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partout que Dieu nous a auienës nous-mêmes à ïe connaître plutôt en enseignant qu'en exigeant (i); qu'il faut TÎvre en paix avec tous les hommes (2) ; qu'il faut faire honorer la Divinité , et ne la venger jamais (3).
L'institution du sacerdoce, dans le christianisme, a pour objet l'enseignement et le culte. Les ministres consacrés à ce sacerdoce n'ont aucun pouvoir direct ou indirect sur le temporel des états. Ils sont les apôtres d'un Dieu qui a déclaré que son royaume n'était pas de ce monde (4). Le divin ministère (5) qu'ils exercent ne leur donne qu'une autorité purement spirituelle (6). Ils ne sont pas établis pour juger les lois politiques et civiles des nations 5 mais, en tout pays, ils doivent être soumis aux gouvernements et obéir aux lois. Cette soumission et cette obéissance sont des préceptes pour le pontife comme pour le simple fidèle (7),
Aucune forme particulière de gouvernement n'a été consacrée par la religion chrétienne ; mais cette religion nous défend de troubler aucune forme de gouvernement (8). Elle nous ordonne de les respecter toutes , comme ayant toutes pour but la tranquillité de la vie présente, et comme étant toutes entrées dans les desseins d'un Dieu créateur et conservateur de l'ordre social (9).
(1) Deus cognilionem sui docuit potiùs quam exegit. S. Hil., lib. i, ad Gonsiant. Aug., p. 122.
(2) Cuni omnibus hominibus pacem habentes. Rom., XII, 18.
(3) Mea est ullio , et ego retribuam. Deui., XXXII, 35.
(4) Sicut misit me Pater, el ego mitlo vos Evangelisare pauperi-
bus misit me..... Quis me constituit judicem iiiler vos?..... Regnum menm non est de hoc mundo. Joa\., XX, 21 ; Luc, IX, 18; XII, i4 ; JoAN., XVIII, 36.
(5) Pro Glirislo ergo legatioue fuugimur. 2 Cor., V, 20.
(6) Sic nos existimet homo ut ministros Ghiisti et dispensatores mjsteriorum Dei. 1 Cor., IV, 1. — Noiite vocari Rabbi.
(7) Omnis anima potestalibus sublimioribus subdita sit. Rom. , XIII, 1.
(8) Quœ autem sunt (poleslates), à Deo ordinatae sunt. Itaquè qui resistit poteslati , Dei ordination! resistit. Ib., 1 , 2.
(2) Obsecro igilur Geri oralioucs pro regibus et omnibus qui in sub-
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Tel est le christianisme dans sa doctrine, dans son culte et dans son sacerdoce. Nous offre-t-il l'œuvre de Dieu, ou celle des hommes? J'en appelle à tous les philosophes de bonne foi.
Après m'être rassuré sur la doctrine et sur le culte de la religion , que je suppose proposés à mon examen , je dois passer à l'histoire de son établissement. Quelle est la date de cette religion? quels en sont les fondateurs ou les apôtres? par quels moyens s'est-elle propagée et soutenue? Ces questions simples nous conduiront à la vérité, pourvu que nous ne donnions pas à l'esprit de système ce que nous ne devons donner qu'à l'esprit de critique ou de discussion ; pourvu que nous ne voulions pas établir ou détruire des faits par des hypothèses; pourvu que nous n'ayons pas la folle prétention de faire prévaloir sur des monuments anciens, et non contestés par les contemporains, des objections qui, si elles avaient été fondées, eussent été proposées dans un temps utile, et l'eussent été sans réplique, tandis qu'elles ont, aujourd'hui, le vice frappant et irrémédiable d'êire faites des milliers d'années trop tard; pourvu que nous ne confondions pas l'extraordinaire avec l'absurde, et Tindifférent avec l'essentiel; pourvu que nous aj^ons la sagesse de ne pas isoler les détails de l'ensemble, et de chercher dans l'imposante unité
iiraitate sunt , ut quietara et tranquillam vltam agamus , ia omni pietate et caslitate : lioc enim banum est et acccptum coram Deo. 1 Tlm., II, 1, 2.
En effet , la relig'ion chrétienne nous enseigne que son objet nnique est de nous enfanter à une aulre vie plus parfaite et plus durable, dont lavie présente n'est que la préparation.
Opportel vos nasci denno. Joan., Ill , 7. — Genuil nos (Deus) verbo veritatis. Job , I, 18. — Tanquàm parvuîisin Chrislo, lac vobispotum dedi , non escam : nondùm enim poleratis. 1 Cor.^ III, 1, 2. — • Tauquàni filiis vobis offert se Deus. Quis enim filins quem non corripit pater? In disciplittâ perseveratci. Hœb., XII, 7. — Donec occurramus... in virum perfectiim , in mensuram aetatis pleiiitudinis Ghristi. Ephes.^ IV. i3.
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de l'ensemble , la solution des difficultés incidentes, puériles et minutieuses, qui peuvent se rencontrer dans les détails-, enfin, pourvu que nous n'argumentions pas de ce qui nous paraît obscur contre ce qui est clair, au lieu d'argumenter de ce qui est clair en faveur de ce qui est obscur.
Si l'antiquité seule ne peut prouver la vérité d'une religion, puisqu'il y a des fictions antiques, comme il y a d'antiques vérités, il est du moins certain que, s'il y a une vraie religion, elle doit avoir le plus haut degré possible d'antiquité: car, une religion vraie est nécessairement fondée sur les rapports de l'homme avec Dieu ; or, Dieu a toujours existé , et l'homme est aussi ancien que la nature. Dans toute institution religieuse , l'époque de son établissement est donc une circonstance importante à constater. Je conviens quà mesure que des faiîs se perdent dans la nuit des temps, il devient plus difficile d'en acquérir la certitude. On peut en prendre à témoin le peu de confiance que nous accordons à toutes les traditions des peuples, sur leur première origine. Mais j'observe qu'il est une grande différence entre ces faits ordinaires, presque toujours fugitifs, et qui ne laissent après eux aucune trace permanente, et des faits religieux qui se sont perpétués jusqu'à nous. Les faits de cette seconde espèce, ne cessant pas de nous être présents, peuvent continuellement être confrontés avec eux-mêmes. Nous pouvons toujours apprécier leur nature et leur rapports; nous pouvons les suivre dans leur cours, remonter à leur source, démêler les causes de leur perpétuité , ou celles de leurs changements et de leurs révolutions. Les moyens d'instruction ne nous manquent pas.
Ici, je viens à l'objection qu'en matière de révélation divine, il est inutile de prouver une longue série de faits anciens et non interrompus , si on ne prouve en même temps que ces faits n'ont point une source purement humaine; et, pour répondre à cette objection , je commence par écarter tous les systèmes. Chaque incrédule bâtit le
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sien; chacun rédige, à son gré, l'histoire générale des cultes, et prétend trouver, entre les dogmes et les rites des diverses religions positives, des ressemblances qui font présumer, dit-on, leur descendance comnmne. Autrefois, on avait porté jusqu'au délire la manie de vouloir établir la vérité du christianisme par les allégories de la fable : on eût dit que , si les livres saints s'étaient perdus, on les eut retrouvés dans la mythologie. Aujourd'hui quelques sophistes modernes portent jusqu'à la rage la maiiie de vouloir, par les allégories de la fable, détruire la vérité du christianisme. Mais que peuvent se promettre ces sophistes de leurs inutiles et laborieuses recherches! Oubliant que c'est, non par leurs découvertes, mais par la religion même, que nous avons été avertis de's terribles désastres qui ont jadis bouleversé notre globe , ils nous présentent la terreur inspirée aux hommes par ces désastres, comme le principe unique des diverses religions. D'après eux, la première de toutes a été le polythéisme, parce que des hommes, à la fois timides, grossiers et ignorants, ont supposé, dans les objets qui les frappaient le plus, une secrète influence sur les événements de ce bas inonde, et se sont prosternés devant ces objets, qui ont varié selon les climats, les lieux et les temps. Selon eux , les faits de l'établissement des différents cultes peuvent être réduits, pour la plupart, en un système d'astronomie hiéroglyphique. Presque tous les noms des premiers fondateurs de ces cultes ne sont que des noms symboliques, qui ne désignent aucun personnage déterminé , et qui expriment les mêmes choses dans les diverses langues. Ce n'est que par les progrès de la civilisation et de la philosophie, que toutes les institutions religieuses se sont épurées ; mais elles sont toutes filles de l'erreur et du mensonge.
Le jésuite Hardouin a voulu prouver qu'Homère (1) , et tant d'autres grands hommes de l'antiquité , n'ont jamais existé, et que leurs ouvrages ont été composés parles soli-
(1) Ce système a été renouvelé de nos jours. Note de l'éditeur.
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taires chrétiens, dans le silence et le recueillement des cloîtres; mais je croyais qu'il n'appartenait qu'à ce jésuite d'exercer un pouvoir arbitraire sur les faits, et je n'imaginais pas que des philosophes, (jui ne rcnoocenL poiut à la qualité d'hommes sonsés, voulussent, dans leurs discussions contre l'antiquité religieuse, lui envier les écarts qu'il s'est permis contre l'antiquilé profane.
On a très bien observé, contre Court de Gébelin, qu'en abusant des étymologies de noms, et en faisant une application illimitée des allégories, il serait facile d'ébranler la certitude de tout ce qu'il y a de plus incontestablement prouvé parmi les hommes. Ainsi, luia-t-on dit, en parcourant les divers monuments élevés soit à Paris, soit à Versailles, sous le règne de Louis XIV, et en y trouvant partout le, soleil, donné pour emblème à ce prince, un absurde faiseur de systèmes pourrait nier l'existence de ce grand roi, et ne voir en lui que le sj^mbole de l'astre du jour. Un critique ingénieux, développant cette idée, montre clairement qu'avec des dissertations scientifiques, sur les noms propres de la plupart des grands hommes qui ont vécu dans ce temps, sur l'époque et les événements qui ont illustré ce siècle, on présenterait au trop crédule sceptique, tous les signes du zodiaque , et une histoire complète des révolutions du ciel , et on lui démontrerait, à la manière de certains érudits, que Pascal, Bossuet et Condé n'ont été que des personnages imaginaires ou des hiéroglyphes personnifiés.
La fiction et la réalité sont distinguées par des caractères sur lesquels il est impossible de se méprendre. La fiction ne consiste jamais qu'en signes ou en paroles; la vérité se manifeste par des faits. Les paroles et les signes peuvent occuper une place dans l'imagination des hommes -, les faits en occupent une dans l'espace et le temps. La fiction est son unique aliment à elle-même; elle est seule, isolée. Un fait tient toujours, plus ou moins , à ce qui précède et à ce qui suit; il est, pour ainsi dire, en société avec d'autres faits; il se compose d'une multitude
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de circonstances qui laissent toujours des traces plus ou moins profondes, plus ou moins durables. La réalité ne doit point être admise sans preuve -, la fiction n'est susceptible d'aucune preuve, proprement dite. Ce qui se passe journellement sous nos yeux, ce qui s'est passé avant nous, démontre, jusqu'à Tévidence , que des fictions , des allégories connues , peuvent être apliquëes à d'illustres personnages , à des villes célèbres , à de grandes actions , ou à de grands événements, sans que l'on soit autorisé à conclure que ces événements, ces actions, ces villes, ces personnages, ne sont ou n'ont été que des êtres allégoriques , renouvelés des Egyptiens ou des Grecs. Qui ne connaîtrait le règne d'Auguste que par les merveilles que les poètes en ont chantées, et par les figures ingénieuses sous lesquelles ils l'ont peint , serait tenté de le ranger parmi les anciennes chimères de la fable. Cependant a-t-on plus de doutes sur le siècle d'Auguste que sur celui de Louis XIV ? Enfin on peut remplir, par des hypothèses ou par des fictions, le premier âge ou les lacunes de l'histoire; mais des faits qui se suivent, qui se supportent mutuellement , qui se lient à des faits plus connus ou mieux constatés, qui s'enchaînent les uns dans les autres, et qui se prouvent les uns par les autres, ne peuvent être réputés de simples hypothèses ou des fictions.
Que penserait-on de celui qui nierait l'existence de nos deux plus célèbres poètes tragiques , Corneille et Racine, sous prétexte que, dans notre langue, la signification propre de ces noms, tirés, l'un du règne animal, et l'autre du règne végétal, indique suffisamment qu'ils n'ont été choisis que pour désigner allégoriquement la perfection du genre de composition dans lequel ces deux poètes dramatiques ont excellé? Abandonnerait-on les faits pour suivre un tel raisonneur dans de vaines analogies? Non , sans doute. Eh bien I pourquoi ne tiendrions-nous pas la même conduite dans nos recherches religieuses? Pourquoi jugerions-nous plus avantageusement des suppositions qui ne sont pas moins absurdes?
Un culte établi est un fait existant» Par cela seul qu'un culte existe , quelqu'un l'a fondé et propagé. Qui en a été le fondateur, et quels en ont élé les apôtres? On m'a transmis des noms , des rites, des livres et des actions : tout cela est-il supposé? Je puis le craindre, si je suis olil'gé de tout rnporter à une origine obscure , et inaccessible à toute Terification rigoureuse ou raisonnable. Alors , des ressemblances , des analogies, de simples rapports avec des fables notoirement reconnues et également anciennes, de- TÎennent des preuves suffisantes de fausseté. Mais, si le culte dont je cherclie à découvrir la vérité ou l'erreur se trouve lié à une longue suite de faits , qui se sont toujours plus rapprochés de nos temps, et qui, par leur époque et par leur nature, peuvent facilement être vérifiés en euxmêmes et dans leurs rapports avec l'ensemble , alors , j'examine s'il j a quelque chose d'imposant et de réel dans ces faits , je saisis ce qui esta ma portée, et je n'ai garde de quitter le monde visible pour me jeter imprudemment dans un monde conjectural.
Mais , dit l'incrédule, quels sont les faits les plus remarquables que je rencontre dans l'histoire d'une religion positive? Des prophéties et des miracles. Or, des miracles et des prophéties peuvent-ils fixer l'attention du philosophe ? Je réponds que le philosophe ne peut se plaindre, si je le présume conséquent. Ne répète-il pas, tous les jours, qu'un fait aussi surnaturel qu'une révélation divine devrait être constaté par d'autres faits également surnaturels ? Pourquoi donc récuserait-il les prophéties et les miracles? Penserait-il que ce ne sont pas là des moyens surnaturels , ou jugerait-il qu'on ne peut admettre sans absurdité de tels moyens?
Mais le philosophe ne saurait être soupçonné de se méprendre sur les véritables bornes du possible. Les prophéties supposent des hommes auxquels Dieu a communiqué, par une révélation immédiate, une portion quelconque de sa prescience. Une telle révélation ne peut paraître absurde, ni dans son mode, ni dans son
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objet , puisque, cFuee part, i'avenir peut-être révélé, comme toute autre chose, par l'Etre tout-puissant auquel il est donné de le connaître, et que, d'autre part, le philosophe, qui annonce la prétention de ne pouvoir se soumettre qu'à une manifestation immédiate de la Divinité, aurait mauvaise grâce de regarder comme impossible ou absurde un genre de manifestation qu'il ose croire nécessaire. En second lieu , il est évidenj qu'une prophétie est un moyen surnaturel, puisqu'il n'est pas dans notre nalure de lire, avec certitude, dans l'avenir. Une philosophie sage ne doit donc pas prononcer le rejet absolu des prophéties , mais seulement fixer les règles d'après lesquelles on peut distinguer les fraudes d'un imposteur, ou les illusions d'un visionnaire, d'avec les prédictions d'un véritable inspiré.
Ces règles sont qu'une prophétie soit claire , c'est-à-dire qu'elle ait un sens précis et déterminé; qu'elle ne soit paîj faite après coup ; que son entier accomplissement la suive, et qu'elle ait un but qui ne permette pas de confondre l'exécution qu'elle reçoit avec des événements dont la probabilité ne saurait être au-dessus d'une prescience purement humaine. Ces règles peuvent n'être pas applicables en totalité à toutes les prophéties : car il est des prophéties qui n'ont été relatives qu'à des circonstances ou à des intérêts du moment, et dont un incrédule s'obstinera à expliquer Taccomplissement par le calcul des jeux de la fortune, ou par la combinaison des causes secondes. Il en est d'autres qui , voilées d'une sainte et mystérieuse obscurité, semblent encore plus faites pour nous rendre attentifs sur les événements que pour nous les dévelo[)per d'avance ; mais les prophéties dont j'entends parler, et à l'égard desquelles je réclame l'application rigoureuse des règles que j'ai posées, sont celles destinées à instruire tous h^s siècles, à écarter tous les doutes, et à figurer, dans la religion , comme des preuves éclatantes de sa vérité, et comme des assurances positives de ses augustes promesses.