pas réduit son dessein ou sa pensée « en acte (6).» Ainsi, la religion ne se borne pas à empêcher
(1) I^CoDslautes affecti suut et pro legibtis et palriâ mori parali. 2 Mach. , VIII ,21.
(2) Honora patrem tuum et malrem luara. Deut., V, 16. — Frater et caro iiostra est. Gen.. XXVII, 17.
(5) Ne derelinquas amicuin antiquum. EccL, IX, i 4* — Melior est \icinus juxla quàm fraler procul. Prov., XXVII, 10.
(4) Benefacite his qui oderunt vos. Matth. V, 44* — Q"i ^^^^ ^"i" mamsuamin hocmundoia vilamaeternamcusloditeam. Joan.,XII, 95.
(5) Scrulans corda et renés Deus. Ps. VII , 10.
(6) Audislis quia diclum est anliquis : Non mœchaberis ; ego aulem dico \obis quia omnis qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jatn mœchatus est eam in corde suo. Matth., V, 37, a8.
DE l'esprit philosophique. 171
ies hommes de paraître méchants, elle se propose de les rendre moralement bons (i).
L'esprit du christianisme est essentiellement un esprit d'ordre, de discernement, de modération et d'équité. Chaque vertu, chaque action louable, est classée selon son degré de mérite et d'utilité.
N'assistons point à des funérailles , si un devoir plus pressant nous appelle ailleurs : laissez aux morts le soin d'ensevelir les morts (2). Ne préférez pas des vertus de surérogation à des vertus de première nécessité (3). Ne négligez pas ce qui est de précepte pour suivre ce qui n'est que de conseil (4). Ce qui est permis ou bon en soi n'est pas toujours convenable (5). Le bien finit où l'excès commence-, il est constamment entre deux limites (6). Haïssez le crime , et non le criminel (7). N'ayez point deux poids et deux mesures (8), Quand quelqu'un de vos frères fera l€ mal , avertissez-le 5 ne le maudissez pas (9). Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre (10). Ne rendez votre existence in-
{\) Atteadite ue justitiam vesfram facialis corain hominibus ut tIdeamini ab eis : alioquia mercedeii) non habebilis apud patreni ves- Irum qui in cœlis est. Matth., VI , i.
(2) Ait (Jésus) ad alterum : Sequere me. Ille autem dixit : Domine, permute mihi primum ire et sepelire patrem meum. Dixitque ei Jésus. : Sine ut morlui sepeliant mortuos suos ; tu autem vade, et annuntia regnum Dei. Luc, IX , Sq , 60.
(3) Qiiare et vos Iransgrediinaii mandatum Dei propier tradiliouena veslram. Matth., XV, 5.
(4) Mclior est eaim obedicalia quam viclimae. ijRgg". , XV, 22.
(5) Omaia milîi licent , scd non omnia expédiant, i Cor,, VI, 12.
(6) Ne plus sapias quàni necesse est. Eccl., \il , 17.
(7) Numquid volualatls meseest mors irapli , el non ut convertatur et vivat. Ezech., XVIII, 2 3.
(8) Non habebitis diversa pondéra, majus et miaus ; uec erit ia domo luâ modius major et miuor : abomiaatur enim Dominas qui facit naec. Deut.f 25 , i3 , 14.
(9) Si peccaveritin te irater tuus , conipe eum iater te et Ipsum soîum : si te audierit , lucratus eris fratrem tuum. Matth. , XVIII , i5.
(10) Qui sine peccato est vestrûra , primus in i!lam japidem raittal. JOAN., VIIÎ, 7.
commode à personne (1). Ménagez ceux qui sont faibles dans la foi (2) : La seule peine due à un homme qui erre, est d'être instruit»
JVous étions embarrassés d'expliquer les contradictions qui se rencontrent dans notre être, nous ne pouvions concilier les désordres qui désolent la terre avec la providence qui la régit. La religion nous offre la solution de ces grands problèmes en nous révélant la chute de l'homme, sa désobéissance et les jugements terribles qui l'ont suivie (5). Elle place entre Dieu et l'homme un médiateur- Dieu (4). Elle nous révèle notre faiblesse , sans nous faire perdre le sentiment de DOtre grandeur; elle vient au secours de notre raison obscurcie et dégradée. Elle nous rappelle à notre première dignité , sans nous déguiser notre corruption (5). Elle nous annonce que nous foulons ici-bas une terre étrangère (6) ; que nous devons , comme le sage, y voyager en faisant du bien (7) •, que toutes nos actions doivent être dirigées et ennoblies par leur rapport à Dieu (8)-, et que nous n'entendrons jamais rien dans les ouvrages de Dieu , si nous ne regardons tout ce qui se
(1) Nemhii dantes uUam offensiouem. 11 Cor., VI , 3. — Aller alterius, ouera porlate. Gai. VI, 2.
(2) Infirmum auteiu in fîde assumile. Rom,, XIV. i.
(3) Nescieruut sacramenta Dei... Quoniam Deus creavit hominem inexterminabileo) et ad imagincm similitudiais suae ; iiividiâ autem diaboli raoïs inlravit in orhem lerrarum. Sap., II , 22-24.
(4) Si unius delicto mors regnavit , abuudaatiam gratiae et donationis et justiliae accipieutes , in vità regnabunt (justi) per Jesutn Gliristuin. liom.f V, 17.
(5) Siauteni spirilu carnis mortiGcaverilis, \ivelis. Ipse euim spirilus leslimonium reddit spirilui nostro quod sumus filii Dei. Si autem filii et hseredes , hœredes quidem Dei, cohaeredes aulem Ghristi. Rom., VIII, i5 , 16,17.
(6) Dùm sumusin corporc , peregrinamur à Domino. 2 Cor., V, 6.
(7) Vos aulem, fiatres , nolite deficero benefacienles. 2 ThessaL, III, i3. — Pertransiit bencfacicndo. Act., X, 58.
(8) Sive ergo manducatis , sive bibitis, sive aliud quid facitis, orania in gloriam Dei facile, i Cor., X , 3i.
DE l'esprit philosophique. 175
passe dans la Tie présente comme l'éducation de l'homme pour une autre vie (1).
En proclamant ces dogmes , le christianisme les dirige vers le plus grand bien de l'humanité; ce que n'ont pas fait les fausses religions. On est eft'rayé quand on jette les yeux sur les absurdes conséquences qui ont été et qui sont encore déduites dans certains pays delà doctrine de l'immortalité de l'âme , des peines et des récompenses dans une vie à venir , et de la communication habituelle que l'homme doit avoir avec Dieu. Ces vérités dogmatiques ont souvent naturalisé , dans les contrées où elles étaient admises, la paresse, le suicide, le mépris des hommes , et tant d'autres fléatix également funestes à la société. « Presque partout et dans tous les pays, l'opinion « de Tiinmortalité de l'âme , mal prise , a engagé les « femmes, les esclaves , les sujets , les amis, à se tuer, « pour aller servir, dans l'autre monde, l'objet de leur « respect ou de leur amour. Cela était ainsi dans les Indes « occidentales; cela était ainsi chez les Danois; et cela « est encore aujourd'hui au Japon , à Macassar, et dans « plusieurs autres endroits de la terre (2). » Dans le christianisme, la plus sainte morale règle l'usage-pratique des dogmes , et les dogmes ne nous sont oiTerts que comme la sanction et l'appui de la morale (3).
(1) Intellexi quôd omnium operum Dei nullam possit homo inveniie ralionem... Finem loquetidi poriler omnes audiamns : Dcum tune et mandata ejus ol^^erva , hoc est enini omnis homo ; et cuncta quae fiunt, adducel Deus in judicium. Ëccl., VII ,17; XII, i3. — Scire jusiiiiam , et virtulem luam , radix est immorlalitalis. Sap., XV, 5.
(2) Esprit des lois , Ijv. 24 > art. 18. — Le roi de Dahomy disait h uu Anglais : « Vous m'avez vu égorger un grand nombre d'hommes le jour
«de la fête annuelle des morts; si je négligeais un devoir si indis[)en- « sable envers mes ancêtres, me le pardonneraient-ils et me laisseraient- « ils la vie? Ne se j)laindraient-ils pas que je ne leur envoie personne « pour les servir?» Hist. de Dahomy, jiar ArchibaldDalzel , Spectateur du Nord , cahier de sept. 1797, ia-8°, t. III , p. 367.
3) luitium viae bonîe, facere juslitiam : accepta est autem apud
174 i>E l'usage et de l'Abus
Les fausses religions , les fausses philosopbies , ont cherché à expliquer toutes les obscurités et à résoudre toutes les incertitudes, sur la nature de Dieu, sur celle de l'homme , et sur une vie à venir , par des systèmes qui sont plus ou moins accommodés aux choses qui sont à notre portée , et qui tombent sous nos sens. De là le manichéisme et le polythéisme , la doctrine du destin, la métempsychose , et toutes les fables par lesquelles on a transporté dans une vie à venir tous les besoins et tous 1er plaisirs delà vie présente.
C'est ici où l'excellence du christianisme doit frapper tous les yeux : il nous avertit que Dieu est incompréhensible, et que ses profondeurs sont impénétrables; que ses voies sont inconnues, mais toujours justes, et qu'il ne saurait nous appartenir d'appeler de ses jugements et de sa providence à notre faible raison (i). Il nous avertit que ^ n'y ayant point de rapport de comparaison entre le fini et l'infini, toutes les allégories, toutes les expressions, toutes les idées que nous empruntons des objets ordinaires de nos connaissances, sont plus propres à égarer notre raison qu'à l'instruire (2). Il nous avertit qu'il faut nous résigner à rencontrer des mystères , pour ne pas tomber dans des absurdités (3).
Deum magls , quàm immolave hostias. Prov., XVI , 5. — Nonne hoc est magis, jejuaiiiai quod elegi? Dissolve colljgationes impielatis, solve fasciculos deprimeutes, diinilte eos qui confracli siint liberos, et omue onus dirumpe ; frange esurienli pauem luum , egenos, vagosque indue iu domum tuam ; quùm videris nnduni operi eam, et carnom tuarn ne despexeris. Tune iuvocabis et Dominus esaudiet. Isaï., LVIII, 4» ^ » 6, 7 elg.
(1) O altitudo diviliaiuin sspientias et scienliaBDei ! Quàm incomprehensibilia sunl judicia cjus, et in invesligabiles viae ejus ! quis enim cognovit sensum Domini, aut quis consiliaiius ejus fuit? Rom., XI, 35.
(2) INon enim cogilationes meae cogitaliones vcslrae , neque ^iae vestrae TÎse meae, dicit Dominus. Sicut exaltantur cœli à terra , sic exaltalîe îunt viae meje à viis T/eslris, et cogitatioues meae à cogitationibus Tcstris. IsAi., LV, 8.
(3) AUiora te ne (piae.sieris , et forliora le ne ccrutatus fucris. Eect.,
DE l'esprit philosophique. 175
« Quel est cet homme, dit le Seigneur, qui se perd en « des discours insensés? Je l'interroge, qu'il réponde. Où (( e'tiez-vous quand je posais les fondements de la terre? « Et sur quelle base l'ai -je aussi solidement établie? « Dites-le-moi si vous le savez. Qui a opposé des digues (( à la mer lorsqu'elle fondait violemment sur ses bords , « et qui lui a dit : lu viendî'as jusque là, et tu hrisei'as « ici Vorijueil de tes flots ? Est-ce vous qui avez indiqué « à l'aurore le lieu où elle doit poindre, et au soleil le u terme de sa course? Avez- vous sondé lés abymes des «mers? Connaissez - vous Tordue qui règne dans les « cieux? Commandez- vous aux éclairs et aux tonner- « res (1)?»
Bénissons une religion qui sait ainsi mettre un frein à la fureur des systèmes , qui marque les bornes de la raison avec la plus profonde sagesse, qui daigne protéger l'entendement humain contre ses propres écarts , et qui ne nous commande la foi que quand notre partage ne pourrait plus être que le désespoir ou l'erreur.
Et quelle est cette foi si impérieusement commandée par le christianisme? Une barrière contre le fanatisme et la superstition. Aucune idée, aucun objet sensible n'entre dans les dogmes chrétiens; les choses qui sont l'objet de ces dogmes ne sont ni du domaine des sens, ni du domaine de l'imagination (2) ; nous devons les croire sans les comparer à rien de ce que nous pouvons sentir ou con-
III, 22. — Qui scrutalor est majestatis opprimetur à glorià. Prov., XXV, 27.
(1) Quis est iste involvens sentenlias sermonibus imperilis? Inlerrogabo le, responde mihi: «Ubi cras quando pouebara fundanicnta lerrae? Super quo bases ilîius solidatce sunt? Quis conciusit osliis maria, quaudo erunjpebat quasi de vulvâ procedeus, et dixit : Usque hiic vtnies , et lue confringes tumentes flactus tuos ? Nuniquid ostendisti aurorse locum suum? Niimquid ingressus es profunda maris I' Numquid mittes fulgura etibuat? » Job XXXVIII.
(a) Oculus uoii \idii, nec auris audivit, nec iii cor houiiuis ascendit. quae praeparavit Deus iis qui dillguat illum. i Cor., IL 9.
naître (i). Elles roulent sur de grandes promesses et sur de grandes menaces (2); elles passent nos plus hautes coaceplions; elles élèvent l'homme plus haut que ne pourrait le faire l'orgueil humain (3). Mais elles préviennent son délire, en soumettant sa raison, et en écartant les illusions des sens^ car il n'y a pas jusqu'au dogme de la résurrection des corps qui ne conduise à des idées spirituelles (4). Les dogmes du christianisme ne touchent à aucun des ohjets qui appartiennent aux sciences ou à la raison humaine (5). Il est reconnu partout, dans les livres saints, que la terre a été donnée en partage aux enfants des hommes (6), et que le monde a été laissé à leur discussion et à leur recherche (7). Le domaine de la foi ne commence que là où celui de la raison finit, et la raison n'a qu'à se féliciter du secours de la foi, puisque sans ce secours les questions les plus importantes pour l'hoinme ne lui offriraient que des discussions sans terme , et, pour ainsi dire, une vaste irier sans rivage (B). Les chrétiens peuv. nt dire aux philosophes : Que savez-vous que nous ne sachions comme vous? Qu'ignorons -nous que vous
(1) Quœ Dei sunt nemo cognovit, nisi spiritus Dei Spiritualibus
spiritualia comparantes: animalis aulem liomo non percipit ea quae sunt spiritus Dei. 1 Cor. ,11, ii-i4'
(2) Possidete paraluin vobis regnum..... Discedile à me in ignem œterniiin. Matth., XXV, 54, ^l^
(3) Fulgebuiit justi sicut sol in regno patris eorum. Matth., XIII,
(4) Seminalur corpus animale, surgel corpus spiriluale. 1 Cor.^