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blables , en servant les autres ; en un mot , ce n'est qu'en se rendant utile, que l'on peut devenir saint et que l'on mérite d'être appelés les enfants de Dieu (1).
Que deviennent donc toutes les déclamations des sophistes contre une religion aussi amie des hommes et si bien accommodée à leurs besoins ? La philosophie prêche le travail j la religion le prêche et l'ennoblit (2). La philosophie recommande la patience , la rési[jnation et la plupart des vertus j la religion recommande les mêmes vertus ^ mais elle fait plus , elle les encourage , les soutient et les récompense (5)-, elle donne un but à tous les efforts (4); elle allège le fardeau des devoirs (5) , en leur assignant un prix qui ne peut leur être ravi par l'injustice des hommes (6). Le crime peut avoir des succès j le bonheur n'est que pour la vertu (7). La mémoire du juste sera éternelle (8). J^ai vu ï impie s^ élever comjne le cèdre ^ je rCai fait que passer ^ il rCétait déjà plus (9). Les faux sages , qui n'ont que de la
(1) Venite, benedicti Patris mei; possidete paralum vobis regnum : esurivi enim , et dedistis mihi maaducare ; silivi, et dedislis raihi bibere ; hospes eram , et collegislis me ; nudus, et cooperuistis me ; iiifirmus, elvisitastis me; tn carcere eram, etvenistis ad me. Mattii.,XXV» 34-36.
(2) Magis autem laboret, opérande manibus suis , ul habeat unde Iribuat necessitalem palienti. Eph^ IV, 28.
(3) Gaudete et exullale, quoniam merces vestra copiosa est in cœlis. Mattii., V, 52.
(4) Propler spem quae reposita est -vobis in cœlis. CoL^ I, i5.
(5) Jugum meura suave est et onus meura levé. Matth., XI , 3o.
(6) Thesaurisale thesauros in cœlo , ubi fures non effodiunt nec furantur. Matth., VI , 20.
(7) Melius est raodicum justo, super divitias peccatorum multas. Ps. XXXVI, 16.
(8) In memoriâ aelernâ erit justus Desiderium peccatorum peri-
bit. Ps. CXI, 7 et 10,
(9) Vidi impium superexallatum et elcvalum sicut cèdres Libani , et transivi et ecce non eiat. Ps. XXXVI , 35, 36.
vanité, recevront des récompenses vaines comme eux (i). Les vrais fidèles, qui ne placent leurs espérances que dans ]e souverain Etre, ont pour garant de tout ce qui leur a été promis celui même qui a pu leur dire : Le ciel et la terre passei'ont ^ mais mes paroles îic passeront point (^2)»
Dans le christianisme, les dogmes et la morale sontdonc inséparablement unis 5 et telle est l'admirable économie de cette religion divine, qu'en la méditant de bonne foi, on demeure convaincu que les dogmes sont aussi nécessaires à la morale que la morale est elle-même nécessaire aux dogmes.
Le culte des chrétiens n'est pas un vain cérémonial : il rappelle à chaque instant la morale et les dogmes 5 il est aux préceptes et aux vérités de la religion ce que les signes sont aux idées. La prière, les rites, les pratiques, nous élèvent sans cesse jusqu'au créateur , et nous impriment le respect que nous devons à ses commandements j or , on ne tient fortement aux choses qu'autant qu'on en est continuellement occupé 5 l'esprit et le cœur ne peuvent demeurer vides (3).
Les philosophes connaissent bien peu le véritable esprit de la religion chrétienne, lorsqu'ils parlent avec tant de mépris de la construction des temples , et de toutes les observances religieuses. A les entendre, il ne faut point emprisonner la Divinité dans une étroite enceinte, et affai-
(1) ReceperuDt mercedem suam vani vanam. Matth,, VI, 5;
S. AuG.
(2) Cœliim et terra transibunt , verba autem mea non transibunt. Marc, XIII, 3i.
Deus juravit per semelipsuai , aboridanliùs volens oslendere pollicitationîs hœrcdibus, immortalitalem consilii sui , ut forlissiumm solalium liabeamus. Hœbr., VI, i5, 17, 18.
(5} Seplem diebus vrsceris aziniis, et iii die septimo erît solemnitas. Karrabisque filio tuo : Hoc est quod fecit Dominas quando eç:;ressus sum de Egypto ; et erit quasi siguuiu et monuinentum aule oculos luos ut lex Domini seioper sit ia ore tuo. Exod, , XIII , 6-9.
i8o DE l'usage et de l'abus
blir ainsi l'idée que l'on doit avoir du premier Etre et de sa présence en tout temps et en tout lieu ; mais que disentils donc à cet égard, qui ne nous ait été enseigné par les livres saints? JN'apprenons-nous pas de la religion ellemême que, si le ciel et la terre ne peuvent renfermer l'imniensilé divine , il serait bien plus absurde de prétendre la resserrer dans nos temples (i)? Mais ne nous dit-elle pas aussi que l'objet unique de la construction de ces temples est de nous ménager un asyle pour pouvoir nous y recueillir plus particulièrement, pour y adorer Dieu dans la retraite et dans le silence , pour aller l'y chercher dans DOS craintes ou nos espérances, rien n'étant plus consolant pour les hommes qu'un lieu où , tous ensemble , unis de cœur et d'esprit , ils puissent faire parler leurs besoins, leurs faiblesses et leurs misères (2)? Avions-nous besoin de la philosophie pour connaître le dogme de la présence de Bieu? Ce dogine n'a-t-il pas été religieux avant que d'être philosophique? Ne sommes-nous pas avertis par la religion que Dieu n'est absent nulle part (5) , que nous ne pouvons échapper à ses regards, qu'il lit dans les cœurs, qu'il scrute nos consciences et nos plus secrètes pensées (4)? N'est-il pas écrit que les intentions seront pesées , et que les œuvres ne seront jugées que d'après les motifs secrets qui les auront produites (5)?
(1) Ergone putaudum est quod verè Deus habitet snper lerram? Si enim cœlum et cœli cœloruin le capere non possiint , quanto magis domus haec quam œdificavi? 3 Reg., VIII, 27.
(2) Sed ut siiit oculi lui aperti snper domum hnnc de quâ dixisli : Erit nomen meum ibi , ut exaudias deprecalionem Israël , quodcumque oiaverint in loco islo. Ibld., 29, 00.
(3) In ipso enitji viviraus, et movemur, et sumus. AcL, XVII, 28.
(4) Oninia corda scmtatnr Domiuus , et nniversas mentium cogitaliones intclligit. 2 Parai, XXVIII, 9.
(5) Ncc juxla intuilum hominis ego jndico : home enim videt ea quœ apparent, Dominas autcm iuluctur cor. 1 Reg., 16, 17,
DE l'esprit philosophique. * iBi
De ce que la religion chrétienne établit des rites , et commande des pratiques de piété , les philosophes concluent que cette religion met les rites et les pratiques à la place des vertus •, mais ignorent-ils donc encore que, dans l'enseignement chrétien , les pratiques ne sont rien sans les dispositions du cœur (i)*, que les holocaustes et les sacrifices ne sont agréables à la Divinité qu'autant qu'ils sont offerts par des cœurs chastes et purs (2); que l'obserservation de tous les rites et de toutes les pratiques ne saurait être un moyen de salut qu'autant qu'une piété sincère et franche en est le principe (5).
Mais des êtres sensibles avaient besoin de rites 5 il y a peu de philosophie à mépriser les observances que la religion ordonne, et qui sont comme le signe de l'alliance sacrée de Dieu avec les hommes (4)« Quoi de plus touchant qu'une religion qui nous accompagne dans tout le cours de notre vie ! A notre naissance, elle protège notre berceau 5 elle nous marque du sceau de ses promesses. Au premier développement de nos passions, elle nous communique de nouvelles forces. Elle se mêle aux principales actions de la vie ; elle en marque les principales époques ; elle sanctifie le mariage , cet acte si important., dans lequel tous les peuples ont fait intervenir le ciel , parce que la
(i) Gircumcidimini Domino, et auferte pmaepulia cordium veslrorum, viri Jnda. Jer., IV, [\. — Non omnis qui dicit mihi : « Domine, Domine ; intrabit in regnum cœlorum » sed qui facit voluntatem Patris mei , qui iu cœlis est , ipse intrabit in regnum cœlorum. Matth., VII, 21.
(2) Quo milii multitudinem victimarum vestrarum? Ne offeratis frustra sacrifîciiira, solemuitales vestras odivit anima mea. Mundi estote , judicate pupillo, defendile viduam : si fueriat peccata vestra ut coccinura, quasi nix dealbabuntur. Is.,I, ii, i3, i4» i^» i?» 18. — Quia misericordiam volui et non sacrificium ; et scieutiam Dei plusqukra holocausla. Os., VI, 6.
(3) Scindite corda vestra, et non veslimenla vestra. Joël, II, 1, i3.
(4) Gircumcidetur omne masculinum, ut sit in signum fœderis inter me et vos, Gen., XVIÏ, 10, u,
l82 DE l'usage et DE L'ABUS
fécondité , le bonheur des e'poax y la destine'e des enfants^ leur ont pr^ru devoir être TefFet d'une bénédiction particu-* lière ^ elle adoucit les derniers moments de notre vie présente en nous environnant de tous ses secours et de toutes ses espérances *, elle nous offre le cercueil comme le berceau de limmortalité (i), et le tombeau comme un w,onu7nent élevé sur les limites des deux mondes (2).
Quand la religion chrétienne ordonne , dans certains jours , la cessation du travail , c'est pour rendre méritoire à l'homme le repos même qui lui est nécessaire (3). En instituant des jours de sabbat et des fêtes , elle avertit qucy ces jours-là même, il ne faut pas négliger un devoir pour une cérémonie , ou une bonne œuvre pour la récitation d'une prière (4); elle a toujours égard aux besoins des hommes, plus qu'à la grandeur de l'Etre qu'elle honore (5),
Les païens admettaient des crimes inexpiables; quelques philosophes ont prétendu que celte doctrine était plus favorable à la société que celle du christianisme, qui a établi des rites expiatoires. Mais ces philosophes ont bien peu connu et les principes du culte chrétien , et la nature de l'homme.
! Que l'on daigne écouter sur cet objet un écrivain célèbre qui ne peut être suspect à la philosophie. « La religion « païenne , dit l'auteur de V Esprit des lois (6) , qui ne
(i) Belle expression de M. le marquis Pastoret , dans un éloquent discours sur les funérailles.
Qui dormiuntiu terrae pulvere evigilabunt ut videant semper. Dan.,