CHAPITRE P
Votions préliminaîres.
ARTICLE ir
De l'objet de la bienfaisance publique.
Il y a une bienfaisance collective, comme une bienfaisance individuelle ; la première agit en commun, comme la seconde isolément. Toutes deux ont le mêtnebut, le même motif. Leurs moyens diffèrent en partie ; loin de s'exclure, elles s'aident et se suppléent mutuellement. Elles sont même nécessaires Tune à l'autre,
La bienfaisance publique n'est autre ctittte que la' bienfaisance collective ^«xercée dans sa forme la plus générale, au nom de la société entière.
Lindigence, dans ses douleurs , invoque à-la-fois ce double appui ; elle est Tobjet commun de la bienfaisance publique et de la charité privée. Gomme infortune personnelle, elle sollicite la seconde : comme fléau, elle ap- * pelle la première. A l'une, elle demande des soins de détails ; à l'autre des prévisions étendues et une protection puissante.
Eh quoi ! en présence de ce fléau immense et terrible , la société resterait indifférente , immobile, muette! Elle s'émeut à la vue des dangers qui menacent la paix, l'ordre, la santé, les biens ; elle ne frémirait pas au spectacle de tant de maux jqui récèlent pour elle tant de périls? Ne souffre-t-elle pas dans chacun de ses membres? Ne sent- elle pas que leurs infortunes l'atteignent elle-même , qu'elle s'appauvrit de leur misère , qu'elle peut être agitée par leur mécontentement? Pourquoi est-elle instituée, si ce n'est pour protéger tous ses enfans, surtout les plus faibles , ceux dont les nécessités sont les plus pressantes? De tous les fléaux, après le vice, la misère n'est-elle pas pour elle le plus funeste? et encore tous deux ne marchent-ils pas trop souvent ensemble, comme cause réciproque l'une de l'autre? L'existence* seule de l'indigence nq semble-t-elle pas être un reproche vivant élevé contre la société? l'abandon desindigens ne l'accuserait- il pas de barbarie? Si la charité est chez les simples particuliers l'une dj^ plus touchantes inspirations de la vertu, la bienfaisance exercée d'une manière générale n^est-elle pas aussi l'un des plus nobles attributs de la puissance publique? Oui, il y a une bienfaisance publique, comme il y a une charité privée ; elle n'est pas seulement pour la société humaine un haut et grand intérêt ; mais elle est aussi une obligation sacrée. Elle embrasse un théâtre beaucoup plus étendu que celai de la charité individuelle ; elle opère sur des classes entières^
sur fensemble des l$4Bsoins; elle dispose des forces de Tassodation ; elle prévoit et fonde pour Tavenir.
La bienfaisance publique , ainsi qu'on le verra mieux encore par la suite , est essentiellement distincte de la charité' légale, si tant est que ceux qui ont introduit cette ei^pression, paissent s'entendre pour lui attacher un sens dëterqptiné. La ' bienfaisance publique est celle qui agit au nom de la société et par ses organes; comme la famille, la corporation, la cité, une association quelconque, agissent par des mesures concertées pour T^ntretien et Tassistance de leurs membres.
La société humaine €t Findigence en présence Tune de Tautre! quel spectacle! quel contraste! quel problème ! quel scyet de méditation pour le philosophé, pour l'homme d'état ! Il renferme en lui-même le secret des destinées futures du genre humain et de la paix du monde. La politique n'a pas de questions plus élevées, ni plus graves. La société et l'indigence en présence l'une de Tautre étonnées de se rencontrer : l'une avide du bien-être , l'autre succombant sous le poids de Tinfortune i l'une tour-à-tour suppliante , menaçante ; l'autre émue, alarmée! Quels rapports vont s'établir entre elles ? Quielles seront leur action et réaction mutuelle , la responsabilifcé de celle-là , les droits de celle-ci? De quelle puissance jouira la société pour accomplir sa mission '^ Lui )i sera-t-H donné de délivrer l'humanité des misères qui i l'affligent? ' -
\^ C'està la science de répondre.
J Fille du ciel , consolatrice du malheur, la charité privée ne À prend conseil que de ses saintes inspirations , de ses gênéx\ reuses sympathies ,- elles lui suffisent pour opérer des prodiôà S^ j et acquérir , par un modeste héroïsme, la reconnaissance itl . de l'humanité. La bienfaisance publique, traçant des règles, 1^1 fondant des institutions, a besoin de se guider par le flambeau •eitl de la science.
La charité privée cependant , sous peiné de s'égarer , ne
jrci
k P&EBUàBB PA&TIE. LIVRE I. CHAP. f.
marche pas à Taveugle : elle veut connaître avant tout les be>> soins auxquels elle apporte son assistance. La bienfaisance publique est soumise à la même condition^ ses erreurs, si elle négligeait d'y satisfaire , seraient bien plus fatales. Tontes deux se livrent donc à la même étude. Mais rétude> . .pour Tune, est tout individuelle; elle se confond, avec l'action. L'étude, pour l'autre, comprend, des faits généraux , des comparaisons, et là, devient scientifique. L'une visite la personne de l'indig^t; l'autre cherche à définir Findigence comme calamité sociale. L'une s^^attache £^ux nécessités pré* sentes 5 l'autre remonte aux causes, et s'efforce de prévenir.
En donnant. à la. bienfaisance publique sa base fondamentaie , la science ne fait donc qu'emprunter les observations de la charité privée, pour les généraliser, les classer; elle se de^ mande avant tout ce que c'est précisément que l'indigence , à quels lignes on peut la reconnaitre , quels sont ses divers degrés., ses différentes catégories?
ARTICLE u.
Notions de l'indigence et de la pauvreté.
Nécessaire pour déterminer la nature et retendue des obligations sociales, l'étude qui a pour objet de connaître l'indigence, n'est pas une étude facile. La preuve en est, qu'elle est neuve encore , du moins en tant qu'elle tend à approfondir ce sujet. Noi^s l'avouons avec douleur, mais nous devons le dire : la voroiie ùtuation des indigens est peu ou mal connue. Beaucoup de ceux qui parlent d'eux ne les ont pas vus de près ; beaucoup même de ceux qui s'intéressent à eux , qui les assistent, ne se forment pas de leur position des idées justes. L^observalion révèle, sur cette grande maladie de l'humanité, des vérités à peine soupçonnées , et qui cependant exercent une inflnejuce capit'ale sur le système des secours publics.