DU CONCEPT DE SYNERGIE
L'histoire de l'emploi d’associations médicamenteuses se confond avec l’histoire même de la thérapeutique.
Mais le jour où la chimie eut réussi la production, à l’état pur et en quantités illimitées, de nombreuses substances naturelles, la question suivante se posa au thérapeute :
Dans quelle mesure peut-on identifier la somme des éléments actifs d’un système biologique abordé à l’aide de la méthode analytico-synthétique, avec le système biologique lui-même ? |
PAUCHET (28) signalait dès 1898 la diminution fréquente de l’activité d'un médicament, lors de la substitution à un extrait total, de son principe actif.
Perrot «et Goris (29) démontraient, d’autre part, qu’il était parfaitement possible de garder intactes les propriétés thérapeutiques des végétaux, par le procédé de la stabilisation.
Des recherches plus récentes ont montré que les arguments développés par l’école française de Pharmacie Galénique s’appliquaient sans grandes modifications à tout système biologique.
Szent-Gyôrgyi a montré qu'il y avait dans le pouvoir anti-scorbutique du jus de citron autre chose que l’action de l’acide l-ascorbique.
Des recherches inédites d'élèves de Fleming semblent démontrer la coexistence avec la pénicilline, dans les milieux de culture, d’autres principes anti-biofiques renforçant son activité.
Les techniques modernes du froid et du vide ayant permis la conservation pratiquement indéfinie des produits naturels, la thérapeutique, par l’emploi des principes actifs, est appelée à subir certaines restrictions.
En ce qui concerne le sang et le lait, les études de synergie ou d’antagonisme porteront davantage sur la manière de corriger les produits naturels, que sur l’association de leurs substituants éventuels.
La méthode analytico-synthétique, appliquée à la recherche puis à l'association des substances responsables d’une activité biologique, n’a de simple que sa rigueur cartésienne.
Cette méthode nous fera successivement découvrir le simple sous le complexe, puis le complexe sous le simple, et ainsi de suite, sans que nous en puissions prévoir le dernier terme. &
Mais pour que la production industrielle à faible prix de revient soit possible, on s’arrêtera quand on aura trouvé le ‘principe actif qui, associé ou non à l’autres substances, constituera l'élément essentiel du traitement.
Explication biochimique de certains effets de potentialisation
La synergie d'action de certains mélanges, par rapport à l’activité de leurs constituants, notion d’abord empirique, fut tour à tour confirmée par Fobservation clinique, l’expérimentation physiologique ou pharmacologique.
L'augmentation des effets de l’adrénaline par une injection préalable de cocaïne ou de l’un de ses succédanés fut découverte en 1910 par Frôhlich et Loewi.
Re LS
Loewi a également émis l'hypothèse que l'excitation du vague libéraïit une substance semblable à l’acétylcholine, et que ce nerf agissait sur les organes par l’inter- .médiaire de cette sustance.
Or il se trouve que les effets de la stimulation du vague, comme ceux d’une injection d’acétylcholine, sont potentialisés par l’ésérine.
La physiologie ayant posé ce problème, la biochimie fut sollicitée à èn fournir l’explication.
L'interprétation de l’action transitoire de l’acétyl-
choline en termes de destruction enzymatique sous l’ac-
tion d’une esterase dérivait de nos connaissances concernant le sort des aliments et de certains médicaments.
Mais le fait nouveau apporté par Loewi et Navratil (30) fut la démonstration de l’inhibition transitoire par l’ésérine de l’enzyme décomposant l’acétylcholine.
Ainsi, pour la première fois, l’activité synergistique d'un médicament était rattachée à son action sur un système enzymatique.
Selon Blaschko et coll. (31), l'éphédrine et les autres substances potentialisant l’adrénaline agiraient de façon analogue.
La chimiothérapie, bien qu’hostile à l'association médicamenteuse, s'efforce actuellement de mettre en évidence certaines phénomènes de synergie, puis de leur donner une explication biochimique.
Schmelkes et Wyss (32) ont démontré que la potentialisation par l’azochlorimide des effets de la sulfanilamide est due à la destruction, par ce premier corps, de l’acide p-aminobenzoïque.
G. Urbain et Ch. Mentzer (38) ont montré que l'étude des relations entre la structure chimique et l’action pharmacologique est fréquemment compliquée par l’observation que différents membres d’une même série chimique présentent des propriétés. pharmacologiques opposées.
Mais la ressemblance frappante existant entre l’inhibition d’une réaction enzymatique simple et celle de la croissance des microorganismes, entre l’inhibition de la réponse à une excitation et celle de l'excitation, ne nous permet plus d’opposer dans tous les cas les effets de synergie et d’antagonisme.
Selon ©. Richard et Roblin Jr. (39), une série chimique qui agirait à la fois comme inhibiteur de l’enzyme décomposant l’acétylcholine et comme antagoniste direct de ce corps, peut présenter, selon la prédominance de l’une ou de l’autre de ces actions, des effets opposés sur un test physiologique, lorsqu'on passe d’un terme de la série au terme suivant.