PS UTILISATION PRATIQUE DE LA CHLOROPICRINE
La chloropicrine, dont nous avons vu l'extrême toxicité vis-à-vis des rats, le pouvoir parasiticide puissant et éventuellement les propriétés bactéricides, peut-elle être utilisée pratiquement dans les opérations de désinsectisation soit sur les navires, soit à terre ?
L'une des premières opérations, et aussi l’une des plus connues, de dératisation et de désinsectisation par la chloropicrine, qui se soit faite sur une grande échelle, fut la chloropicrination, en rade de Bizerte, du navire-atelier russe « Kronstadt », navire infecté de peste.
Cette opération fut effectuée sous la direction de M. P. Randier, pharmacien-chimiste principal de la Marine, qui y consacra une thèse pour le doctorat de l’Université de Bordeaux (mention Pharmacie).
Le matériel employé fut extrêmement simple. Quatres touques à essence de 50 litres, munies de robinets, servirent au transport de la chloropicrine à hord du navire. À ces récipients furent adaptées des tubulures de caoutchouc qui servirent à l'écoulement du produit.
On plaça les récipients dans des parties du navire préalablement choisies. On laissa s’écouler la chloropicrine, par les tubes de caoutchouc, sur des tas de copeaux placés là afin d'augmenter la surface d’évaporation et par conséquent sa rapidité.
L’écoulement de la chloropicrine fut brusque et non progressif ; il ne dura que 15 minutes ; la dose employée fut de 10 grammes par mètre cube ; la température ambiante, tout à fait favorable, était de 30°.
Les panneaux furent clos et couverts, les manches à vent et les cheminées obturés par des toiles.
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On revint deux jours après ; on ne trouva que 4 cadavres de rats, mais le navire avait déjà subi une sulfuration préalable ; par contre, tous les cancrelats, puces, punaises qui avaient résisté à la sulfuration étaient détruits.
On avait donc là une démonstration pratique de l’efficacité et de la Re d'emploi de la chloropicrine.
Nous avons en rapporté cette observation de dératisation et de désinsectisation parce qu'elle met en évidence les difficultés d'emploi et les inconvénients de la chloropicrine.
1° En effet, lors de la répartition de la chloropicrine dans les bidons, qui s’effectua avec la protection de masques Tissot, des traces de chloropicrine, suffisantes pour irriter les yeux et les voies respiratoires, purent pénétrer à travers les masques, sans toutefois causer d'accidents sérieux. Ceci était dû à l’extrême concentration des vapeurs de chloropicrine qui se produisaient autour des récipients pendant la manipulatiton de cette grande quantité de produit. Cet inconvénient n'est pas aussi grand qu’on pourrait le croire au premier abord ; il est possible en ‘effet de manier de petites RUE de chloropicrine, telles que celles que l'on peut employer lors de l’étouffage des cocons de vers à soie, sans être protégé par un masque. Pour cela, il suffit de le faire en plein air et de placer les récipients sous le vent. Il est également facile d’imaginer un dispositif ayant pour principe le siphonnage et qui permettrait de transvaser la chloropicrine sans la mettre en contact avec l’air extérieur. On peut aussi la répartir, grâce à l’air comprimé, par un procédé analogue à celui employé pour l’HCy liquéfié. [L'air comprimé peut être produit par une simple pompe à bicyclette.]
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2° I] fut extrêmement difficile d'’aérer le navire et d'éliminer les vapeurs toxiques. Cinq jours après le . début des opérations, certaines parties du navire étaient inabordables ; bien plus : deux ans après, lors de la démolition du navire, en enlevant certains planchers, l'odeur de la chloropicrine put être perceptible.
Ü n’y avait, il est vrai, aucun moyen de ventilation mécanique à bord, toute la machinerie du navire étant arrêtée. On laissa les vapeurs toxiques s’évacuer d’abord spontanément, puis on employa l'appareil Blanc, aspirant et foulant de l’air, pour obtenir une aération plus active. Pour pénétrer dans certains locaux on fut obligé de pulvériser la solution suivante :
Trisulfure de potasse.......... 10 kg Soude caustique ............. 5 kg RTS On CAMES 10
ce qui en permit la réoccupation immédiate.
Cette difficulté dans l'évacuation des vapeurs toxiques provenait non seulement de la forte densité des vapeurs de chloropicrine, qui sont plus lourdes que l’air (le gaz cyanhydrique, plus léger, s'évacue facilement par les hauts du navire), mais encore de la méthode employée. En effet, la chloropicrine avait été projetée brusquement en quelques points seulement, du navire ; il y avait donc eu, non seulement une mauvaise répartition de la chloropicrine à l’intérieur du navire, mais encore, malgré la présence des tas de copeaux, la chloropicrine ainsi mal répartie s'évaporait difficilement et pouvait, à l’état liquide, pénétrer sous les planchers et imprégner toutes les substances poreuses ,en particulier les bois, avec lesquelles elle entrait en contact.
Il ne fallait donc pas s’en tenir à des résultats obtenus dans des conditions aussi précaires d'utilisation, et
M. Randier proposa toute une série d'appareils destinés à pulvériser la chloropicrine, assurant ainsi sa bonne répartition et son évaporation immédiate. Il proposa même un appareil chauffé électriquement, permettant, par réaction du chlorure de chaux sur l'acide picrique, la formation, dans les locaux à traiter eux-mêmes, des vapeurs de chloropicrine.
À propos de l’utilisation de ce dernier procédé, il est à remarquer que l’on a cherché, tout au contraire, pour l’emploi des vapeurs sulfureuses, sulfureuses sulfuriques ou l’acide cyanhydrique, à utiliser ces corps préparés antérieurement. On voulait supprimer ainsi, dans la mesure du possible, tout appareïllage spécial.
Les procédés d'utilisation de la chloropicrine qui ont été généralement employés, soit sur les navires, soit dans les locaux terrestres, sont les suivants :
1° On pulvérise la chloropicrine à l’aide de petits réservoirs d’air comprimé ou à l’aide d’un pulvérisateur Vermorel muni d’un réservoir spécial.
2° Un autre procédé, réglementaire dans l’armée de terre, consiste. à projeter la chloropicrine à l’aide d’un verre, Contre les parois des locaux à traiter. La chloropicrine est alors répartie dans des bouteilles que l’on place sur les lieux d’utilisation. La projection se fait le plus haut possible contre les parois des locaux, à cause de la forte densité des vapeurs qui ont tendance à s’accumuler vers le sol.
Les opérateurs, dans tous les cas, sauf lorsque les pulvérisations se font de l’extérieur (comme lors d’une formolisation, par exemple) sont protégés par un masque de guerre.
3° On imagina aussi, pour ne pas avoir à utiliser de masque, de projeter, dans les locaux à traiter, des bouteilles de verre hermétiquement bouchées contenant la chloropicrine. Ces bouteilles se brisäient contre les