II
5o6 DE l'usage et de l'abus
des récoltes? Que deviendrait le commerce, qui est environné de tant de périls inévitables , et qui ne serait plus soutenu par la confiance , ce sentiment précieux qui donne ridée de la durée des biens et du terme des peines , et qui devient le plus sûr fondement du bonheur des hommes? Que deviendraient enfin l'administration , l'ordre et la paix des empires ?
Lorsque, dans les divers gouvernements , quels qu'ils soient, on veut arrêter les folles entreprises de ceux qui conduisent les affaires communes , quelle est la barrière que l'on oppose à ces entreprises? le principe salutaire que chacun doit être maintenu dans son bien, et que les chefs et les représentants des nations sont les tuteurs, et non les maîtres de nos fortunes.
C'est de ce principe que dérivent ces vérités si importantes : qu'un gouvernement ne peut hypothéquer que son revenu public; que le revenu public est le seul gage possible du créancier de l'état, et qu'il ne peut légitimement exister de revenu public que par la levée d'une imposition volontaire, juste, et proportionnellement répartie sur la masse des propriétés privées.
C'est ce mêmeprincipe qui, sagement combiné avec tous les détails de l'administration publique, les réduit tous aux termes de la justice. Il modère les lois civiles*, il dirige les opérations de la politique; il met des bornes aux engagements; il prescrit une certaine mesure dans les récompenses ; il éclaire la bienfaisance; il commande l'économie, l'abstinence des grâces inutiles, la réforme des abus, le retranchement des dépenses superflues. Oui, dit un célèbre administrateur (i) , tout s'enchaîne à une seule et même idée ; idée simple, mais vaste, qui embrasse tout; idée heureuse qui communique un caractère de grandeur et presque de majesté aux plus petits objets,
(i) 1^. l'excellent ouvrage de Necker sur V Administration des finances de France,
DE l'esprit philosophique. 3o7
en les liant tous aux principes fondamentaux de l'association civile, dont rëternelle équité est la première base. Malheur aux peuples et aux gouvernements qui auraient l'imprudence d'abandonner les saines maximes de la raison universelle, pour se livrer à des systèmes arbitraires d'utilité publique î Les principes de la justice universelle sont mille fois plus solides et plus étendus que les faibles et dangereuses ressources qui peuvent nous être fournies par les systèmes particuliers.
3o8 DE l'usaqe et de l'abus