CHAPITRE TROISIEME
Chlorure d’Ammonium
et Ostéogénèse
Au cours de l'étude qui a fait le sujet de notre premier chapitre, nous avons rencontré plusieurs phases de l’ostéogénèse se passant en acidose ou favorisées par
celle-ci.
1° Nous avons vu qu'elle agissait favorablement sur la libération du calcium au niveau de l’ensemble du squelette au cours de l’ostéolyse. En effet, c'est une notion bien classique qu’en solution, l'équilibre entre les différentes formes des sels phosphatiques varient en fonction du pH, et les phosphates trivalents ont tendance, lorsque le pH baisse, à prendre la forme di ou monovalente. Ainsi, les phosphates tricalciques, rencontrés seuls à pH égal à 8,9 sont à pH 7 déjà transformés partiellement en phosphates dicalciques pour n'être plus que monovalents à un pH égal à 4,5. Le pH sanguin étant de 7,4 on voit que la forme tricalcique sera la forme dominante et qu’en abaissant le pH, les phosphates de tricalciques devenant bicalciques libèreront
des ions calcium.
C'est évidemment cette partie de notre thérapeuti-
que qui est critiquée car il est visible qu'elle aboutit à
note
une décalcification générale du squelette. On ne peut le nier, mais il convient de savoir que cette décalcification est relativement peu importante. Ce que notre expérimentation s'efforcera de constater, c'est de voir si cette notion classiquement péjorative de déminéralisation générale n'est pas compensée par les avantages locaux dont peut bénéficier l’ostéogénèse d'un foyer de fracture du fait de ce apport plus grand en calcium. Chez un fracturé, ce qui importe en premier lieu, c'est la rupture de l'unité d'une ou plusieurs pièces squelettiques et sa prompte réparation dans les délais les plus courts possibles. Si ce traitement est efficace, nous pensons qu'il vaudrait bien une déminéralisation passagère, même si celle-ci était générale, en quoi d'ailleurs nous ne ferions qu'augmenter légèrement un phénomène qui se déroule naturellement lors de la réparation osseuse.
Certes, nous pensons que cette déminéralisation, bien que légère, produite intentionnelement doit être surveillée et il est certain qu'il en existe des contreindications. Ce seront des lésions d'ordre général exigeant dans leur processus anatomo-pathologique de cicatrisation et de guérison une calcification, par exemple, dans les cas de tuberculose, de quelque ordre qu'elle soit, tant évolutive que stabilisée.
Nous reviendrons d’ailleurs ultérieurement sur les indications et contre indications de ce traitement.
2° Dans le sang circulant, le phosphate et le calcium libérés à partir de la réserve phospho-calcique du squelette, sous forme d'ions CATF et P--- sont combinés avec d'autres corps, en particulier, avec les protéines formant des protéïnates, Il existe un équilibre comme l'ont montré Sorensen et Loeb, entre les ions fixés à de petites molécules minérales et les protéinates. Or, le calcium et le phosphate ne peuvent passer du sang dans les humeurs à travers la paroi des vaisseaux que par dyalise, ce qui fait que seules les pre-
mières combinaisons, vu la petitesse de leur molécule, peuvent parvenir au niveau du foyer de fracture et y être utilisées. Or, la physico-chimie nous apprend que l’acidose détruit cet équilibre en faveur des ions utilisables. Donc cette acidose a deux effets conjoints et concourants, elle augmente la teneur du sang en calcium et en phosphore, et à partir de leurs ions la quantité de leurs formes utiles.
3° Nous avons vu que la transformation de la substance fondamentale du tissu conjonctif embryonnaire en substance préosseuse, transformation dont l’importance nous est maintenant bien connue, se fait en présence de protéinase d’origine médullaire dont la plus active est la catheptase, On peut deviner son rôle de tout premier plan en voyant au cours des reprises sanglantes des pseudarthroses la nécessité de l’évidement de la cavité médullaire, des deux extrémités osseuses en présence, et de leur mise en communication, manœuvres sans lesquelles il ne faut guère attendre un succès. Nous pensons que la présence de moëlle conditionne celle de la catheptase présidant à une bonne ossification. Comme tout enzyme qui a un pH bien fixe correspondant à un optima d'activité, la catheptase a un pH favorable aux environs de 4. Il:
peut être utile de s’en rapprocher.
Nous venons de passer rapidement en revue les trois points qui nous ont poussé à utiliser l’acidose. Par quels moyens avons-nous réalisé celle-ci ? En employant un produit bien classique, le chlorure d'ammonium. Nous allons rapidement dire quelques mots de la chimie de celui-ci pour voir dans un dernier paragraphe ses inter-réactions en présence d'acide asocr-
bique.
Le chlorure d’ammonium ayant pour formule CLNH# et poids moléculaire 53, 50, se présente sous la forme de petits cristaux aiguillés du système cubi-
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que, incolores, inodores, de saveur fraîche, piquante, très désagréable, gênant la prise per os. Voulant conserver cette voie d'administration facile,, nous avons été obligés de recourir à une préparation spéciale, à savoir : son enrobement dans une capsule glutinisée.
Voyons rapidement la pharmaco-dynamie de ce corps. L'ion ammonium intervient physiologiquement en accélérant légèrement les battements du cœur et en stimulant la respiration. Il augmente nettement les sécrétions bronchiques, salivaires et urinaires. De plus, et c’est cette propriété qui nous l’a fait choisir, c'est un acidifiant des humeurs. Il faut noter cependant une contre indication soulignée par Kanfor et Radnai qui ont attiré l'attention sur les dangers de l'emploi à forte dose de ce corps chez les sujets atteints de lésions myocardiques.
Les recherches sur les variations de l'élimination et de l’utilisation de l'acide ascorbique en présence de l’acidose créée par le chlorure d'ammonium a été étudié par de nombreux auteurs et de non moins nombreux avis, très différents, se sont faits jour. Goddard et Preston ont noté des variations de l'excrétion en fonction du pH. Pour eux, une augmentation du pH amènerait une diminution de l'élimination de l'acide ascorbique par les voies urinaires et vice versa. Hawley, en alcalose obtenait des résultats semblables et pensait qu'ils s'expliquaient par une fixation de l'acide ascorbique au niveau des tissus et qu'un mécanisme inverse diminuant la fixation augmentait son excrétion en période d'acidose. Cependant, les derniers travaux de Hawthorne et Storvick viennent infirmer leurs constatations.
Is montrent en effet que l'alcalose, autant que l'acidose, provoquent toutes deux une diminution de l'acide ascorbique plasmatique et que la diminution de son excrétion en période d'’alcalose, ne correspond
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pas à une meilleure fixation par l'organisme maïs à une destruction au cours du processus excrétoire proprement dit et que son élimination plus grande en acidose n'est guère à redouter car elle ne relève que d'une destruction rénale moins considérable sans variation humorale notable.
Actuellement, l'étude de l’inter réaction des deux corps est encore en-cours d'étude. Lecoq et Chauchard l'étudiant, grâce aux mesures chronaximétriques des principales avitaminoses ont été amené à diviser celleci en acidosique et en alcalcsique. Ils montrent que l'acide ascorbique contrebalance et tend à détruire l’alcalose que nous rencontrons en particulier dans le scorbut. Il est curieux de noter que la Vitamine D qui joue un rôle important dans l’ostéogénèse soit aussi de
ce groupe, antialcalosique.
L'étude chronaximétrique que ces auteurs ont réalisée, a semblé montrer une synergie entre l’acidose et l'acide ascorbique. Cette synergie s’étend-elle dans les autres domaines d'action de la vitamine C, en perticulier celui qui nous intéresse, à savoir, l'ostéogénèse
C'est une question en début d'étude.
Sans attendre les résultats de ces expérimentations, le rôle proprement dit du chlorure d'ammonium en tant qu'acidifiant des bumeurs nous a paru théoriquement intéressant au point d'en essayer l’expérimentation, expérimentation qui, comme nous le verrons, n’est pas suffisante encore pour prendre la valeur de critère scientifique, mais qui laisse entrevoir, sembletil, des résultats favorables que nous allons exposer
dans le chapitre des observations.
Avant de l’aborder, disons quelques mots des contre indications de cette thérapeutique. Nous avons déjà mentionné la prudence avec laquelle il faut manier le chlorure d’ammonium chez les cardiaques à lésions
myocardiques et chez les tuberculeux. Il semble plus prudent de s'abstenir de ce traitement chez les sujets ayant des stigmates de rachitisme surtout pendant l'adolescence. Les indications sont celles qui se posent chaque fois que la réparation osseuse s'impose : fractures simples ou complexes, curettage de foyer ostéitique, résection osseuse, l'indication type étant la fracture de l'adulte.