‹ De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècleChapitre 71 sur 87 · XII · texte numérisé non relu

XII

(2) Bernardin de Saint-Pierre,

(3) Requicp sancla Domino. Exod.^ XXXI, 25.

(4) Ilypocrilse, unuscjuisque veslrûm sabbalo non solvil bcvem suum à piaescpio, el ducil adaqiiare? Itanc aulem filiain Abrahanise, quam aîligavit Salanas, non opjjorluil solvi à \inculo isto , die sabbati? Lcc,

XIII, i5, 16. — Licet sabbatis benefacere. Matth., XII, 12.

(5) Sabbalura propter hominem factura est , non homo proptcr sabbatura. Marc, II , 27.

(6) Esprit des lois, liv. XXIV, art. i3.

DE l'espritl PHÏOSOPHIQUË. i85

<« défendait que quelques crimes grossiers , qui arrêtait la « main et abandonnait le cœur, pouvait avoir des crimes « inexpiables ; mais une religion qui enveloppe toutes les i< passions, qui n^est pas plus jalouse des actions que des « désirs et des pensées; qui ne nous tient point attachés « par quelques chaînes , mais par un nombre innombra- « ble de fils; qui laisse derrière elle la justice humaine et « commence une autre justice; qui est faite pour mener « sans cesse du repentir à l'amour, et de l'amour au re- « pentir ; qui met entre le juge et le criminel un grand mé- « diateur , entre le criminel et le médiateur un grand juge; « une telle religion ne deit point avoir de crimes inexpia- « blés (i). Mais, quoiqu'elle donne des craintes et des « espérances à tous, elle fait assez sentir que, s'il n'y a « point de crime qui , par sa nature, soit inexpiable , toute « une vie peut l'être (2) -, qu'il serait dangereux de tour- « menter la miséricorde par de nouveaux crimes et de (( nouvelles expiations (3); qu'inquiets sur les anciennes « dettes , jamais quittes envers le Seigneur, nous devons « craindre d'en contracter de nouvelles (4), de combler la « mesure, et d'aller jusqu'au terme où la bonté paternelle « finit (5). »

Une telle doctrine ne menace pas la société en encourageant le crime , mais elle console et elle corrige l'homme en laissant une issue au repentir.

Tout le christianisme porte le caractère de l'infinie sa-

(1) Si impius egerit pœnîtentiaiu , omnium iniquitatum ejus quas operatus est non recordabor. Ezech., XVIII, 21, 22.

(2) Impiis anlem usquè in novissimum , sine misericordiâ ira supervcnit. Sap., XIX , 1.

(5) Qui jejunat in peccalis suis , et iterum eadem faciens , quid proficithumiliaudo se? Eccl.^ XXXIV, 5i.

(4) Fili, peccasli? Non adjicias ilerum , sed et de pristinis deprecare, ol tibidimiUantur. EccL, XXI, 1.

(5) Ne dicas •. «Miseratio Domini magna est, multitudinis peccalorum meorum miserabilur, misericordiâ enim et iraabillo cil6 proximant.» Non tardes coaverli ; subito enim veniet ira illius. EccL^ V, 6-9.

l84 DE L'USAGE ET DE l'aBUS

gesse -, rien n'y est purement local ; tout y est accommodé aux diverses situations de la vie. L'abstinence, en général , qui est un si puissant remède contre les passions , est de droit divin (i); telle ou telle autre abstinence particulière n'est que de police (2). La morale et les dogmes sont immuables-, V iota même en est sacré (5). Il est des règlements de discipline qui varient selon les lieux et les temps (4).

La religion chrétienne ne se contente pas de prendre les hommes en masse, le s'adresse à chaque individu (5). D'autre part, elle n'est pas particulière à une nation, à nne cité ', elle a des vues universelles sur le genre humain (6)-, elle forme, sous la puissante garantie de Dieu , une société générale et éternelle des hommes justes de tous les pays et de tous les siècles (7). Que de grandeur, que d'élévation , que de majesté dans cette communion sainte, qui ne doit point avoir de fin, et qui ne reconnaît pour chef que Dieu lui-même !

On accuse le christianisme de maudire tous ceux qui ne sont pas chrétiens, et de porter l'esprit d'intolérance et de prosélytisme jusqu'à la fureur. Ahl ces déclamations sont absurdes et injustes. Dans les principes de la religion chrétienne, personne ne sera jugé que d'après la loi qu'il aura connue. Chaque homme sera confronté avec la loi

(1} Mortificale membra vestra. Col., III, 5.

(2) Non quod intral ia os coinquinat hominein. Matth., XV, 11. (5) lola uiium autunus apex non praeterihit à lege , donec omnia fîanf. Mattii., V, 18.

(4) Quare Irausgredimini mandaluro Dei propter traditionem vestrarn ? Mattii., XV, 18.

(5) Nulens allquos perii'e. 2 Pet. , III , 9.

(6) Non enim est dlsllndio Judaei et Graeci , nam idem Dominus omnium, dives in omnes qui invocanteum. Rom., X, 12.

(7) Pater, rogo pro cis qui crediluri sunl ia me, ut omnes unum sint, sicuL tu , Paler, in me , et ego in te , ut et ipsi in nobis unum sint. Et ego claritalem quam dcdisti mihi . dedi eis, et tu in me , ut siut consommaliin unum. Joan., XV^II, 20-25,

DE l'esprit philosophique. i85

naturelle, principe et exemplaire de toutes les autres, et aucun homme ne sera condamné sans que sa propre conscience ne rende témoignage de la justice des jugements de Dieu (i).

La douceur et la tolérance sont formellement recommandées dans les livres saints (2). La religion agit sur les âmes; à ses yeux , il n'y a de véritable foi que celle qui est sincère; il n'y a de vraie vertu que celle qui part du cœur. Dieu, maître de l'univers, n'a pas besoin d'hommages forcés. Il n'exige pas qu'on le confesse avec contrainte, ou qu'on entreprenne de le tromper; il veut qu'on se rende digne do lui (5). La force humaine pourrait-elle être utilement et justement employée, pour une religion qui ne veut gouverner que d'après les principes qui supposent le plein exercice de la liberté? Dieu seul est le roi des âmes (4) ; nul autre ne peut les changer (5). Il est écrit

(1) Redcîet unicuique secundum opéra ejiis. Non enim est acceplîo personarum apndDcam. Quiciimque enim sine loge peccaveiunt, sine lege peribunt , el quicumque inlege peccaverunt per iegen? judicahuntur. Quùni enim génies qui legem non habent, naturaliter ca quae legis sunt , faciunt, ejusraodi legem non habentes , ipsi sibi sunt lex ; qui ostendunt opus legis scriplum in cordibus suis, teslimoniuni reddente illisconscientiâipsoruo^. et intei" se iuvicem cogilationibusaccusanlibus, aut etiani defendenlibus , in die, quùm judicabit Deus occulta liomiimm. Rom., Il, 6-16.

(2) Factum est ut (Jésus) iret in Jérusalem, et misit uunlios in civitatem Samaritanorum , ut pararent illi, el non receperunt eum. Jacobus et Joanues dixernnl: Domine, vis dicimus ut ignis descendat de cœio et consumât iilos? Et conversus increpavit illos, dicens : Nescitis cujus spiritâs estis: Filius Uomiiiis non venit animas perdere, sed salvare. Luc, IX, 5 1-56.

(3) Deus universitatis est domious, obseqnio non eget necessario , non requit it coactam confesslonem; non fallendus est, sed promcrendus, S. fin.., lib. ad Constant. Aug., p. 122.

(4) Rex Gliristus quôd mentes regat. Aug., in Jean., trad. 01, n. 4» tom. III, part. III, p. 635.

(5) Nemo potest venire ad me nisi Pater qui misit me Iraxerit eum.

Page 1