‹ De l'usage rationnel du forceps et du levier dans l'art des accouchementsChapitre 4 sur 6 · VICIEUSES DE LA TÉTE · texte numérisé non relu

VICIEUSES DE LA TÉTE

Il y a des accoucheurs cjui n'emploient pas le levier pour extraire la tête et qui ne s'en servent que pour changer les inclinaisons vicieuses de cette partie. Ils l'appliquent dans ce cas sur la partie de la tête qui est vicieusement relevée, et tâchent, de cette manière, de l'abaisser ou de la faire descendre. Lorsqu'ils ont obtenu cet effet, ils l'abandonnent aux efforts de la nature, s'il y a encore des contractions utérines. Si, au contraire, il y a inertie de l'utérus , ils ont recours au forceps pour l'extraire.

Ce but peut être fort bien atteint à l'aide du levier. Cependant je crois qu'on peut recourir à cet instrument, non seulement pour changer les inclinaisons vicieuses de la tête, mais aussi pour l'extraire, comme le prouve l'exemple suivant.

L'épouse de M , âgée de trente ans, s'était accouchée quatre fois par les seuls efforts de la nature, lorsque, pendant la nuit du 25 au 24 septembre 1847,

elle commença à ressentir les douleurs d'un cinquième enfantement. Le travail marcha lentement jusqu'à six heures du matin; alors la poche des eaux se rompit et celte dame fit chercher M. le docteur Meulewaeter pour l'assister pendant son accouchement. Ce médecin trouva, par l'examen de cette femme, qu'il y avait une grande obliquité antérieure de l'utérus, que la tête se présentait tout-à-fait à droite et qu'on observait à gauche un vide par lequel s'échappait le cordon ombilical, qui offrait encore des pulsations. Il reconnut aussi que le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur n'avait que trois pouces et un quart. On me fit appeler en consultation. Après avoir conféré sur le cas, nous convînmes de repousser le cordon et d'introduire un morceau d'épongé entre l'orifice de l'utérus et la tête de l'enfant, pour empêcher une nouvelle sortie du cordon. Les douleurs restèrent faibles jusques vers midi, mais alors elles devinrent plus fortes et le morceau d'épongé fut expulsé. Le cordon glissa de nouveau dans le vagin, en offrant encore de fortes pulsations. Pour ce motif, nous le refoulâmes au-dessus de la tête. Il ne sortit plus. Après la réduction du cordon, les contractions utérines devinrent plus fortes et la tête remplit peu à peu tout le détroit supérieur. Le toucher nous fît découvrir que la partie latérale droite de la boîte osseuse se présentait à ce détroit, que la suture sagittale répondait au sacrum et l'occiput à gauche, et que l'oreille droite était située au-dessus des pubis. Dans l'après-dîner, les douleurs s'affaiblirent , les pulsations du cordon devinrent plus faibles et la position de la tête resta la même. Alors nous nous décidâmes à terminer l'accouchement par le levier, et mon confrère se chargea de l'appliquer.

La femme étant convenablement placée, il introduisit cet instrument, avec les précautions requises, derrière le pubis gauche et l'appliqua sur l'occiput. En faisant alors des efforts d'élévation et d'extraction, il parvint à faire descendre la tète jusqu'à la vulve, puis à l'amener tout-à-fait au dehors. Il fut bien surpris de l'avoir pu extraire aussi vite et aussi facilement, sans produire des lésions à la mère. L'enfant était dans un état d'asphyxie , mais il fut aisément ramené à la vie par les moyens usités en pareil cas.

DE l'emploi du forceps et du levier , QUAND LA TÊTE , SÉPARÉE DU TRONC, EST RESTÉE SEULE DANS l'utÉRUS.

Si la détroncation a lieu et que la tête reste seule dans l'utérus et qu'on ne puisse l'extraire avec la main, on pourra, dans quelques circonstances, recourir à l'emploi du forceps pour l'amener au dehors.

Dans ce cas, on tâche de donner une position favorable à la tête en mettant le diamètre occipito-mentonnier en rapport avec les axes du bassin et en tournant la face en arrière; alors on applique les cuillères du forceps sur les parties latérales de la boîte osseuse et on l'extrait suivant la direction des axes du bassin.

Il a été communiqué un cas au docteur Colin-Mac- KENziE où l'on est parvenu, de cette manière, à extraire la tête qui était restée dans le vagin. Voyez Cases in Midwifery , by William Përfect , tome II, page 74.

Comme ce cas ne se présente que rarement, et qu'il faut se conduire d'une manière différente, d'après les circonstances, nous ne nous étendrons pas davantage sur cet objet.

Page 1