‹ De l'utilité des très hautes doses d'iodure de potassium dans certains cas de syphilisChapitre 7 sur 9 · AU · texte numérisé non relu

AU

15 novembre. — Il survient en plein traitement une périostite de la tubérosité antérieure du tibia. |

3 décembre. — Une nouvelle périostite gommeuse douloureuse apparait au niveau du pont un peu à droite de la ligne médiane. On porte alors la dose d’IK à 26 gr., mais pour ne pas fatiguer l'estomac. on donne 15 grammes en 3 fois par la bouche et 10 grammes dans | lavement avec ! jaune d'œuf et du lait.

4 décembre. — La malade a mal supporté sa dose de 25 grammes. Peu de temps après le lavement, elle a été prise de maux de tête et de salivation abondante qui a duré une partie de la nuit. En même temps elle a souffert de douleurs vagues dans les membres.

On diminue la dose iodure, la malade ne prend plus que 10 grammes par la bouche et 10 grammes en 2 fois en lavement.

5 décembre. — La dose de 20 grammes a été bien supportee. La gomme du front est moins douloureuse, mais il y a eu de la céphalée cette nuit et impossibilité de dormir.

16 décembre. — La gomme de la face antérieure du poignet gauche semble diminuer de vo'ume, on ne trouve plus de fluctuation bieu nette à ce niveau. Une ponction aspiratrice pratiqué dans cette tumeur le 2{ novembre n’avait amené qu'un liquide sanglant sans trace de pus.

Actuellement une palpation attentive permet de distinguer dans la tuméfaction de la région, une petite masse de la grosseur d'une noisette, assez résistante paraissant adhérer au tendon du fléchisseur propre de l'index.

Les priostites du tibia et du front ont disparu depuis quelques jours. Cependant la malade se plaint toujours de

Le

Céphalée et de douleurs vagues dans les membres. On suspend l'usage de l’.odure pendant quelque temps.

19 décembre — Les douleurs ont complètement disparu, la malade dort bien.

Après le départ de M. Balzer pour l'hôpital du Midi, la malade resta encore quelque temps à Lourcine. A sa sortie elle conservait une tuméfaction indurée au poignet et de l'ozène avec un peu d'applatissement des os propres du nez. Aucun accident nouveau ne s'était déclaré. ïl faut surtout remarquer chez cette malade avec quelle facilité elle a pu supporter de si hautes doses d’iodure de potassium maluré l'affaiblissement général, maleré les signes d’une tuberculose pulmonaire. Son état général s'estmême amélioré pendant le trailementetl'estomacn'en a témoigné aucune fatigue. D'autre part, malgré les doses de 20 gr. S.I.K. deux periostites gommeuses étant survenues au tibia et au front, ne cédérent qu’à la continuation de ces doses élevées,

Cette thérapeutique est-elle effrénée? Nous ne croyons pas que l’on puisse nous faire ce reproche, car il suffit de lire nos observations pour voir que ce n’est pas de parti pris que nous avons administré les très hautes doses d'iodure de potassium, mais qu'ayant commencée avec des doses généralement utiles nous avons été entrainés peu à peu à les augmenter jusqu’au jour où nous en obtinmes quelque

résultat.

ti —

Dans l'observation l'en effet, dans ce cas de démence d’origine syphilitique, nous commençons le 21 juin à administrer au malade 6 grammes d’iodure il avait eu 12 crises épileptiformes la veille.

8 grammes le 22, 10 crises épileptiformes.

10 grammes le 23, Etat stationnaire, 10 crises,

12 grammes le 24, 14 crises,

16 grammes le 26, mêmeétat d'habitude 12 crises.

Le 29 juin enfin, l’état mental se transforme, le malade semble s’éveiller, il a pris 20 grammes d’iodure de potassium la veille.

Le 1° Juillet, il prend 24 grammes d’iodure. il est transformé, il comprend les questions qu’on lui fait et répond, il déclare qu'il a contracté la syphilis au Tonkin, il a encore eu 5 attaques. Il continue à prendre 25 grammes d’iodure. Le 20 juillet, l’amélioration est considérable, il prend encore 20 grammes d'iodure, il reste à Ih’6pital jusqu’au jour où lui ayant diminué peu à peu sa dose, il ne prend plus que 4 grammes. Îlse trouve alors dans le même etat phy- | sique et mental qu'avant sa crise, il est capable de reprendre son métier malgré de fréquents absences de mémoire.

Dans l’observation Il nous commençons la thérapeutique antisyphilitique par l’administration de 6 grammes d’iodure le 4 janvier.

Le 5 l’état empire, 8 grammes d’iodure.

Le 6 légère amélioration, 8 grammes.

ne

Le 7 état stationnaire, incontinence, contraction 10 grammes.

Le 8 même état, 12 grammes. :

Le 9 céphalée, 15 grammes.

Le 11. — Prostration presque continue, incontinence absolue. 18 grammes d’iodure.

Le 14. — 20 grammes d’iodure,

Le 15. — Amélioration du côté des membres qui

sont moins contracturés, mais l’incontinence est toujours absolue, 22 grammes d’iodure,

Le 23.— Après 8 jours de ce traitement, le malade demande le bassin.

Le 25. — Il prend 28 gramimes.

Le 30. — Îl en prend 30 grammes, à paftir de ce moment l’amélioration se produit et rapidement le malade recouvre la plus grande partie des fonctions qu’il avait perdues:

Il quitte l'hôpital 26 jours après, presque totalement guéri, avec un peu de faiblesse seulement:

Et il en est de même dans l'observation II où ñous commençons par l'administration de 4 grammes pour nous élever énsuite et éommie par degrés jusqu'à là dose de 30 grammes et c’est à ce moment que l’amélioration se produit, et rapidement en 12 jours là malade est guérie et peut rentrer chez elle et s’occuper de son ménage.

Et l'observation de M. Balzer n’est pas moins probante. Début à 6 grammes aämélioration, l’année

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suivante on est obligé d’aller jusqu'à 12 grammes et malgré cela il y a de la rhinite, des douleurs ostéocopes on augmente la dose et l’on atteint 20 grammes le malade s'améliore tant au point de vue local qu'au point de vue général, elle ne peut néanmoins supporter la dose de 25 grammes, mais quand elle sort de l'hôpital, elle est guérie.

Notre thérapeutique ne fut donc pas effrénée, mais parce que nous croyons à l'utilité des très hautes doses d’iodure dé potassium, nous n'avons pas craint de les ordonner et nous pouvons penser que nous avons fait œuvre utile.

Monsieur le Professeur Fournier n’est d’ailleurs pas le seul qui au nom de l'expérience ait fixé une dose maxima au-delà de laquelle il fallait laisser toute espérance.

C'est d'abord R. Wallace qui donne 40 grains (2 grammes par jour), rarement plus ; Ricord vient ensuite qui élève cette dose à 5,8 et même 9 grammes par jour, doses qu'il continue deux et trois mois pour avoir un résultat définitif et ilajoute parlant des doses plus faibles : (il est facile de se faire une idée de la valeur de l’autre médication dans laquelle le remède figure dans des proportions si minimes et si insignifiantes ». Gauthier de Lyon ne veut administrer que 3 à 4 grammes et Payen, au nom dé son expérience, ne dépasse pas 3 grammes. ( Car, dit-il, nous nous

sommes assurés que les fortes doses n’avaient pas plus

d'action curative que les faibles ». Parrieu ne donne que 25 à 30 centigrammes, à cause de la trop grande facilité avec laquelle l’iodure est éliminé par les voies urinaires, et Roods (1) ayant administré l’iodure de potassium à la dose de $ grammes est vivement critiqué par Sisson (2) qui déclare que l’expérience lui a prouvé l’inutilité de ces hautes doses.

Et ces divergences d'opinion se comprennent facilement si l’on songe que nous ne connaissons pas plus le mode d'action de l’iodure dans la syphilis, que la nature même de la syphilis. Voici quelques hypothèces :

Rabuteau (3) rejette l'explication suivant laquelle les iodures feraient disparaître les tumeurs gommeuses en activant les combustions : « J’essaierai, dit-il, de la remplacer par la suivante, ou plutôt d’indiquer la voie dans laquelle on trouvera sans doute l'explication véritable. On sait que les tumeurs gommeuses sont formées en majeure partie d’une substance amorphe et de tissu conjonctif embryonnaire parcourus par des vaisseaux peu nombreux. A cause de leur irrigation insuffisante, elles tendent à se fondre

d elles-mêmes, à suppurer ; les iodiques agissant sur

(b odide of potassium in large doses. Lancet, London 1860, 1, 479.

(2) Iodide of potassium in large doses, Sisson. Lancet, London 1860, I, 506 et 582.

(3) Thérapeutique, 2° édition, 1875, page 180.

le mouvement de la nutrition où sur la vie végétative qui est désordonnée chez un sypbilitique, le modérent, le modifient toujours et hâtent par cela même la fonte de ces tumeurs.

Finger (1): me ralliant, dit-il, à l'opinion de Sigmund, j'ai qualifié l’iodure de remède indirect de la syphilis, n’atteignant peut-être pas directement le virus, mais activant les échanges nutritifs. fortifiant l'organisme et amenant ainsi une élimination plus rapide du virus et une plus grande force de résistance de l’organisme.

Cependant les propriétés antiseptiques de l’iode, la nature présumée parasitaire de la syphilis, ouvrent le champ à un autre ordre d’hypothèses, l'iode comme le mercure, dit Hallopeau (2), agit dans la syphilis non par son action physiologique, par son pouvoir dénutritif et antiseptique, mais bien par ses propriétés antibiotiques. Les différences constatées dans leur énergie spécifique aux différentes phases de la syphilis peuvent être rattachées avec vraisemblance aux modifications que subit dans l'organisme l'agent infectieux. Le microbe qui produit la gomme dérive nécessairement de celui qui a produit le chancre, mais il en diffère car il n’est plus inoculable et lé

(4) La syphilis et les maladies vénériennes. Trad. Doya:i et Spillman, 1859, page 229.

(2) Société médicale des hôpitaux, 1887,

Câräctère des réactions spécifiques qu'il détermine dans les tissus n’est plus le même. On ne peut donc s'étonner que ces agents soient diversement attaqués par les toniques et que celui-là soit plutôt justiciable du mercure, celui-ci de l’ivdure de potassium,

En somme l’iodure de potassium, agit-il sur le terrain en modifiant la vitalité des tissus, ou sur le parasite inconnu en le détruisant, en l’affaiblissant, ou neutralise-t-1l les produits de sécrétion de ce parasite ?

Nous l’ignorons et ne pouvons faire que des hypothèses, et nous he savons pas plus, étant donné un cas de sÿphilis tertiaire quelle sera la dose utile, Tandisquenous voyons des malades fe guérir qu'avec des doses de 10 et 12 grammes comte dit Monsieur le Professeur Fournier et comrne tous les cliniciens en ont vu, tandis que nous-mêmes avons dû administrer des doses de 20 à 30 grammes pour obtenir des guérisohs certaines ou des améliorätions manifestes, 1l est des casetils sont hombreux qui prouvent que l’iodure de potassium petüt donner des succès remarquables même à doses très minimes.

Boinet (1) rapporte un fait remarquable: Une femme de 3i ans à depuis trois äns un engorgement du foie survenu sans cause connue. On pense à un eancer du foie, mais l’apparition de douleurs cépha-

(1) Boinet, iodothérapie, 2° éd., 1865, p, 869. Laurent &

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liques et de tumeurs dures, douloureuses du crâne, de psoriasis palmaire, éveille l’idée de syphilis ; on lui administre 0,25 cgr. d’iodure par jour, puis 0,50 centigrammes. On frictionne les tumeurs et le psoriasis avec une pommade au protoiodure de mercure. A la fiin de la 2° semaine tous les symptômes douloureux s’atténuent, les tumeurs et le foie diminuent de volume. Au bout de 1 mois, plus de tumeurs et au bout de 2 mois, iln’existe plus de traces del’engorgement du foie.

Payan (1) rapporte l'observation d’une femme de 38 ans ayant depuis plusieurs années uné éruption papulo squameuse d’origine syphilitique qui guérit après avoir pris 0,75 centigrammes à 1 gr. 50 d’iodure par jour.

Un homme de 40 ans (2) est radicalement guéri d’une éruption pustuleuse très ancienne après avoir pris pendant 19 jours de 1 à 2 grammes d’iodure.

Une fillette de 3 ans (3) contaminée par sa nourrice est guérie de plaques pustuleuses au niveau des grandes lèvres, de rhagades à l’anus, par l’administration de s centigrammes à 30 centigrammes par jour et pendant 15 jours.

Et les accidents d’iodisme nous seront encore un argument de plus pour prouver qu'il n’est pas un

( ) Revue médicale, 1846, II, 78, Obs. XII.

(2) Obs, XIV, (3) Obs. XIX,

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médicament dont les effets soient plus déconcertants pour le thérapeute. C’est le remède fantaisiste par excellence. Ne voyons-nous pas l’inocuité absolue des hautes doses d’iodure se manifester tous les jours, on donne des 10, 15,20, 30 et même 60 grammes à des malades qui n’en souffrent pas et voilà que Mecklenburg (1) donne 0,25 centigrammes d’iodure à un syphilitique âgé de 28 ans et r heure après ce malade a des douleurs oculaires, rétrosternales, épigastriques ; il est agité, 1l a les extrémités refroidies, le pouls pétit, mou, les gencives, le pharynx les muqueuses nasales et buccales sont rouges et cinq jours plus tard, les mêmes phénomènes reparaissent après une nouvelle dose d’iodure. *

Mackensie (2) administre à un enfant de cinq mois atteint de syphilis congénitale une dose de 128 milligrammes d’iodure et trois quarts d'heure après, l'enfant a le visage noir, enflé, des ecchymoses sur les paupières, des taches de purpura sur les joues, le lendemain, il y a du spha:èle dela peau et l’enfant meurt, A l’autopsie, on ne trouve que des lésions syphilitiques.

Weist (3) administre à une femme de 28 ans o so centigr. d'iodure et 1 heure après on constate de

(1) Berliner Klin. Wochensch, 1856, p. 262.

(2) Lancet 1878, p. 882.

(3) Americ. practioner Boston méd. journal 182? p. :

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